"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

21 janvier 2008

vie de saint Maxime le Confesseur


Saint Maxime est né à Constantinople vers 580, et a été élevé dans une pieuse famille Chrétienne. Il y a reçut une excellente éducation, étudiant la philosophie, la grammaire et la rhétorique. Bien versé dans les auteurs de l'Antiquité, il maîtrisait aussi philosophie et théologie. Lorsque saint Maxime entra au service du gouvernement, il devint premier secrétaire (asekretis) et conseiller principal de l'empereur Héraclius (611-641), qui sera impressionné par l'étendue de ses connaissances et sa vie vertueuse.
Saint Maxime réalisa cependant bien tôt que l'empereur et nombre d'autres avaient été corrompus par l'hérésie Monothélite, qui se répandait rapidement dans tout l'Orient. Il démissionna de ses charges à la cour et entra au monastère Chrysopolis, à Skutari, sur la rive opposée du Bosphore, monastère où il reçut la tonsure monastique. Du fait de son humilité et de sa sagesse, il gagna bien vite l'amour des frères et fut choisit comme higoumène du monastère après quelques années. Même dans cette position, il resta simple moine.

En 638, l'empereur Héraclius et le patriarche Serge tentèrent de minimiser l'importance des différences en matière de foi et ils publièrent un édit, le célèbre "Ekthesis tes pisteos" ou "Exposition de la Foi," dans lequel ils décrétaient que tout le monde devait accepter l'enseignement d'une unique volonté dans les 2 natures du Sauveur. En défendant l'Orthodoxie contre cet "Ekthesis," saint Maxime s'adressa à diverses couches de la population, et ces conversations eurent du succès. Non seulement le clergé et les évêques, mais aussi le peuple et certains officiels sentirent comme une sorte d'attraction invisible vers lui, comme nous le voyons dans sa Vie.

Lorsque saint Maxime vit le désarroi que cette hérésie causait à Constantinople et dans tout l'Orient, il décida de quitter son monastère et vint trouver refuge en Occident, où le Monothélisme avait été totalement rejeté. Chemin faisant, il visita les évêques d'Afrique, les renforçant dans l'Orthodoxie, et les encourageant à ne pas être trompés par les arguments fallacieux des hérétiques.

Le 4ème Concile Oecuménique avait condamné l'hérésie Monophysite, qui enseigne erronément que dans le Seigneur Jésus-Christ on ne trouve qu'une nature, la divine. Influencé par cette opinion erronée, les hérétiques Monothélites disent qu'en Christ, il n'y avait dont qu'une seule volonté divine ("thelema") et une seule divine énergie ("energia"). Les partisans du Monothélisme cherchaient à revenir par une autre voie à l'hérésie répudiée du Monophysisme. Le Monothélisme trouva de nombreux partisans en Arménie, Syrie et Égypte. L'hérésie, attisée de plus par des animosités nationalistes, devint une sérieuse menace pour l'unité de l'Église en Orient. La lutte de l'Orthodoxie contre l'hérésie était rendue particulièrement difficile parce qu'en 630, trois des sièges patriarcaux de l'Orient Orthodoxe étaient occupés par des Monothélites : Serge à Constantinople, Athanase à Antioche et Cyrus à Alexandrie.

Saint Maxime voyagea d'Alexandrie jusqu'en Crête, où il entama son activité de prédication. Il y affronta un évêque qui adhérait aux opinions hérétiques de Sevère et de Nestorius. Le saint passa 6 ans à Alexandrie et dans la région.

Le patriarche Serge mourut fin 638, et l'empereur Héraclius mourut aussi en 641. Le trône impérial finit par être occupé par son petit-fils Constance II (642-668), un partisan déclaré de l'hérésie Monothélite. Les assauts des hérétiques contre l'Orthodoxie s'intensifièrent. Saint Maxime partit pour Carthage, où il prêcha près de 5 ans durant. Lorsque le Monothélite Pyrrhus, successeur du patriarche Serge, y arriva, fuyant Constantinople à cause d'intrigues de cour, lui et saint Maxime passèrent de longues heures en débats. Suite à cela, Pyrrhus avoua publiquement son erreur, et il lui fut permit de conserver le titre de "patriarche." Il rédigea même un livre confessant la Foi Orthodoxe. Saint Maxime et Pyrrhus voyagèrent vers Rome pour rendre visite à l'évêque et pape de Rome, Théodore, qui reçut Pyrrhus en tant que patriarche de Constantinople.

En 647, saint Maxime repartit pour l'Afrique. Là, dans un concile local, le Monothélisme fut condamné comme hérésie. En 648, un nouvel édit fut publié, commandé par Constance et compilé par le patriarche Paul de Constantinople : le "Typos tes pisteos" ou "Modèle de la Foi," qui interdisait toute autre dispute à propos d'une ou deux volontés dans le Seigneur Jésus-Christ. Saint Maxime demanda alors à l'évêque saint Martin le Confesseur (14 avril), qui avait succédé à Théodore comme pape à Rome, d'examiner la question du Monothélisme dans un Concile de l'Église. Le Concile du Latran fut convoqué en octobre 649. Cent cinquante évêques (150) d'Occident et 37 représentants de l'Orient Orthodoxe y participèrent, avec saint Maxime le Confesseur parmi eux. Le Concile condamna le Monothélisme et le Typos. Les faux enseignements des patriarches Serge, Paul et Pyrrhus de Constantinople furent aussi anathémisés.

Lorsque Constance II reçut les décisions du Concile, il ordonna d'arrêter le pape Martin de Rome et saint Maxime. Les ordres de l'empereur ne furent exécutés qu'en 654. Saint Maxime fut accusé de trahison et jeté en prison. En 656, il fut envoyé en exil en Thrace, et par la suite ramené dans une prison de Constantinople. Le saint et 2 de ses disciples y furent soumis aux plus cruels tourments. La langue de chacun fut tranchée, et sa main droite fut aussi tranchée. Ensuite ils l'exilèrent à Skemarum, en Scythie, et il endura encore nombre de souffrances et d'épreuves durant le voyage.

Trois ans plus tard, le Seigneur révéla à saint Maxime le moment de sa mort (13 août 662). Trois cierges apparurent au dessus de la tombe de saint Maxime et s'allumèrent miraculeusement. Ceci fut le signe que saint Maxime était la balise radieuse de l'Orthodoxie durant sa vie terrestre, et il continue à briller comme un exemple de vertu pour tous. Nombre de guérisons ont eu lieu à sa tombe.

Dans le Prologue Grec (Synaxaire), le 13 août commémore la Translation des Reliques de saint Maxime à Constantinople, mais cela pourrait aussi être la date de son décès. Il se pourrait que sa mémoire soit célébrée le 21 janvier parce que le 13 août, c'est l'Après Fête de la Transfiguration du Seigneur.

Saint Maxime a laissé à l'Église un énorme héritage théologique. Son oeuvre exégétique contient des explications sur divers passages problématiques dans les saintes Écritures, et comporte un Commentaire sur la Prière du Seigneur et sur le Psaume 59, diverses "scholia" ou "marginalia" (commentaires écrits dans la marge de manuscrits), sur des traités du hiéromartyr Denys l'Aréopagite (3 octobre) et saint Grégoire le Théologien (de Nazianze, 25 janvier). Parmi les oeuvres exégétiques de saint Maxime on trouve aussi son explication des Offices divins, titrée "Mystagogia" ("Introduction au sujet du Mystère").

Les oeuvres dogmatiques de saint Maxime comprennent l'Exposition de ses débats avec Pyrrhus, et plusieurs traités et lettres à diverses personnes. Chacun comprend des explications sur l'enseignement Orthodoxe sur l'Essence Divine et les Hypostases / Personnes de la Sainte Trinité, sur l'Incarnation du Verbe de Dieu, et sur la "theosis" ou "déification" de la nature humaine.
"Rien dans la déification n'est le produit de la nature humaine," écrit saint Maxime à son ami Thalassisus, "car la nature ne saurait saisir Dieu. Seule la miséricorde de Dieu a la capacité d'accorder la déification à ce qui existe.. Dans la déification, l'homme (l'image de Dieu) devient ressemblance de Dieu, il se réjouit dans toute la plénitude qui ne lui appartient pas par nature, parce que la grâce de l'Esprit triomphe en lui, et parce que Dieu agit en lui" (Lettre 22).

Saint Maxime a aussi écrit des ouvrages anthropologiques (concernant l'humain). Il réfléchit à propos de la nature de l'âme et son existence consciente après la mort.
Parmi ses compositions morales, ses "Centuries sur la Charité" sont particulièrement remarquables. Saint Maxime le Confesseur a aussi écrit 3 hymnes dans la plus grande tradition de l'hymnographie ecclésiale, à l'exemple de saint Grégoire le Théologien.
La théologie de saint Maxime le Confesseur, basée sur l'expérience spirituelle de la connaissance des grands Pères du Désert, et utilisant les meilleurs techniques de l'art de la dialectique développés dans la philosophie pré-Chrétienne, trouvera son prolongement dans les oeuvres de saint Siméon le Nouveau Théologien (12 mars), et saint Grégoire Palamas (14 novembre).

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Dans l'Occident encore (un peu) Orthodoxe à l'époque, les oeuvres de saint Maxime le Confesseur ont surtout été traduites par de grands moines Celtes, tel saint Jean Scot Erigène. Hélas elles n'ont pas eu grande diffusion. On connaît la terrible conséquence théologique de cette séparation de la source orientale et de la préférence donnée aux plus mauvaises sources et moins Orthodoxes sources occidentales...

Philocalie des Pères Neptiques volume 1
Dans la "Philocalie des Pères Neptiques", volume 1 (collection épuisée), compilée par Olivier Clément.

Editions J.-C. Lattès, Paris, 1er Janvier 1995, ISBN: 2709615207, sont publiées les oeuvres suivantes de
saint Maxime :

p.369-372, présentation

p.373-420, Centuries sur la Charité (ou Amour)

p.421-548, Centuries sur la Théologie

p.549-565, Interprétation du "Notre Père"





(Philocalie, nouvelle version en 7 volumes aux Éditions de l'abbaye de Bellefontaine)



3 commentaires:

Sophocles a dit…

Jean-Michel,

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In Christ and in fellowship,

Sophocles

Sophocles a dit…

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Albocicade a dit…

Parmi les oeuvres de St Maxime en français (et disponibles) on trouve la "Mystagogie" (Collection les Pères dans la foi, n° 92.
D'autre part, jour après jour, un certain Moine met en ligne de manière suivie les centuries sur la charité de St Maxime : http://www.moinillon.net/