"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

20 février 2008

saint Eleuthère de Tournai, discours sur l'Annonciation

De Annuntiatione Dominica - posté en ce jour de la fête de saint Eleuthère de Tournai, hiéromartyr de notre pays, évêque Orthodoxe s'il en est, voir la page consacré à son Credo ici: http://stmaterne.blogspot.com/2007/02/saint-eleuthre-de-tournai-et-son-credo.html

chasse de saint Eleuthere de Tournai, le representant

Nous parlerons aujourd'hui, nos très chers Frères, de cette solennité de la bienheureuse Vierge Marie, qui rappelle à notre souvenir 3 sujets si intéressants : un Ange qui annonce, une Vierge qui conçoit, le Fils unique, qu'engendre un Père non engendré, qui se revêt d'une chair mortelle. Nous n'en dirons qu'un mot, quoique celui qui annonce soit digne de toutes sortes de louanges, que celle qui conçoit en l'entendant en soit plus digne encore, et que Celui surtout Qui est conçu les mérite infiniment.
Oui, ce jour, et nous devons le célébrer avec tout le respect qui lui est dû, ce jour est un jour de Salut qui unit la terre au Ciel; un jour où la divinité du Rédempteur descend parmi nous, afin que notre humanité puisse s'élever jusque dans le Ciel. C'est ce jour solennel, marqué d'abord par la présence de l'Ange; jour où il fut annoncé qu'un enfant sans tache naîtrait d'une Vierge; jour où la vertu du Très-Haut couvrit de Son ombre une Vierge; jour où un Dieu qu'on ne peut atteindre Se laissa toucher par des mortels, Lui la lumière éternelle qui éclaire tout homme venant en ce monde. C'est ce jour solennel qui nous détache de la terre, nous élève vers le Ciel, et, comme vous le montrera ce discours, nous place, par le plus insigne honneur, au-dessus de tous les cieux.
Le premier homme ayant été chassé du paradis terrestre, après avoir, contre la défense du Seigneur, goûté imprudemment du fruit de l'arbre de la science, le démon, par ses artifices, trompa les hommes en les engageant dans les sentiers riants du vice; trompés, il en fit ses esclaves et les plongea dans les ténèbres extérieures, dans ces ténèbres où notre Seigneur assure qu'il n'y a que pleurs et que grincements de dents. Car le désir de la gloire ayant excité l'ambition de cet esprit infernal, l'ambition provoqua sa jalousie, et il voyait avec douleur que l'homme dût habiter les Cieux. Tombé misérablement lui-même, l'abaissement du genre humain consolait son malheur.
Cependant le Père céleste, considérant la perte des hommes amenée par la malice du serpent, résolut, dans Sa bonté, de sauver le monde par l'Incarnation de Son Fils unique. L'instigation du démon avait chassé la femme du paradis; Il voulut que la salutation de l'Ange lui procurât la gloire de l'immortalité. L'instigation de l'ennemi séduisit Eve, la salutation de Gabriel remplit Marie de force. Un Ange annonce, afin que la malice du diable soit détruite; une Vierge, à la nouvelle qui lui en est portée par l'Ange, est couverte de la vertu du Très-Haut, afin que la femme soit réhabilitée. Un Dieu incorruptible Se revêt d'une chair corrompue dans le premier homme par l'insidieuse proposition de Satan, et descend sur la terre afin que par ce second homme qui est Jésus, le premier homme pût s'élever jusque dans les Cieux, plongé qu'il était dans un abîme de misère, et réduit par sa prévarication à habiter cette vallée de douleurs... Car nous lisons que, lorsque la femme eut séduit son époux, il lui fut dit par le Seigneur : Tu seras mère au prix de tes larmes, tu seras la compagne de l'homme, mais l'homme dominera sur toi. Toute femme qui n'imite pas la virginité de Marie est sous le poids de cette triple condamnation; c'est comme si le Seigneur disait : Quand tu t'uniras à l'homme, tu seras assujettie à sa domination; et tu ne seras mère que dans les angoisses de la douleur et de la tristesse. Mais ces 3 choses si fâcheuses ne troublent pas la félicité de Marie; et non seulement cette divine Vierge en est exempte, mais avec elle toutes celles qui ont voué leur virginité à Jésus-Christ. Venez donc, vierges Chrétiennes, vous dont la virginité est consacrée à la Vierge par excellence; vouez une pureté que rien n'altère à Celle qui offrit aux yeux du Seigneur une chasteté sans tache. Et quel fut donc la vertu de Marie? Ecoutez, non seulement elle mérita d'être honorée de la visite et du discours de l'Ange, mais il lui fut encore donné de porter en elle Celui que rien ne peut contenir.
Trois maux pèsent sur Eve, notre mère [mère dans la douleur, épouse obligée, soumise au mari; ndt]; Marie n'en est pas seulement exempte, mais elle jouit encore d'un triple bonheur : elle est fortifiée par la salutation de l'Ange; fortifiée, elle est bénie; comblée de grâce, il lui est annoncé qu'elle sera mère, car il est écrit: Un Ange a été envoyé à une vierge. Cette Vierge, nous confessons qu'elle est celle-là de laquelle Isaïe a dit : Il sortira de la racine de Jessé une tige, c'est-à-dire la Vierge Marie, et de cette tige s'élèvera une fleur, c'est-à-dire Jésus-Christ; car c'est ainsi qu'au Cantique des Cantiques Il s'appelle lui-même : Je suis, dit-il, la fleur des champs. Et l'Ange étant entré, dit à Marie : "Réjouis-toi, ô pleine de grâce, le Seigneur est avec toi, tu es bénie entre toutes les femmes." O voix pleine de suavité et de joie! Car en disant : "Réjouis-toi, Marie," l'Ange lui présenta la salutation céleste; en la nommant pleine de grâce, il révéla et la révocation de la sentence qui avait éloigné nos premiers parents de Dieu, et le recouvrement de la grâce et de la bénédiction des Cieux, de cette grâce qui, en les délivrant de la servitude (du démon), les introduisit dans le Paradis. Et lorsqu'il ajouta : "tu es bénie entre toutes les femmes," il exprima que non seulement le fruit de ses entrailles était béni, mais que celles-là encore avaient part à cette bénédiction, qui, marchant sur les traces de Marie, ont conservé le trésor de leur virginité. O Vierge bénie! O Vierge choisie entre toutes les femmes par le Créateur du monde! Tu concevras celui qui, avant tous les siècles et sans avoir eu de mère, a été engendré par le Père Eternel, tu deviendras mère tout en demeurant vierge..... Le Fils de Dieu descendra en toi, afin que Celui qui devait s'élever vers l'Orient avec la puissance de Sa grandeur et la gloire de Sa splendeur, tourne vers l'Occident la grâce et l'éclat de Sa majesté. Que les paroles qui frappent ton oreille n'alarment pas ta vertu; que cette conception ne te trouble pas : la moindre souillure est étrangère à ce qui est le fruit de la puissance ineffable de Dieu. Le Verbe divin Se revêtira de chair en venant habiter en toi, et le Fils de Dieu commencera d'être le fils de l'Homme, sans cesser jamais d'être Ce qu'Il était, car nous le croyons immuable, mais en devenant par un effet de Sa Miséricorde ce qu'Il n'était pas, afin qu'en toi puisse être contenu Celui que l'univers entier ne peut contenir. Loin de diminuer ta pureté virginale, cette conception ne fera qu'y ajouter un nouveau lustre. Tu es devenue la mère de ton Créateur en même temps qu'Il était auprès de son Père; et Il est resté auprès de son Père en même temps qu'Il naissait de toi, car Il est toujours avec Son Père, parce que n'ayant pas de principe, Il n'a pas non plus de commencement dans le temps, car Il est toujours avec Son Père qui demeure sans commencement et sans fin. Tu es devenue l'échelle du Ciel; vierge d'Aaron, tu as fleuri plus que toutes les autres, c'est-à-dire tu as, par la vertu de ta virginité, surpassé en splendeur toutes les filles d'Adam. Tu es devenue l'échelle par laquelle la gloire du Ciel est descendue sur la terre, afin de faire monter dans le Ciel la bassesse de la terre. O union nouvelle et inouïe! O mélange inestimable et non moins étonnant! Celui qui de rien avait créé toutes choses est créé; Celui qui ne pouvait être borné est contenu; Celui qui seul fait abonder de richesses tous ceux qui en jouissent est pauvre. Celui qui est parfait daigne S'anéantir. Car il est dit qu'Il Se dépouilla de la forme de la divinité dans le temps, afin que nous fussions enrichis de Sa divine perfection.
Ainsi donc, nos très chers frères, invoquons la Vierge afin qu'elle réconcilie les hommes avec Dieu, qu'elle rétablisse une heureuse harmonie entre le Ciel et la terre, qu'elle intercède en notre faveur pour le passé, et qu'elle prie son Fils de nous accorder des grâces de choix qui assurent notre persévérance dans l'avenir. O Vierge! donne-nous non seulement la nourriture corporelle, mais encore le pain des Anges, qui est descendu aujourd'hui en toi. Fais que nous craignions le Fils de Dieu, car la crainte du Seigneur est le commencement de la sagesse; et en effet si quelqu'un craint le Seigneur, il gardera Ses Commandements. Notre "chair" alors sera lavée de ses souillures afin que nous puissions contempler les rayons de la divine Lumière, car notre coeur ne sera éclairé qu'après que notre chair aura été purifiée. Ecoute donc nos prières, prête une oreille propice à nos supplications, ô Vierge que nous louons à tant de titres, que nous vénérons avec bonheur, toi qui es restée Vierge en devenant notre mère. Prie le Seigneur qu'Il nous donne la constance, qu'Il nous accorde la patience, qu'Il affermisse la concorde parmi nous, qu'Il augmente en nous le support fraternel, afin que, lorsqu'arrivera l'heure fatale du chagrin et de la misère, de la calamité et de la tristesse, tu daigne nous présenter à ton Fils unique, lequel est un seul Dieu en qui nous confessons l'unité de substance et la Trinité de Personnes, qui étant avec toi, au-dessus de tout et dans nous tous, est trop peu recherché et trop peu connu; qui ne veut pas la mort du pécheur, mais qui veut qu'il se convertisse en abandonnant la voie de l'iniquité. Prie afin que nous devenions une lumière parfaite, afin que nous vous louions dans la gloire de ton Fils à qui appartient honneur et puissance, avec le Père et l'Esprit Saint, par tous les siècles des siècles. Amen.


In : Summa Statutorum Synodalium - aussi repris dans la Patrologie Latine de Migne
C'est hélas un texte remanié tardivement comme le montrent certaines tournures de phrases et idées inconnues de l'époque Indivise. Nous ne possédons donc plus l'original. Mais à défaut de grives..

Tropaire de saint Eleuthère de Tournai ton 4
Vénérable pontife Eleuthère,
Saint martyr et confesseur.
Toi qui combattis pour la pureté de la Foi
Et suscita la colère des hérétiques,
Avec nous supplie le Christ notre Dieu
De nous accorder Sa protection.


n'ayant malheureusement pas une belle Icône de lui à vous présenter, qui soit conforme aux Canons de l'iconographie Orthodoxe d'Occident, voici quelques représentations hétérodoxes, pour l'intérêt historique qu'elles représentent.
nb : il y a bien une Icône byzantine, mais honnêtement, je ne la trouve pas du tout attachante.






Images de la Tapisserie dite d'Arras - 1402, don de Messire Toussaint Priez, chapelain du duc de Bourgogne et chanoine de la cathédrale de Tournai, pour sa cathédrale. Cette tapisserie célèbre retrace avec une naïveté charmante la légende de saint Piat et de saint Eleuthère telle qu'elle s'était développée au bas Moyen-Age. Fabriquée à Arras par Pierrot Féré. En 1869, la Gilde de saint Thomas et de saint Luc visita Tournai et attira sur ces antiques tapisseries l'attention publique. Elles furent alors restaurées et à l'époque déployées sur les murs de la chapelle du Saint-Esprit, formant une tenture ininterrompue de 22 mètres de long, sur 2 mètres de large.

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