"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

13 mars 2008

Dieu créa tout hors du néant / "Ex nihilo" (p. Jean Breck)

Le récit de la Création rapporté dans la Genèse étant lu aux Vêpres pendant le Grand Carême, voici une analyse du problème moderne, créationnisme contre évolutionisme



Au tout début, il n'y avait rien. Strictement rien.

Il n'y avait ni temps ni espace, ni matière ni énergie, ni vie ni mort. Il n'y avait ni galaxies, ni étoiles ou planètes; il n'y avait ni molécules, ni atomes, ou quoi que ce soit de la vaste étendue de particules subatomiques qui constituent la réalité physique telle que nous la connaissons. Il n'y avait rien.

Le concept de "néant" nous est impossible à saisir. Le "néant" suggère un vide, une vacuité, entourée de quelque chose. Cependant, rien n'existait pour circonscrire ce vide ou apporter un contraste à ce vide. Le néant n'est pas juste l'absence d'être; c'est sa négation, son rejet. C'est une négation absolue, incommensurable et incompréhensible. C'est de la non-existence, du non-être, une puissance négative qui par sa nature même est dépourvue de toute signification, but ou espoir. En tant que tel, le néant trouve sa plus proche analogie humaine dans le désespoir.

Puis, soudainement, "au commencement" quelque chose fut. Dans cet instant intemporel, d'un lieu qui transcende toute notion d'espace ou de dimension, Dieu créa ex nihilo. Il façonna l'être à partir du non-être, l'espace-temps à partir de la non-existence. De ce commencement, Dieu – Qui est Lui-même cet "archè" ou ultime commencement, principe et source de tout ce qui est – fit jaillir les cieux et la terre.

Dieu, le Père ou Créateur de toutes choses visibles et invisibles, créa par ce que saint Irénée de Lyon appelle Ses "2 mains," l'éternel Fils ou Verbe, et le Saint Esprit. La Création est un acte Trinitaire, un acte de communion, un acte d'amour. Le Père parla, et à travers Son Verbe Créateur, Il suscita la lumière. Cette lumière, qui précéda l'apparition du soleil (créé le 4ème jour), ne peut être comprise que comme la réflexion de la Lumière divine, la Lumière qui définit l'être même de Dieu (1 Jn 1,5). Depuis le premier instant de la création jusqu'au dernier, cette lumière bânit les ténèbres. Elle relègue le "skotos" primaire à son propre domaine, éloigné de la sphère de la lumière. Cette lumière, Dieu l'a appelée "jour," et les ténèbres Il les a appelées "nuit." Au cours du premier jour de la Création, Dieu les a séparés, le jour de la nuit, l'illumination spirituelle des ténèbres, du désespoir et de la mort.


Afin de faire briller cette lumière hors des ténèbres, le Père a aussi eu besoin de Son "autre main," le divin Esprit. A l'instant de la Création, "La terre était informe et vide, les ténèbres couvraient l'abîme et l'Esprit de Dieu planait sur les eaux." En cet instant originel, l'Esprit planait telle une grande tempête sur l'abysse, le vide sans forme, afin d'amener le cosmos à l'être, le marquant de l'ordre, de l'harmonie et de la beauté.

A partir de cet instant, l'oeuvre de création continua, effectuée par l'effort coopératif des 3 Personnes de la Sainte Trinité. Dès le début apparurent distinction et séparation : le jour de la nuit, l'eau du firmament (cieux), et le firmament de la terre sèche (la terre physique). Puis la végétation fut suscitée, des plantes portant leurs semences, et des arbres fruitiers, "chacun selon son espèce." Dieu vit l'oeuvre de Ses Mains et la trouva bonne. Et Il y eu un soir, et il y eu un matin, jour trois.

Ces versets d'ouverture ne veulent pas décrire un processus historique ou fournir une explication scientifique à l'apparition et au développement du monde et de la vie humaine. Le passage ne dit rien qui puisse être exploité d'une manière ou d'une autre dans l'ennuyeux débat entre "créationistes" et "évolutionnistes." Son sujet d'intérêt n'est pas l'historiographie ou la paléontologie, et son étrange chronologie (l'eau existant avant le ciel ou la terre, des êtres vivants apparaissant sur terre avant la création du soleil et de la lune) ne devrait troubler l'esprit que de ceux qui insistent pour lire le récit comme étant une description du développement cosmologique ou biologique. Le récit de la Création dans la Genèse ne traite pas d'événements scientifiquement déterminables. Comme nous le verrons au paragraphe suivant, il traite de l'histoire du Salut, l'oeuvre créatrice et rédemptrice de Dieu, depuis la première jusqu'à la dernière création.

Alors que la divergence s'intensifie dans nos écoles et législations entre "croyants" et "Darwinistes," il est important pour nous de nous souvenir de ce point. De plus en plus de scientifiques chrétiens en viennent à comprendre que c'est un faux choix, que sur la question de l'origine et du développement des espèces il n'y a pas nécessairement de conflit entre d'une part le témoignage biblique, et de l'autre, les découvertes des géologues, paléontologues et biologistes moléculaires (cfr à cet égard le récent livre de Francis Collins, "The Language of God," Free Press, 2006). Les théoriciens de la "jeune Terre" et les fondamentalistes de diverses origines rejetteront ce point, de même que ceux qui insistent sur le "hasard" total des mutations dans le processus de sélection naturelle. Le processus d'évolution (peut-être pas dans tous les détails de la théorie darwinienne) a été confirmé par de récentes études sur l'ADN, le code génétique des organismes vivants. Cependant, cela ne doit pas appeler à remettre en question la conviction de base que le Créateur de toutes choses est Dieu, que Dieu a créé ex nihilo, qu'Il insuffle à toutes choses une signification et un but ultime, et que l'apparent hasard se conforme entièrement à Sa divine volonté, même si pour nous ça reste imperceptible.

En plus de présenter une typologie de l'oeuvre rédemptrice de Dieu en Christ, le récit de la création dans la Genèse nous appelle à l'adoration. C'est l'idée transmise par les paroles attribuées à saint Basile le Grand, qui combinent prière d'émerveillement et action de grâce, avec une invitation à offrir incessante louange à Dieu pour l'oeuvre de Ses mains :

"Tu as orné les cieux, embellit la terre, et peuplé la mer de ses propres créatures.
Tu as remplis les airs d'oiseaux, qui se meuvent dans toutes directions."
Pieux fidèles, contemplez ces oeuvres de création, que Dieu a tirées hors du néant.
Contemplez la sagesse de Dieu partout et en toutes choses.
Ne cessez jamais de vous émerveiller.
Et à travers toute créature, glorifiez le Créateur!"


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Bien que non-scientifique, je me permettrai cependant d'exprimer mon opinion sur le sujet, opinion qui est un léger bémol face aux résultats proclamés par la science. Car ce n'est pas la première fois que des méthodes un peu biscornues sont utilisées pour "prouver" une partie des théories scientifiques. Une simple recherche dans une base de données médiatiques ou sur google rappellera les nombreuses et célèbres arnaques (ogm, clonage, etc) des dernières années. Tenez, prenez ce célèbre et récent exemple.
Lors de la découverte d'un "homme préhistorique" au Tchad qui fit tant de tapage médiatique pendant 1 ou 2 mois, un professeur d'un très célèbre institut scientifique de France fustigea son cher collègue qui en rajoutait tant et plus sur les plateaux de télévision, avec "son" "chaînon manquant."




Et ce professeur de rappeler que parler d'homme avec un restant de crâne était pas scientifique, et qu'en prime, publier des dessins d'extrapolation de l'apparence, où on tirait vers l'humain au niveau nasal, alors que le nez est justement ce qu'il manque (cartillage & chair disparaissant), et qu'en plus les orbites occulaires étaient typiquement simiesques et non pas humaines.. Ce scientifique cita clairement l'idéologie comme moteur de recherche chez son célèbre confrère.

la deesse raison, archetype de la folie et de l'orgueil des humainsLe vrai scientifique n'était pas invité des télévisions, le vendeur d'esbrouffe oui. Car on en a même vendu des films, les enfants en ont été abreuvés comme "sujet scientifique obligatoire"... et le soufflé est retombé. Donc méfiance de rigueur. Ensuite, sur le problème où on voudrait mèler la religion et même en faire l'accusée, il y a beaucoup à redire. A commencer que l'on confond quasi partout sur terre l'Église - qui est Orthodoxe ou n'est pas - avec ce qui se prétend l'être (vatican) et qui en effet depuis des siècles mène aussi une guerre anti-science. C'est une erreur. Et la science en commet d'autres. Petit aperçu:

a. L'Église n'est pas partie-prenante mais subit les "dégâts collatéraux" de la lutte "création contre évolution." Et entre ses protagonistes, tous les coups sont bons, et des implications sociologiques et politiques non-négligeables découlent de certaines "découvertes." Bien des dictatures – même sous apparence de régimes "démocratiques" – ont basé leur "justification" sur les principes darwiniens stricts. En Russie, l'Église appelait l'an dernier le monde scientifique à un peu plus d'humilité et de rigueur, et, puisque pour les scientifiques (athées) le darwinisme pur et dur était "prouvé," elle demandait que cela puisse être débattu de la même manière que les scientifiques prétendent vouloir débattre et même interdire toute interprétation religieuse. Le débat n'a toujours pas été accepté. Par la suite, et c'est un problème pas assez soulevé, elle a réagit car les programmes scolaires imposent aux enfants des vues présentées comme "certaines" alors qu'un certain nombre d'entre elles relèvent de l'hypothèse.
Et des parents ont commencé à s'élever contre le système d'athéisme obligatoire dans l'enseignement, héritage soviétique, résidu non-expurgé... que devraient-ils dire en Belgique ou en France, où c'est carrément dogme public?!

b. Pour la question des origines de l'humain, une des "clés" du système serait – je ne suis pas scientifique – "l'Ève mitochondriale" et les recherches d'ADN ont travaillé dessus. On lit des résultats pour l'origine et la datation qui vont au "tout Afrique," par principe idéologique, et d'autres qui rejettent par principes idéologiques opposés. Dans les 2 cas, la méthodologie consiste parfois à utiliser les paramètres de ce qu'on veut définir de manière différente. Voire à utiliser le résultat que l'on veut comme .. point de départ. En réalité, nous nous trouvons aujourd'hui face à une foule de théories ayant toutes, sans exception, la prétention d'être "vérité scientifique," et nous serions priés de cesser d'être "obscurantistes" face à cette foule de contradictions flagrantes.

c. "The Mitochondrial Clock" est une page en anglais. L'auteur est visiblement un "créationiste," et n'est pas Orthodoxe. Mais il parle de ce problème de méthodologie.
Ce qui nous intéresse particulièrement dans son article, comme Orthodoxes, c'est comment la méthodologie habituelle a été entièrement remise en question. En bref et si j'ai bien tout compris, les scientifiques avaient pour principe de calcul X centaines d'années avant changement dans la génération au niveau adn. Ils utilisaient des extrapolations basées sur ce qu'ils estimaient être la norme pour les races de grands singes, et considérant que l'homme est une évolution du singe – ce qui, en l'absence de preuve scientifique formelle, est donc une démarche strictement idéologique, pas scientifique, soit dit en passant – dès lors, ils extrapolaient à nouveau aux humains leurs données supposées pour les singes. La méthode des approximations est classique et utilisée dans divers domaines, elle n'est pas méprisable en soi – il faut bien des points de comparaison – mais quand elle est utilisée comme base voire comme "preuve," elle quitte simplement le domaine scientifique et rentre dans l'idéologie, athée en l'occurrence.
Comment donc la méthode de calcul s'est vue remise en question, de manière radicale? Lors de la découverte des saintes reliques de la famille impériale martyre de Russie! En utilisant les critères habituels de calcul, rien ne correspondait. Ils ont dû tout réévaluer, car d'autres indices prouvaient que c'était bien la découverte des restes sacrés du tsar-martyr et des siens. En réévaluant la fameuse "horloge," ils sont parvenus aux résultats. Mais du coup, la base de calcul habituelle tombait à l'eau pour toutes les découvertes "d'hominidés"
The Mitochondrial Clock: TICKING SINCE CREATION?
http://www.imssdarm.org/Publications/youthanchor/archive/mtclock.htm

Et on quitte le domaine de l'affrontement idéologique quand on voit que le magazine scientifique français "La Recherche," il y a quelques années, publiait une étude sur cette "Ève mitochondriale," où on avait recalculé la chronobiologie et cela ramenait l'ancêtre commun par branche maternelle aux tous débuts... de l'ère de l'écriture. Soit après les hominidés, les cavernes, etc.. et.. très très loin après les singes et l'hypothétique "embranchement" vers l'humain.
"Quelle que soit la cause possible d'un rythme de mutation plus rapide, les spécialistes de l'évolution se posent surtout des questions sur ses conséquences. Ils ont par exemple calculé que l'« Eve mitochondriale » - la femme dont l'ADNmt
serait l'ancêtre de celui de tous les humains - vivait en Afrique il y a quelque 100 000 à 200 000 ans(III). Avec la nouvelle horloge, elle aurait à peine 6 000 ans."

d. La Foi n'a pas pour vocation d'expliquer la géologie, mais la science n'est pas là pour expliquer les raisons philosophiques des choses. Car la science n'a déjà pas les moyens de prouver de manière 100% certaine tout ce qu'elle "découvre" – à savoir des choses qui existent déjà, qui la précèdent – voire de transformer la plupart de ses théories en "lois irréfutables," alors imaginer qu'elle pourrait juger, peser, analyser ce qu'elle ne comprend pas et qui restera toujours inaccessible à ses outils d'analyse...
Et pour tout (candidat) scientifique, avant de proclamer une nouvelle "découverte" ou théorie "bouleversante" et "fermement établie," ne serait-il pas bon d'aller d'abord vérifier les critères de falsificabilité tels qu'établis par le grand philosophe des sciences, Karl Popper, et d'y confronter ce qu'il pense être "vérité scientifique" suite à ses travaux?
http://fr.wikipedia.org/wiki/Karl_Popper

Cela étant dit, le débat a encore de beaux jours devant lui et c'est très bien ainsi, ça ramènera sérénité et humilité. De tous côtés. Enfin, chez ceux que la "vérité vraie" intéresse..

A (re)lire :
Une lecture spirituello-philosophique de Genèse 1-3 (p. Patrick Reardon, patriarcat d'Antioche)


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Sculpture "Ex Nihilo"
cathédrale nationale (protestante), Washington DC, USA
http://www.trekearth.com/gallery/North_America/United_States/photo595636.htm
"Détail d'Ex Nihilo, une frise d'une puissance subtile et extraordinaire crée pour la cathédrale nationale à Washington DC par Frederick Hart, qui a intuitivement employé la spirale logarithmique en organisant sa composition.
En 1974, le sculpteur, alors âgé de 31 ans, fut commissionné pour 3 frises pour la façade ouest de la cathédrale – peut-être la plus importante sculpture religieuse du 20ème siècle. En termes d'architecture, la description du programme de sculpture comprend les 3 tympans de portails, chacun supportés par une colonne, un personnage central – une saint Pierre, une Adam et une saint Paul. La sculpture représentant la création des humains, Ex Nihilo, devait être placée au portail central, et la création du jour et de la nuit respectivement aux portails latéraux.
L'ami de Hart, l'auteur Tom Wolfe, a décrit la frise comme "dépeignant l'humanité qui émerge du rapide tourbillon de chaos." Ce rapide tourbillon est en effet une description appropriée pour ce maelström de 8 corps qui semblent sortir spontanément de la masse de pierre. Mais peut-être que l'inspiration de la composition se trouvait dans les messages subliminaux que nous recevons de la nature et de ses formes de tournesols, cyclone et nautiles. (..)"
[Né en 1943, Hart a été frappé d'un ACV à 54 ans, le paralysant du côté gauche, lui faisant perdre sa capacité de perception dans l'espace. En août 1999, 18 mois après l'ACV, on lui diagnostiqua un cancer et 3 jours plus tard il en mourut.
De sa création, il disait : "J'ai vu Ex Nihilo comme étant une simple expression de création, comme la métamorphose de l'esprit divin et de l'énergie. Les personnages émergent hors du néant du chaos, pris dans l'instant de l'éternelle transformation – la majesté et le mystère de la force divine dans un état de devenir." Sa veuve, Lindy Hart, expliqua que c'était la forme tourbillonnante d'un groupe de nuages qui avait inspiré son mari – un peu comme la légende le dit pour Michelangelo et sa formation de nuages dans la chapelle sixtine.]


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Un vrai scientifique, de renommée mondiale, et Orthodoxe? Dmitri Ivanovich Mendeleev (1834-1907)


Né à Tobolsk, en Sibérie, dernier d'au moins 14 enfants, survécu à plusieurs attaques de tuberculose qui emportèrent une partie de sa famille au cours de sa jeunesse.
Sa mère, veuve, parti pour Moscou où elle tenta de le faire admettre à l'université, mais en vain. Elle parti alors pour Saint-Petersbourg et grâce à un ami, il pu y entrer à l'automne 1850. Maria, sa mère, mourut peu après, puis sa soeur Élisabeth. Turberculose..
Plus tard, Dmitri Mendeleev allait honorer la mémoire de sa mère dans son "Livre des Solutions"

"Cette étude est dédiée à la mémoire d'une mère, de la part de son plus jeune enfant. Dirigeant une entreprise, elle ne pu l'éduquer que par son propre travail. Elle l'instruisit par l'exemple, le corrigea avec amour, et afin de le consacrer à la science, elle quitta la Sibérie avec lui, dépensant ainsi ses dernières ressources et forces."

"En mourant, elle lui dit: 'Abstiens-toi des illusions, insiste sur le travail et non pas sur les paroles. Cherche patiemment la vérité divine et scientifique.' Elle comprenait combien souvent les méthodes dialectiques trompaient, et qu'il y avait encore tant à apprendre, et comment, avec l'aide de la science, sans violence, avec amour mais fermeté, toute superstition, toute contre-vérité et toute erreur sont effacées, apportant à leur place la sécurité de la vérité méconnue, la liberté, pour continuer dans le développement, le bien-être général, et le bonheur intérieur. Dmitri Mendeleev tient pour sacrées les paroles d'une mère mourante."

Il se montra digne de la confiance maternelle, et ses études allèrent bon train. Hélas, en 3ème année, il fut frappé par une maladie qui le tint alité un an durant. Mais il poursuivit ses études grâce aux professeurs et élèves lui rendant visite pour lui donner la matière, etc. Mendeleev obtint son diplôme comme prévu, couronné par la médaille de l'excellence pour sa première place. Puis il se lança dans la vie du chercheur passionné.

Anecdote : dans la mentalité occidentale moderne, on affirme souvent qu'il a été bigame. Cela provient de l'ignorance du typikon russe strict. Mendeleev avait divorcé de sa première femme en 1876, et n'avait pas tout à fait attendu le délai prescrit de 7 ans pour se remarier. D'où il était quelque part spirituellement considéré comme "bigame," mais pas effectivement.
Il avait épousé Feozva Nikitchna Lascheva en 1863; cependant, c'était un mariage arrangé par sa soeur aînée Olga, qu'il n'avait qu'accepté par coutume familiale. Ils eurent 2 enfants, mais lui vivait pour la science. Et la question de la bigamie se posa une première fois : vu ses absences, Feozva lui demanda un jour s'il était marié à elle ou à la science, et il répondit "au 2, sauf si c'est de la bigamie. Dans ce cas, je suis marié à la science."
En janvier 1882, il épousa par amour Anna Ivanova Popova, et sa vie changera. Il n'y avait que 6 ans depuis le divorce, mais il se remaria quand même. Et le mariage civil n'existait pas à l'époque, d'où toute conjecture sur ce que disait l'Église reste.. conjecture. L'influence du tsar Alexandre n'est cependant probablement pas étrangère à ce remariage "un peu avant la date prévue;" quand on lui fit remarquer cet état de fait, le tsar répondit avec humour : "Oui, Mendeleev a deux femmes, mais moi je n'ai qu'un seul Mendeleev!"
Anna Ivanova fera de Dmitri un homme neuf. Ils auront 4 enfants, il se lancera dans la peinture, et sera même admis à l'Académie des Arts.

Dmitri Mendeleev
C'est en 1869 qu'il établira son célèbre principe ayant donné naissance au "tableau périodique des éléments." Le 29 novembre 1870, il s'avança dans son concept en déclarant qu'il était possible de prédire les propriétés d'éléments non-découverts. Et il établit celles de 3 nouveaux éléments encore non-découverts – aluminium, bore et silicium. Il suggéra leurs propriétés, y compris la densité, rayon, et leur ratio de combinaison avec l'oxygène, entre autres. Une partie du monde scientifique fut perplexe, et nombreux se moquèrent des prédictions de Mendeleev. Jusqu'à ce qu'en novembre 1875, après 5 ans de moqueries, enfin la preuve. Le Français Lecoq de Boisbaudran découvrit un des éléments prédits (aluminium) qu'il nomma Gallium, et là les idées de Dmitri furent prises au sérieux. Les deux autres éléments furent découverts par la suite, et leurs propriétés furent trouvées remarquablement similaires à celles prédites par Mendeleev. Ces découvertes, confirmant ses prédictions et donnant assise à sa loi, le placèrent au sommet du monde scientifique. Il avait 35 ans lorsqu'il présenta son premier travail sur le sujet.

timbre commemoratif de Dmitri Mendeleev
Bien que le "tableau de Mendeleev" ou "Tableau / classification périodique des éléments" soit probablement une des rares vraies grandes découvertes scientifiques à valeur universelle des 2 derniers millénaires – puisqu'à elle seule elle ouvrit la compréhension de tant d'autres – Mendeleev n'obtint pas le prix Nobel. Il avait été présenté au vote en 1906. Un des membres du comité expliqua la non-attribution par le fait que l'oeuvre de Mendeleev, entamée en 1869, était déjà largement acceptée comme étant la base de la connaissance chimique, et avait déjà été utilisée par le chimiste italien Stanislao Cannizzaro. Quand on voit à qui et pour quoi ils attribuent certains prix Nobel, c'est plutôt un honneur! Dmitri Mendeleev mourut le 20 janvier 1907, en paix, occupé à lire "Le voyage au Pôle Nord," un roman de Jules Vernes. Il était âgé de 72 ans.

Dmitri Mendeleev
Sur Wikipédia anglo-saxon, il est logiquement repris dans la liste des personnalités Orthodoxes célèbres :
http://en.wikipedia.org/wiki/List_of_Eastern_Orthodox_Christians



manuscrit de 1869


timbre commemoratif sovietique de 1969 en l'honneur de Dmitri Mendeleevtimbre commémoratif soviétique de 1969

tableau de Mendeleev

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