"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

29 mars 2008

Le jeûne dans l'Orthodoxie

http://www.gonj.org/fasting.html


Jeûner

Dès le début, il est plutôt évident que lorsque nous parlons de jeûner, nous nous réferrons à quelque forme d'abstinence physique de nourriture et de boisson. Cependant, avant que nous ne commencions à répondre à la question "pourquoi jeûnons-nous?", il nous faut nous souvenir que les règles à propos du manger et du boire ne doivent jamais être prises comme un but en soi, car le jeûne ascétique a toujours un but interne et invisible (1). Le but premier du jeûne, c'est de nous rendre conscients de notre dépendance à Dieu, et de nous amener au point où nous apprécions la pleine force de la déclaration du Christ : "sans Moi, vous ne savez rien faire" (Jean 15,5).

Lorsque nous parlons de jeûner, c'est nous égarer que de ne nous concentrer que sur les éléments de fatigue et de faim. Jeûner mène, non simplement à ça, mais aussi à une sensation de légèreté, d'éveil, de liberté et de joie. Même si le jeûne s'avère démoralisant au début, par la suite, nous trouvons qu'il nous permet à dormir moins, à penser plus clairement, et à travailler avec plus d'entrain. Bien qu'impliquant un authentique renoncement à soi-même, le jeûne ne cherche pas à faire violence à notre corps, et en fait un partenaire volontaire dans la tâche de la prière, de l'état d'éveil, et le rend réceptif à la voix du Saint Esprit.

Jeûner n'est pas une simple question de régime. C'est aussi bien moral que physique. Le véritable jeûne, c'est d'être converti coeur et volonté; c'est revenir à Dieu, retourner tel le fils Prodigue vers la maison du Père. Selon les paroles de saint Jean Chrysostome, cela signifie "abstinence non seulement de nourriture, mais aussi de péchés." "Le jeûne," insiste-t'il, "ne devrait pas être suivit par la bouche seule, mais aussi par l'oeil, l'oreille, le pied, les mains, et tous les membres du corps" : l'oeil doit s'abstenir de visions impures, l'oreille se tenir loin des mauvais racontars, la main des actes d'injustice. Il est inutile de jeûner de nourriture, s'indigne saint Basile, et cependant céder à la critique cruelle et à la calomnie : "vous ne mangez pas de viande, mais vous dévorez votre frère."

La signification intérieure du jeûne est résumée de la meilleure manière par le trio: prière, jeûne et aumône. Séparé de la prière et de la réception des saints sacrements, non-accompagnée d'actes de compassion, notre jeûne devient hypocrite. Il mène, non à la contrition et à la joie, mais à l'orgueil, la tension interne et l'irritabilité. Dès lors, jeûner est sans valeur voire même nocif, s'il n'est combiné à la prière. Dans les Évangiles, le démon est chassé non pas par le jeûne seul, mais "par la prière et le jeûne" (Mt 17,21; Mc 9,29); et des premiers Chrétiens, on dit qu'ils ne jeûnaient pas seulement, mais qu'ils "jeûnaient et priaient" (Actes 13,3). Il est aussi important que la prière et le jeûne soient accompagnés du don d'aumône – par amour pour les autres, exprimé d'une manière concrète, par des oeuvres de compassion et de pardon. Cela signifie non seulement donner de notre argent, mais aussi notre temps, non seulement de ce que nous avons, mais de ce que nous sommes; c'est donner une part de nous-mêmes.

Dans nos actes d'abstinence, nous devrions garder à l'esprit l'admonition de saint Paul de ne pas condamner les autres qui jeûnent moins strictement : "que celui qui jeûne n'aille pas juger celui qui ne jeûne pas." Nous devons également nous souvenir de la vive condamnation par le Christ d'une manifestation publique de la prière, du jeûne ou de l'aumône, comme nous le lisons dans l'Évangile de saint Mathieu (6,1-18).

Jeûner est censé être un acte d'obéissance. Lorsque nous jeûnons, nous ne devrions pas essayer de nous inventer des règles personnelles, mais nous devrions plutôt essayer de suivre aussi fidèlement que possible le schéma qui nous est présenté par la sainte Tradition. Ce modèle accepté possède une sagesse et un équilibre cachés. Quand il semble que les règles traditionnelles ne sont pas applicables à notre situation personnelle, nous devrions chercher conseil de notre père spirituel, afin de découvrir humblement avec son aide quelle est la volonté de Dieu pour nous.

Bien que tous les Chrétiens Orthodoxes devraient jeûner, chaque personne et famille devrait choisir dans la prière et s'engager à une discipline de jeûne qui est appropriée à leurs circonstances et à ce qu'ils savent suivre. Nombreux choisissent de jeûner de viande les mercredis et vendredis tout au long de l'année, et alors adaptent leurs pratiques de jeûne durant les autres périodes de jeûne de l'Église. Certains choisissent de jeûner strictement (ni viande ni laitages) tout au long du grand et saint Carême. Nombreux choisissent de jeûner strictement uniquement au cours de la première semaine du Carême et au cours de la Semaine Sainte. D'autres choisissent de jeûner de viande tout au long du Carême et de viande, poisson et laitages uniquement les mercredis et vendredis. D'autres encore suivent d'autres formes de discipline de jeûne. Habituellement, les enfants jeûnent avec modération et précaution afin de recevoir les éléments nutritifs nécessaires pour leurs corps en croissance. Bien entendu, les règles de jeûne ne s'appliquent pas aux gens malades, à l'hôpital, aux femmes enceinte, aux petits enfants, ou aux autres suivant un régime particulier sous contrôle médical.

"Voyez-vous, mes bien-aimés, ce que le vrai jeûne est réellement? Suivons celui-là, et ne nous laissons pas entraîner par la notion facile tenue par beaucoup, que l'essence du vrai jeûne, c'est s'abstenir de nourriture jusqu'au soir. Ce n'est pas le but poursuivit, mais que nous devrions faire preuve, tout en nous abstenant de nourriture, de tout ce qui est mauvais, et que nous devrions prêter meilleure attention aux devoirs spirituels" saint Jean Chrysostome.

Si vous avez encore des questions concernant le jeûne, veuillez les adresser à votre prêtre.

Directives de jeûne telles que prescrites par l'Église Orthodoxe

Mercredi & vendredi

Chaque mercredi et vendredi doit être observé par le jeûne, à moins qu'une importante fête prenne la préséance sur le jeûne (voir exceptions plus bas). Le jeûne du mercredi est en souvenir de la trahison du Seigneur, et le jeûne du vendredi en mémoire de Sa Passion et Mort sur la Croix.

Jours de jeûne particuliers
29 août – décapitation (décollation) de saint Jean le Baptiste
14 septembre – élévation de la Précieuse et Vivifiante Croix
5 janvier – veille de la Théophanie (Épiphanie)
(ce sont des jours de jeûne strict pour lesquels la sainte Tradition nous enseigne que nous devrions nous y abstenir de viande, produits carnés, poisson, produits laitiers, huile d'olive et vin).

Grand Carême, le Grand Jeûne
Le Grand Carême commence 40 jours avant le Dimanche des Rameaux (Palmes), après le dimanche de la tyrophagie (des laitages), et dure jusqu'au soir précédent le Dimanche des Rameaux.

Semaine Sainte
Un jeûne spécial en honneur de la Passion de notre Seigneur, il dure du soir du Dimanche des Rameaux jusqu'au Samedi Saint compris.

Jeûne des saints Apôtres
Le carême des saints Apôtres commence le lundi après le dimanche de la Toussaint (dimanche qui suit la Pentecôte) et dure jusqu'au 29 juin, la fête des saints Apôtres Pierre et Paul. Le jeûne varie en durée selon la date de Pâques.

Le jeûne de la Théotokos
Le carême qui précède la Fête de la Dormition de la toute sainte Mère de Dieu commence le 1er août et dure jusqu'au 14 août.

Jeûne de Noël
Le carême avant Noël commence le 15 novembre et dure jusqu'au 24 décembre (le poisson est autorisé jusqu'au 12 décembre).

Période où il n'y a pas de jeûne
Tous les samedis, sauf le Samedi Saint (pas de jeûne d'huile)
Du 25 décembre au 4 janvier
La semaine qui suit le Dimanche du Pharisien et du Publicain
La semaine qui suit Pâques
La semaine qui suit la Pentecôte

(1) Il est à faire noter que dans l'usage Orthodoxe commun les mots "jeûner" et "abstinence" sont utilisés de manière interchangeable, au contraire du catholicisme-romain. Il n'y a pas de distinction claire entre ces 2 termes dans l'Église Orthodoxe. Les pères de l'Église déclarent simplement comme principe pour guider que nous ne devrions jamais manger à satiété mais toujours nous lever de table en ayant la sensation que nous aurions dû manger plus, et que nous sommes à présent prêts pour la prière. T. Ware, "The Lenten Triodon"

Quand vous jeûnez... Retrouver l'équilibre dans nos vies

Le prophète Isaïe, dans l'Ancien Testament, décrit le jeûne de la manière suivante:
"C'est de rompre les chaînes injustes, dénouer les cordes du joug, renvoyer libres les opprimés, et briser toute espèce de joug; c'est de partager sa nourriture avec l'affamé, d'héberger les malheureux sans asile, de vêtir les gens déguenillés au lieu de se détourner de son semblable. Alors ta lumière poindra comme l'aurore" (Isaïe 58,6-8)

Jésus jeûnait. Il Se prépara pour Son ministère public en jeûnant 40 jours. Et Jésus bouscula Ses disciples lorsqu'ils eurent échoué à guérir l'enfant souffrant en disant "cette sorte (de démon) ne sait être chassée que par la prière et le jeûne" (Mt 17,21).

Se livrer afin de donner
Jeûner n'est pas un acte de mortification ou "d'abnégation" pour le principe de le faire. Ce n'est pas fait pour causer une souffrance qui serait soit-disant agréable à Dieu. Ce n'est pas une "loi" qui, si supportée, nous gagnerait la faveur de Dieu ou qui, si ignorée, nous rendrait coupables.

Au contraire, le jeûne est intimement relié au don, et moins concerné par l'abandon. Il implique de retrouver le contrôle de ces choses auxquelles nous avons laissé prendre le contrôle de nous-mêmes – nourriture, loisirs, colère, orgueil, argent, en bref, tout ce que nous devrions contrôler mais que nous ne parvenons pas à faire. Jeûner nous met au défi de vivre sans certains choses de sorte que nous puissions prendre l'initiative de faire ces choses pour lesquelles nous échouons souvent, de laisser tomber les choses non-nécessaires afin de pouvoir donner plus de temps et d'attention aux éléments vraiment importants que souvent nous négligeons.

Une des hymnes du Carême l'explique précisément:
Entamons ce très précieux Carême dans la joie. Brillons des saints Commandements du Christ notre Dieu – avec la splendeur de l'amour, l'éclat de la prière, la propreté de la pureté et la force du bienheureux courage. Si nous jeûnons de nourriture mais non pas de nos passions, notre jeûne est vain. Le vrai jeûne est le rejet de tout mal, faire taire la langue, laisser la colère de côté, retrancher le désir, les vains discours, le mensonge et la malédiction – toutes ces choses qui ne disparaissent qu'à travers le jeûne véritable et acceptable.

Préparation personnelle
Traditionnellement, les Chrétiens Orthodoxes jeûnent les mercredis et vendredis tout au long de l'année, et chaque jour durant les 4 périodes de carême annuelles. Au sein de la communauté Chrétienne, chaque personne jeûne différemment, selon sa propre capacité, acuité spirituelle et vision. Tous devraient jeûner, au moins de manière minimale, et en tout cas, notre jeûne devrait être accomplit :
En secret, sans révéler aux autres ce que nous faisons; et dans la joie, sachant que le but de notre jeûne n'est pas simplement trouvé en renonçant, mais plutôt, dans notre réponse aux opportunités pour donner qui nous sont offertes.

Retrouver le contrôle de nos vies
Jeûner n'est dès lors pas un exercice dans le remord noir et déprimant. C'est un acte joyeux. Et c'est cette joie qui transforme les jours et les périodes de carême – et, en fait, toute période de nos vies, en temps de réjouissance par l'opportunité de changer nos paroles, nos pensées, nos actions, et nos vies, en gagnant sur toutes ces choses qui bien trop souvent gagnent sur nous et nous contrôlent.

Mathieu 6,16-18:
"Quand vous jeûnez, ne prenez pas un air sombre comme les faux dévots qui se composent un visage exténué pour montrer aux hommes qu'ils jeûnent. Oui, vous dis-je, ils ont leur récompense. Quand tu jeûnes, parfume-toi la tête et lave-toi le visage pour ne pas laisser voir aux hommes que tu jeûnes, mais à ton Père qui est présent dans le secret; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra."
Dans ce passage du Sermon sur la Montagne, Jésus ne dit pas "si vous jeûnez" mais plutôt "quand vous jeûnez." Il présuppose que Son peuple voit le jeûne comme une partie essentielle de la vie.

Pour prier et réfléchir...
Pendant les jours qui viennent, réfléchissez à ceci :
Comment le jeûne vous a-t'il été présenté dans le passé? Comme un exercice d'abnégation par principe d'abnégation, ou comme moyen de recouvrer le contrôle de nos vies?
Jeûner signifie éliminer notre préoccupation pour la nourriture, les distractions vides de sens, et ces choses qui nous distraient et enlèvent l'équilibre de nos vies. Quelles choses provoquent de la distraction et du déséquilibre dans votre vie? Comment pourriez-vous les vaincre et commencer à retrouver l'équilibre?
Quand vous jeûnez, laissez de côté les autres activités, comme aider le pauvre et le nécessiteux, ou mettre de côté l'argent que vous auriez dépensé pour de l'argent ou des loisirs, et avoir cet argent en faveur de ceux dans le besoin.



Le Roi des rois
fin 18ème siècle, école de la Néva (Nevyansk), 44 x 37 x 3cm
Le centre de l'Icône représente Jésus-Christ sur Son trône – le Roi des rois. Dans les coins sont représentés en style baroque les 4 Évangélistes et leurs symboles (Mathieu / Ange, Marc / aigle, Jean / Lion et Luc / taureau).
Une grande quantité d'or est utilisée pour symboliser la Lumière divine.
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