"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

15 mars 2008

Message archipastoral pour le Grand Carême 2008 (metr. Herman)

http://www.oca.org/News.asp?ID=1489&SID=19


icone du Christ humilie


Message archipastoral de sa béatitude le métropolite Herman, au commencement du Grand Carême 2008



Aux très révérend et révérend clergé, moines et fidèles de l'Église Orthodoxe
en Amérique

Bien-aimés dans le Seigneur,

Parmi les offices liturgiques du Triodon du Grand Carême se distingue la Divine Liturgie des Saints Dons Présanctifiés. Dans l'introduction au livret d'office publié par le département d'éducation religieuse de l'OCA, le protopresbytre Thomas Hopko appelle la Divine Liturgie des Saints Dons Présanctifiés "un des grands chefs d'oeuvres de piété et de créativité liturgique Orthodoxe." A la fin de la Liturgie, nous entendons la prière devant l'Ambon. Dans cette prière, le Grand Carême est appelé "ces jours très saints pour la purification de nos âmes et de nos corps, pour la maîtrise de nos passions et dans l'espérance de la Résurrection."

Il peut être facile de regarder le jeûne comme une corvée. Quelque fois, l'arrivée du Grand Carême est même source d'une certaine appréhension. Il y a des offices plus nombreux, etc ça semble être une si longue période à vivre sans les nourritures et distractions qui nous sont si chères. Cependant, la prière ci-dessus nous rappelle que le Grand Carême ce sont "ces jours très saints." Dans l'Évangile, notre Seigneur nous enseigne que "le Sabbath fut fait pour l'homme, et non pas l'homme pour le Sabbath" (Mc 2,27). Les temps et les périodes de l'année liturgique sont des dons qui nous sont offerts par Dieu pour notre guérison, notre édification et notre croissance en Sa divine image. Le Grand Carême est un temps qu'il faut chérir comme un don très précieux, sachant que les fruits qu'il offre valent bien un effort supplémentaire.

Le Grand Carême nous offre le don de la "purification de nos âmes et nos corps." De même qu'un moteur ne saurait fonctionner convenablement sans être nettoyé, nous ne savons pas fonctionner convenablement si nous sommes affaiblis par des polluants matériels et spirituels. Jeûner est bon pour le corps et l'âme. Cela nous nettoye physiquement et nous permet une clarté spirituelle qui ne sait venir que par la lutte ascétique. Notre Seigneur Jésus-Christ nous rappelle que certains esprits impurs ne peuvent être chassés que "par la prière et le jeûne" (Matthieu 17,21). Étant plus vigilants, plus concentrés, nous prions avec moins de distraction, nous rendant nous-mêmes plus ouverts à l'inhabitation du Saint Esprit en nous.

Par le jeûne, Dieu est à même d'oeuvrer en nous, et nous nous voyons gratifiés du don de la "limitation des passions." La signification originale de "passion" est souffrance. La souffrance n'est pas limitée à la douleur physique, mais peut aussi être le résultat d'un profond conflit intérieur. Tout Chrétien se trouve face à la tension interne entre suivre le Chemin du Christ et suivre les préceptes de notre nature déchue; ce choix est au coeur de la "repentance," pour "changer d'esprit," s'éloigner du péché et se tourner vers Dieu, ce à quoi nous sommes sans cesse appelés durant le Grand Carême. Bien que cela puisse sembler un choix facile, c'est en fait un choix très difficile à faire, et il est encore plus difficile d'y persévérer. C'est ainsi que saint Paul disait aux Romains : "Car je ne fais pas ce que je veux, je fais ce que je hais" (Rom. 7,15). Par l'auto-discipline du jeûne, nous sommes plus ouverts à la présence active de Dieu en nous. Cette présence active nous donne la force, la sagesse et le courage nécessaires pour nous détourner de nos inclinations pécheresses et fixer notre regard sur le Royaume céleste. Comme disait saint Paul aux Galates, "ce n'est plus moi qui vit, c'est le Christ qui vit en moi;" c'est le premier fruit de notre jeûne.

La sainte saison du Grand Carême est en effet un temps d'efforts accrus. C'est un temps pour poser un regard sobre et honnête sur nous-mêmes, sur notre vie et notre relation avec Dieu. Ce n'est pas une tâche aisée, et il est capital de garder présent à l'esprit le contexte de nos efforts. Nous ne nous attelons pas à cette tâche en tirant la tête, mais remplis de la joyeuse "espérance de la Résurrection." C'est l'anticipation de Pâques, le triomphe du Christ Ressuscité, que nous gardons en nos coeurs tout en jeûnant. Nous luttons avec l'abnégation, cherchant la purification corps et âme, et la guérison interne des passions, afin de participer plus pleinement à l'éclat de la Résurrection du Christ.

Dans sa lettre à l'Église de Corinthe, saint Paul disait : "celui qui sème chichement, moissonnera chichement; celui qui sème copieusement, moissonnera copieusement. Que chacun donne suivant le mouvement de son coeur, sans regret ni contrainte: Dieu aime celui qui donne avec joie" (2 Co 9,6-7). Bien que l'Apôtre parle spécifiquement de dons monétaires, ce principe s'applique à tous et à tout don que nous faisons pour le Christ, y compris tous ces "abandons" que nous faisons durant les jeûnes. Emprumptant ces paroles de saint Paul, nous pouvons dire que nous sommes appelés à jeûner "chacun suivant le mouvement de son coeur, sans regret ni contrainte," mais avec joie, sachant que notre but se trouve dans la célébration de la vivifiante Fête des fêtes, Pâques, la Résurrection de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ.

C'est notre tradition, au commencement du Grand Carême, de demander pardon à ceux que nous avons mis en colère, offensés, ou contre qui nous aurions péché d'une autre manière. Nous nous trouvons à un point dans notre histoire où beaucoup ressentent de la douleur et de la colère à cause de méfaits qui ont été commis au sein de l'Église. Si j'ai péché contre vous de quelque manière que ce soit, et en particulier si mes actions pour m'occuper de ces méfaits vous ont affligé, je vous demande votre pardon et vos prières.

Vous souhaitant une période de Grand Carême et une Semaine de la Passion spirituellement édifiantes, et une joyeuse célébration de la Sainte Pâques, je vous adresse mes bénédictions archipastorales et d'un amour paternel, je reste vôtre,

Dans l'amour du Christ,

+ HERMAN
Archevêque de Washington et New York
Métropolite, primat d'Amérique du Nord et du Canada
metropolite Herman, primat de l'Eglise Orthodoxe d'Amerique

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