"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

11 mars 2008

Saint Euloge de Cordoue, sceau des martyrs de l'Espagne Orthodoxe (san Eulogio de Córdoba)

Dans la liste des saints du patriarcat Orthodoxe de Rome, le p. Andrew nous mentionne pour aujourd'hui un saint d'Espagne, Euloge de Cordoue. Nous avons aussi saint Vindicien comme saint de la Belgique Orthodoxe, mais l'Espagne étant peu connue pour avoir été pacifique et Orthodoxe, cette année, je m'attarderai sur Euloge.
http://www.orthodoxengland.org.uk/saintse.htm

SAINT EULOGE DE CORDOUE, MARTYR (+ 859)
Euloge est né dans une famille bourgeoise Cordoue. Dès sa jeunesse, il fut confié à la communauté des prêtres de Saint-Zoïle. Il y fit preuve d'un vif attrait pour l'étude des saints Livres; il s'appliqua à en pénétrer le sens et en fit l'objet préféré de ses méditations. Il se mit ensuite sous la conduite d'un pieux et savant abbé, Espérandieu, qui gouvernait le monastère de Cutelar près Cordoue: c'est là qu'il connut son futur biographe, Alvare, et qu'il se lia d'une étroite amitié avec lui. En sortant de cette école, Euloge était devenu un homme de sagesse et de vertus; son humilité surtout, puis sa douceur et sa charité lui valurent l'estime, le respect, l'affection de tous ceux qui le connurent. Il enseigna pendant quelque temps les lettres à Cordoue, fut ordonné diacre, puis ensuite prêtre.
Attaché au service d'une église, il fut pour tous, prêtres et fidèles, un modèle d'ascèse. Il rédigea des Règles pour ceux qui servent Dieu dans les communautés, vécut lui-même comme un vrai moine dans le clergé, se montra un prêtre parfait au milieu des moines. Après avoir visité les monastères de son pays, il voulut voir ceux des provinces éloignées pour en comparer les constitutions avec les Règles dressées par lui, et recueillir ce qu'il trouverait de meilleur. Il revint ensuite à Cordoue pour travailler avec une nouvelle ardeur à l'oeuvre de sa sanctification.


En 850, la 20ème année du règne d'Abdérame, les Maures, pris d'une fureur subite qu'on ne put s'expliquer, commencèrent à persécuter les Chrétiens. Un évêque d'Andalousie nommé Récarède, soit par apostasie, soit par faiblesse en face de la violence, se fit l'instrument de cette nouvelle persécution : il fit arrêter les prêtres de Cordoue avec leur évêque. Tous furent jetés en prison. Euloge était d'entre eux : il employa le temps de sa détention à prier, à encourager ses frères. Il composa une exhortation au martyre pour 2 vierges, Flore et Marie. Ces saintes filles, dociles à ses instructions, souffrirent généreusement le martyre l'année suivante. Euloge et les autres prisonniers en rendirent grâces au Seigneur : quand ils sortirent de prison quelques jours après leur supplice, Euloge se hâta d'écrire l'histoire de ce supplice pour exciter les autres confesseurs à imiter leur exemple. Profitant ensuite de la liberté qui lui était laissée, il travailla par ses prédications et ses écrits à instruire les fidèles. Son zèle fut couronné de succès; sous Mohammed, fils d'Abdérame, il empêcha beaucoup de Chrétiens faibles de renier Jésus-Christ, et il renforça sur la voie du martyre des moines, des clercs, des personnes mariées. Il recueillit ensuite les Actes de ces martyrs, en composa 3 livres sous le titre de Mémorial; en même temps, dans une Apologétique, il justifiait la conduite de ces héros.

Lorsque vers la fin de 858, l'archevêque de Tolède vint à mourir, le clergé et les fidèles donnèrent leurs suffrages à Euloge : c'est qu'il était considéré comme le premier homme de l'Église d'Espagne par l'Orthodoxie de sa doctrine, sa capacité, sa vertu, comme aussi par le courage avec lequel il avait confessé la Foi de Jésus-Christ devant les persécuteurs. Mais Dieu voulut le rappeler à Lui, avant qu'il pût être sacré. Il y avait à Cordoue une vierge Chrétienne, nommée Léocritie, convertie toute jeune à la Foi de Jésus-Christ par l'une de ses parentes. Maltraitée par les siens demeurés païens ou musulmans (mahométans), en danger d'apostasier si elle cédait à leurs menaces, cette jeune fille vint chercher un refuge près d'Euloge qui la prit sous sa protection, la confia à sa soeur, l'instruisit plus amplement de ses devoirs, fortifia ses résolutions et la fit mettre en sûreté chez un ami. Les parents de Léocritie soupçonnèrent ce qui s'était passé, prétendirent qu'il y avait eu enlèvement de leur fille, et se firent autoriser par le magistrat à ouvrir une enquête. A cette occasion, beaucoup de personnes furent arrêtées et soumises à la torture. Pendant ce temps, Euloge veillait sur sa protégée, la faisait passer secrètement d'une maison dans une autre, affermissait sa Foi et la préparait au martyre, car il lui était difficile d'y échapper. Il passait les nuits en prières pour elle dans l'église de Saint-Zoïle; de son côté, Léocritie veillait, jeûnait, couchait sur la cendre pour se préparer au combat.
A la fin, tous 2 furent arrêtés; on les jeta en prison et on les traduisit devant le juge. Euloge fut accusé d'avoir séduit Léocritie, de l'avoir détournée de l'obéissance qu'elle devait à ses parents; il répondit qu'un prêtre ne pouvait refuser l'instruction aux personnes qui la lui demandaient, que selon les principes mêmes des persécuteurs, il avait eu raison de dire à Léocritie qu'elle devait dans la circonstance préférer Dieu à ses parents. Il alla même jusqu'à proposer au juge de lui montrer le chemin du Ciel, comme il l'avait fait pour cette jeune fille, de lui découvrir les impostures du faux prophète Mahomet et de lui prouver que Jésus-Christ est l'unique voie par laquelle on arrive au Salut éternel. Il n'avait pas enseigné autre chose à Léocritie.
Entendant cette proposition, le juge entra en fureur et fit fouetter Euloge : "Vous auriez plutôt fait, déclara celui-ci, de me condamner immédiatement à la mort, car de me faire changer vous n'y pouvez prétendre; je donnerais avec joie plusieurs vies, si je le pouvais, pour la défense de ma Foi." Le juge, à ces mots, fit conduire Euloge devant le conseil du roi. Cependant un des conseillers prit à part le saint confesseur; il lui déclara qu'on aurait égard à son mérite et qu'il serait épargné, s'il consentait à renier de bouche Jésus-Christ devant le tribunal; à cette condition on lui laisserait toute liberté de demeurer Chrétien. Indigné d'une telle proposition, Euloge répondit à ce conseiller " Si tu pouvais seulement connaître les récompenses qui attendent ceux qui conservent notre Foi, tu renoncerais aussitôt à toute dignité temporelle pour les obtenir" . Amené devant le conseil du roi, Euloge parla comme devant son premier juge : il alla même jusqu'à prêcher et exposer devant tout l'auditoire les vérités de l'Évangile : pour ne pas entendre cet enseignement, on le condamna aussitôt à être décapité.
Comme on le conduisait au supplice, un eunuque le frappa au visage. Euloge, sans se plaindre, lui présenta l'autre joue; l'infidèle eut l'insolence de la frapper encore. Arrivé au lieu de l'exécution, Euloge pria à genoux, étendit les mains vers le ciel, fit le Signe de la Croix sur tout son corps. Puis avec une fermeté admirable, il présenta la tête au bourreau et consomma ainsi son glorieux martyre, un samedi (11 mars 859).
Léocritie fut décapitée le mercredi suivant, 15 mars.
Le fouet qui est placé près d'Euloge dans les peintures, rappelle qu'avant son dernier supplice il fut cruellement flagellé.
Les fidèles de Cordoue rachetèrent au bourreau la tête d'Euloge et l'enterrèrent avec son corps dans l'église de Saint-Zoïle, au service de laquelle il avait été attaché comme prêtre durant toute sa vie. Le 1er juin 860, on fit l'élévation de son corps, et parce que le 11 mars, date de sa mort était ordinairement en carême, que, durant ce saint temps, l'Église mozarabe ne célébrait aucune fête, la mémoire des 2 martyrs Euloge et Léocritie fut célébrée solennellement le 1er juin à Cordoue. En 883, les 2 corps furent transférés de Cordoue à Oviédo, et on en fit l'anniversaire le 16 janvier. Une 3ème translation eut lieu le 9 janvier 1300 à Camarasanta. Ainsi s'explique comment le nom d'Euloge reparaît à ces diverses dates. Des exemplaires du martyrologe d'Usuard marquent encore ce nom au 20 septembre.
Les écrits conservés d'Euloge : Mémorial des saints ou Actes des martyrs de Cordoue en 3 livres; Exhortation au martyre, adressée aux vierges Flore et Marie; Apologétique des martyrs, et un certain nombre de Lettres sont dans P. L., t. 115, col. 736.
La Vie d'Euloge a été composée par Alvare, son ami et son contemporain : Acta sanct., 12 mars; P. L., t. 115, col. 736; L. Traube, MGH Monum. Germ. hist., Poetae latini, t. 3, p. 122



icône mozarabe


Eulogius Toletanus Episcopus, Patrologia Latina 115

De Vita Et Passione Florae Et Mariae

Documentum Martyriale

Epistolae

Memorialis Sanctorum Libri Tres

Scholia Ad Omnia Opera

Scholia In Divi Eulogii Vitam

Vita Operaque [Auctore Alvaro Cordubensi]


notes importantes sur ces ouvrages de la Patrologie Latine
1. Migne n'est pas Orthodoxe, c'est un membre du clergé catholique-romain du 19ème siècle. Et malgré qu'il ai collationné tant d'ouvrages Orthodoxes, il n'est pas rentré dans l'Église. Il n'était donc visiblement pas très attaché à la vérité, et ses travaux ne peuvent donc que servir d'indice, à défaut d'avoir les ouvrages originaux sous la main. Ce n'est pas une poussée de fanatisme mais un simple réalisme. Il est prouvé qu'à maintes reprises, dans son milieu, on a volontairement falsifié les documents de l'Occident Orthodoxe - du moins ceux qu'on n'y a pas brûlé, comme ce fut massivement le cas chez les Carolingiens. Et quand ce n'était pas de la falsification, c'était de la réalisation de faux (genre Donation de Constantin, etc).
2. Si Migne devait d'aventure avoir correctement collationné les ouvrages de saint Euloge, les liens donnés ci-dessus renvoient de toute manière à des fichiers réalisés en milieu hétérodoxe. Même remarque qu'en 1 de rigueur. Nous n'avons en effet hélas pas encore eu le plaisir d'une commission épiscopale s'intéressant à rendre aux Occidentaux leurs vraies racines, et pas seulement à eux, mais à toute l'Église. On voit le résultat.

La vie liturgique de saint Euloge était Orthodoxe mais n'était pas byzantine. Ni romaine. Ni gallicane, quoique. Car le Rite Mozarabe, puisque c'est de lui qu'il s'agit, dans sa version originale et Orthodoxe, était apparenté aux rites de la famille gallicane. Sur Hispania Sancta, Julio Gurrea a une belle série d'explications sur le Rite Occidental et ses raisons d'être (en anglais)
http://hispaniasancta.blogspot.com/2007_05_01_archive.html


Pour l'intérieur des églises de l'Espagne Orthodoxe, voir l'article sur le Jubé, version occidentale de l'iconostase:
http://stmaterne.blogspot.com/2006/11/historique-du-jub-ou-iconostase.html

Emblème des Asturies, la Cruz de la Victoria (Croix de la Victoire), se trouve dans la cathédrale San Salvador d'Oviedo, comme les reliques de saint Euloge de Cordoue. Cette croix latine fut portée par le roi Pelagius d'Asturias lors de la bataille de Covadonga, qu'il gagna. Elle est en chêne. Ses bras sont élargis aux extrêmes et elle possède un reliquaire en son centre. En 908, sous le roi Alfonso III, elle fut recouverte d'or et de pierres précieuses.


elle porte l'inscription "HOC SIGNO TVETVR PIVS. HOC SIGNO VINCITVR INMICVS" - "Par ce signe le pieux est protégé. Par ce signe l'ennemi est vaincu."




"La Croix d'Oviedo. Les Sages devant l'Agneau. Apoc. V
Facundus, réalisé en 1047 pour Ferdinand Ier de Castille et Leon et la reine Sancha
Madrid, Biblioteca Nacional, Ms Vit.14.2, f°6v



cathédrale d'Oviedo


Saint Euloge ou la bénédiction de Cordoue
l'Espagne Orthodoxe
http://www.orthodoxengland.org.uk/oecordob.htm

Tropaire des martyrs de Cordoue, ton 3
O martyrs de Cordoue, parfaite éloge de l'Hispanie, vous avez combattu le bon combat et exalté la Foi Orthodoxe, dénonçant les croyances des infidèles Hagarènes, et avec grande audace, proclamé le Christ comme Unique Fils de Dieu. Dès lors intercédez pour nous, afin que nos âmes reçoivent grande paix et abondante miséricorde.

Introduction.

Sous le joug des Turcs Musulmans, du 15ème au 19ème siècle, des pans entiers de l'Église Orthodoxe sont entrés dans une longue période de martyre. En tout, sous le règne des Ottomans, quelque 30.000 Orthodoxes de nombreuses nationalités – Géorgiens, Grecs, Bulgares, Serbes, Roumains, Russes.. - furent martyrisés en Asie Mineure, dans les Balkans et à Chypre. Nombre de ces martyrs furent des Orthodoxes qui avaient apostasié en faveur d'avantages matériels. Puis, se repentant, ils avaient publiquement renoncé à l'islam, se voyant dès lors condamnés au martyre. Chaque année, ils sont commémorés en commun par l'Église le 3ème dimanche après la Pentecôte.

Cependant, dans l'histoire de l'Église, il y a aussi eu une période plus courte et moins connue de martyre, sous un autre joug des Musulmans. Il eut lieu pendant une décennie, entre les années 850 et 859, dans la seule ville de Cordoue, en Espagne, lorsque exactement 48 Chrétiens Orthodoxes furent martyrisés. Bien que la plupart d'entre eux étaient Espagnols (de race Latine ou Wisigothique), un Français, un Arabe ou Berbère, et un autre de nationalité inconnue, il y avait aussi des rapports avec l'Orient Orthodoxe. En effet, un des martyrs était Syrien, un autre était moine Arabe ou Grec de Palestine, et 2 autres avaient des noms grecs caractéristiques. Le martyre de la plupart d'entre eux fut rapporté par un prêtre appelé Euloge, dont le nom en grec signifie "bénédiction." Comme nous le verrons, leurs motivations étaient en bien des cas pas différentes de celles des martyrs Orthodoxes plus tardifs en Orient, et leur exemple devait devenir une source d'inspiration dans les siècles à venir dans toute la péninsule ibérique.

Suite de la traduction en travaux, je m'excuse, je suis trop épuisé pour la terminer ce soir..


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