"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

03 mars 2008

Saint Guénolé de Landevennec (saint Winwaloe)


La récolte des goémons à Saint-Guénolé
toile d'Émile Simon (1890-1976)


Résumé de la vie de saint Guénolé composé vers l’an 880 par Wrdisten, moine de Landevennec, photos des ruines du second monastère de Landevennec (Bretagne), du reliquaire de saint Guénolé, tropaire, etc :
http://stmaterne.blogspot.com/2007/03/saint-gunol-carme-2-rite-occidental.html


Oxford, bibliothèque Bodleian, ms auct. d.2.16, folio 72v
source & (c)

Évangéliaire en latin, réalisé à Landevennec fin 9ème ou début du 10ème siècle, comportant 4 enluminures pleine page des Évangélistes, stylisés; avec des ajouts du 11ème siècle, comportant des portraits conventionnels dans le style du nord de la France ou des Flandres. Léofric (+ 1072) donna cet évangéliaire à la cathédrale d'Exeter, où une liste de terres, reliques, etc, écrite en vieil anglais, fut ajoutée au début de l'ouvrage.
L'ouvrage n'est plus en Bretagne mais se trouve à Oxford.



Après Landevennec l'an dernier, cette année, nous visiterons un lieu de culte dédié à saint Guénolé dans son pays natal, la Cornouailles britannique, avec cette étonnante "église des tempêtes"


Saint Winwaloe
L'église des tempêtes! Là, dans ce lieu sauvage empreint de paix et de beauté, elle est blottie hors du vent, derrière un affleurement rocheux, à côté d'une plage de sable où les vagues de l'Atlantique viennent s'écraser contre la péninsule du Lézard, ou Lizard Peninsular. L'église se trouve sur l'emplacement du monastère de saint Guénolé.
Adresse : Church Cove, Gunwalloe, Cornwall
Suivez le chemin pédestre côtier et marchez jusqu'à la pointe de Poldhu Cove.
En voiture: garez-vous à National Trusts, Gunwalloe Car Park. Prenez l'A3083 depuis Helston et tournez à droit un mile après l'entrée principale de la base de la Royal Navy RNAS Culdrose. Il n'y a pas de facilités sur place, les toilettes, c'est sur la plage.
http://www.kerrierdeanery.co.uk/GunHist.htm





Cette "église des tempêtes," comme certains l'appellent, a donc été fondée par saint Guénolé ou Winwaloe. Du lieu de culte original, du 5ème siècle, il ne subsiste rien, bien qu'il existe des preuves documentées de son histoire subséquente. La tour détachée date probablement du 13ème siècle, et l'actuel bâtiment principal est essentiellement du 15ème siècle, largement restauré par Edmund Sedding en 1869, après de terribles dégâts dûs à une tempête.
Dans le cimetière, comme dans le coin sud-est de l'église, on trouve une ancienne croix qui à l'origine guidait les pèlerins à travers le courant. La base rectangulaire est à présent sur le côté gauche du chemin maritime. A la fin de ce chemin, on trouve l'emplacement sur la plage de la source sainte, que l'on voit encore par photographie aérienne, mais qui est à présent ensablée. L'église est en perpétuel danger à cause de l'érosion de la falaise, mais continue à témoigner de l'Évangile Chrétien.




icone de saint Guenole ou Winwaloe, de Landevennec

En dehors d'un manuscrit partiellement brûlé qui se trouve à Londres, au British Museum, et date du 12ème siècle, c'est principalement par le Cartulaire de Landevennec que l'on connaît la vie de saint Guénolé:
"Le cartulaire de Landevennec est un des documents les plus importants de l'histoire de Bretagne: car la substance historique que l'on peut en tirer renferme à peu de chose près tout ce que l'on sait de la Cornouaille continentale avant le 9ème siècle et fournit une partie essentielle des notions venues jusqu'à nous sur l'établissement des Bretons insulaires dans la péninsule armoricaine." Arthur de la Borderie

Ce manuscrit provient de l'ancienne abbaye de Landevennec. C'est un volume petit in-folio de 164 feuillets de vélin, l'écriture est du milieu du 11ème siècle. Le contenu est divisé en 2 parties:

1) la première partie, à savoir les 140 premiers feuillets (moins le verso du feuillet 140), est composée exclusivement d'hagiographies, essentiellement relatifs à saint Guénolé (Gwennolé, Winwaloe, Uinualoë), fondateur de l'abbaye du même nom.m, la deuxième la forme primitive du VI ème siècle, la première la forme actuelle.
préface, livres 1 & 2 : VITA SANCTI WINWALOEI - (grande Vie latine de saint Gwennolé).
Livre 3 : Vie abrégée de saint Gwennolé en vers latins, par Clément, moine de Llandevennec (écrite entre 854 et 875)
Hymnes en l'honneur de S. Gwennolé
Leçons de l'office de S. Gwennolé
Vie de S. Idunet ou S. Ethbin

2) les 24 derniers feuillets et demi, une série de chartes et de notices, de titres et documents diplomatiques ayant trait aux droits et biens de l'abbaye.
MONASTERII LANDEVENECENSIS CHARTAE - Chartes de l'abbaye de Landevenec
Liste des abbés de Landevenec
Chartes et notices
Liste des comtes de Cornouaille continentale
Suite des chartes et notices


Cartulaire de l'abbaye de Landevenec
publié pour la Société Archéologique du Finistère
par Arthur de la Borderie, correspondant de l'Institut, 1899
livre complet sur Gallica :
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k91128q

source du lien : cartulaires médiévaux de France
http://www.ext.upmc.fr/urfist/menestrel/medcartu.htm


ARTHUR DE LA BORDERIE
Correspondant de l'Institut.
HISTOIRE DE BRETAGNE -- CRITIQUE DES SOURCES
LE CARTULAIRE LANDEVENEC
Le Cartulaire de Landevenec, aujourd'hui pour la première fois publié dans son texte intégral par les soins de la Société archéologique du département du Finistère, est un des documents les plus importants de l'histoire de Bretagne
car la substance historique qu'on en peut tirer renferme à peu de chose près tout ce qu'on sait de la Cornouaille, continentale avant le, 9ème siècle et fournit une partie essentielle des notions venues jusqu'à nous sur l'établissement des Bretons irsulaires dans la péninsule armoricaine.
Matériellement - sans entrer ici dans une description technique qu'on trouvera ailleurs, ce manuscrit, qui provient (comme son nom le dit) de l'ancienne abbaye de Landevenec, située sur la rade de Brest, consiste en un volume petit in-folio de 164 feuillets de vélin, écriture du milieu du 9ème siècle, et divisé - quant a son contenu - en deux parties de longueur fort inégale, savoir
Première partie, - contenant les 140 premiers feuillets (moins le verso du f. 140), composée exclusivement de documents hagiographiques, presque tous relatifs au fondateur de l'abbaye de Landevenec, saint Gwennolé ou Uinualoë, - deux formes du même nom, celle-ci la forme primitive du 6ème siècle, celle-là la forme actuelle, et que nous emploierons toutes deux indifféremment, dans les pages qui vont suivre, pour désigner ce personnage.
Deuxième partie, - contenant les 24 derniers feuillets et demi (du f. 140 vs à f. 164), entièrement composée d'une série de pièces qui, dans leur forme extérieure, offrent l'aspect de chartes et de notices, en un mot, de titres et de documents diplomatiques relatifs aux droits et aux possessions de l'abbaye de Landevenec.
Donc, partie hagiographique. 140 ff., - partie diplomatique, 24 ff. 1/2. Tout est en latin.

Entre ces deux parties, quant au fond, nulle connexité, nulle communauté d'origine. - La première a été composée au 9ème siècle et contient tout ce qu'on savait alors des origines de l'abbaye et de l'état de la Cornouaille vers la fin du 5ème siècle et le commencement du 6ème. - La seconde, sauf une demi-douzaine de pièces du 10ème siècle, est quant à sa rédaction toute du 11ème', et n'émane nullement, quoi qu'on en ait dit, des mêmes sources que la première. Celle-ci, à nos yeux, a bien plus d'importance que la seconde, dont la valeur historique, quoique fort appréciable, est difficile à déterminer. Ce qu'il faut surtout retenir dès maintenant et ce qui sera nettement démontré, c'est qu'il n'y a nulle solidarité entre les deux parties du Cartulaire.
Cela dit, nous allons d'abord nous occuper de la première partie.

PREMIÈRE PARTIE DU CARTULAIRE
Époque et autorité de la Vie de S. Uinualoë écrite par Wrdisten.
Cette première partie se compose des documents suivants:
1° Vie de S. Uinualoë, écrite avant l'an 884 par Wrdisten, abbé de Landevenec, et divisée en deux livres, précédés de prologue, préfaces, table des chapitres (Cartulaire de Landevenec édité par la Société archéologique du Finistère, pp. 1 à
102).
2° Vie abrégée de S. Uinualoë en vers latins hexamètres (p. 103 à 119 dudit Cartulaire).
3° Trois hymnes en l'honneur de S. Uinualoë (pp.120 à 128).
4° Vie abrégée de S. Uinualoë en prose, en forme d'homélie et de leçons pour l'office de la fête du saint (pp. 129 à 135).
5° Vie de S. Idunet, aussi appelé S. Ethbin (pp. 137 à 141).
L'une des trois hymnes a été composée par un moine de Landevénec appelé Clément, sous le règne de Salomon, roi de Bretagne, c'est-à-dire de 857 à 874 inclusivement. - On ignore l'auteur de la vie de S. Ethbin ou Idunet. Quant aux autres documents qu'on vient de nommer, ils sont (nous le montrerons) l'oeuvre de l'abbé Wrdisten.

[...]

La Vie de S. Uinualoë par Wrdisten a donc été écrite au plus tard vers 880. Uinualoë vivait plus de trois siècles avant cette date; si Wrdisten n'a eu pour écrire sa Vie d'autre guide que la tradition orale, l'autorité historique de son oeuvre ne devrait être acceptée que sous forte réserve : car bien que le souvénir traditionnel d'un personnage historique conservé au lieu où il a vécu ne soit pas assurément sans valeur, surtout s'il s'agit d'un fondateur religieux dont la postérité monastique a intérêt à perpétuer la mémoire, - il est d'expérience aussi que dans le cours de trois siècles, et souvent de beaucoup moins, la tradition orale ne manque guère d'amplifier, déformer et modifier plus ou moins la vérité historique, dont parfois il devient très difficile de retrouver sous cette surcharge les traits essentiels et primitifs. Voyons donc ce que Wedisten nous dit des sources où il a puisé les éléments de son récit, de la façon dont il l'a composé. Voici d'abord le prologue en vers latins, c'est-à-dire la préface générale de son oeuvre, traduite aussi fidèlement que possible (1) :
"La Vie du saint et éminent père des moines Uinualoë se trouve ici disposée dans un ordre facile à suivre. A la prière unanime de nos frères, moi Wrdisten j'ai relu cette belle Vie et je m'applique à l'écrire sur les blanches pages de nos livres. Mon travail ajoute encore à sen mérite. Pourtant, quiconque la voudra écrire de nouveau sur les documents anciens, je ne veux point l'empêcher de les consulter, je ne veux pas qu'on les détruise après m'en être servi moi-même. Mais aussi, que ce nouvel historien tienne compte de tout ce qui a été fait; qu'il relise mon écrit sans négliger les autres; qu'il marche entre ces deux voies, choisissant ici et là, vieux ou neuf, ce qui lui plaira davantage. Donc, je le prie de ne point décrier notre oeuvre, de ne point la battre â coups redoublés avec le bélier de l'envie, car elle s'appuie sur l'autorité de nos devanciers (2). Je ne veux non plus forcer personne à la lire. Mais quiconque sait se contenter d'un frugal festin, je l'invite a notre modeste table. Quiconque veut voir les faits illustres bien établis, dégagés de toute fable, de toute tache, de toute grossièreté, qu'il vienne pieusement déguster notre vin nouveau. Sensible à ce présent, qu'il introduise les autres [dans notre oeuvre] par une belle porte, et qu'il soit pour eux un guide habile. Car ces événements, que nos ancêtres avaient retracés sur une trame épaisse, brillent avec plus de clarté dans nos écrits."
[...]

et les 20 pages A4 suivantes à retravailler... c'est pour dans les semaines à venir!