"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

09 mars 2008

Saint Tikhon: homélie du Dimanche du Pardon


Épître : Romains 13,11-14,4
Cela importe d'autant plus que vous savez en quel temps nous vivons: l'heure est enfin venue de sortir de votre torpeur. Le salut est maintenant plus proche de nous qu'au temps où nous avons embrassé la foi. La nuit s'avance, le jour approche; dépouillons-nous donc des oeuvres de ténèbres, et revêtons les armes de lumière. Comme en plein jour, marchons avec dignité: point d'orgies, point d'ivrognerie; point de luxure ni de débauches; point de querelles, point de jalousies. Au contraire, revêtez-vous du Seigneur Jésus Christ, et ne mettez pas vos préoccupations dans la chair pour en satisfaire les convoitises. Celui qui est faible dans la foi, accueillez-le avec bonté, sans discuter ses idées. L'un croit pouvoir manger de tout; l'autre, qui est faible, ne mange que des légumes. Que celui qui mange de tout ne méprise pas celui qui s'abstient. Que celui qui s'abstient ne juge pas celui qui mange de tout, car Dieu l'a accueilli. Qui es-tu, toi, pour te poser en juge du serviteur d'autrui? Qu'il demeure ferme ou qu'il tombe, cela regarde son maître. Mais il demeurera ferme, car le Seigneur a le pouvoir de le soutenir.

Évangile : saint Matthieu 6, 14-21
Si vous pardonnez aux hommes leurs fautes, votre Père céleste aussi vous les pardonnera; mais si vous ne pardonnez pas aux hommes, votre Père ne vous pardonnera pas non plus. Quand vous jeûnez, ne prenez pas un air sombre comme les faux dévots qui se composent un visage exténué pour montrer aux hommes qu'ils jeûnent. Oui, vous dis-je, ils ont leur récompense. Quand tu jeûnes, parfume-toi la tête et lave-toi le visage pour ne pas laisser voir aux hommes que tu jeûnes, mais à ton Père qui est présent dans le secret; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. Il ne faut pas accumuler de trésors sur la terre, où la rouille et les mites rongent, où les voleurs percent et dérobent. Accumulez des trésors dans le Ciel, où ne rongent ni les mites ni la rouille, où les voleurs ne percent ni ne dérobent. Car, où est ton trésor, là sera ton coeur.

http://southern-orthodoxy.blogspot.com/2007/02/st-tikhon-forgiveness-sunday-homily.html

Ce jour est appelé "Dimanche du Pardon." Il a reçu ce nom de la pieuse coutume Orthodoxe Chrétienne qui veut que lors des Vêpres du jour, chacun demande à son prochain pardon pour son impolitesse et son manque de respect. Nous faisons cela parce que pendant le Carême qui va commencer, nous nous approcherons du sacrement de pénitence, et nous demanderons au Seigneur de nous pardonner nos péchés, pardon qui ne nous sera accordé que si nous-mêmes nous nous pardonnons les uns les autres. "Car, si vous pardonnez aux hommes leurs fautes, votre Père céleste aussi vous les pardonnera; mais si vous ne pardonnez pas aux hommes, votre Père ne vous pardonnera pas non plus" (Mt 6,14-15).

Cependant, il est dit qu'il est extrêmement difficile de pardonner le manque de politesse et d'oublier le manque de respect. Peut-être est-ce notre nature égocentriste qui trouve vraiment difficile de pardonner le manque de respect, quand bien même les saints Pères disaient qu'il est plus facile de pardonner que de chercher à obtenir vengeance (ref saint Tikhon de Zadonsk, suivant saint Jean Chrysostome). Cependant, tout ce qui est bon en nous n'est pas accompli facilement, mais difficilement, avec force et effort. "Le Royaume des Cieux est malmené, et seuls les violents s'en emparent de force" (Mt 11,12). Pour cette raison, nous ne devrions pas être découragés face à la difficulté de ce geste fort pieux, mais au contraire, nous devrions chercher les moyens de l'accomplir. La sainte Église offre nombre de moyens à cette fin, et parmi tous ces moyens, nous allons examiner celui qui correspond le plus à la période de repentance qui s'annonce.

"Oui, Seigneur Roi, donne-moi de voir mes péchés et de ne pas juger mon frère." La source pour pardonner notre prochain, pour ne pas le juger, se trouve dans notre reconnaissance de nos propres péchés. "Imaginez," disait un grand pasteur, qui connaissait le coeur de l'homme, le père Jean de Cronstadt, "représentez-vous la multitude de vos péchés, et rendez-vous compte à quel point le Maître de votre vie est tolérant envers eux, alors que vous, vous refusez de pardonner même la plus petite offense à votre prochain. Gémissez et pleurez sur votre folie, et cet obstacle présent en vous s'évanouira en s'envolant telle la fumée, vos pensées seront plus claires, votre coeur deviendra plus apaisé, et par cela, vous apprendrez la bonté, comme si ce n'était pas vous qui aviez entendu reproches et indignités, mais quelqu'autre personne, ou l'ombre de vous-même" (Leçons d'une vie de grâce, p. 149). Celui qui admet son état de pécheur, qui par l'expérience connaît la faiblesse de la nature humaine et son inclination envers le mal, pardonnera avec d'autant plus d'empressement à son prochain, écartant les transgressions et s'abstenant d'un jugement hautain envers les péchés d'autrui. Rappelons-nous que même les scribes et les Pharisiens qui avaient amené au Christ une femme prise en flagrant délit d'adultère furent forcés de repartir, lorsque leur conscience parla, les accusant chacun de leurs propres péchés (Jean 8,9).

Hélas, mes frères, nous n'aimons pas reconnaître nos propres transgressions. Il pourrait sembler naturel et facile pour quelqu'un de se connaître lui-même, connaître son âme et ses faiblesses. Cependant, ce n'est en fait pas le cas. Nous sommes prêts à nous occuper de tout sauf d'une connaissance plus profonde de nous-mêmes, d'une investigation de nos propres péchés. Nous examinons diverses choses avec curiosité, nous étudions attentivement amis et étrangers, mais lorsque nous sommes dans la solitude, sans préoccupation externe, même ne fut-ce que pour un bref instant, nous nous trouvons aussitôt ennuyés et cherchons à nous distraire. Par exemple, prenons-nous suffisamment de temps à examiner notre conscience même avant la confession? Peut-être quelques minutes, et pas plus d'une fois par an. Jetant un rapide coup d'oeil à notre âme, corrigeant certaines de ses fautes les plus flagrantes, nous la recouvrons immédiatement du voile de l'oubli jusqu'à l'année prochaine, jusqu'à notre prochain exercice inconfortable dans l'ennui.

Et pourtant, nous aimons remarquer les péchés des autres. Ne remarquant pas la poutre de notre propre oeil, nous voyons parfaitement le brin d'herbe dans l'oeil de notre frère (Mt 7,3). Répandant des commérages au détriment de notre prochain, se moquant de lui et le critiquant, tout ça n'est même plus considéré comme des péchés mais tout au plus comme un passe-temps innocent et amusant. Comme si nos péchés à nous étaient si peu nombreux! Comme si nous étions établis pour juger les autres! "Or, il n'y a qu'un seul Législateur et Juge, Celui qui peut sauver et perdre," Dieu (Jacques 4,12). "Qui es-tu, toi, pour te poser en juge du serviteur d'autrui? Qu'il demeure ferme ou qu'il tombe, cela regarde son Maître" (Romains 14,4). "[..]En les jugeant, tu te condamnes toi-même, puisque, toi qui les juges, tu fais la même chose qu'eux" (Romains 2,1). "Examinez-vous vous-mêmes pour voir si vous êtes dans la Foi. Éprouvez-vous vous-mêmes" (2 Corinthiens 13,5). Les pieux ascètes nous en apportent un bon exemple. Ils tournèrent leurs pensées vers eux-mêmes, méditant sur leurs propres péchés, et évitant à tout prix de juger leurs prochains.

Un Ancien fort pieux, remarquant que son frère avait commis un péché, pleura et dit : "Malheur à moi! Car si lui a péché aujourd'hui, alors ce sera mon tour demain!" Voyez aussi cet autre exemple de l'ascète Abba Moïse. Un moine avait commis un péché. Les frères s'étaient assemblés pour statuer sur son sort. Ils envoyèrent chercher abba Moïse, mais l'humble Ancien refusa de participer au conseil. Lorsque l'higoumène l'envoya quérir pour la seconde fois, il vint, mais d'une manière assez frappante. Il avait pris un vieux panier, l'avait rempli de sable, et le portait sur son dos. Surpris à le voir ainsi, les frères lui demandèrent "Qu'est-ce que ça signifie?" Moïse répondit : "Voyez combien de péchés je porte derrière moi?" montrant le tas de sable. "Je ne les vois pas, et pourtant, je suis appelé pour juger autrui."

Dès lors, frères, suivons l'exemple des ascètes, avant de remarquer les péchés des autres, nous devrions réfléchir à nos propres péchés, regarder nos propres transgressions, et ne pas juger notre frère. Et si nous devions avoir gardé quoi que ce soit contre lui, pardonnons-lui, afin que notre Seigneur miséricordieux nous pardonne Lui aussi.

Saint Tikhon (Bellavin) - 1901


Le Seigneur est confronté à la désobéissance d'Adam et Eve. L'expulsion du Paradis.
Mosaïque de la nef de la chapelle palatine, Palermo, Sicile, milieu des années 1100.

P. Schmemann & Hopko: Dimanche des Laitages – l'Exil d'Adam

Quinquagésime Orthodoxe EORHF (Rite Orthodoxe Occidental, au sein du patriarcat de Moscou)

Le pardon et la joie du Grand Carême, homélie du p. Schmemann prononcée pour la communauté au Séminaire Orthodoxe Saint Vladimir, lors du Dimanche du Pardon en 1983

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