"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

12 avril 2008

Bienvenue chez les Ch'tis............ saints!


Héé oui, le pays "cht'i" a compté bien des saints, à l'époque où il était Orthodoxe - et aussi en Flandre, et pas en France... Époque où la région s'étendait sur le territoire originel de 3 tribus de ces Belges qui étaient les plus courageux des Gaules (dixit Jules César dans son bouquin) ou aussi fous que les autres (dixit le même vieux Jules dans "Astérix chez les Belges") - choisissez votre version!
Une partie de la région d'origine s'appelait la Morinie, le pays des Morins, les descendants directs de cette tribu de Celtes Belges répertoriés par Jules César et les historiens de Rome.
Puis il y avait les Atrébates. Et ensuite la partie des Nerviens, cette autre tribu de Celtes Belges ayant donné pas mal de fil à retordre aux puissantes armées de l'empire romain.
(De Bello Gallico - la Guerre des Gaules: 2,4; 3,9; 3,28; 4,21-22; 4,37-38; 8,75-76)

Voir aussi la très intéressante carte ici, représentant les peuples en leur lieu avec superposition des frontières modernes. Avec les guerres de la France et de la Germanie, notre pays a perdu plus de la moitié de sa superficie au fil des siècles par rapport à son assise originelle.

Une très grande époque pour cette belle région, qui faisait partie historiquement de la Gallia Belgica. Et c'est notre héritage à nous aussi. Le passé doit servir comme leçon pour aujourd'hui et pour l'avenir : si à l'époque, la région était grande et vivante et agréable... sans avoir besoin d'un bon film pour la promouvoir ;-) c'est bien parce que la Foi y était vive et vraie.

L'héritage orthodoxe occidental
Orthodox America - Orthodoxy's Western Heritage
http://www.roca.org/oa/129/129e.htm
Comme archévêque d'Europe Occidentale (1950-1962), Saint Jean (Maximovitch) développa un profond intérêt pour les saints Orthodoxes de l'Ouest. Pour promouvoir leur vénération, il publia un oukaze (décret) appelant son clergé à "commémorer durant les Liturgies, aux Lities et dans toutes les autres prières, aussi bien que dans l'envoi final, tous ces Amis de Dieu qui sont les saints patrons locaux ou du pays où l'Office est célébré, et où ils bénéficient d'une vénération particulière. A Paris et dans les environs, par exemple, il faudrait commémorer le hiéromartyr Denis, sainte Geneviève et saint Cloud; à Lyons, le hiéromartyr Irénée; à Marseille, le martyr Victor et saint Jean Cassien; dans la région de Toulouse, le hiéromartyr Saturnin, évêque de Toulouse; à Tours, le saint hiérarque Martin. Où l'information manque ou est incertaine, le clergé doit s'adresser à nous pour clarification. Les prêtres devraient encourager leurs fidèles à honorer ces Amis de Dieu." (Ukase #223, 23 Avril 1953)

Le 12 avril, nous fêtons un de ces amis de Dieu, un bon grand ch'ti saint bien de chez nous :

Saint Erkembode, évêque de Thérouanne, siège apostolique des Flandres (+ 742)

statue hétérodoxe de saint Erkembode, bourrée d'anachronismes
(je n'ai hélas pas trouvé d'Icône ou d'enluminure)

Saint Erkembode, "le saint qui fait marcher," était moine à Saint-Omer (Pas-de-Calais) à la fin du 7ème siècle et au début du 8ème siècle. Erkembode, surnom qui signifie "Envoyé Reconnu" en langue de famille germanique (thiois? Vieux flamand assurément) est le nom qui lui est resté. Sa vie est toute au service de Dieu.
A l'époque où le vénérable Bertin terminait, dans son monastère de Sithiü, sa longue et sainte carrière, vivait près de lui saint Erkembode, qui devait un jour le remplacer dans sa charge, et même être élevé sur le siège de Thérouanne. On ne connait rien de bien certain touchant les premières années de sa vie, son origine et sa famille. Des auteurs croient qu'il était un des compagnons des saints Lugle et Luglien, qu'il vint avec eux d'Irlande ou de la Grande-Bretagne, qu'il fut, comme eux, saisi, dépouillé, frappé et laissé pour mort, dans le lieu alors appelé Scyrendal, près de Ferfay, dans le canton actuel de Norrent-Fontes. Ils assurent que ce saint, étant revenu à lui après le départ des assassins, couvrit à la hâte avec des broussailles les corps sanglants des 2 martyrs Irlandais, et alla aussitôt à Thérouanne rendre compte à l'évêque saint Bain de tout ce qui s'était passé. D'autres supposent au contraire que saint Erkembode était originaire de la Morinie, et que sa piété et son zèle pour le service de Dieu l'avaient porté à se faire en quelque sorte le guide et le compagnon des saints Lugle et Luglien dans cette contrée.
Quoi qu'il en soit de ces premières années de saint Erkembode et des questions qui s'y rattachent, les anciens hagiographes sont unanimes à nous le représenter vivant dans le monastère de Sithiü, sous la conduite de saint Bertin, et travaillant, avec un zèle admirable, à marcher sur les traces dans la pratique des vertus monastiques. Il y fit de si rapides progrès, que tous les suffrages des frères se prononcèrent en sa faveur, quand il fut question de donner un successeur à ce saint Abbé, qui venait d'expirer sous ses yeux. Saint Erkembode gouverna donc cet important monastère après Erlefride et Rigobert, lesquels avaient été, du vivant de saint Bertin, chargés de le remplacer dans les fonctions que son grand âge ne lui permettait plus de remplir entièrement.
Saint Erkembode exerça avec une admirable fidélité tous les devoirs que lui imposait sa nouvelle position. Il maintint l'exacte discipline qui avait fleuri jusqu'alors dans le monastère de Sithiü, il donna par ses exemples et ses discours le goût de la vertu et de la perfection, pourvut aux besoins de sa nombreuse communauté, et la défendit avec prudence et sagesse contre les entreprises des hommes violents, qui, à cette époque surtout, portaient souvent le trouble dans la paisible retraite des hommes de Dieu.


L'évêque de Thérouanne, Ravenger, successeur de saint Bain, étant mort dans ce temps, le clergé et le peuple élurent saint Erkembode pour le remplacer. Le saint conserva néanmoins la direction de la communauté de Sithiü, dont tous les moines lui étaient unis par les liens de l'affection la plus touchante et la plus sincère – il fut donc un abbé-évêque, dans la plus parfaite tradition de l'Orthodoxie celtique, école où avait été formé saint Bertin (Luxueil).
La conduite du nouvel évêque répondit aux voeux des habitants de Thérouanne, et à la confiance que l'on avait dans sa vertu et sa prudence. Il se montra constamment le père des pauvres et des malheureux, le consolateur de tous ceux qui étaient dans la souffrance, et un véritable ministre de Jésus-Christ. L'oeuvre saint Omer fut par lui continuée avec succès, et le pays des Morins se couvrit de plus en plus d'églises, où les peuples se réunissaient pour adorer Dieu, de monastères où beaucoup venaient se dévouer pour toujours à Son service. Tout le temps de l'épiscopat de saint Erkembode fut consacré à cette oeuvre sainte. Les fruits de Salut qu'elle produisit se multiplièrent rapidement, et achevèrent de donner à cette terre autrefois inculte et sauvage, une physionomie toute Chrétienne qu'elle conserva fidèlement jusqu'au Schisme du "saint empire romain germanique" et de Rome, qui l'entraînèrent dans les hérésies et la chute.

Le diocèse de Thérouanne était immense : il allait d'Ypres jusqu'à la vallée de la Somme. Saint Erkembode le parcourut en tous sens, soucieux de racheter des terres pour les redistribuer aux pauvres. Sans doute ces longues courses apostoliques furent-elles la cause des difficultés de la marche dont il fut atteint : il mourut en effet presque paralysé en 742, après avoir gouverné son Église l'espace de 26 ans. On l'enterra dans l'église primitive, devant l'autel principal de la très sainte Mère de Dieu, auprès du tombeau de saint Omer (Audomar), qui reposait là depuis 72 ans. De nombreux miracles s'opérèrent auprès de ce tombeau, et les pieuses libéralités des fidèles envers leur Patron se multiplièrent à tel point, qu'elles suffirent pour réparer cette église déjà ancienne, et même pour en bâtir une seconde. L'ancienne petite église s'est transformée au long des siècles en l'imposante cathédrale de Saint-Omer :

"Après donc que le bon et prudent serviteur de Dieu, Erkembode, eut bien géré durant sa vie l'argent de son Seigneur, et qu'il eût travaillé avec persévérance dans la vigne où le céleste Père de famille l'avait conduit, le soir de sa vie approchant, il fut appelé par le Seigneur pour recevoir le denier de la récompense suprême, et changer par un heureux commerce les biens terrestres pour les biens célestes, les choses périssables pour les éternelles".

"On voit encore aujourd'hui, rapporte le 'Légendaire de la Morinie', la tombe de saint Erkembode, dans l'église Notre-Dame de Saint-Omer. Elle est au fond de la croisée du côté de l'évangile ou du nord, appuyée contre le mur, élevée sur 2 figures de lions. Elle a la forme d'un carré long, sans ornements, grossièrement taillée dans un bloc énorme de grès, et recouverte d'une autre large pierre".
"Cette tombe vénérée porte les marques évidentes de la pieuse dévotion de nos aïeux; en plusieurs endroits, en effet, le grès, malgré sa dureté extrême, se trouve assez profondément usé, résultat du passage d'une longue suite de générations de fidèles qui venaient se frotter avec confiance contre cette pierre pour se délivrer de leurs maux corporels".
Les reliques de ce saint évêque, qui ont échappé aux persécutions de 1793, continuent d'être visitées dans l'église de Notre-Dame, où sa châsse est toujours un lieu de dévotion pour les parents d'enfants infirmes. Hélas, là aussi, encore un saint authentiquement et strictement Orthodoxe qui n'est pas dans une église Orthodoxe mais dans un lieu du vatican...

Pourquoi des chaussures sur sa tombe ?

Le tombeau de saint Erkembode est une très ancienne cuve monolithe de porphyre gris foncé. Il était jadis au milieu de la petite église primitive, et est désormais adossé au choeur, dans le déambulatoire Nord de la cathédrale. Ce qui intrigue tout le monde, ce sont les petites chaussures qui sont posées dessus. En voici l'origine : dès la mort de saint Erkembode, des pèlerins sont venus de partout prier sur ce tombeau, se disant sans doute : "il a tant marché pour nous, marchons à notre tour vers lui." Ces pèlerins déposaient sur le tombeau leurs chaussures hors d'usage en "ex voto" pour attester leur longue marche. On s'est souvenu qu'il est mort presque paralysé et qu'il a dû prier souvent pour marcher correctement. Aujourd'hui ce sont des chaussures d'enfant qui ont pris le relais de celles des adultes de jadis. C'est que saint Erkembode a toujours été le saint qui fait marcher! Dans l'espoir d'obtenir la guérison de leur enfant, les parents déposent de petites chaussures sur la tombe du saint. On vient le prier chaque fois qu'un enfant a du mal à se mettre à marcher et les mamans placent ici, en priant avec confiance, les chaussures. Les personnes responsables de la cathédrale les enlèvent quand il faut laisser la place pour d'autres. Les dépressifs viennent aussi.
Saint Erkembode est bien "le saint qui fait marcher" et le saint qu'il faut invoquer quand on souffre de dépression nerveuse, et que rien ne "marche." C'est pourquoi des déprimés font le pèlerinage pour demander l'intercession de saint Erkembode et sortir de cette sorte de paralysie, si fréquente aujourd'hui. Bien que victimes d'une fausse religion, au plus profond d'eux-mêmes se trouve cet appel à aller vers les vrais amis de Dieu..


Cartulaire de l'abbaye de Saint-Bertin
http://gallica2.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k29276b.modeAffichageimage.f1.langFR.tableDesMatieres

XXII. De Erkembodone abbate, successore Erlefridi et privilegio Chilperici regis
[..]
XXVIII. De episcopatu ejusdem abbatis, et de rebus quas emit in Sethtiaco
XXIX. Emptio ejusdem abbatis et episcopi de rebus infra scriptis
XXX. De morte Erkenbodi et de successione Waimari, et privilegio Hilderici


Mémoires, Société des antiquaires de la Morinie, 1851
http://books.google.be/books?id=RkEDAAAAYAAJ&dq=erkembodus&hl=fr&ie=ISO-8859-1&source=gbs_summary_s&cad=0
évoque la vie de l'abbaye à l'époque carolingienne et après, avec quelques retours sur l'époque des saints et Orthodoxes fondateurs, qui avaient dédié leur abbaye à la Mère de Dieu.

Saint Erkembode est cité dans le calendrier Orthodoxe sur forum-orthodoxe.com

Histoire générale de la province d'Artois, de Jean Baptiste François Hennebert, 1788
"Erkembode à l'épiscopat et sur celui de son décès: le catalogue des évêques de Thérouane fixe ... "
(lire la suite ..)


HOMÉLIE - A propos de la Cité qui est en construction
"Car nous n'avons pas ici-bas de cité permanente, mais nous recherchons celle de l'avenir." (Hébreux 13,14).
Frères, où sont les grandes villes de Babylone et Ninive? Aujourd'hui, il n'y a plus que des lézards qui se promènent dans la poussière de leurs tours. Memphis et Thèbes n'étaient-elles pas la fierté des Pharaons et des princes de l'humanité? De nos jours on a difficile à établir avec certitude leur emplacement exact d'antan.
Mais laissons donc là ces villes de pierres et de briques. Regardons vers les cités de sang, chair et os. Les hommes façonnent la cité de leurs corps plus lentement et plus minutieusement qu'ils ne façonnent leurs forteresses et cathédrales. L'homme passe entre 80 et 100 ans à façonner la cité de son corps, et à la fin, de voir que ses efforts ont été vains. Ce qui lui a pris des décenies à bâtir avec force et constante crainte, s'effondre dans la poussière de la tombe, en un clin d'oeil. De qui la cité corporelle ne s'est-elle pas effondrée et n'est-elle pas retournée à la poussière?
De personne.
Mais quittons maintenant les cités du corps. Et regardons les cités de la fortune, que les hommes ont bâties de génération en génération. Les matériaux avec lesquels ces villes sont bâties sont : du bon temps, plaisir, propriété, autorité, honneur et gloire. Où sont ces villes? Elles se tissent en quelques instant autour de l'homme, telles des toiles d'araignées, et de la même manière se brisent et disparaissent, rendant le fortuné plus infortuné que l'infortuné.
Vraiment, nous n'avons ici aucune cité qui persistera.
C'est pour cela que nous recherchons la cité à venir. C'est la cité bâtie d'Esprit, de Vie et de Vérité. C'est la cité dont le seul et unique architecte est le Seigneur Jésus-Christ. C'est la cité appelée Royaume des Cieux, Vie Eternelle, demeure des Anges, port des saints et refuge des martyrs. Dans cette ville-là, il n'y a pas de dualisme entre le bien ou le mal, mais tout est une harmonie du bien. Dans cette Cité, tout est bâtit pour durer éternellement. Chaque brique dans cette Cité demeure sans fin. Les briques sont les Anges et hommes vivants. Dans cette Cité, le Seigneur Jésus ressuscité siège sur le trône et règne.
O Seigneur ressuscité, retire-nous de dessous les ruines du temps et guide-nous miséricordieusement vers Ta Cité éternelle des Cieux.
A Toi soit la gloire et l'éternelle reconnaissance. Amen.
Saint Nicolas Velimirovic, évêque d'Ochrid


Office à saint Winnoc, célébré par l'archimandrite Thomas (monastère de la Mère de Dieu, Pervijze, B), à Bergues, septembre 2003. Depuis la chute de l'Occident, les reliques de nos saints se trouvent dans des musées civils, des greniers de lieux de culte hétérodoxe, etc.. et nous devons développer des trésors d'astuce pour parvenir à aller vénérer NOS saints et les honorer comme il convient...

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