"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

24 avril 2008

Grand et saint Jeudi: Lavement des pieds (p. Sergei Boulgakov, 1900)


http://www.transfigcathedral.org/faith/Bulgakov/index.shtml


Le Jeudi Saint, dans les cathédrales, après la Prière devant l'Ambon, l'évêque accomplit le rite du lavement des pieds de 12 desservants d'église choisis (1). L'évêque, sans crosse et sans être soutenu, sort par les Portes Royales et va vers le lieu de vestiture. Devant lui, un diacre pour l'Évangéliaire et 2 autres diacres portent une cruche et une bassine. Le diacre place l'Évangéliaire sur l'analogion. Pendant ce temps, les prêtres récitent lentement les versets du Psaume 50. S'approchant du lieu de vestiture, l'évêque s'assied sur la chaise préparée pour lui, mais pas sur la cathèdre, qui représente le siège royal. Après avoir reçu la bénédiction du hiérarque, les protodiacres guident graduellement 2 par 2 des archimandrites ou des prêtres, représentant les disciples du Seigneur ce soir-là, hors du sanctuaire. A ce moment-là, le choeur chante la 5ème Ode du Canon du Jeudi Saint et la stichère Idiomela (Samoglasen) dans laquelle le lavement des pieds par le Seigneur est évoquée. Les archimandrites ou les prêtres, s'approchant du lieu de vestiture, se courbent devant l'évêque et s'asseyent. Lorsque le nombre des 12 disciples est atteint, le diacre entonne la litanie:
"En paix prions le Seigneur," au cours de laquelle il demande : "Que ce lavement soit béni et sanctifié par la puissance, l'action et la descente de"; "qu'il soit pour la purification de la souillure de nos iniquités." Durant cette litanie, l'évêque et les prêtres restent assis, de même que les disciples l'étaient pour le souper. Après l'exclamation hiérarchique de la litanie "Car Toi Tu es notre purification," l'évêque seul se relève (mais les prêtres restent assis), et lit à haute voix cette prière : "Ô Dieu tout bon," dans laquelle il prie afin que le Seigneur nous trouve dignes d'êtres lavés de la souillure corporelle et des impuretés spirituelles en étant touchés par cette eau, afin d'être renforcés contre le rusé serpent qui veille à notre talon, et qu'étant purifiés, nous puissions servir Dieu d'une manière convenable. Après cela, l'évêque, ayant donné la bénédiction "paix à tous," lit silencieusement la prière : "Ô Seigneur notre Dieu, Qui nous a montré la mesure de l'humilité," dans laquelle il prie afin que le Seigneur nous accorde la grâce pour nous servir les uns les autres, nous élève dans la divine humilité, et nous préserve de toute souillure. Après la prière, l'évêque se rassied sur le siège. Le protodiacre, après avoir reçu la bénédiction de l'évêque, dit : "Et afin qu'Il nous accorde de pouvoir entendre le saint Évangile," et après la préparation coutumière pour la proclamation des Évangiles, il lit l'Évangile. Durant la lecture de l'Évangile, l'évêque et les prêtres restent assis. Lorsque le diacre s'exclame par 3 fois : "Jésus Se leva de table," l'évêque se lève. Et quand le diacre lit : "et Il déposa Ses vêtements," l'évêque enlève sa mitre et la remet au diacre, puis sans aide extérieure, il enlève de lui-même son encolpion, sa croix, son omophore, son sakkos (dalmatique) et palitsa, et les pose sur le siège. L'évêque ne retire pas ses vêtements sacerdotaux : ceinture, poignées, epitrachelion et sticharion (podriznik). Et après avoir prit la mitre du diacre, il s'en revêt. Pendant le Lavement des pieds, les archimandrites et prêtres portent aussi leurs mitres ou kamilavkas. Ensuite l'évêque prend le drap de mousseline ou de lin, s'attache un bout et l'autre pend sur ses pieds. Pendant tout ce temps, le protodiacre répète ces paroles : "et Il déposa Ses vêtements." Ensuite le protodiacre lit : "Et prenant un linge, Il s'en ceignit" (Jn 13,4), et l'évêque se ceint lui-même d'un essuie, le projetant de sa main gauche par dessus son épaule droite, et le bout de l'essuie restant dans sa main gauche. Pendant que le diacre lit les paroles : "Puis, versant de l'eau dans le bassin," l'évêque verse de l'eau de la cruche dans la bassine. Le diacre répète ces paroles à 3 reprises, et l'évêque verse à 3 reprises de l'eau, en traçant une croix avec l'eau qui coule, disant silencieusement : "Au Nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit."
Lorsque le diacre lit : "Et Il commença à laver les pieds des disciples, et à les essuyer avec l'essuie dont Il S'était ceint," alors l'évêque accomplit cette action, commençant depuis sa place vers le côté gauche, pour atteindre ceux assis près des Portes Royales; ensuite il va vers la droite de ceux assis près des Portes Royales, jusqu'à ce qu'il parvienne à celui qui doit représenter Simon-Pierre (2). Lavant à 3 reprises les pieds de chacun, l'évêque verse à 3 reprise de l'eau sur leur pieds dans la bassine. Pendant ce temps, le diacre répète les paroles : "Puis, versant de l'eau dans le bassin." Deux diacres portent le bassin devant l'évêque. L'évêque met un genoux à terre pour laver les pieds. Il verse l'eau sur chaque pied à 3 reprises puis les essuie avec l'essuie. Celui dont l'évêque lave les pieds embrasse l'évêque sur la mitre et sur la main. L'évêque lui embrasse la main.
Quand le diacre dit : "Puis Il parvint à Simon-Pierre, et Pierre Lui dit," le premier archimandrite se lève et dit "Seigneur, Toi, me laver les pieds?" L'évêque répond "Ce que Je fais, tu ne le comprends pas, mais tu le comprendra plus tard." L'archimandrite dit "Jamais Tu ne me lavera les pieds." L'évêque dit "Si Je ne te lave pas, tu n'auras pas de part au Royaume avec Moi." L'archimandrite dit : "Seigneur, alors pas seulement les pieds, mais aussi les mains et la tête." Tendant sa tête et ses mains, l'archimandrite s'assied. L'évêque dit : "Celui qui est lavé n'a pas besoin d'être lavé, sinon ses pieds: car il est purifié, et tu es purifié, mais vous ne l'êtes pas tous," et il lave les pieds de l'archimandrite.
Ensuite l'évêque monte sur son siège et enlève l'essuie et le drap de lin. Le diacre lit l'Évangile jusqu'aux paroles : "Car Il connaissait celui qui allait Le trahir." Après la lecture de l'Évangile, le choeur chante : "Gloire à Toi, Ô Seigneur, gloire à Toi." Ensuite, le diacre dit à nouveau : "Sagesse, soyons attentifs afin d'entendre le saint Évangile," et après la préparation coutumière, il commence la lecture de l'Évangile de Jean : "Alors, quand Jésus eut lavé les pieds des disciples, et eut remis Ses vêtements." Pendant ce temps, l'évêque se revêt à nouveau.
Après qu'il se soit revêtu, le diacre dit : "Et Il Se rassis," et l'évêque s'assied, mais tous les prêtres se lèvent, et l'évêque, assis, achève la lecture de l'Évangile qui expose la raison du lavement des pieds : "Car Je vous ai donné un exemple afin que vous agissiez comme J'ai agit avec vous." Après cela, l'évêque se relève, et à voix haute dit la prière suivante : "Ô Seigneur notre Dieu, Qui selon Tes innombrables miséricordes, T'es abaissé Toi-même," dans laquelle il prie pour que le Seigneur ait lavé toute souillure et impureté de nos âmes, afin que nous, "ayant été purifiés de la boue des transgressions qui nous étouffait, nous étant mutuellement essuyés avec l'essuie de l'amour, nous puissions être à même d'être agréables à Dieu tous les jours de notre vie, et trouver grâce devant Lui. Ensuite l'évêque entre dans le sanctuaire, et achève la Liturgie comme prévu habituellement (voir Grand Euchologue et Archikiératikon / Pontifical).



1) La pieuse coutume du lavement des pieds existait chez les Juifs depuis les temps immémoriaux, et elle a toujours servit de signe de respect particulièrement marqué envers celui à qui il était pratiqué. C'est ainsi, par exemple, qu'Abraham, ayant rencontré les 3 mystérieux voyageurs sous le Chêne de Mambre, les invita à sa tente : "que de l'eau soit amenée, afin que vous puissiez laver vos pieds" (Gn 18,4). De la même manière, Laban honora les envoyés d'Abraham, et Joseph ses frères en Égypte. Il est aussi bien connu, par exemple, qu'il est écrit dans l'Évangile à propos de la pécheresse qu'elle "lava avec ses larmes les pieds de Jésus-Christ est les essuya avec ses cheveux" (Lc 7,44). Le Sauveur, "avec humilité, nous admonestant plutôt," sanctifia cette coutume, et la sainte Église, depuis les temps anciens, a officialisé le Rite du Lavement des Pieds, pour exposer à nos regards la grande condescendance du Sauveur, et, dans une prédication plus générale, le caractère altier de l'humilité Chrétienne.
2) Selon le Archikiératikon (Sluzhebnik, pontifical) imprimé à Novgorod au 17ème siècle, la dernière place à partir des Portes Royales était occupée par celui qui représentait Judas Iscariote, mais le premier assis à la gauche de l'évêque représentait l'Apôtre Pierre. Le lavement des pieds commençait par la présentation de Judas. Selon le typikon (ustav, ordo) de la cathédrale de la Dormition à Moscou, édition 17ème siècle, "la place de Judas Iscariote était la plus proche des Portes Royales, directement dans la ligne de vue du patriarche." Habituellement, quelqu'un parmi les prêtres du chapitre cathédral prenait "la place de Judas," et il recevait toujours un paiement de 16 altins (pièce de 3 kopecks) pour cela. Mais en 1656, le sous-diacre patriarcal Piotr Fedorov s'assis "à la place de Judas" et reçut le même paiement. Parfois (p.ex. En 1682, durant le règne du patriarche Joachim), nul ne fut choisit pour tenir la place de Judas, de sorte qu'elle resta vacante.
S. V. Bulgakov, Manuel pour serviteurs de l'Église, 2ème éd., 1274 pp. (Kharkov, 1900) pp. 539-540
Translated by Archpriest Eugene D. Tarris ©February 28, 2006. All rights reserved.


Dernière Cène
Catacombes de Rome

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