Saint Materne

Vagues-à-l'âme d'un ami des vraies racines de la Belgique Chrétienne

scribe saint Baudemont, biographe de saint Amand


"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

23 avril 2008

Grand et saint Mercredi (p. Sergei Boulgakov, 1900)

http://www.transfigcathedral.org/faith/Bulgakov/index.shtml



Le mercredi soir, le Seigneur passa par Béthanie (Mt 26,6-17). Alors qu'Il se trouvait dans la maison de Simon le lépreux et que les grands prêtres, les scribes et les anciens avaient déjà décidé en assemblée de s'emparer de Jésus-Christ par traîtrise et de Le tuer, une certaine "pécheresse" versa de la précieuse myrrhe sur la tête du Sauveur, et de la sorte, Le prépara pour les funérailles, comme Lui-même estima son acte. Ici, en même temps, à l'opposé de l'acte désintéressé de la pécheresse, l'intention criminelle de trahir son Maître et Seigneur auprès de l'assemblée impie naquit dans l'âme ingrate de Judas, un des 12 disciples du Sauveur. C'est pourquoi, dans les Offices pour le Mercredi Saint, la pécheresse est glorifiée, et l'amour de l'argent et la trahison de Judas sont méprisées et maudites. La sainte Église chante : "Quand la pécheresse T'eut apporté la myrrhe - alors le disciple s'entendit avec les iniques - L'une se réjouissait de verser le parfum précieux - l'autre s'en allait vendre Celui qui n'a pas de prix - Elle reconnaissait le Maître, lui se séparait du Maître - Elle fut libérée. Mais Judas fut asservi à l'ennemi" - "O le malheur de Judas - Dieu, délivres-en nos âmes."

icone orthodoxe francophone de l'Onction de Bethanie


Tropaire, voir Lundi Saint.

Kondakion, ton 4
Plus que la Prostituée, Dieu bon, j'ai péché - Je ne T'ai pas porté des pluies de larmes - Mais dans le silence, priant, je me prosterne devant Toi - et dans mon désir j'embrasse Tes pieds très purs - Maître, Sauveur, accorde le pardon des fautes à celui qui appelle - De la boue de mes oeuvres, délivre-moi.

Évangile des Matines : Jn. 12,19-50
AT: 1) Ezéch. 2,3-10, 3,1-3. 2) Exod. 2,11-22. 3) Job 2,1-10
Évangile de la Liturgie: Mt. 26,8-16

Notes
Le Mercredi Saint est le dernier jour du Grand Carême et de la repentance, et avec lui s'achève aussi l'ordo des Offices du Grand Carême. Ceci est aussi exprimé dans quelques unes des caractéristiques des offices ecclésiaux du Mercredi Saint, à savoir : lors du congé des Heures, la prière "O Seigneur, abondant en miséricorde" qui est normalement lue pendant les grandes Complies est lue sur le peuple qui est prosterné au sol (4); pendant la Liturgie des Présanctifiés, les grandes prosternations sont accomplies après le dernier "Béni est le Nom du Seigneur," et "si les prosternations sont terminées dans la pratique de l'église, elles continueront dans les cellules même jusqu'au Vendredi Saint," c-à-d les grandes prosternations, mais pas les petites, sont arrêtées dans l'église, comme il ressort, par exemple, de l'ordo de la Complie, où il est dit : "accomplissons 3 prosternations, toutes lentement." Le Mercredi Saint s'achève aussi la lecture des grandes Complies, et la lecture des Cathismes dans les Matines, les Heures et les Vêpres. "A partir de ce moment-là, le saint du jour n'est plus chanté durant l'Office de Minuit et jusqu'à la semaine de Thomas. Dans les cathédrales, les laïcs chantent aussi."

Dans les récits évangéliques, 3 femmes furent dignes d'oindre le Christ avec de la myrrhe en 3 différents soirs. Mentionnée par l'Évangéliste Luc (7,36-50), la pécheresse qui oignit le Sauveur avec la myrrhe le soir à Jérusalem dans la maison de Simon le Pharisien était, selon la tradition, Marie-Madeleine, "d'où avait été chassés 7 démons" (Lc 82). Une autre femme qui oignit le Sauveur de myrrhe en soirée, qui était à Béthanie 6 jours avant Pâques, c'était Marie, la soeur de Lazare (Jn 12,1-11). Le 3ème soir eut aussi lieu à Béthanie, mais ce fut 2 jours avant Pâques, dans la maison de Simon le lépreux, et cette fois une femme qui était distincte des 2 premières fut trouvée digne d'oindre le Sauveur avec de la myrrhe (Mt 26,6-13; Mc 14,1-9). Selon le commentaire de saint Jean Chrysostome, l'Évangéliste Mathieu, dans le récit du soir dans la maison de Simon le lépreux, "n'a pas mentionné sans raison l'état de lépreux de Simon, mais afin qu'il puisse montrer la raison pour laquelle la femme avait osé approcher Jésus. Puisque la lèpre était considérée comme une maladie impure et abominable, et cependant elle avait vu Jésus à la fois guérir l'homme et le purifier de sa lèpre, autrement Il n'aurait pas choisit de rester dans la maison du lépreux, ainsi elle espérait que Jésus pourrait aussi facilement purifier l'impureté présente dans son âme" (voir Synaxaire du Mercredi Saint).

Dans la vie ordinaire, en particulier chez les riches, oindre quelqu'un de myrrhe était quelque chose de très courante en Orient, en partie parce que c'était nécessaire du fait du climat torride, et en partie parce que c'était agréable et commode. Ils étaient particulièrement oints durant les festivités, durant les présentations de dignitaires, ou lorsqu'ils recevaient à la maison des amis particulièrement proches. Habituellement, ils oignaient les cheveux, le front, la face, la barbe, et quand ils voulaient exprimer un respect particulier pour une personne, aussi les jambes. Par dessus tout, les Hébreux avaient pour coutume d'embaumer les morts avec des baumes aromatiques.

"Ceci fut accomplit," enseigne saint Jean Chrysostome, "qui avait été annoncé à l'avance par le Christ à propos de la pécheresse. Où que vous ailliez dans le monde, vous entendrez partout ce que cette femme a fait; et ce malgré qu'elle ne soit pas connue, et qu'il n'y ait pas eu beaucoup de témoins. Qui donc l'a alors proclamé, et fait que cela soit répandu de la sorte? Ce fut la puissance de Celui Qui prononça ces paroles. Et ainsi beaucoup de temps s'est écoulé, et cependant, la mémoire de cet événement ne s'est pas évaporée, mais les Perses et les Indiens, les Scythes et les Thraces, les Samaritains et les Maures, et les habitants des îles Britanniques, tous répandent au loin ce qui a été accomplit en secret dans une maison par une pécheresse." "Comment donc Judas a-t'il pu devenir le traître, me demanderez-vous, après avoir été appelé par le Christ? C'est parce que l'appel de Dieu n'est pas coercitif, ni ne force la volonté de ceux qui ne veulent pas faire le choix de la vertu, mais il conseille, et fait et arrange toutes choses afin de les persuader de devenir bons; mais si certains ne souhaitent pas devenir bons, Dieu ne les force pas."


(4) Dans la cathédrale de la Dormition à Moscou, au 17ème siècle, lors du Congé des Heures, le "Rite du Pardon" spécial était accomplit lorsque le souverain tsar entrait dans la cathédrale. Ce Rite était le même que celui accomplit le Dimanche du Pardon avant la Sainte Quarantaine. Depuis cette époque, le rite du pardon est accomplit en ce jour dans nos monastères (Perm Eparchialjniia Vedomosti / Messager Diocésain de Perm, 1889, 7).
S. V. Bulgakov, Manuel pour serviteurs de l'Église, 2ème éd., 1274 pp. (Kharkov, 1900) pp 536-7
Translated by Archpriest Eugene D. Tarris © April 22, 2005. All rights reserved.

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