"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

26 avril 2008

La célébration de Pâques (p. Sergei Boulgakov, 1900)



Pâques en Russie : les enfants


Pâques en Russie, dans la neige
source


Dans l'antiquité Chrétienne, la famille, les autorités communales et civiles célébraient la grande fête de Pâques comme un chemin de vie qui devait être célébré. On le voit aux remarquables, puissantes et inspirantes paroles de saint Grégoire de Nysse, qu'il a prononcé pour cette fête : "Aujourd'hui," disait saint Grégoire, "l'univers entier, tel une seule famille, se rassemble pour un but, ayant quitté les travaux habituels, comme si un signe avait été donné, se met en prière. Aujourd'hui, il n'y a pas de voyageurs sur les routes; pas de marins en mer; le fermier, ayant laissé la charrue et la bêche, est endimanché; les magasins de liqueurs sont vides, les marchés publics bruyants ont disparu, comme l'hiver a disparu à l'arrivée du printemps; les angoisses, le tumulte et les luttes de la vie quotidienne sont remplacés par le calme de la fête.
Le pauvre est vêtu comme le riche; le riche est encore mieux habillé que d'habitude; le vieux comme le jeune, se hâtent pour prendre part à la joie, et le malade surmonte sa maladie; les enfants, ayant changé de vêtements, célèbrent corporellement, car ils ne savent pas encore célébrer spirituellement; la vierge se réjouit de tout son coeur parce qu'elle voit la lumière de la promesse solennelle de son espérance; la mère de famille, célébrant, se réjouit avec toute sa maisonnée, elle-même, et son époux, et enfants et serviteurs et domestiques, tous se réjouissent. Comme un essaim d'abeilles nouvellement formé, décollant pour la première fois d'une ruche vers l'air et le large, tous se retrouvent sur une branche d'arbre, de même en cette présente fête, tous les membres des familles viennent de partout pour se rassembler en leurs maison. Il est approprié de déjà comparer le jour présent au jour de la future résurrection, parce que les deux rassemblent les gens; seulement dans le second, nous serons tous ensemble, et à présent nous allons tous séparément. En ce qui concerne la valeur de la joie et de l'allégresse, on pourrait dire que le présent jour est plus joyeux que ne le sera le futur: alors par nécessité, ceux qui sont revêtus du péché pleureront; à présent, au contraire, il n'y a personne de triste parmi nous. A présent, même le juste se réjouis, et l'impur, dans sa conscience, espère être corrigé par la repentance. Le jour présent apaise tout grief, et nul n'est assez affligé qu'il ne puisse trouver consolation dans la célébration de la fête. Aujourd'hui, le captif est libéré; le débiteur est pardonné de son obligation; les serviteurs reçoivent liberté à l'appel bon et philanthropique de l'Église, non avec déshonneur et punition. Les blessures ne se guérissent pas par des blessures, comme il arrive lors des fêtes nationales, où les serviteurs sont exposés sur une place élevée et exposé à la honte et à l'humiliation pour recevoir leur liberté, mais ici ils sont libérés dans l'honneur, comme vous le savez, car même ceux qui restent dans l'esclavage reçoivent de la joie. Même si le serviteur a commis nombre d'importantes offenses, qui pourraient ne pas être possible de pardonner ou d'excuser; même dans ce cas, son maître, par respect pour le jour, se laissant aller à la joie et à l'humanité, accepte l'incorrigible et l'humilié, comme Pharaon avait relaché l'échanson de prison. Car il sait qu'au jour de la future résurrection, selon le paradigme que nous célébrons ce jour, lui-même aura besoin de la patience et de la bonté du Seigneur, et par conséquent, il répond aujourd'hui par de la miséricorde, espérant une récompense ce futur jour-là. Bien-aimés, vous avez appris à ne pas me rabaisser devant les serviteurs comme si j'avais erronément prêché ce jour; à enlever le grief des âmes opprimées par les troubles, comme le Seigneur a enlevé la mortalité de notre corps; à rendre l'honneur au disgracié, à combler l'affligé de joie, à encourager l'esprit abattu, à guider vers la lumière ceux qui sont confinés dans les noirs recoins de vos maisons comme dans une tombe; à permettre à tout le monde de s'épanouir dans la beauté de la fête comme une fleur s'épanouit. Si l'anniversaire de quelque roi terrestre fait ouvrir les portes des prisons, alors assurément le jour victorieux de la Résurrection du Christ réconfortera ceux qui sont dans les larmes! Ô pauvre, accepte en ce jour dans l'amour Celui Qui te nourrit! Ô toi le faible et l'estropié, en ce jour, salue le Médecin de ta maladie! L'espoir de ta résurrection est caché en Lui, qui te pousse à être zélé pour les bonnes oeuvres et à haïr les mauvaises actions; car avec la destruction des idées à propos de la résurrection pour tous ne restera qu'une seule idée en l'air : "mangeons et buvons, car demain nous mourrons" (1 Co 15,32). Précisément de la même manière, d'autres saints Pères, dans leur enseignement sur le jour de la Sainte Pâques, appelle avec une insistance spéciale les fidèles à la digne célébration de la Résurrection du Christ. "C'est le jour de la Résurrection," enseigne saint Grégoire le Théologien, son commencement propice. "Soyez illuminés par la fête et embrassons-nous les uns les autres. 'Appelons 'frères' même ceux qui nous haïssent' (Is. 66,5), et d'autant plus ceux qui par amour auront fait quelque chose ou souffert. Abandonnons-nous tous à la Résurrection, pardonnons-nous les uns les autres".


La tradition de Pâques (1912)
Boris Kustodiev (7/3/1878-28/5/1927)


"Apportons des dons à Celui Qui a souffert et à Celui Qui S'est relevé pour nous. Vous pouvez penser que je veux parler d'or, d'argent, de tissus, de verroteries ou de pierres précieuses. Ce sont là des choses terrestres, qui passent et restent sur terre, qui sont toujours plus mauvaises que de simples serviteurs, que les serviteurs du souverain. Non, offrons nous nous-mêmes, notre précieux 'moi' se tenant devant Dieu et à Sa très spéciale Personne, offrons à l'Image créée selon l'image, apprenons Sa dignité, croyons dans le Prototype, comprenons la puissance du mystère de la présente fête, et pour qui le Christ est mort. Devenons comme le Christ, puisque le Christ est aussi devenu comme nous.
Devenons comme Dieu par amour pour Lui, comme Il S'est aussi fait homme pour nous. Il a accepté le pire afin de nous donner le meilleur; Il devint pauvre afin de nous enrichir par Sa pauvreté; Il accepta l'apparence d'un esclave afin de recevoir la liberté pour nous; Il descendit, afin de nous élever; Il fut échangé afin de vaincre pour nous; Il endura l'infamie, afin de nous glorifier, Il mourut afin de nous sauver; Il Se releva afin d'attirer à Lui tous ceux qui gisaient en bas dans la chute pécheresse. Que quiconque donne tout, offre tout comme présent à Celui Qui S'est livré Lui-même pour nous comme prix de la rédemption. Rien de que ce que l'on offrira n'équivaudra le don de soi-même au Christ; celui-là comprend la puissance du mystère et qui fait tout pour le Christ, comme Il l'a fait pour nous." "Aujourd'hui le Salut descend dans le monde, le monde visible et invisible! Le Christ vous relève de la mort avec Lui; le Christ dans Sa gloire vous élève aussi tout en Se relevant; de la tombe le Christ vous libère des liens du péché; Il ouvre les portes de l'Hadès, Il détruit la mort, Il renouvelle le vieil Adam qui gisait là : 'dès lors, si quelqu'un est en Christ, il est une nouvelle création' (2 Co 5,17); le renouvellement est arrivé."


"Soyez renouvelés aujourd'hui," enseigne saint Épiphane de Chypre, "et renouvelez un esprit droit en vos coeurs, afin de comprendre le mystère de la fête nouvelle et véritable; afin de nous combler dès maintenant d'une allégresse vraiment céleste." "Notre fête, si nous voulons qu'elle soit agréable et acceptable au Seigneur, devrait nécessairement s'unir à l'inspiration universelle de l'Église avec Dieu et la commémoration de nos frères qui endurent toute pauvreté. Car si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui. Ainsi donc, soyons compatissants avec nos frères, qui sont nos membres; offrons-leur notre aide : les uns, par le biais de leur fortune, les autres, par le moyen de l'enseignement, et les autres par la charité, et en général, tous par le moyen de nos prières devant Dieu. Je vous en implore, soyons unis en une prière commune pour tous." "Dès lors, célébrons solennellement," instruit saint Jean Chrysostome, "non pas avec le vieux levain, le levain de la méchanceté et du mal, mais 'avec le pain sans levain de la pureté et de la vérité' (1 Co 5,8), croyant au Père et au Fils et au Saint Esprit, la Trinité, Une en essence et Indivisible; croyant en la Résurrection et l'attente du retour du Seigneur, à nouveau, offrons notre richesse non pas avec humilité et timidité, mais avec gloire et magnificence, avec le soutien des radieux Anges et leurs trompettes, avec crainte et joie: avec la joie pour les saints et les justes, avec la crainte pour les impies et les pécheurs." "Célébrons cette magnifique fête de Lumière, où le Seigneur est Ressuscité! Célébrons-Le magnifiquement et avec piété: car le Seigneur est ressuscité et l'univers entier est ressuscité avec Lui." "Quel bénéfice y-aurait-il," dit saint Ambroise de Milan, "dans la célébration de Pâques quand ils ne la célèbrent qu'extérieurement, au lieu de la célébrer par sa signification intérieure, à savoir, qu'ils ne sont pas guidés hors d'Égypte par Dieu et ils ne passent pas des oeuvres de ténèbres aux oeuvres de lumière "afin de pouvoir être enfants d'adoption" (Gal. 4,5) afin de revenir de la terre étrangère à la patrie céleste? Quel bénéfice y-a-t'il pour ceux-là, si ils partagent aussi la joie de l'Agneau Pascal, mais que toute leur joie se résume uniquement dans la viande égyptienne; si après cela ils offrent nourriture et boisson sur leurs tables mais n'élèvent pas leurs esprits et leurs coeurs; si ils ne sont tentés que par les plaisirs sensuels, sans la moindre pensée pour changer vers le meilleur? Qu'y-a-t'il la dedans pour leur bénéfice? Ils sont dignes de tous les regrets, et l'Église prie pour eux, afin qu'ils deviennent plus sages et qu'ils prennent le bon chemin vers notre Seigneur Jésus-Christ, notre Pâques éternelle. Je vous demande aussi, frères, que vous célébriez Pâques conformément à sa signification, fête créée en conformité à l'Exode: que les pécheurs la célèbre, quittant leur vie pécheresse pour une vie de bonnes oeuvres; se transformant eux-mêmes en "parfaits" (Phil. 3,15), en justes, qui la célébreront, passant de la vie juste à une vie plus juste encore, de la piété à une plus grande piété, de la perfection à la perfection, de sorte qu'il n'en reste aucun qui ne passe pas du mieux au toujours meilleur, 'oubliant le chemin de derrière soi et se précipitant en avant' (Phil. 3,13). Célébrant Pâques de la sorte, nous serons tels de vrais Chrétiens, accomplissant dignement leur Pâque; en laquelle nous aidera par Sa Grâce, l'Auteur de la présente fête, notre Seigneur Jésus-Christ Lui-même, Qui vit et règne pour les siècles sans fin."
S. V. Bulgakov, Manuel pour serviteurs de l'Église, 2ème éd., 1274 pp. (Kharkov, 1900) pp. 0563-4
Translated by Archpriest Eugene D. Tarris © January 7, 2004. All rights reserved.

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