"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

22 avril 2008

Date de Pâques & raison des différences entre les Chrétiens d'Orient et les Occidentaux (P. Nicholas Ossorguine)

http://www.holy-trinity.org/ecclesiology/ossorguine-pascha.html

Par le prêtre Nicholas Ossorguine, professeur de théologie liturgique à l'Institut théologique Saint-Serge, Paris

Depuis les temps les plus anciens, la perception du temps par l'homme a toujours été naturellement liée à des phénomènes naturels se répétant régulièrement. C'est ainsi, par exemple, que le changement régulier entre lumière et ténèbre se vit exprimé comme unité de temps : le jour (un phénomène déterminé par la rotation de la terre autour de son propre axe.) Le changement régulier des phases lunaires (la rotation de la lune autour de la terre durant approximativement 30 jours) donna naissance au concept du mois. Et pour finir, le changement régulier des 4 saisons de l'année – printemps, été, automne et hiver – fut compris comme un cycle annuel consistant en 365 (366) jours, couplés à la révolution complète de la terre autour du soleil, qu'on appelle l'année tropicale ou solaire.
Seul le cycle de 7 jours, la répétition constante des 7 jours de la semaine, n'est pas basé sur la moindre occurrence ou le moindre fait naturel, mais trouve son origine dans la Création du monde selon le récit biblique. Le cycle de 7 jours fut strictement observé par les Juifs de l'Ancien Testament comme quelque chose d'établi par Dieu Lui-même, et ceci fut reprit et continué par les Chrétiens du Nouveau Testament. On peut affirmer que ce cycle n'a jamais été interrompu et que les réformes de calendrier n'ont pas d'effet sur la semaine de 7 jours ni sur l'Ancien ou le Nouveau Testament.
Le cycle des fêtes fixes de l'Église (la Nativité du Christ et les autres) dépend exclusivement de l'année solaire. La fête de Pâques, avec la saison des fêtes mobiles qui lui sont liées, est déterminée en accord avec les 3 cycles, à savoir solaire, lunaire et hebdomadaire.
Pâques est la plus grande fête Chrétienne. Selon les termes de saint Jean Damascène (8,c), l'Église Orthodoxe l'appelle "la Fête des fêtes, le jour Saint des jours saints" (Canon pascal, Irmos de la 8ème Ode). Ce fut la première fête Chrétienne célébrée aux temps Apostoliques. Cette fête est une telle importance que le jour de la semaine où eut lieu la Résurrection du Christ est à jamais identifié avec elle. En russe, ce jour s'appelle même Voskresenie (Résurrection). Tout au long de l'année ecclésiale, cela sert de rappel constant et hebdomadaire de la fête pascale elle-même. Un dimanche particulier de l'année est dédié à cette Fête de la Résurrection. Et c'est le jour où il y a un alignement particulier du soleil, de la lune et de la terre. A ce moment-là, la terre bénéficie d'une illumination maximale des sources de lumière qui l'entourent.
Dans la Liturgie Orthodoxe, la lumière a une signification exceptionnellement importante. Le terme même de "lumière" et ses dérivés sont fréquemment présents dans les textes liturgiques. Le Christ Lui-même est la source de la vraie Lumière : "Je suis la Lumière du monde" (Jn 8,12). Dans ce contexte, la lumière solaire est regardée comme une image de la véritable Lumière.
L'Église Chrétienne, apparemment dès les temps apostoliques, commença à fixer la date de Pâques (dimanche) précisément en relation avec la lumière. Par exemple, la fête de la Nativité du Christ (4,c) fut fixée au 25 décembre, le jour du solstice d'hiver, quand la lumière commence à croître (c'était aussi une fête païenne pour la même raison). Quand à la date sacrée de Pâques, la lune y a tient aussi son rôle.
Le dimanche de l'année qui vient immédiatement après la pleine lune lorsque cela ne vient pas plus tôt que l'équinoxe de printemps est choisit comme date pour la fête de Pâques.
Astronomiquement, l'équinoxe de printemps correspond à ce moment dans l'année quand partout dans le monde (dans les 2 hémisphères) la longueur du jour et de la nuit est égale, et les nuits polaires s'achèvent. La signification de ce phénomène est qu'à ce moment de l'année, il n'y a pas d'endroit sur terre qui ne soit touché par la lumière du soleil durant le jour. Avec l'arrivée de la pleine lune à cette époque, la lune, étant dans la zone noire de la sphère terrestre, reflète la lumière du soleil, et ainsi le monde entier est entouré à ce moment par la lumière du soleil.
C'est pourquoi, d'un aspect cosmique, le jour de la Sainte Pâques est déterminé par la position particulière des corps célestes qui illuminent la terre. Cette position spéciale en devient une "icône cosmique," que l'Église décrit par les paroles du Canon Pascal : "De lumière, maintenant, est rempli tout l'univers: au Ciel, sur terre et dans l'Hadès" (tropaire, Ode 3), ou "Qu'elle est sainte et belle, en vérité, cette nuit de notre rédemption, radieuse messagère du jour rayonnant de la Résurrection, où, sortant de tombe corporellement, brilla sur le monde l'éternelle Clarté" (Tropaire, Ode 7).
Dans la conscience de l'Église, la fondation de cette "icône cosmique" a été établie par Dieu Lui-même, le Créateur du monde, lorsqu'à l'aube du 4ème jour, Il ordonna qu'il y ait "2 grands luminaires" pour éclairer la terre des 2 côtés (jours et nuits), "et Dieu dit, 'Qu'il y ait des luminaires au firmament des cieux pour distinguer le jour de la nuit; qu'ils servent de signes pour marquer les saisons, les jours et les années; ils serviront aussi de luminaires au firmament des cieux, pour éclairer la terre.' Et il en fut ainsi. Dieu fit les deux grands luminaires: le plus grand pour présider au jour, et le plus petit pour présider à la nuit.." (Genèse 1,14-16).
Depuis le premier Concile Oecuménique (325), ce principe de fixer la date de Pâques (le dimanche le plus proche après la première pleine lune ayant lieu juste après l'équinoxe de printemps) a été la règle obligatoire pour toute l'Église Chrétienne et cela reste ainsi jusqu'à nos jours.
Quand à la signification théologique de cette "icône cosmique" qui détermine la date de Pâques, il y a un petit document grec peu connu datant du 4ème siècle ("sermon anatolien pour la date de Pâques", en 387) qui donne une explication détaillée sur sa signification. L'auteur fait remarquer l'intime connexion existante entre les "7 jours" de la Création du monde et les "7 jours" de l'acte rédempteur du Christ.
La création du premier homme, Adam, a été suivie de sa chute, et avec cela, de la corruption de toute la Création. Christ, le Nouvel Adam, rachète le péché du premier homme et donne vie à une nouvelle Création. Dans ce contexte théologique, le phénomène cosmique (équinoxe de printemps et la pleine lune qui le suit) constitue des signes naturels qui correspondent au début du temps, lorsque Dieu créa le monde. "L'icône cosmique" de la lumière devient l'icône du début des temps, lors de la Création du monde.
Le moment de l'équinoxe de printemps est l'image du premier jour de la Création. C'est ce premier jour, ou "jour un," quand Dieu donna la lumière au monde et divisa la lumière des ténèbres en parties égales, les appelant respectivement "jour" et "nuit" (Genèse 1,3-5). Notons que, selon la séquence de 7 jours, ce jour correspond au dimanche, le jour de la Résurrection. La pleine lune qui le suit, est une image du 4ème jour de la Création (comme mentionné plus haut), lorsque Dieu, employant les luminaires célestes créés, distribua la lumière (qui était apparue le premier jour) à travers le monde entier. Les ténèbres sont graduellement vaincues. Le rôle de la lune est qu'à travers elle, la lumière pénètre le royaume des ténèbres, comme une annonce de la victoire finale.
Le 6ème jour de la Création, qui correspond au vendredi, Dieu créa le premier homme, Adam, qui chuta et se sépara de Dieu. Ainsi, le Nouvel Adam, le Christ, racheta le péché d'Adam sur la Croix le Grand et Saint Vendredi. Le 7ème jour, le Grand et Saint Samedi, reposant corporellement dans la Tombe, Il détruisit le royaume des ténèbres. Et le lendemain, premier jour de la semaine, qui correspond dans cette séquence au "jour un" où Dieu donna la lumière au monde, le Christ ressuscité donna au monde la Lumière qui ne s'éteint jamais, celle de Sa Résurrection.
La lecture de l'Évangile pour la Liturgie de Pâques proclame ce mystère : "Dans le principe était le Verbe... et le Verbe était Dieu... Toutes choses furent faites par Lui... En Lui était la Vie, et la Vie était la Lumière des hommes.. La Lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l'ont pas saisie" (Jn 1,1-5).
Quant à la signification de la Pâque Juive pour la fixation du temps de la célébration de la Pâques Chrétienne, le document du 4ème siècle précité ne mentionne le jour de Pesah que pour dire qu'en aucune manière il ne faudrait en tenir compte pour fixer la date de la Pâques Chrétienne. De plus, l'auteur du document inclut parmi les groupes connus d'hérétiques ces Chrétiens qui, en calculant la date de Pâques, prenaient leur marque sur Pesah. Certains de ces hérétiques, les Quatrodecimans, observaient Pâques en même temps que les Juifs, et d'autres, les Novatiens, observaient Pâques le premier dimanche après Pesah.
L'idée que la Pâques Chrétienne devrait toujours être observée après la Pesah des Juifs fut avancée par des canonistes byzantins dans la période précédant l'introduction du "calendrier grégorien" en Occident (1583). Apparemment, la raison en fut d'essayer de discréditer cette réforme "catholique" du calendrier qui s'annonçait. En essence, avant cette réforme de calendrier en Occident, la Pesah juive précédait de facto la Pâques Chrétienne pour des raisons entièrement techniques de calendrier. Les comput ou calculs des Chrétiens et des Hébreux étaient basés sur les mêmes données astronomiques auxquelles le calendrier Julien était lié. Cependant, cela ne constitue pas une raison suffisante pour faire de ceci une condition obligatoire.
Pour les Pères du 4ème siècle, l'équinoxe de printemps était le facteur principal déterminant le calcul de la date de la Fête de Pâques. Le 7ème Canon Apostolique dit : "Si un évêque, prêtre ou diacre célèbre le saint jour de Pâques avant la date de l'équinoxe de printemps, avec les Juifs, qu'il soit déposé des saints rangs." Ainsi, le moment de cette équinoxe de printemps détermine la pleine lune après laquelle, le dimanche qui la suit, Pâques devrait être célébré. Cette lune est la pleine lune de la Pesah de l'Ancien Testament.
D'après la Loi Mosaïque, la Pesah de l'Ancien Testament est liée à la pleine lune du printemps. Comme confirmé par le document du 4ème siècle, précité plus haut, pendant l'ère pré-Chrétienne, la Pesah juive a toujours eu lieu après l'équinoxe de printemps. Avec la venue du Christianisme, cette règle ne fut pas toujours suivie, c-à-d que la Pesah juive pouvait avoir lieu avant l'équinoxe de printemps, ce qui fut la raison de la promulgation à une époque reculée de ce 7ème Canon Apostolique cité plus haut. De ce fait, il faut faire la distinction entre la Pesah de l'Ancien Testament et la Pesah juive des temps du Nouveau Testament. La première guida Israël vers le Christ, Qui la transforma en Pâques Chrétienne. La seconde, qui ne comprend pas le Christ, a perdu toute signification, et dès lors, ne saurait rien avoir en commun, en quelle que relation que ce soit, avec la Pâques du Christ.
Ainsi donc, la Pâques Chrétienne, qui suit la pleine lune de la Pesah de l'Ancien Testament, ne sait jamais coïncider avec ni la précéder. De nos jours, dans l'ère du Nouveau Testament, que la pleine lune corresponde avec l'actuelle Pesah juive ou pas, cela n'a pas de conséquence pour la Pâques Chrétienne. A titre d'exemple, remarquons que si la première pleine lune (pascale) suivant l'équinoxe de printemps ne correspond pas avec la lune de la Pesah juive, cela signifie que cette dernière est basée sur une autre pleine lune, soit celle qui précède, soit celle qui suit la première pleine lune. Aucune des deux ne pourrait avoir de signification pour la Pâques Chrétienne, puisque l'une est la seconde lune qui suit l'équinoxe de printemps et l'autre est celle qui précède l'équinoxe.
Quand à la différence entre les dates de Pâques en Orient et en Occident, cela ne provient que de la différence entre les calendriers qu'ils utilisent : le Julien pour le calcul de Pâques dans l'Église Orthodoxe et le Grégorien pour l'Occident.
On peut considérer qu'un siècle après le 1er Concile Oecuménique de 325, un accord avait été trouvé dans tout le monde Chrétien pour la période où célébrer Pâques. Les tables pour calculer la date de Pâques furent préparées en se basant sur le calendrier en vigueur à l'époque, et les dates pascales furent exprimées selon le calendrier Julien, en conjonction avec son 21 mars comme date de l'équinoxe de printemps (frontière pascale). L'Église Orthodoxe a utilisé et utilise encore de nos jours cette "Pascalie" qui a été compilée vers le 6ème siècle.
C'est ainsi que Pâques fut célébré partout de manière plus ou moins simultanée jusque 1583, lorsqu'eu lieu en Occident la réforme du calendrier du pape de Rome Grégoire 13. Jusqu'alors, il avait été remarqué depuis quelque temps que le calendrier Julien s'était éloigné du calendrier solaire pour une durée d'un jour tous les 128 ans, et que vers la fin du 16ème siècle, cela donnait un retard de 10 jours depuis l'époque du 1er Concile Oecuménique de 325. Selon le calendrier, l'équinoxe de printemps n'avait plus lieu le 21 mars mais le 11. Du fait de cette réforme de calendrier (ou plus précisément sa correction ou son ajustement), toutes les dates de calendrier furent avancées de 10 jours (le vendredi 4 octobre fut suivit du samedi 15 octobre), et afin que le calendrier ne dévie plus du temps solaire, il fut décidé que toutes les périodes de 400 ans, 3 des années bissextiles seraient remplacées par des années normales, et donc le 29 février tomberait. La règle suivante serait appliquée : seul les années-siècles bissextiles pouvant être divisés par 400 conserveraient leur 29 février. Ainsi, 1600 fut une année bissextile, mais les 3 suivants, 1700, 1800, 1900, ne furent pas bissextiles, quand bien même selon le calendrier Julien elles l'étaient. Ces approches différentes ont amené à l'actuelle différence de 13 jours. Des corrections appropriées furent apportées pour le calcul de Pâques pour autant que la barrière du 21 mars fut déplacée de 10 jours, et depuis lors, l'Occident a eu Pâques plus tôt que l'Église Orthodoxe, qui a continué à calculer sa date en accord avec l'ancienne pascalie. Quand Pâques en Occident ne correspond pas avec Pâques dans l'Orthodoxie, la différence peut être d'une semaine, voire 4 ou même 5. Cela vient que l'équinoxe de printemps, selon le calendrier Julien qui sert de base pour le calcul de la pascalie, a lieu 13 jours après l'équinoxe réelle, suivie par le calendrier grégorien. Donc le 21 mars selon le nouveau calendrier (8 mars dans l'ancien calendrier) est l'équinoxe de printemps réelle. Les Occidentaux considèrent que c'est ça le début de la lune pascale. 13 jours après, le 3 avril dans le nouveau calendrier (21 mars dans l'ancien calendrier), commence le temps pour calculer la lune pascale pour la pascalie orthodoxe. Dès lors, quand la pleine lune a lieu entre le 21 mars et le 2 avril (nouveau calendrier), c'est la lune pascale seulement pour les Occidentaux, puisque selon la pascalie orthodoxe, l'équinoxe de printemps n'a pas encore eu lieu. Dans ce cas, la Pâques Orthodoxe est basée sur la lune suivante, un mois plus tard. Ce serait donc la première pleine lune après le 21 mars selon l'ancien calendrier, mais en fait, c'est réellement la seconde pleine lune suivant astronomiquement la vraie équinoxe pascale (21 mars dans le nouveau calendrier).
Dans ce cas, la différence entre les 2 dates pour Pâques peut être de 4 ou 5 semaines. N'y aurait-il pas de pleine lune entre le 21 mars et le 2 avril (nouveau calendrier), alors la lune pascale commune à tous serait la première après le 2 avril. Dans ce cas, les dates de Pâques soit coïncideraient, soit seraient éloignées d'une semaine. Ce dernier cas pourrait avoir lieu parce que dans la pascalie, les cycles lunaires sont en retard de 3 ou 4 jours sur le "temps réel." Donc si la vraie pleine lune a lieu la première moitié de la semaine, pour la pascalie, ce serait dans la seconde moitié de la semaine, et le dimanche qui suit serait date commune de Pâques. Si la pleine lune avait lieu durant la seconde moitié de la semaine, d'après cette pascalie, cela aurait lieu dans la première moitié de la semaine qui suit, et la Pâques des Orthodoxes aurait lieu une semaine après la date des Occidentaux.
Il n'y a qu'une seule solution pour résoudre cette situation anormale. Les fêtes du cycle pascal doivent être observées en accord avec le même calendrier que les fêtes fixes (Nativité du Christ, etc), le calendrier qui correspond au temps solaire.
[1979]
“Russkaya Mysl’” #4401 21.03.2002
http://www.rusmysl.ru



LA DATE DE PAQUES
http://www.la-france-orthodoxe.net/open.html?id=16&p=ladatedepaques.htm
" Il convient de célébrer la fête de Pâques le premier dimanche après la première pleine lune qui suit l’équinoxe de printemps. " (règle établie par les Pères du premier Concile Œcuménique – Nicée en 325).
Ainsi cette formule se décompose, peut-on dire, en trois moments qui doivent se succéder :
1- équinoxe de printemps
2- pleine lune
3- dimanche
Malgré l’avis (erroné) des partisans de l’ancien style (calendrier julien) qui prétendent que, historiquement, on ignore l’origine et la date de la formule de Nicée, il convient d’attirer l’attention sur l’existence d’un document grec très précieux du IVe siècle intitulé "Une homélie anatolienne sur la date de Pâques," en l’an 387 qui explique cette formule en détail. Cette homélie était motivée par le fait que, en 387, pour la première fois depuis le premier concile œcuménique, c’est-à-dire après quelque 62 ans, les conditions cosmiques (la position de la terre et de la lune par rapport au soleil) étaient telles qu’en appliquant la formule de Nicée le jour de Pâques tombait le 25 avril. Ce fait provoqua le trouble parmi les chrétiens qui craignaient que la date ne fût trop tardive. L’auteur du document explique en détail le principe "nicéen" et sa signification, et démontre ainsi qu’une célébration exceptionnellement tardive de Pâques en 387 était correcte.
L’homélie anatolienne montre avec précision que dès le IVe siècle c’est à dire bien avant l’établissement même des tables du comput pascal (VIIe – VIIIe siècles), une tradition écrite existait déjà dans l’Église. Nous l’avons appelée plus haut la formule de Nicée. L’application de cette formule exigeait la conformité scrupuleuse de tous les moments : équinoxe de printemps, pleine lune, dimanche (voir plus haut) dès leur apparition effective (équinoxe de printemps et pleine lune) et non à leur date calendaire qui, comme chacun devrait savoir, cesse de correspondre tôt ou tard à la réalité cosmique.

Ce document nous donne encore quelques renseignements importants concernant la date de Pâques, qui montrent qu’à notre époque, il existe une série d’idées reçues incorrectes à ce sujet. Tout cela affecte la clarté, la beauté, la simplicité et la profondeur du principe même.
En voici deux exemples :
1- La pâque juive doit soi-disant précéder la fête chrétienne de pâques. Or, selon l’homélie anatolienne, celle-ci n’entretient aucun rapport avec la pâque juive (voir p. 120, paragraphe 12 de ce document). Cette idée est donc non seulement fausse mais superflue. Le Christ n’a-t-il pas accompli la Pâque de la Loi ? N’est-Il pas l’agneau offert en sacrifice pour le monde, "l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde" (Jn I, 29) ? Cet Agneau n’a-t-il pas été préfiguré par l’agneau vétéro-testamentaire ? Le Sacrifice et la Résurrection du Christ comprenant le monde entier (y compris les juifs), accomplissent et réalisent toutes les préfigurations de l’Ancien Testament, prennent le relais spirituel de la pâque juive, la rendant caduque. Toute juxtaposition de celle-ci avec la Pâques chrétienne devient anachronique et dénuée de sens. Il conviendrait de réfléchir sérieusement à cette question.
A propos de la pâque juive, n’oublions pas que le 2e temps de la formule de Nicée, c’est à dire la pleine lune de printemps est précisément la pâque vétéro-testamentaire et en même temps l’image du Christ incarné (voir stichère du 1e dimanche après Noël qui évoque sous forme de lune ensanglantée, l’image prophétique de l’incarnation du Christ –Joël III, 4), qui "s’est abaissé devenant obéissant jusqu’à la mort, à la mort sur la croix" (Philip. II, 8) est ressuscité le 3e jour, premier dimanche (3e temps de la formule) après cette pleine lune. Ainsi la fête chrétienne de Pâques est toujours précédée de la pleine lune de la pâque vétéro-testamentaire.
2- L’affirmation que trois jours au moins doivent s’écouler entre la pleine lune et le jour de Pâques est une idée fausse. Conformément à l’homélie anatolienne si la pleine lune de printemps tombe un samedi, Pâques est fêtée le jour suivant . Ce témoignage est très important car il montre que la pleine lune pascale peut apparaître à partir du dimanche des Rameaux n’importe quel jour de la Semaine Sainte jusqu’au Samedi Saint inclus.

Pour établir et justifier la date de Pâques, on se réfère au comput pascal établi il y a plus de mille ans à partir du calendrier julien (ancien style) lorsque le 21 mars devait coïncider avec l’équinoxe de printemps. Il en était ainsi au IVe siècle mais au XXe siècle, à cause du retard pris par le calendrier sur le temps solaire, le jour de l’équinoxe de printemps a lieu 13 jours plus tôt. Quant aux dates des pleines lunes indiquées dans les tables d’après le comput pascal, elles retardent à notre époque de 3-4 jours.
Rappelons brièvement la raison du retard de l’équinoxe de printemps suivant le calendrier julien.
Le calendrier solaire julien fut adopté dans l’empire romain en 46 av. J.C., lorsque l’équinoxe de printemps coïncidait avec le 25 mars (il en était encore ainsi au temps du Christ). Ce calendrier julien retarde par rapport au temps solaire de 1 jour tous les 128 ans. L’histoire de l’église nous apprend que dans les débats du IVe siècle sur la date de Pâques, l’Église d’Alexandrie était bien renseignée quant au moment de l’équinoxe de printemps (21 mars) mais l’Église romaine en revanche insistait sur la date qui lui était habituelle du 25 mars. Finalement l’Église romaine céda devant l’objectivité scientifique et toute l’Église chrétienne a adopté le 21 mars comme jour de l’équinoxe. Cependant aucune mesure n’a été prise pour empêcher que le calendrier julien ne prenne du retard et celui-ci a continué à s’accumuler.
Au XVIe siècle, ce retard a atteint 10 jours. En Occident, pendant le pontificat du pape Grégoire XIII, on apporta la correction nécessaire au calendrier solaire qui permit de réduire considérablement le retard (1 jour en 3200 ans). Le calendrier corrigé a pris le nom de grégorien. Et c’est depuis ce moment-là qu’il y deux calendriers, deux styles : l’ancien et le nouveau. D’après le nouveau style l’équinoxe de printemps tombe les 20 – 21 mars comme au IVe siècle. En revanche, selon l’ancien style (cal. jul.), au XXe siècle, le retard sur le temps solaire a atteint 13 jours. Conformément au comput pascal le jour de l’équinoxe continue à correspondre au 21 mars (jul.) alors qu'en réalité il correspond maintenant au 8 mars de ce même calendrier.

En conclusion nous pouvons dire que dans ce problème concernant la date de Pâques qui semble compliqué nous devons distinguer deux aspects, l’un de principe (la formule de Nicée) qui par son contenu est parfaitement simple, compréhensible et riche de sens. L’autre aspect, technique concerne l’application pratique de ce principe. Cet aspect est lié aux calculs compliqués concernant le mouvement de la terre et de la lune par rapport au soleil. Il faut être bien naïfs pour croire que les calculs ont pu être faits une fois pour toutes. Ne serait-il pas opportun de faire confiance aux spécialistes qui peuvent sans aucune difficulté prévoir avec exactitude et beaucoup d’années à l’avance le jour de l’équinoxe, de la pleine lune et tout ce qu’il faut pour l’application de la formule de Nicée ? Pratiquement il suffit de prendre un agenda de n’importe quelle année et tous les éléments nous sont donnés : le jour de l’équinoxe de printemps, le jour de la pleine lune et le dimanche qui suit qui doit être le jour de Pâques, ces trois éléments suffisant à déterminer la date de Pâques.
Extrait de l’article de M. Nicolas OSSORGUINE (professeur de Rubriques à l’Institut Saint-Serge), "La date de Pâques orthodoxe, le 1er mai 1994", Nouvelles de Saint-Serge n°18, 1994, p.10-14.


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Notes de traduction et commentaires: bien qu'imposé de manière non-canonique et pour des raisons hautement contraires à la Foi de l'Église, car le prétendu patriarche Meletios Metaxakis était un initié maçonnique et n'oeuvrait pas pour l'unité de la Foi, cependant, le "nouveau" calendrier en usage dans une petite partie de l'Église Orthodoxe est une correction plus précise encore que le "grégorien," donc que le calendrier civil en usage dans l'hétérodoxie et dans la société civile pour fixer leurs activités. En l'utilisant, et même en changeant de pascalie, Pâques dans l'Église serait de toute manière célébré en règle générale à une date différente de celles des hétérodoxes et de la société civile. Et le contenu théologique même sera de toute manière toujours différent de chez ceux qui, hors de l'Église, annoncent "fêter Pâques."

Tout cela ne pose d'ailleurs aucun problème : pas plus que la Synagogue n'a à dicter à l'Église sa conduite, le monde n'a être le point de référence de l'Église pour sa vie spirituelle. L'Église est là pour transformer le monde, pas l'inverse. L'essentiel est l'unité interne du calendrier utilisé, et le parcours spirituel du "pécheur en voie d'incessante conversion" qu'est le Chrétien Orthodoxe. Comme le disait un ancien détenu Russe de Dachau "en 1945, quand on a célébré Pâques au camp de concentration, on n'a pas regardé au calendrier en usage.."

Pour la question plus globale du calendrier, voir un article de l'Église de Serbie : Calendrier: Ancien, Nouveau, Julien, Julien réformé ou grégorien. Quelles différences? Quelle importance?
La question du calendrier liturgique, nouveau ou réformé, revient à intervales très courts avec flammes et passions et .. anathèmes. Voici la traduction de la communication duprofesseur Milutin Milankovitch (1879-1958), Belgrade, datée d'octobre 1923, dans laquelle il explique techniquement les principes de la réforme. Il était délégué de l'Église de Serbie au Concile pan-orthodoxe de Constantinople de 1923.

Et de l'Église de Roumanie, cette étude minutieuse (100 pages!) :
La Réforme Hémérologique Orthodoxe roumaine, étude de chronologie & d'hémérologie, par le dr. Basile Gheorghiu, professeur à la Faculté de Théologie de Cernautzi, 1929 (fac-similé intégral)
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