La Dernière Cène, par saint Jean Chrysostome (Dynamis)
Saint Mathieu 26,2-27,2 (4/24)
Liturgie de saint Basile, Jeudi de la Sainte et Grande Semaine
Mt 26,21-39; Lc 22,43-45; Mt 26,40-27,2, en particulier les versets 26-29:
La méditation est l'homélie 82 de saint Jean Chrysostome sur l'Évangile selon saint Mathieu
Dernière CèneMoscou ou Saint-Petersbourg, vers 1850
source
1. Quel est donc l’aveuglement de ce traître qui ne change pas malgré qu'il soit assis à cette table divine, et qui demeure toujours le même après avoir participé à de si redoutables mystères? C’est ce que veut montrer saint Luc, lorsqu’il dit : "après cela le démon entra en lui"; il y entre non pour insulter le corps du Sauveur, mais pour punir l’insolence du traître. Deux circonstances aggravaient le crime de Judas; d’abord il avait osé approcher d’une table si sainte avec une disposition si criminelle; ensuite, bien loin de tirer le moindre fruit d’une telle grâce et d’un tel honneur, il en avait abusé sans aucune crainte. Le Fils de Dieu n’éloigna pas cet homme, bien qu’Il pénétrât le fond de son coeur, pour nous faire voir qu’Il ne voulait rien omettre de tout ce qui pouvait servir à le corriger. Nous avons déjà vu, et on le pourra voir encore dans la suite, qu’Il lui représentait continuellement son crime, et qu’Il cherchait à l’en détourner par Ses paroles et par Ses actions, par la crainte et par les menaces, par les honneurs et par les services qu’Il lui rend. Mais rien ne put le fléchir. C’est pourquoi le Sauveur le laisse enfin à lui-même, et donnant toutes Ses pensées au soin de Ses autres disciples, Il les avertit encore par ces mystères sacrés de Sa mort qui s’approchait. Il les entretient de Sa Croix pendant la Cène, et Il veut prévenir leur trouble et leur abattement, en leur prédisant si souvent ces choses. Si, après tant de prédictions en actions et en paroles, ils ne laissent pas que de se troubler, qu’auraient-ils donc éprouvés, s’ils n’avaient pas été avertis d’avance?
"Et comme ils mangeaient, Jésus prit du pain et le rompit."
Pourquoi Jésus-Christ a-t-Il institué ce mystère au temps de la Pâque? C’est pour nous montrer par toutes ces actions que c’est Lui-même qui a établi l’ancienne Loi, et que tout ce qu’elle contient n’était que des figures et des ombres qui avaient rapport à la Loi nouvelle. C’est pour cette raison qu’Il a joint la vérité à la figure. Cette heure "du soir" qu’Il choisit pour faire la Pâque nous montrait que les temps étaient accomplis, et que les choses étaient sur le point d’avoir bientôt leur dernière fin.
Il rendit grâce à Dieu Son Père, afin de nous enseigner comment nous devons célébrer ce saint mystère, et en même temps pour nous faire voir qu’Il allait volontairement à la mort. Il le fit aussi pour nous apprendre à recevoir avec action de grâces tous les maux dont nous souffrons, et pour fortifier et affermir notre espérance. Car si la figure a eu tant de force que de délivrer tout un peuple d’une dure captivité, combien plus la vérité aura-t-elle le pouvoir de tirer tout l’univers de la servitude, et de combler de biens tous les hommes?
C’est pourquoi Il n’avait point voulu leur faire part de ces mystères avant le moment où la Loi devait cesser. Il abolit la première et la principale de leurs fêtes, et les fait passer à une autre Pâque pleine d’une sainte frayeur. "Prenez", leur dit-Il, "et mangez. Ceci est Mon corps qui est livré pour vous."
Comment n’ont-ils pas été troublés en entendant ces paroles? Parce que déjà auparavant Il leur avait dit plusieurs grandes choses de ce mystère. Voilà pourquoi Il leur dit ici cette parole sans aucun préambule, les jugeant assez préparés à l’entendre. Il leur découvre la cause de Sa Passion, c’est-à-dire "la rémission des péchés." Il appelle ce sang, "le sang de la Nouvelle Alliance", c’est-à-dire de la promesse de la Loi nouvelle. Car c’est ce qu’Il a promis de nouveau, et c’est par ce sang que la Nouvelle Alliance est scellée. Et comme l’ancienne avait pour son partage le sang des bêtes qu’elle immolait, de même la Nouvelle a pour le sien le sang du Seigneur.
Il témoigne encore par ces paroles qu’Il S’en va mourir, et c’est pour cela qu’Il parle de "Testament", et qu’il nous remet en mémoire cet Ancien Testament qui avait été aussi scellé et consacré avec le sang. Puis Il déclare la cause de Sa mort en disant: "Que ce sang sera répandu pour une multitude, afin d’effacer leurs péchés."
Il dit ensuite: "Faites ceci en mémoire de Moi." On voit par ces paroles comment Il veut nous retirer de l’observation des coutumes judaïques. Car, comme vous faisiez autrefois la Pâque en mémoire des miracles que vos pères avaient vu faire en leur faveur dans l’Égypte, de même vous ferez ceci en mémoire de ce que Je fais maintenant pour vous. Le sang dont les portes des Israélites furent alors teintes, n’était que pour sauver les premiers nés; mais celui-ci est répandu pour la rémission des péchés du monde entier. "Car ceci", dit-Il, "est Mon sang qui sera répandu pour la rémission des péchés."
Or, Il voulait faire connaître à Ses disciples que Sa Passion et Sa Croix étaient un mystère, et apporter ainsi quelque consolation à leur douleur; et comme Moïse avait dit : "Ceci vous servira d’une mémoire éternelle"; de même Jésus-Christ dit à Ses disciples : "Faites ceci en mémoire de Moi, jusqu’à ce que Je vienne." Et c’est pour cette raison qu’Il ajoute : "J’ai désiré d’un grand désir de manger cette Pâque avec vous", c’est-à-dire, de vous donner des choses nouvelles et de vous faire part d’une Pâque qui vous rendra spirituels. Il en but aussi Lui-même de peur que les disciples, ayant entendu ces paroles, ne disent: Quoi! Buvons-nous du sang et mangeons-nous de la chair? et qu’ainsi ils ne se troublent comme plusieurs Juifs avaient déjà fait, lorsqu’Il avait seulement évoqué ce mystère. Il leur montre donc l’exemple, afin de les faire approcher avec un esprit tranquille de la communion de Ses mystères.
Mais faut-il donc, direz-vous, célébrer aussi l’ancienne Pâque? Pas du tout, puisque Jésus-Christ ne nous a dit : "Faites ceci", que pour nous retirer de la Pâque ancienne. Et s’Il opère en celle-ci la rémission des péchés, comme Il le fait en vérité, n’est-il pas superflu de célébrer cette ancienne cérémonie légale? Comme Il avait donc voulu que la première Pâque servît aux Juifs d’un monument éternel des grâces qu’Il leur avait faites, Il veut ici de même que cette nouvelle Pâque serve aux Chrétiens pour leur rappeler éternellement dans la mémoire le souvenir des dons infinis de leur Sauveur. Il veut par cette conduite fermer la bouche aux hérétiques, parce que, lorsqu’ils demandent où est la preuve certaine qu’Il a été immolé, nous les réduisons au silence en leur alléguant entre plusieurs autres raisons les saints mystères. Car si Jésus-Christ n’est pas mort, de qui ce sacrifice que nous célébrons est-il le symbole?

[...]
4. [...] Croyons donc toujours à ce que Dieu dit, et ne Lui résistons jamais, quoique notre esprit, notre jugement ait peine à se rendre à ce qu’Il nous dit, et que Sa parole soit au-dessus de notre sens et de toutes nos lumières. Faisons en toutes ces rencontres ce que nous faisons dans nos mystères sacrés. Ne regardons pas seulement ce qui se présente à nos yeux, mais attachons-nous surtout à la parole qu’Il a dite. Nos sens nous peuvent, tromper; mais Sa parole ne le peut jamais. Notre vue est aisément séduite, et tombe souvent dans l’erreur; mais la parole et la vérité de Dieu ne peuvent errer.
Puisque le Verbe a dit : "Ceci est Mon Corps", soyons persuadés de la vérité de Ses paroles, soumettons-y notre croyance, regardons-Le dans ce Sacrement avec les yeux de l’esprit. Car Jésus-Christ ne nous y a rien donné de sensible, mais ce qu’Il nous y a donné sous des objets sensibles, est élevé au-dessus des sens, et ne se voit que par l’esprit. Il en est ainsi dans le baptême, où, par l’entremise d’une chose terrestre et sensible qui est l’eau, nous recevons un don spirituel, savoir : la régénération et le renouvellement de nos âmes. Si vous n’aviez pas de corps, il n’y aurait rien de corporel dans les dons que Dieu vous fait : mais parce que votre âme est jointe à un corps, Il vous communique des dons spirituels sous des choses sensibles et corporelles.
Combien y en a-t-il maintenant qui disent: Je voudrais bien voir notre Seigneur revêtu de ce même corps dans lequel Il a vécu sur la terre. Je serais ravi de voir Son visage, toute la figure de Son corps, Ses habits et jusqu’à Sa chaussure. Et moi je vous dis que c’est Lui-même que vous voyez; que c’est Lui-même que vous touchez, que c’est Lui-même que vous mangez. Vous désirez de voir Ses habits, et Le voici Lui-même qui vous permet, non-seulement de Le voir, mais encore de Le toucher, de Le manger, et de Le recevoir au dedans de vous.
Mais que personne ne s’approche de cette table sacrée avec dégoût, avec négligence, et avec froideur. Que tous s’en approchent avec avidité, avec ferveur et avec amour. Car puisque les Juifs, en mangeant l’Agneau Pascal, avaient accoutumé de se tenir debout, d’être chaussés, d’avoir un bâton à la main, et de manger en diligence; avec combien plus d’ardeur et d’activité devez-vous manger le divin Agneau de la Loi Nouvelle? Les Juifs étaient alors sur le point de passer de l'Égypte dans la Palestine; c’est pourquoi ils étaient en posture de voyageurs: mais quant à vous, vous devez faire un plus grand voyage, puisque vous devez passer de la terre au Ciel.
5. Vous devez donc sans cesse veiller sur toutes vos actions, sachant que ceux qui reçoivent avec indignité le corps du Seigneur, sont menacés d’un grand châtiment. Si vous ne pouvez considérer sans une indignation extrême la trahison de Judas qui vendit son maître, et l’ingratitude des Juifs qui crucifièrent leur Roi, prenez garde de vous rendre aussi vous-mêmes coupables de la profanation de Son Corps et de Son Sang. Ces malheureux firent souffrir la mort au très saint Corps du Seigneur, et vous, vous Le recevez avec une âme toute impure et toute souillée après en avoir reçu tant de biens. Car Il ne S’est pas contenté de Se faire homme, de S’exposer aux infamies et aux outrages des Juifs, et d’endurer la mort de la Croix; Il a voulu, outre cela, Se mêler et S’unir à nous d’une telle sorte que nous devenons un même corps avec Lui, non-seulement par la Foi, mais effectivement et réellement.
Qui donc doit être plus pur que celui qui est participant d’un tel sacrifice? Quel rayon de soleil ne doit pas céder en splendeur à la main qui distribue cette Chair, à la bouche qui est remplie de ce Feu spirituel, à la langue qui est empourprée de ce redoutable Sang? Représentez-vous l’honneur que vous recevez, et à quelle table vous êtes assis. Celui que les Anges ne regardent qu’avec tremblement, qu’avec frayeur, ou plutôt qu’ils n’osent regarder à cause de la splendeur et de l’éclat de Sa majesté qui les éblouit, est Celui-là même qui nous sert de nourriture, qui S’unit à nous, et avec qui nous ne faisons plus qu’une même chair et qu’un même corps.
Qui sera capable de parler assez dignement de la toute-puissance du Seigneur, et de publier par toute la terre les louanges qui Lui sont dues? Quel est le pasteur qui ait jamais donné son sang pour la nourriture de ses brebis? Mais que dis-je un pasteur? Ne voyons-nous pas plusieurs mères qui ont si peu de tendresse pour leurs enfants, qu’après les avoir mis au monde, elles ne leur donnent pas même de leur lait, les mettant entre les mains d’autres femmes qui les nourrissent? Mais Jésus-Christ ne peut souffrir que Ses enfants reçoivent leur nourriture d’autres que de Lui. Il nous nourrit Lui-même de Son propre sang, et en toutes façons nous incorpore avec Lui.
Considérez, mes frères, que le Sauveur est né de notre propre substance; et ne dites pas que cela ne regarde pas tous les hommes; puisque s’Il est venu pour prendre notre nature, cet honneur regarde généralement tous les hommes. Que s’Il est venu pour tous, Il est aussi venu pour chacun en particulier. Pourquoi donc, dites-vous, tous en particulier n’ont-ils pas reçu le fruit qu’ils devaient de cette venue? Il ne faut pas en accuser Celui qui le désire avec tant d’ardeur: il faut en rejeter toute la faute sur ceux qui, par une négligence et une ingratitude insupportable, ne veulent pas la recevoir. Car Jésus-Christ, S’unissant et Se mêlant par le mystère de l’Eucharistie avec chacun des fidèles qu’Il a fait renaître, et Se donnant Lui-même à eux pour être leur nourriture, nous persuade par là de nouveau qu’Il S’est véritablement revêtu de notre chair.
Né demeurons donc pas dans l’insensibilité après avoir reçu des marques d’un si grand honneur et d’un si prodigieux amour. Vous voyez avec quelle impétuosité les petits enfants se jettent au sein de leurs nourrices, et avec quelle avidité ils sucent le lait de leurs mamelles. Imitons-les, mes frères, en nous approchant avec joie de cette table sacrée, et suçant, pour le dire ainsi, le lait spirituel de ces mamelles divines : mais courons-y avec encore plus d’ardeur et d’empressement, pour attirer dans nos coeurs, comme des enfants de Dieu, la grâce de son Esprit-Saint, et que la plus sensible de nos douleurs soit d’être privés de cette nourriture céleste.
Ce n’est pas la puissance des hommes qui agit sur ces choses que l’on offre sur le saint Autel. Jésus-Christ, qui opéra autrefois ces merveilles dans la Cène qu’Il mangea avec Ses apôtres, est le même qui les opère encore maintenant. Nous tenons ici la place de Ses ministres, mais c’est Lui qui sanctifie ces offrandes, et qui les change en Son Corps et en Son Sang. Que nul Judas, que nul avare n’ait la hardiesse d’y assister. Il n’y a pas à cette table de place pour eux. Mais que les véritables disciples de Jésus-Christ s’en approchent, puisqu’Il a dit que c’était avec Ses disciples qu’Il faisait la Pâque. Ce banquet sacré où vous assistez est le même que celui où assistèrent les Apôtres, et il n’y a rien de moins en celui-ci qu’en celui-là, puisqu’il n’est pas vrai de dire que c’est un homme qui fait celui-ci, au lieu que ce fut Jésus-Christ qui fit celui-là, mais que c’est véritablement Lui-même qui fait celui-ci comme Il a fait l’autre.
C’est ici ce cénacle où Jésus-Christ entra alors avec Ses disciples, et d’où Il sortit pour aller au jardin des oliviers. Sortons d’ici de même pour aller trouver les mains des pauvres, où nous trouverons véritablement le jardin des oliviers. Car la multitude des pauvres est comme un plant d’oliviers, qui sont plantés dans la maison du Seigneur. C’est de là que nous découle peu à peu cette huile qui nous sera si nécessaire à notre mort; cette huile dont les vierges sages eurent soin d’emplir leurs vases, et que les vierges folles ayant négligée furent justement rejetées de la chambre nuptiale. Munissons-nous, mes frères, de cette huile, et allons avec des lampes très éclatantes au-devant de notre Époux. Que tous ceux qui sont cruels et inhumains, qui sont durs et impitoyables, qui sont impurs et corrompus, ne s’approchent pas de cette table qui est toute sainte.

6. Ce n’est pas seulement à vous qui êtes participants des mystères sacrés, mais c’est aussi à vous autres qui en êtes les dispensateurs et les ministres que j’adresse mon discours, puisque la dispensation de ces dons divins vous étant commise, il est important de vous avertir de la faire avec beaucoup de circonspection et de soin. Car vous êtes menacés d’un grand châtiment, si, sachant qu’un homme est pécheur, vous ne laissez pas de le recevoir à cette table, et Jésus-Christ vous demandera compte de son sang, si vous le faites boire à des indignes. S’il s’en présente donc quelqu’un, qu'il soit général d’armée, grand magistrat de l’empire, voire l’empereur en personne, empêchez-le de s’approcher de l’Autel. Car vous avez une plus grande puissance que lui. Or, ce n’est pas pour que vous paraissiez revêtu d’une tunique blanche et éclatante, que Dieu vous a honorés du ministère des Autels, mais afin que vous fassiez le discernement de ceux qui sont dignes ou indignes de la participation des saints mystères. C’est en cela que consiste la dignité de votre charge.
Si l’on vous avait confié le soin de garder pour un troupeau de brebis l’eau claire et paisible d’une fontaine très pure, accepteriez-vous qu’une brebis, dont la bouche serait toute souillée de boue, s’en approchât pour la troubler? Et lorsqu’on vous a confié la source et la fontaine sacrée, non d’une eau, mais du Sang et de l’Esprit, pouvez-vous, lorsque vous voyez des personnes noircies de crimes, en approcher pour la corrompre, ne pas entrer dans une juste indignation, et ne pas les en repousser? Quel pardon mériteriez-vous pour une indifférence criminelle?
Vous me demandez comment il est possible que vous connaissiez en détail et en particulier la vie de chacun de votre peuple. Je ne vous parle pas ici des personnes qui vous sont inconnues; mais de celles que vous connaissez. Il faut que je vous dise une chose tout à fait étonnante et effroyable : c’est un moindre mal de laisser entrer des démoniaques dans l’Église pour participer aux sacrifices, que d’y admettre ceux dont saint Paul dit: "Qu’ils foulent aux pieds Jésus-Christ, qu’ils tiennent pour impur le Sang de Son Alliance, et qu’ils font injure à la Grâce de Son Esprit Saint" (Hb 5). C’est qu’en effet celui qui se reconnaissant coupable de péché s’approche de l’Eucharistie, est bien pire qu’un possédé. Car les possédés ne seront pas punis de Dieu pour avoir été tourmentés par les démons; mais ceux qui communient indignement seront précipités dans les tourments éternels.
Chassons donc sans aucune considération de personne, nous qui sommes les dispensateurs des saints mystères, tous ceux que nous verrons être indignes de s’en approcher. Que personne n’y participe qui ne soit des disciples de Jésus-Christ. Que personne ne reçoive cette nourriture sacrée avec un esprit impur comme Judas, de peur qu’il ne tombe dans les mêmes peines que lui. Cette multitude des fidèles est aussi le Corps de Jésus-Christ. C’est pourquoi vous qui avez la charge de dispenser les mystères sacrés, n’irritez pas la colère du Seigneur en manquant de purger ce corps, ainsi que vous le devez, et ne présentez pas une épée tranchante au lieu d’un aliment salutaire. Si donc quelqu’un a perdu le sens jusqu'au point de s’approcher avec indignité de la sainte Table, rejetez-le hardiment sans vous laisser ébranler par aucune crainte. Craignez Dieu et non pas les hommes. Car si vous craignez les hommes, les hommes mêmes que, vous craindrez se joueront de vous: mais si vous ne craignez que Dieu seul, les hommes mêmes vous respecteront.
Que si vous n’osez chasser les indignes de l’Autel sacré, dites-le moi, et je ne permettrai pas qu’ils s’en approchent. Car je perdrai plutôt la vie que de donner le Corps du Seigneur à celui qui en est indigne, et je souffrirai plutôt que l’on répande mon sang, que de présenter un Sang si saint et si vénérable à celui qui n’est pas en état de le recevoir. Si quelqu’un s’approche indignement de cette Table sans que vous le sachiez, ce n’est plus votre faute, pourvu que vous ayez auparavant appliqué tous vos soins à reconnaître ceux qui en sont dignes ou ne le sont pas. Je ne parle ici que des personnes que l’on connaît publiquement, et qui sont manifestement scandaleuses.
Quand nous aurons accompli notre devoir à l’égard de ces personnes, Dieu nous fera connaître ensuite aisément les autres. Mais si nous admettons à la participation des saints mystères des personnes que nous savons être dans le crime, à quoi servirait-il que Dieu nous dévoile celles qui sont dans des crimes cachés?
Je dis ceci, mes frères, non afin que nous bornions tout notre zèle à retrancher seulement et séparer de la communion ceux qui n’en sont pas dignes; mais afin que nous travaillions encore à les corriger, à les rappeler dans leur devoir, et à prendre un soin particulier pour tout le monde. Car c’est ainsi que nous nous rendrons Dieu favorable, que nous multiplierons le nombre de ceux qui pourront communier dignement, et que nous recevrons les récompenses que Dieu rendra à notre vertu particulière, et au soin si charitable que nous aurons eu de nos frères. C’est ce que je vous souhaite par la grâce et par la miséricorde de notre Seigneur Jésus-Christ, à qui est la gloire et le règne, pour les siècles des siècles. Amen.

enluminure, Livre d'Heures, France, 15s, ms MH1180, folio 7v
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Libellés : Dernière Cène, Eucharistie, Jeudi Saint, saint Jean Chrysostome


























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