La Résurrection du Seigneur – homélie 71, saint Léon le Grand (PL 54,385-390)

Le Christ Ressuscité
Karl Bryullov, années 1840
"C'est ceci qui est le coeur de notre Foi Orthodoxe.. et non pas les divagations de théologiens et d'érudits..
Vara"
source
Provient du splendide site "Art and Faith" :
http://01varvara.wordpress.com/

20ème homélie sur la Passion du Seigneur, prononcée le soir du Samedi Saint, pour la Vigile de Pâques
1. Dans mon dernier sermon, bien-aimés, je vous ai enseigné, non hors de propos, je le pense, la participation à la Croix du Christ, afin que la vie même des fidèles soit pénétrée du Sacrement pascal et célèbre dans les moeurs ce qu'elle honore dans la fête. Vous-mêmes certainement avez éprouvé combien c'est utile, et votre dévotion vous a appris l'avantage que retirent les âmes et les corps des jeûnes plus prolongés, des prières plus fréquentes, des aumônes plus généreuses. Il n'est, en effet, presque personne qui n'ait profité de cette ascèse et qui n'ait caché dans le secret de sa conscience quelque chose dont il puisse se réjouir à bon droit. Mais ces profits, il faut les conserver au prix d'une vigilance constante, de peur que, l'effort se relâchant, la haine du démon ne dérobe ce qu'a donné la Grâce de Dieu.
Puisque nous avons voulu travailler par l'observance des 40 jours, pour ressentir quelque chose de la Croix pendant le temps de la Passion du Seigneur, efforçons-nous aussi d'être trouvés associés à la Résurrection du Christ et de passer de la mort à la vie tandis que nous sommes encore en ce corps. Car, pour tout homme, passer par une conversion, de quelque nature qu'elle soit, d'un état à un autre, signifie la fin de quelque chose: n'être plus ce qu'on était, et le commencement d'une autre: être ce qu'on n'était pas. Mais il est important de savoir à qui l'on meurt et pour Qui l'on vit, car il y a une mort qui fait vivre et une vie qui fait mourir. Or, ce n'est pas ailleurs que dans ce siècle qui passe que l'on recherche l'une et l'autre, en sorte que c'est de la qualité de nos actions temporelles que dépendra la différence des rétributions éternelles. Mourons donc au diable et vivons pour Dieu; mourons à l'iniquité pour ressusciter à la justice; que disparaisse l'état ancien pour que se lève le nouveau; et puisque, selon la parole de la Vérité, "nul ne peut servir 2 maîtres" (Mt 6,24), prenons pour maître non celui qui ébranle ceux qui sont debout pour les mener à la ruine, mais Celui Qui relève les chutés pour les conduire à la victoire.
2. Puisque, selon l'Apôtre, "le premier homme, issu de la terre, est terrestre; le second homme, Lui, vient du Ciel. Tel a été le terrestre, tels seront aussi les terrestres; tel est le Céleste, tels seront aussi les célestes. Et de même que nous avons revêtu l'image du terrestre, il nous faut revêtir aussi l'image du Céleste" (1 Co 15,47-49). Nous devons grandement nous réjouir de ce changement qui nous fait passer de l'obscurité terrestre à la dignité céleste par un effet de l'ineffable miséricorde de Celui Qui, pour nous élever jusqu'à Son domaine, est descendu dans le nôtre. Car Il a pris non seulement la substance, mais encore la condition de la nature pécheresse, et Il a permis que Son impassible divinité subît tout ce qu'expérimente l'humaine mortalitée, dans son extrême misère. C'est par un effet de cette bonté que, craignant qu'une longue tristesse ne fût une torture pour les âmes troublées des disciples, Il abrégea merveilleusement et rendit plus rapide le délai prédit des 3 jours, ajoutant au second jour entier la toute dernière partie du premier et le début du 3ème, en sorte qu'il tombât quelque chose de la durée, sans que le nombre des jours fût diminué. La Résurrection du Sauveur n'a donc pas retenu longtemps Son âme dans l'Hadès, ni Son corps dans la tombe; la vie revint si vite en Sa Chair incorrompue qu'Il sembla davantage S'être endormi qu'avoir cessé de vivre. La divinité, en effet, qui ne S'était pas retirée des 2 substances composantes de l'homme assumé, réunit par Sa puissance ce que Sa puissance avait séparé.
3. Ensuite, bien des preuves ont suivi, destinées à fonder l'autorité de la Foi qui devait être prêchée à travers le monde. Et bien que la pierre roulée, le tombeau vide, les linceuls mis à part, les Anges racontant tout l'événement, établissaient assez largement la vérité de la Résurrection du Seigneur, cependant Il Se manifesta et apparut aux femmes et plusieurs fois aux Apôtres (Actes 1,3; Mt 28,9). Non seulement Il S'entretenait avec eux, mais encore Il S'attardait au milieu d'eux, mangeait en leur compagnie, et Se laissait examiner de près et toucher curieusement par ceux que retenait le doute (Lc 24,39). Il entrait, en effet, au milieu de Ses disciples, toutes portes fermées (Jn 20,19), et Il leur donnait le Saint Esprit en soufflant sur eux. Éclairant leur intelligence, Il leur ouvrait les secrets des saintes Écritures (Lc 24,27). Il leur montrait encore la plaie de Son côté, les trous faits par les clous, et toutes les marques de toute récente Sa Passion (Jn 20,27). Tout cela pour faire connaître que les propriétés de la nature divine et celles de la nature humaine demeuraient en Lui bien séparées, et pour que nous sachions que le Verbe n'est pas identique à la chair, mais confessions que le Fils de Dieu est à la fois Verbe et chair.
4. Bien-aimés, Paul, l'Apôtre des nations, ne contredit pas cette Foi quand il dit : "Même si nous avons connu le Christ selon la chair, nous ne le connaissons plus ainsi à présent" (2 Co 5,16). La Résurrection du Seigneur, en effet, n'a pas mis fin à Sa chair, mais l'a transformée, et Sa substance corporelle n'a pas été détruite par l'accroissement de Sa puissance. Les propriétés ont changé, la nature n'a pas passé. Ce Corps est devenu impassible, qui avait été crucifié. Il est devenu immortel, Lui Qui avait pu être mis à mort. Il est devenu incorruptible, Lui Qui avait pu être meurtri. Aussi l'Apôtre dit-il avec raison qu'il ignore la Chair du Christ dans l'état où elle était connue, car il n'est plus rien resté en elle de passible, plus rien d'infirme. Tout en étant elle-même en son essence, elle n'est plus elle-même en sa gloire. Est-ce d'ailleurs surprenant que l'Apôtre s'exprime ainsi à propos du Corps du Christ, puisque, parlant des Chrétiens qui vivent selon l'Esprit, il dit : "Aussi ne connaissons-nous plus désormais personne selon la chair" (2 Co 5,16), du fait, dit-il, que notre résurrection a commencé dans le Christ, du fait que, en Celui Qui est mort pour tous, la forme même de toute notre espérance nous a précédés ? Nous n'hésitons pas sous l'effet du doute, nous ne flottons pas dans une attente incertaine, mais, ayant reçu le début de ce qui nous a été promis, nous apercevons déjà des yeux de la Foi ce qui viendra plus tard. Et remplis de la joie que suscite l'élévation de notre nature, nous tenons déjà ce que nous croyons.
5. Ne soyons donc pas pris par le spectacle des choses temporelles, et que les biens de la terre ne détournent pas notre contemplation de ceux du Ciel vers eux. Tenons pour dépassé ce qui n'est déjà presque plus rien, et que l'esprit, attaché à ce qui doit demeurer, fixe son désir là où ce qu'on lui offre est éternel. Bien qu'en effet, nous ne soyons sauvés qu'en espérance (Rom. 8,24) et que nous portions encore une chair corruptible et mortelle, on peut dire pourtant avec raison que nous ne sommes pas dans la chair si les passions charnelles ne dominent pas sur nous. C'est à bon droit que nous ne portons plus le nom de ce dont nous ne suivons pas le désir. Aussi, lorsque l'Apôtre dit "Ne vous souciez pas de la chair pour en satisfaire les convoitises" (Rom. 13,14), nous n'entendons pas qu'il nous interdise l'usage des choses qui s'accordent avec le Salut et que nécessite la faiblesse humaine. Mais, comme il ne faut pas se plier à toutes les convoitises ni satisfaire à tout ce que désire la chair, nous comprenons qu'il nous avertit d'adopter une certaine mesure de tempérance: à ce corps, qui est placé sous la tutelle de l'âme, n'accordons pas de superflu, ni ne refusons pas ce qui est nécessaire au corps. Aussi le même Apôtre dit-il ailleurs : "Nul n'a jamais haï sa propre chair; on la nourrit au contraire et on en prend bien soin" (Eph. 5,29). Il faut, en effet, la nourrir et en prendre soin non en vue des vices ni de la luxure, mais pour le service qu'elle doit fournir: ainsi notre nature rénovée se tiendra dans l'ordre, ses parties inférieures ne prévaudront, pas désordonnément et honteusement sur les supérieures, ni les supérieures ne se laisseront vaincre par les inférieures, en sorte, que les vices triomphant de l'âme, on ne trouverait plus qu'esclavage là où doit régner l'autorité.
6. Que le peuple de Dieu reconnaisse donc qu'il est une nouvelle créature (2 Co 5,17) dans le Christ et qu'il soit attentif à comprendre Qui l'a adopté et quel est Celui qu'il a lui-même adopté. Que ce qui a été renouvelé ne retourne pas à l'instabilité de son état ancien et que celui-là ne renonce pas à son labeur, celui qui a mis la main à la charrue (Lc 9,62). Mais qu'il regarde à ce qu'il sème, et ne se retourne pas vers ce qu'il a abandonné (Phi. 3,13). Que nul ne retombe dans les vices dont il s'est relevé, mais, même si, par suite de la faiblesse de la chair, il gît encore en proie à quelques maladies, qu'il désire prestement être guéri et rétabli. Telle est la voie du Salut, telle est la manière d'imiter la Résurrection commencée dans le Christ. Puisqu'on ne manque pas de tomber ou de vaciller sur le chemin glissant de cette vie, que les pas des marcheurs quittent les sols mouvants pour la terre ferme, car, selon qu'il est écrit, "le Seigneur mène les pas de l'homme et sa marche Lui plaît. Quand le juste tombe, il ne reste pas terrassé, car le Seigneur lui soutient la main" (Ps 36,23-24).
Ces pensées, bien-aimés, ne conviennent pas seulement à la Fête de Pâques, mais nous devons encore les retenir pour sanctifier toute notre vie, et notre ascèse actuelle doit tendre à transformer en habitude des pratiques dont la courte expérience a fait la joie des âmes fidèles, à en conserver la pureté, et à détruire par une prompte pénitence tout péché qui pourrait nous surprendre. La guérison de maladies anciennes est difficile et longue: qu'on applique donc les remèdes d'autant plus vite que les blessures sont plus récentes, afin que, nous relevant toujours totalement de toutes nos chutes, nous méritions d'arriver à cette incorruptible résurrection de notre chair glorifiée dans le Christ Jésus notre Seigneur, en Lui Qui vit et règne avec le Père et avec le Saint Esprit, pour les siècles des siècles. Amen.
+ Léon

Pâques à Nicosie (Chypre)
Vie de saint Léon le Grand, évêque et pape de Rome, colonne du 4ème Concile Oecuménique à Chalcédoine (combinée à la vie de saint Flavien de Constantinople, son ami spirituel et pair dans l'épiscopat)

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Libellés : Dimanche de Pâques, patristique, Résurrection, saint Léon le Grand






















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