"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

07 avril 2008

Saint Tikhon, patriarche, Confesseur, Apôtre d'Amérique & Restaurateur du Rite Occidental


http://ocafs.oca.org/FeastSaintsViewer.asp?FSID=101017


Vasily Ivanovich Belavin, le futur Saint Tikhon, est né le 19 janvier 1865 dans la famille de Ioann Belavin, prêtre du district rural de Toropetz, diocèse de Pskov. Son enfance et adolescence se sont passées au village, au contact direct des paysans et de leur travail. Dès ses premières années, il montra une disposition religieuse particulière, un amour pour l'Église de même qu'une douceur et humilité rare. Quand Vasily était encore jeune garçon, son père a eut une révélation au sujet de chacun de ses enfants. Une nuit, alors que lui et ses 3 fils dormaient dans le grenier à foin, il s'est soudain réveillé et les a éveillés. Il avait vu dans un rêve sa mère morte, qui lui prédisait sa mort imminente, et le sort de ses 3 fils. Le premier serait malheureux sa vie entière, le second mourrait jeune, pendant que le troisième, Vasily, deviendrait un grand homme. La prophétie de la défunte se révélera totalement exacte à l'égard des 3 frères.

De 1878 à 1883, Vasily étudia au Séminaire Théologique de Pskov. Le modeste séminariste était tendre et affectueux par nature. Il était blond et de grande stature. Ses collègues étudiants l'aimaient et le respectaient pour sa piété, ses brillants progrès dans les études, et l'empressement constant pour aider ses camarades, qui se tournaient souvent vers lui pour des explications de leçons, surtout pour aider au dessin et à la correction des nombreuses compositions. Vasily était appelé "l'évêque" et le "patriarche" par ses camarades.

En 1888, à l'âge de 23 ans, Vasily Belavin obtint son diplôme de l'Académie de Théologie de Saint-Petersbourg comme laïc, et retourna au Séminaire de Pskov comme professeur de Morale et de Théologie Dogmatique. Le séminaire entier et la ville de Pskov l'apprécièrent fort vite. Il menait une vie austère et chaste, et en 1891, quand il a eu 26 ans, il prononça ses voeux monastiques.
La ville presqu'entière se rassembla pour la cérémonie. Il s'élança volontairement dans cette nouvelle façon de vivre, désirant se consacrer consciemment et entièrement au service de l'Église. Le doux et humble jeune homme reçut le nom de Tikhon en l'honneur de Saint Tikhon de Zadonsk. Il fut transféré du Séminaire de Pskov au Séminaire Théologique de Kholm en 1892, et élevé au rang d'archimandrite. L'archimandrite Tikhon fut sacré évêque de Lublin le 19 octobre 1897, et retourna à Kholm pour une année comme vicaire-évêque du diocèse de Kholm. L'évêque Tikhon consacra toute son énergie avec zèle à l'établissement du nouveau vicariat. Sa vie profonde morale lui gagna l'affection générale, non seulement de la population russe, mais aussi des Lituaniens et des Polonais. Le 14 septembre 1898, l'évêque Tikhon fut nommé évêque des Aléoutiennes et d'Alaska. Comme chef de l'Église Orthodoxe en Amérique, l'évêque Tikhon fut un ouvrier zélé dans le vignoble du Seigneur. Il fit beaucoup pour promouvoir la diffusion de l'Orthodoxie, et améliorer son vaste diocèse. Il réorganisa la structure diocésaine, et changea son nom en 1900, de "Diocèse des Aléoutiennes et d'Alaska" en "Diocèse des Aléoutiennes et d'Amérique du Nord". Tant le clergé que les laïques aimèrent leur archipasteur, et le tenant en une telle estime que les Américains ont fait de l'archevêque Tikhon un citoyen honoraire des Etats-Unis.

Le 22 mai 1901, il bénit la pierre de fondation de la Cathédrale de Saint-Nicolas à New York, et participa aussi à la fondation d'autres églises. Le 9 novembre 1902, il consacra l'église de Saint-Nicolas à Brooklyn pour les immigrants Orthodoxes syriens. Deux semaines plus tard, il consacra la cathédrale de Saint-Nicolas à New-York.

En 1905, la Mission Américaine fut élevée en archidiocèse, et saint Tikhon élevé au rang d'archevêque. Il avait 2 vicaires évêques : l'évêque Innocent (Pustynsky) en Alaska, et saint Raphaël (Hawaweeny) à Brooklyn pour l'aider à administrer son diocèse, large et ethniquement diversifié. En juin 1905, Saint Tikhon donna sa bénédiction pour la fondation du monastère Saint-Tikhon.

En 1907, il rentra en Russie, et fut nommé à Yaroslavl, où il gagna rapidement l'affection de son troupeau. Ils l'aimèrent comme un archipasteur affectueux, communicatif et sage. Il parlait à ses subordonnés avec simplicité, ne recourant jamais à un ton péremptoire ou dominateur. Quand il avait à réprimander quelqu'un, il le faisait avec une telle délicatesse, parfois sur le ton de la plaisanterie, que cela encourageait la personne à corriger ses défauts. Quand saint Tikhon fut transféré en Lituanie le 22 décembre 1913, les gens de Yaroslavl l'élurent citoyen honoraire de leur ville. Après son transfert à Vilnius, il fit énormément en matière de soutien matériel à diverses institutions charitables. Là-bas aussi, son âme généreuse et son amour des gens se manifestèrent clairement. La première Guerre mondiale éclata quand son éminence était à Vilnius. Il n' épargna pas ses efforts pour aider les pauvres habitants de la région de Vilna qui étaient laissés sans toit ou sans moyens de subsistance à la suite de la guerre avec les Allemands, et qui affluaient en foule vers leur archipasteur.

Après la Révolution de février et la formation d'un nouveau Synode, saint Tikhon en devint membre. Le 21 juin 1917, le Congrès Diocésain du clergé et des laïcs de Moscou l'élurent pour évêque. Il était un archipasteur zélé et instruit, largement connu même hors de son pays.

Le 15 août 1917, un concile local s'ouvrit à Moscou, et l'archevêque Tikhon y fut élevé à la dignité de métropolitain, et élu alors comme président du concile. Le concile avait comme projet de restaurer la vie de l'Église Orthodoxe de Russie sur des bases strictement canoniques, et son souci premier était la restauration du Patriarcat. Tous les membres du concile devaient choisir 3 candidats, et un tirage au sort révélerait le choix de Dieu. Les membres du concile choisirent 3 candidats: l'archevêque Antoine de Kharkov, le plus sage, l'archevêque Arsène de Novgorod, le plus strict et le métropolite Tikhon de Moscou, le plus doux des hiérarques russes. Le 5 novembre, après la Divine Liturgie et un Moleben dans la cathédrale du Christ Sauveur, un moine tira un des 3 bulletins de la boîte aux bulletins de vote, qu'il tint devant l'Icône de la Mère de Dieu de Vladimir. Le métropolitain Vladimir de Kiev proclama le métropolite Tikhon comme patriarche nouvellement élu. Saint Tikhon ne changea pas après être devenu le primat de l'Église Orthodoxe de Russie. En acceptant la volonté du concile, le patriarche Tikhon fit référence au rouleau que le prophète Ezechiel avait dû manger, sur lequel il était écrit, "Lamentations, deuil, et malheur." Il prédit que son ministère serait rempli d'affliction et de déchirures, mais qu'à travers toutes ses souffrances, il resterait une personne toujours aussi accessible, modeste, et douce.

Quiconque rencontrait saint Tikhon était étonné par son ouverture, sa simplicité et sa modestie. Sa douceur ne l'empêchait pas de faire la démonstration de la fermeté dans les questions d'Église, particulièrement quand il devait défendre l'Église contre ses ennemis. Il porta une croix très lourde. Il devait administrer et devait diriger l'Église parmi la désorganisation des églises, sans l'aide d'auxiliaires administratifs, dans des conditions de schismes internes et de bouleversements par divers membres de "l'Église Vivante," rénovateurs, et autocéphalistes.

La situation était compliquée par les circonstances externes: le changement de système politique avec l'accession au pouvoir d'un régime impie et athée, et la faim, et la guerre civile. C'était un temps où la propriété de l'Église était confisquée, où le clergé était traîné en procès et persécuté, et l'Église du Christ endurait la répression. Les nouvelles de ceci parvinrent de toute la Russie au patriarche. Sa haute valeur morale et autorité religieuse, exceptionnelles, l'aidèrent à réunir le troupeau dispersé et affaibli. En un temps crucial pour l'Église, son nom sans déclin était une balise lumineuse indiquant la voie de la vérité à l'Orthodoxie. Dans ses messages, il appelait le peuple à accomplir les Commandements du Christ, et atteindre la renaissance spirituelle par le repentir. Sa vie irréprochable était un exemple pour tous.

Afin d'épargner des milliers de vies et d'améliorer la position générale de l'Église, le patriarche prit des mesures pour empêcher le clergé de faire des déclarations purement politiques. Le 25 septembre 1919, alors que la guerre civile était à son paroxysme, il adressa un message au clergé, les exhortant à ne pas se mêler à la lutte politique.

L'été de 1921 amena une famine sévère dans la région de la Volga. En août, le patriarche Tikhon adressa un message au peuple russe et aux gens du monde, les appelant à aider les victimes de cette famine. Il donna sa bénédiction pour les donations volontaires de biens d'église, qui n'étaient pas été directement utilisés dans les services liturgiques. Cependant, le 23 février 1922, le Comité Exécutif Central de Toute la Russie publia un décret permettant la confiscation de tous les objets de valeur. Selon le Canon Apostolique 73, telles actions sont considérées comme sacrilège, et le patriarche ne pouvait pas approuver telle confiscation totale, surtout que beaucoup doutaient que les objets de valeur soient utilisés pour combattre la famine. Cette confiscation de force fit jaillir partout l'indignation populaire. Presque 2.000 procès furent montés partout en Russie, et plus de 10.000 croyants abattus. Le message du patriarche fut considéré comme un acte de sabotage, pour lequel il fut emprisonné d'avril 1922 jusqu'en juin 1923.

Sa sainteté, le patriarche Tikhon fit beaucoup pour l'Église Orthodoxe de Russie pendant le temps critique du schisme des soit-disants Rénovateurs. Il se montra un serviteur et un gardien fidèle des préceptes de la vraie Église Orthodoxe. Il incarnait l'Orthodoxie, ce qui était inconsciemment reconnu même par les ennemis de l'Église, qui appelaient ses membres les "Tikhonites."

Lorsque les prêtres et hiérarques "Rénovateurs" se repentirent et revinrent à l'Église, ils furent reçus avec sensibilité et amour par saint Tikhon. Ceci, cependant, ne représentait pas une déviation à sa politique strictement Orthodoxe. "Je vous demande de me croire que je ne ferai pas de concessions ou d'accord qui pourrait mener à la perte de la pureté et de la force de l'Orthodoxie," avait dit le Patriarche en 1924.

Étant un bon pasteur, qui se consacrait entièrement à la cause de l'Église, il fit appel au clergé pour faire de même: "Consacrez toute votre énergie à prêcher la Parole de Dieu et la vérité du Christ, surtout aujourd'hui, quand l'incrédulité et l'athéisme attaquent audacieusement l'Église du Christ. Puisse le Dieu de paix et d'amour être avec vous tous!"

C'était extrêmement pénible et dur pour le coeur sensible et aimant du patriarche d'endurer tous les malheurs de l'Église. Les bouleversements dans et hors de l'Église, le schisme des Rénovateurs, son oeuvre principale, son inquiétude pour l'organisation et la tranquillité de la vie de l'Église, les nuits sans sommeil et les pensées pénibles, sa réclusion qui avait duré plus d'une année, la malveillance et méchanceté de ses ennemis, et la critique implacable parfois même d'Orthodoxes, se combinèrent pour miner sa force et sa santé.

En 1924, le patriarche Tikhon commença à sentir mal. Admis dans un hôpital, il sortit néanmoins dimanche et jours de Fête afin de célébrer. Le Dimanche 5 avril 1925, il célébra sa dernière Liturgie, et mourut 2 jours plus tard. Le 7 avril le patriarche avait reçu le métropolite Pierre et tenu un long discours avec lui. Au soir, le patriarche s'endormit un peu, puis se réveilla et demanda l'heure qu'il était. Quand on lui eut dit qu'il était 11h45 du soir, il fit le Signe de Croix 2 fois et dit, "Gloire à Toi, O Seigneur, gloire à Toi." Il n'eu pas le temps pour se signer une troisième fois.

Près d'un million de personnes vinrent dire adieu au patriarche. La grande cathédrale du monastère Dmitri Donskoy à Moscou ne parvint pas à contenir la foule, qui déborda de la propriété du monastère dans le quartier et les rues adjacentes. Saint Tikhon, le 11ième Patriarche de Moscou, a été le primat de l'Église de Russie durant 7 ans et demi.

En octobre 1989, le Concile des évêques de l'Église Orthodoxe de Russie a glorifié le Patriarche Tikhon et l'a compté parmi les saints. Pendant presque 70 ans, on a cru que les reliques de Saint Tikhon étaient perdues, mais en février 1992, on les a découvertes dans un endroit dissimulé dans le monastère de Donskoy.

Il serait difficile d'imaginer l'Église Orthodoxe de Russie pendant ces années sans le Patriarche Tikhon. Il fit tant pour l'Église et pour la fortifier dans la Foi durant ces années difficiles d'épreuves. Peut-être que les propres mots du saint sont les meilleurs pour résumer sa vie: "Puisse Dieu enseigner chacun d'entre nous de s'efforcer à atteindre Sa Vérité, et ce pour le bien de la Sainte Église, plutôt que pour son propre bien."



Tropaire de saint Tikhon de Moscou, ton 1
Louons Tikhon, le patriarche de toute la Russie,
Et Illuminateur de l'Amérique du nord
Ardent partisan des traditions Apostoliques,
Et bon pasteur de l'Église du Christ.
Qui a été élu par la Providence Divine,
Et a donné sa vie pour ses brebis.
Chantons-le avec foi et espoir,
Et demandons son intercession hiérarchique:
Préserver l'Église de Russie dans la tranquillité,
Et l'Église d'Amérique du nord dans la paix.
Rassembler ses enfants dispersés un seul troupeau,
Amener au repentir ceux-là qui ont renoncé à la Vraie Foi,
Préserver nos terres de la guerre civile,
Et implorer la paix de Dieu pour tous les peuples!

Tropaire de saint Tikhon de Moscou, ton 8
Dès ta jeunesse tu as aimé le Christ, O toi qui es béni.
Tu as été un exemple pour tous par les paroles, la vie, l'amour, l'esprit, la foi, la pureté et l'humilité.
C'est pourquoi, tu vis maintenant dans les demeures célestes, où tu te tiens devant le Trône de la Toute-Sainte Trinité.
Saint hiérarque Tikhon, pries pour le Salut de nos âmes.

Kondakion de saint Tikhon de Moscou, ton 8
Successeur des Apôtres, ornement de la hiérarchie, enseignant de l'Église Orthodoxe.
Prie le Maître de toute que la paix soit accordée à tout le monde,
Et une grande miséricorde pour nos âmes!

Kondakion de saint Tikhon de Moscou, ton 2
Paré de douces manières,
Tu montrais bienveillance et compassion envers ceux qui se repentaient,
Tu étais ferme et inflexible pour confesser la Foi Orthodoxe,
Et zélé pour aimer le Seigneur.
O saint hiérarque du Christ et confesseur Tikhon,
Pries pour nous que nous ne puissions pas être séparés de l'amour de Dieu,
Qui est dans le Christ Jésus notre Seigneur!

*-*-*-*-*-*-*

La biographie ci-dessus passe hélas entièrement sous silence un événement capital et sans précédent dans l'histoire moderne de l'Église Orthodoxe. En effet, étant encore archevêque en Amérique, saint Tikhon fut approché par des communautés anglophones désireuses de rentrer dans la pleine communion de l'Église, mais pas de changer de culture et devenir Russes, pas même au niveau liturgique ou calendrier.
Saint Tikhon leur fit conserver leur calendrier – oui, bien avant 1924 et sans passer par un Concile, l'évêque du lieu décida de ce qui convenait pour ses ouailles. Comme il sied à un évêque et dans la ligne de ses devoirs et prérogatives.
Ils conservèrent donc leur calendrier civil.
Ensuite, il examina les textes liturgiques que ces communautés hétérodoxes utilisaient. C'était le "Livre de prière publique," d'origine anglicane. Ce livre n'est pas apparu sur terre comme déposé par des petits hommes verts. Pas plus que les liturgies des catholiques-romains du 11ème siècle ne sont apparues "ex nihilo." Là où se sont installées ces nouvelles religions, elles ont repris ce qui se trouvait avant leur création, et les ont transformé, progressivement. Parfois de manière imperceptible – mais en théologie, un "iota" suffit à faire de Dieu un homme.. Parfois de manière très visible.
Mais le fond restait reconnaissable, l'origine, voire parfois les auteurs d'avant le Schisme.
En 1871, l'ancien pasteur luthérien Julius Joseph Overbeck avait obtenu que le Saint-Synode de Russie autorise la réutilisation du Rite Romain au sein de l'Orthodoxie, une fois les copies disponibles débarrassées des quelques dangereux miasmes qui y avaient été incorporés. Car ce Rite, à l'origine, était bien celui célébré dans une partie de l'Occident qui était alors Orthodoxe, pleinement Orthodoxe. L'Église de Russie restaura la possibilité. Overbeck avait obtenu entre-temps un avis positif de Constantinople. La voie était ouverte, en théorie au moins, car ce qu'Overbeck avait réalisé était resté sans lendemain pour nombre de raisons purement humaines.
Saint Tikhon examina le contenu des liturgies, y posa un regard favorable, et de ce fait, transmis le tout au Saint-Synode de Russie pour examen en commission liturgique. Saint Synode qui avait un solide et récent précédent l'encourageant à cette audace liturgique, d'autant qu'à l'époque, la Russie était bien à la pointe en matière de mission et d'évangélisation. Et que c'était un "outil" de plus, approprié pour les pays et cultures visées par la mission en Amérique du Nord. Adaptation, inculturation, maîtres-mots des évangélisateurs. Le Saint-Synode ne laissa pas passer l'occasion.
Voici une première traduction de la conclusion de ce document méconnu :

"L'examen du 'Livre de Prière Publique" mène à la conclusion générale que son contenu actuel présente comparativement très peu d'éléments qui contredisent clairement l'enseignement Orthodoxe, et dès lors ne pourrait être admis dans le culte liturgique Orthodoxe. Mais cette conclusion provient non pas du fait que le livre serait effectivement Orthodoxe, mais plutôt du fait qu'il a été compilé dans un esprit de compromis, et que, bien qu'évitant avec adresse tous les points de doctrine plus ou moins discutables, il s'efforce de réconcilier des tendances qui sont réellement contradictoires.
[...]
La commission, après avoir passé en revue ces "Observations," autorise en général la possibilité, dans l'éventualité où des paroisses Orthodoxes composées d'anciens Anglicans devaient être organisées en Amérique, qu'il soit autorisé, selon leur souhait, d'accomplir leur culte liturgique selon le 'Livre de Prière Commune," mais uniquement à la condition que les corrections suivantes y soient apportées, dans l'esprit de l'Église Orthodoxe.
D'une part, il faut supprimer de ce Livre tout ce qui comporte clairement un caractère non-Orthodoxe – les Trente-Neuf Articles de la Confession Anglicane, le Catéchisme avec son enseignement protestant sur les sacrements, le Filioque, l'idée que les Saintes Écritures suffiraient comme seul enseignement de la Foi, etc.
D'autre part, il faut y insérer dans le texte des prières et des rites contenus dans ce Livre les enseignements Orthodoxes qui sont nécessaires et essentiels à professer dans un culte liturgique Orthodoxe
– dans le rite de la Liturgie, la reconnaissance de la croyance au changement des Saints Dons en Corps et Sang du Christ, et en la croyance de la signification sacrificielle de l'Eucharistie;
- dans le rite de l'ordination (khirotonii), la croyance en l'établissement divin du ministère, avec sa distinction de degrés, et la reconnaissance du droit distinctif du prêtre à offrir le sacrifice non-sanglant.
- dans tous les Offices en général, des prières doivent être insérées, adressées à la très sainte Mère de Dieu, aux Anges et aux saints, avec leur glorification et leur invocation directe
- aussi des prières pour les défunts (en particulier dans la Liturgie et l'Office de Funérailles).
Dans la pratique liturgique, il faut aussi inclure et incorporer dans la Livre les rites manquants des sacrements de pénitence, d'onction des malades, et le rite de consécration d'églises (distinct de la consécration d'une maison de prière); et pour finir, il faut y introduire le culte des images sacrées (Icônes; ndt).
Mais puisque les changements détaillés à apporter au "Livre de Prière," et en règle générale, à la pratique liturgique anglicane, en plus de la compilation de nouvelles prières et même de nouveaux rites ne sauraient qu'être réalisés sur place, en Amérique, en correspondance avec les demandes et conditions existantes, nous considérons qu'il sied d'envoyer les "Observations" elles-mêmes au très révérend Tikhon, l'évêque d'Amérique. Elles serviront ainsi dans les négociations comme matériau pour la détermination en détail des conditions sur base desquelles les Anglicans disposés à entrer dans l'Orthodoxie peuvent être reçus. En ce qui concerne la réception du clergé depuis l'Anglicanisme, la Commission a proposé (en attendant un jugement final sur la question par l'Église) d'offrir à ceux qui se joignent à nous une nouvelle ordination conditionnelle.
"

note : on constatera que la Commission ne faisait qu'exiger qu'on enlève les éléments hétérodoxes rajoutés au Rite Romain d'origine (filioque, confession anglicane, etc) et y replacer ce qui s'y trouvaient déjà (prières à la Theotokos, funérailles et prières pour les défunts, ordination, confession, etc).. Il suffit de reprendre les anciens Sacramentaires d'avant les années 900 pour voir que tout ce qu'ils demandent à enlever ne s'y trouvait effectivement pas, même pas "en germe" – précision nécessaire afin de balayer une bonne fois pour toutes l'usage fallacieux de l'argument du "développement dogmatique," car on se développe à partir d'un existant, pas du néant! Et tout ce que la Commission demande d'y placer s'y trouvait déjà, avant 900 et les terribles débuts de la chute de l'Occident.
Ces questions liturgiques, c'est ce que j'explique dans quasi tous les textes sur le Rite Occidental publiés ici, mais c'est tout de même mieux de le voir exprimé par la Commission du Saint-Synode de l'Église de Russie, réunie sur ce sujet à la demande de saint Tikhon...

"L'archevêque Tikhon avait de grandes idées pour l'Église Orthodoxe en Amérique. Il écrivit au Saint-Synode de l'Église de Russie en 1905-1906 que l'archidiocèse américain devrait être une Église Orthodoxe autonome, composée de tous les Chrétiens Orthodoxes de toutes nationalités, et utilisant la langue anglaise et le calendrier civil américain pour ses services religieux et activités. La traduction des principaux Offices liturgiques de l'Église avait déjà été accomplie de son temps."
"Archbishop Tikhon had great ideas for the Orthodox Church in America. He wrote to the Holy Synod of the Russian Church in 1905-1906 that the American archdiocese should be an autonomous Orthodox Church made up of all Orthodox Christians of all nationalities, using the English language and the American civil calendar (i.e., the Gregorian calendar) for its church services and activities. English translations of the main liturgical services of the Church had already been done at this time."
"Bible and Church History", par l'archiprêtre Thomas Hopko, Dept. of Religous Education - Orthodox Church in America, Crestwood, New York


C'est donc à l'instigation de saint Tikhon que ces communautés purent entrer dans l'Église. Cela relançait la Liturgie occidentale dans le sein de l'Église. Voir la Ligne du Temps ci-dessous pour un parcours de cette aventure passionnante, qui continue encore, puisque le lecteur n'aura pas manqué de remarquer que plusieurs communautés en Amérique ont rejoint l'Église depuis 2 ans, un évêque anglican déposant même sa mitre pour devenir simple fidèle, puis prêtre...
On se souviendra que saint Jean Maximovitch, lorsqu'il était archevêque d'Europe occidentale, avec siège épiscopal à Bruxelles, eut sous son omophore un grand nombre de paroisses de Rite Occidental (gallican), et que dans tous les cas, elles furent autorisées à continuer à faire usage du calendrier civil, qui correspondra avec le calendrier Julien corrigé jusqu'en 2800... On peut difficilement dire qu'on vénère et respecte tous ces saints en méprisant sans arrêt tout ce qu'ils ont montré comme exemple en matière de ré-évangélisation de l'Occident déchu. Il serait plus convenable d'avouer qu'on ne veut pas de cette ré-évangélisation, pour des buts peu avouables d'ailleurs, régulièrement dénoncés en ces pages...

Que sont les Liturgies de Sarum et Anglaise? (Orthodoxie Occidentale dans l'EORHF)
http://stmaterne.blogspot.com/2006/06/que-sont-les-liturgies-sarum-et.html

Ligne du temps illustrée de l'Orthodoxie Occidentale, du 6ème siècle à nos jours:
http://stmaterne.blogspot.com/2006/07/ligne-du-temps-de-lorthodoxie.html

Orthodoxie Occidentale - La véritable étendue des Décrets Russes
http://stmaterne.blogspot.com/2006/06/orthodoxie-occidentale-la-vritable.html

Orthodoxie Occidentale : Quel Rite est "le bon"?, par le p. Nicholas (AWRV, Washington DC), sur les divers Rites Orthodoxes d'Occident (Romain et ses variantes comme le Sarum, les Gallicans, etc
http://stmaterne.blogspot.com/2007/01/orthodoxie-occidentale-quel-rite-est.html

Autre oubli fâcheux de la biographie officielle, l'Ukaze 362 de saint Tikhon, publié en 1920. Pressentant ce qui allait se passer avec les soviétiques, et le risque d'une disparition de l'épiscopat dans l'Église par suite de persécutions violentes - déjà commencées, comme p. ex. avec le hiéromartyr Andronik, évêque de Perm, martyrisé le 7 juillet 1918, et la liste était déjà longue quand saint Tikhon prit sa décision d'organiser secrètement une possible vacance épiscopale...

C'est ce même Ukaze qui est à la base de la naissance de l'Église Orthodoxe Russe Hors Frontières et qui lui donne toute sa canonicité. Tout comme les "détails" du calendrier et de la Liturgie pour les convertis occidentaux, l'oubli de cet Ukaze est .. dommage.


photo de saint Tikhon de Moscou

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