"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

22 avril 2008

Sainte Cassienne, auteur-clé dans la Liturgie de la Semaine Sainte

Hors de l'Église, on a tendance à croire que le rôle de la femme est d'être comme un homme, et que donc si on n'a pas la place la plus en vue, c'est qu'on n'a pas d'importance. On masculinise les rôles, et on oublie en passant que la quasi totalité des hommes n'ont pas non plus de "première place".... Cette vision de l'importance d'une personne comme étant liée à l'apparence, au titre, etc, amène à une guerre incessante au sein de la société, et ça commence dans le couple.
Quand on prend le rôle de la femme et de l'homme dans la Bible, et même dans l'Ancien Testament, on découvre tout autre chose. Qu'on examine bien les "généalogies" du Christ chez saint Luc et saint Mathieu, généalogies spirituelle, symboliques, pas physiques, et qu'on regarde les femmes qui y sont présentes..
On peut être d'une importance capitale, avoir un rôle-clé, et être honoré pour ce rôle, et pour autant ne pas porter une couronne. Car la femme et l'homme sont différents en tout. Physiologiquement, la femme est tout intérieur, et l'homme tout extérieur. Mentalement aussi. C'est l'être même, le fond de la personne, et une mode, une idéologie, qui n'en tiendrait pas compte, est réduite à créer des névrosés. Il suffit de voir notre société moderne "en phase terminale" pour s'en rendre compte.

Il est donc très intéressant de faire remarquer que dans l'Église, des femmes ont des rôles si importants bien que l'apparence ne soit pas là. Sainte Brigitte est "mère de l'Irlande" mais n'est pas patriarche. Sainte Samthana est mère spirituelle de quantité de gens, clergé et laïcs, tous se soumettent humblement à ses recommandations, elle ne porte pourtant pas de mitre. Saint Grégoire de Nysse ne serait probablement pas devenu ce grand théologien sans sainte Macrine, à qui il rendra un vibrant hommage, toute grand-mère et laïque qu'elle était. Mère Gavrilia a une influence spirituelle qui dépasse celle de tous les patriarches orientaux du 20ème siècle réunis; elle ne portait pour autant pas de klobouk ni de bâton pastoral. L'importance, le rôle-clé, ce n'est pas d'avoir un titre, un vêtement spécial, mais d'accomplir la mission que Dieu confie, et d'enfanter au Christ quantité de fidèles Chrétiens.

Dans ce rôle, sainte Cassienne (Kassiani) tient une place particulière : une partie des Offices de la Semaine Sainte viennent d'elle. Des patriarches, des évêques, des prêtres, et des myriades de fidèles adressent donc à la sainte Trinité des hymnes qui ont été composées par une humble femme, belle mais si humble qu'elle avait éconduit l'empereur voulant la prendre pour femme... Voici un aperçu de sa vie :

VIE DE SAINTE CASSIENNE DE CONSTANTINOPLE
fêtée le 7 Septembre
D'après "Sainte Kassiani"
http://www.geocities.com/salty3dog/

icone orthodoxe de sainte Cassienne de Constantinople, hymnographe et confesseur


Le plus ancien récit de Cassienne est celui de Syméon le Logothète. Des légendes romantiques entourent sa vie; elles ont été perpétuées dans les Balkans et dans le folklore grec moderne ainsi que la littérature. On la retrouve dans toutes les listes des poètes liturgiques byzantins. La plus anciennes de ces listes existantes est celle de Nicephoros Kallistos Xanthopoulos (+ 1335), où la seule femme mentionnée est Cassia la Moniale, au milieu de 11 des plus distingués hymnographes. Ses oeuvres sont les seules compositions féminines reprises dans les livres liturgiques byzantins. Elle est aussi la seule femme reprise en couverture d'une édition du Triode de Carême, celle imprimée à Venise en 1601. Au cours des récentes années, Cassienne a commencé à attirer l'attention des érudits intéressés par l'histoire et la pensée des Moyen-Age grecs et latins, et par les auteurs et critiques modernes intéressés par le développement de la littérature grecque.

Notre mère sainte Cassienne naquit à Constantinople avant l'an 805. Son père, un aristocrate, avait une place élevée à la cour impériale. Cassienne reçut de ses parents une excellente éducation, non seulement dans la connaissance profane mais aussi dans l'étude des saintes Écritures. Depuis sa jeunesse, malgré son extrême beauté, elle désirait consacrer sa vie au Christ et à l'Église, et songeait souvent à devenir moniale.
Le mariage de l'empereur Michel II l'Amorien (820-829) avec Thècle donna naissance à Théophile, le futur iconoclaste. A la mort de Thècle, l'empereur Michel déclencha une violente querelle quand il décida d'épouser une moniale, Euphrosyne. Ce choix hautement irrégulier fut permis car Euphrosyne était le fruit du mariage malheureux de l'empereur Constantin VI (780-797) et de Maria d'Amnia. Le père d'Euphrosyne haïssait son épouse Maria et la força à entrer au monastère afin de pouvoir épouser Théodotie, une de ses dames d'honneur. Cet acte fut dénoncé par les Orthodoxes comme étant de la bigamie.
A la mort de Michel l'Amorien, Théophile lui succéda (829-842). Sa belle-mère Euphrosyne désirait lui trouver un bon parti et organisa un "concours pour la future mariée," où elle rassembla les plus belles jeunes filles. Théophile limita le nombre des concurrentes à 6, et Cassienne était l'une d'elles. Pour le choix final, Euphrosyne souhaita que Théophile agisse selon une coutume qui remontait aux temps antiques (et païens), à savoir qu'une pomme en or fût offerte à la future impératrice. Parmi toutes les jeunes filles présentées, Théophile fut par-dessus tout impressionné par la beauté de Cassienne. Il était aussi au courant de sa sagesse et de sa science. Il alla donc la voir et lui dit : "C'est par la femme qu'arriva la corruption" (se référant à la chute d'Eve). Alors la très sage Cassienne, rougissant modestement, répondit à Théophile : "Mais c'est aussi de la femme que provient ce qui est supérieur" (se référant à la Mère de Dieu qui enfanta Dieu dans la chair). Théophile resta bouche bée devant la sagesse et l'audace de Cassienne, et se retira. Il s'approcha donc de la modeste Théodora et lui offrit la pomme comme symbole de son choix.
Cassienne ne fut aucunement vexée d'avoir été éliminée, car elle n'avait aucun désir de devenir impératrice. Reconnaissant la Providence de Dieu dans le rejet de Théophile, elle était dès lors libre de poursuivre la vie monastique et la science spirituelle, comme épouse du Roi des rois. Elle quitta donc le palais, soulagée et pleine d'enthousiasme pour ses projets.
Cassienne renonça alors au monde et fonda un couvent à Xerolophos, la septième colline de la capitale. Elle prit l'habit monacal et mena une vie ascétique et philosophique agréable à son Époux céleste. Cette dynamique fondatrice dirigea la communauté des soeurs en réglant leur genre de vie et les Offices divins au monastère.
Quand Théophile, redoutable ennemi de la vénération des icônes, choisit Théodora, il ne savait pas qu'elle vénérait les saintes icônes. Théodora parvint pendant de longues années à cacher sa vénération des icônes, et enseigna même secrètement à ses 5 filles et à son fils à les vénérer. Contrairement à Théodora, Cassienne avait de fortes convictions en faveur des icônes et elle les confessait ouvertement.
Tôt dans sa vie, Cassienne prouva son dévouement pour la vénération des icônes. Elle résistait publiquement à la politique impériale contre les saintes images. Lors de la défense des icônes, elle fut soumise à la persécution et fut une fois violemment fouettée. Inébranlable, elle persistait à résister aux iconoclastes. Elle rendait souvent visite à des moines en prison et les soutenait par ses lettres et ses dons. Elle exprimait aussi son opinion à propos de ceux qui manquaient de courage et de responsabilité, et disait : "Je hais le silence quand c'est le temps de parler."
Pendant cette difficile période que traversait l'Église combattue, Cassienne, inspirée par Dieu, poursuivait ses divers travaux, littéraires et musicaux. Ses travaux peuvent être trouvés sous les signatures de : "Cassienne", "Cassia la moniale", ou "Ikasias." Saint Théodore le Studite (11 novembre) était impressionné par son savoir et son style littéraire, qu'il trouvait rares en ces temps-là chez une si jeune personne. Compositeur doué par Dieu, elle adaptait ses poèmes à la musique qu'elle composait. L'abbatissa Cassienne offrit un grand nombre de nouvelles hymnes pour les Offices célébrés dans son monastère.
Son chant ecclésiastique attira l'attention des pères de l'Église qui reconnurent son charisme unique. Elle fut encouragée à composer des hymnes pour les différentes fêtes. Sa réputation était telle qu'elle fut reconnue comme la seule femme hymnographe de distinction de l'Orthodoxie. Trente-trois hymnes authentiques attribuées à Cassienne se trouvent dans les cycles liturgiques Orthodoxes. La plus longue des hymnes qu'elle donna au monastère est son canon pour les défunts. Ce morceau contient 32 strophes qui étaient chantées au cimetière du couvent pour les offices des défunts chaque samedi.
Elle composa aussi des hymnes en l'honneur des saints des Menées, comme saints Samonas, Gourias et Habib (11 novembre); pour ceux-ci, le doxastikon des vêpres, ton 2. Pour saints Eustrate, Auxence, Eugène, Mardaire et Oreste (13 décembre), les doxastikon des apostiches des Matines, ton 4. Pour la nativité de saint Jean le Précurseur (24 juin), le doxastikon des apostiches vespérales, ton 8, pour n'en citer que quelques-uns.
Pour la Nativité dans la chair de notre Seigneur Jésus Christ, Cassia composa cette hymne vespérale au ton 2 :
"Alors qu'Auguste régnait seul sur la terre, tous les royaumes des hommes touchèrent à leur fin; quand Tu devins homme de la pure Vierge, tous les dieux de l'idolâtrie furent détruits. Les villes du monde passèrent sous une seule loi; et les nations crurent à une Divinité souveraine. Les hommes étaient inscrits par le décret de César; et nous les fidèles, fûmes inscrits dans le Nom de la Divinité, quand Toi notre Dieu, Tu Te fis homme. Grande est ta Miséricorde, gloire à Toi."
On attribue aussi à l'abbesse et poétesse Cassienne les hirmi du canon des matines, chanté le jeudi saint, ton 6, qui commence ainsi :
"Celui qui autrefois recouvrait le tyran pourchassant sous les vagues de la mer, est caché sous la terre par les enfants de ceux qu'Il sauva autrefois. Mais comme les jeunes filles chantons le Seigneur car Il est grandement glorifié."
La composition musicale la plus célèbre de la sainte dans le triode est le doxastikon idomèle des apostiches des Matines du Mercredi saint, connu aussi sous le nom de "Tropaire de Cassienne"; se basant sur la femme pécheresse de l'Évangile (cf. Lc 7,37-50), Cassienne crée une symétrie entre la femme pécheresse et la chute d'Eve (cf Gn 5,8-11). Avec une sensibilité toute féminine, Cassia la moniale embellit cette histoire bien connue. Cette hymne émouvante, sur le ton 8, est aussi chantée le soir du mercredi saint :
"O Seigneur, la femme qui était tombée dans de nombreux péchés, percevant Ta Divinité, devint porteuse de myrrhe; en larmes elle T'apporta les huiles parfumées avant ta sépulture. "Malheur à moi, dit-elle, car la nuit m'est devenue une frénésie de libertinage, un amour lugubre et sans lune. Reçois le flot de mes larmes, Toi qui formes les nuées avec l'eau de la mer. Penche-Toi sur les soupirs de mon coeur, Toi qui courbes les Cieux dans Ton ineffable Condescendance. J'embrasserai Tes Pieds immaculés et les essuierai avec les cheveux de ma tête, ces pieds au son desquels Eve se cacha par crainte quand elle entendit Tes pas l'après-midi dans le Paradis. La multitude de mes péchés et l'abîme de Tes Jugements, qui peut les sonder, ô mon Sauveur des âmes? Ne me méprise pas, moi, Ta servante, ô Toi dont la Miséricorde est infinie."
Une tradition raconte que l'abbesse Cassienne passa un après-midi dans le jardin à composer cette hymne. Quand elle eut fini d'écrire le vers : "J'embrasserai tes Pieds immaculés et les essuierai avec les cheveux de ma tête", elle apprit que l'empereur Théophile arrivait au monastère. Ne voulant pas le voir, dans sa hâte à se cacher, elle laissa là le papier et la plume. Entré dans le jardin, Théophile trouva le poème inachevé et ajouta cette phrase : "ces pieds au son desquels Eve se cacha par crainte quand elle entendit Tes pas l'après-midi dans le Paradis." Après le départ de Théophile, Cassienne sortit de sa cachette. Quand elle reprit sa composition, elle découvrit la phrase écrite par Théophile; elle la conserva et compléta le reste du poème.
Nous voyons ainsi dans cette hymne que la femme pécheresse s'approcha du Christ avec amour, alors qu'Eve se cacha de Lui par peur. Dans de nombreux sermons et hymnes, Eve la femme pécheresse archétype et la courtisane repentante apparaissent ensemble. La passion et le désir de la première sont à éviter, alors que le repentir de la seconde est à imiter.
Sur son lit de mort en 842, l'empereur Théophile désigna à Théodora leur fils Michel III comme régnant. A la mort de Théophile, la folie iconoclaste prit fin et l'impératrice Théodora restaura la vénération des icônes. Sur l'icône bien connue du Dimanche de l'Orthodoxie commémorant la restauration des icônes, on peut voir le patriarche, l'impératrice Théodora et son fils Michel, des évêques, des prêtres, des ascètes, des moines, et auprès d'eux sainte Cassienne tenant une icône, et accompagnée d'une foule de moniales.
Un biographe a écrit :
"Cassienne ne vécut que pour Dieu seul jusqu'à la fin de sa vie." C'est ainsi que notre sainte mère Cassienne s'endormit dans le Seigneur après avoir consacré sa vie au Christ et à l'Église, ornée de la perle de la virginité et des couronnes d'ascète, de confesseur et d'hymnographe.


Hagiography of Saint Kassiani:
http://www.geocities.com/salty3dog/biography.htm



Marie-Madeleine en grec, texte original
http://www.hs-augsburg.de/~harsch/graeca/Chronologia/S_post09/Kassia/kas_poem.html

riche bibliographie en anglais
http://www.geocities.com/salty3dog/links.kassianh.htm

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