"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

09 avril 2008

sainte Waudru de Mons et les giboulées d'hiver (vie, iconographie, traditions)

Dicton météo :
 A la Sainte Waudru et Saint Macaire, 
On revoit les giboulées d'hiver!
Sainte Waudru (612 - 686) (soeur de sainte Aldegonde de Maubeuge, toutes deux filles de saint Walbert et sainte Bertille), accompagnée de son mari saint Vincent de Soignies, et de leurs enfants saint Landry (évêque de Metz), saint Dentelin, sainte Adeltrude et sainte Madelberte. Une vraie famille Orthodoxe, où tous ont vécu en Christ.


Le "paterikon" belge, compilé par le sous-diacre Jean (patriarcat de Moscou) sous le titre de "Saintes et Saints de Belgique au 1er millénaire" (Braine-l'Alleud, 2003),mentionne ceci :

SAINTE WAUDRU
extrait :
"[...] C'est le 9 avril 686 que Dieu appela Waudru pour la faire jouir de l'éternité. Son corps fut inhumé dans le petit monastère qui sera plus tard converti en un collège de chanoinesses. Les reliques se trouvent toujours à Mons dans une châsse portée chaque année en procession à Mons, le lendemain de la Trinité. Waudru est la patronne de la ville de Mons, et elle est invoquée contre les maladies de la peau. Elle est fêtée le 9 avril et vénérée dans le diocèse de Tournai. A Castiaux, près de Mons, se trouve une fontaine dite de Sainte Waudru, où se sont opérées des guérisons. Des églises lui sont dédiées, à Nodebais, Maffle, Ciply, Frameries... et bien entendu à Mons où la magnifique collégiale porte son nom. Tropaire d'une religieuse.

Prière à Sainte Waudru
Seigneur, Tu as permis à Sainte Waudru de se sanctifier dans le mariage et dans la vie religieuse. Accorde-nous, à sa prière, de répondre fidèlement à notre vocation en témoignant de Ton amour par toute notre vie. Par le Christ Notre Seigneur.
Sainte Waudru, épouse et mère, veille sur nos familles.
Sainte Waudru, fidèle à tes voeux religieux, soutiens de ta prière ceux et celles que le Seigneur appelle.
Sainte Waudru, patronne de Mons, protège la ville ainsi que sa région".


Tropaire de sainte Waudru ton 5
Telle un olivier qui porte du fruit,
Vénérable moniale Waudru,
Tu as poussé dans les parvis du Seigneur
Et par de nobles combats
Tu as lutté virilement jusqu'à la mort
En illuminant la terre du Hainaut.
Et c'est pourquoi aujourd'hui, nous te chantons
Prie le Seigneur Tout-Puissant
De nous accorder la grâce du Salut
.




icône à la collégiale Saint Vincent, Soignies

Sainte Waldetrudis ou Waudru, première abbesse de Mons et fondatrice de cette ville (626-686)
Rois mérovingiens : Dagobert 1er; Clotaire 2; Thierry 3.

Sapiens mulier aedificat domuum.
A la fondation de toute maison, il faut une femme sage
.
Prov. 14,1

Sainte Waudru était soeur aînée de sainte Aldegonde (30 janvier), et, comme elle, fille du comte Walbert et de dame Bertile, tous 2 aussi canonisés. Dès sa jeunesse, elle se montra si portée à la dévotion, qu'elle se retirait souvent pour prier et pour assister aux divins Offices : ce qui ne pouvait être que très agréable à ses parents, personnes d'une piété rare. Lorsqu'elle fut en âge d'être mariée, elle épousa, par obéissance, le comte Madelgaire, qui reçut le prénom de Vincent en religion, lequel comte était un des principaux seigneurs de la cour du roi Dagobert 1er. Ils eurent 4 enfants, tous canonisés pour leur sainteté, à savoir : saint Landry, évêque de Metz en Lorraine (ou de Meaux, en Brie selon certains) et futur abbé à Soignies; saint Dentelin, qui mourut à 7 ans; et les saintes Aldetrude et Madelberte, qui entrèrent comme moniales à Maubeuge, sous la conduite de sainte Aldegonde, leur tante.

Ce progrès admirable de ses enfants dans toute sortes de vertus, montre assez le soin qu'elle apporta à leur éducation spirituelle avant tout. Mais elle ne les instruisait pas moins par son exemple que par ses paroles; car elle était fort adonnée à la prière, fuyait le luxe, la bonne chère et tous les divertissements de la vie; jeûnait souvent et donnait à tous moments, par son hospitalité et par ses aumônes abondantes, des marques de sa charité et de sa miséricorde envers les pauvres. Elle ne se contenta pas de s'adonner à la piété Chrétienne : elle y engagea aussi son mari. Ayant enfin découvert les vraies valeurs de ce monde et leurs enfants devenus grands et partis du domicile, son mari et elle, suivant le conseil de saint Aubert, évêque de Cambrai, se décidèrent à entrer dans la vie monastique. Lui entra au monastère d'Haumont, près de Maubeuge et prit le nom de Vincent. Il est commémoré le 14 juillet, sous le nom de Vincent de Soignies, ville qui possède encore aujourd'hui ses reliques.
Quant à Waudru, elle fut encouragée d'abord par saint Géry, ancien évêque de Cambrai et fondateur de la ville de Bruxelles, qui lui apparut en songe; puis par un Ange envoyé du Ciel pour la consoler dans une persécution que le démon suscita contre elle; elle abandonna entièrement le monde, et, par le conseil de saint Ghislain, qui était alors abbé de Celle-lès-Mons, elle fit bâtir une maison à l'écart, sur une montagne appelée alors Châteaulieu (Castri locus, castriloc, camp-lieu), et où l'on voit à présent la grande ville de Mons, en Hainaut.
Mais comme elle trouva cette maison plus grande et plus magnifique qu'elle ne le désirait et qu'elle ne l'avait ordonné, parce qu'elle voulait observer les règles de la pauvreté évangélique, elle ne voulut pas y demeurer; et, la nuit même où elle en sortit, le toit du bâtiment tomba à terre. C'est pourquoi celui à qui elle avait donné la charge de cet édifice en fit faire un autre moins somptueux et plus pauvre, avec un oratoire en l'honneur de saint Pierre et de saint Paul. Lorsqu'il fut achevé, elle y reçut l'habit de moniale et le voile sacré des mains de l'évêque saint Aubert, et se retira pour y vivre seule et solitaire.
Mais le démon, qui travaille perpétuellement à la perte des hommes, ne la laissa pas en repos. Tantôt il lui mettait devant les yeux la vie qu'elle avait abandonnée, et dont elle pouvait encore jouir si elle voulait retourner dans le monde. D'autres fois, il lui représentait l'amour de son mari, l'affection de ses enfants, la douceur de la conversation de tant de personnes qu'elle avait autrefois fréquentées. D'autres fois, il lui faisait une peinture affreuse de la solitude afin de lui en donner du dégoût avec le désir de chercher compagnie hors de l'enceinte qu'elle s'était prescrite. Enfin, il lui apparut encore sous forme humaine et prit la hardiesse de la toucher de la main. Mais la sainte sortit victorieuse et triomphante de toutes ces tentations, et par l'oraison, le jeûne, les larmes et le Signe de la Croix, elle défit si bien cet ennemi, qu'il se retira toujours d'elle avec honte et confusion.
Après ces victoires, Dieu lui accorda la conduite spirituelle, suscita des saintes femmes et des jeunes filles qui vinrent se mettre sous sa direction. Ainsi, elle assembla en peu de temps une communauté de servantes de Dieu, avec lesquelles elle vécut dans une grande humilité, patience, douceur, charité et ferveur d'esprit. Sainte Aldegonde, sa soeur, qui, par ses bons avis, avait fait un autre établissement à Maubeuge, la visitait aussi fort souvent, pour en recevoir conseils et recommandations; mais comme la maison de Maubeuge était plus belle que celle de Waudru, elle lui voulut persuader de venir avec elle, et d'abandonner ce pauvre lieu où elle souffrait continuellement de grandes incommodités. Ce fut néanmoins inutile, car sainte Waudru avait l'amour de la pauvreté fortement imprimé dans le coeur, et lui répondit que "Jésus-Christ n'ayant eu à Sa naissance qu'une pauvre étable, et ayant passé toute Sa vie dans une grande indigence des choses les plus nécessaires au grand soulagement du corps, il n'était pas raisonnable qu'une basse créature comme elle recherchât ses commodités; qu'enfin elle espérait vivre aussi tranquillement dans sa petite solitude, que celles qui avaient de beaux monastères et de riches abbayes."
En effet, toute pauvre qu'elle était, elle ne cessait pas de trouver de quoi faire beaucoup de charités aux mendiants, aux malades et aux prisonniers; et Dieu, pour seconder son zèle, a quelquefois multiplié l'argent entre les mains de celui qu'elle chargeait de la distribution de ses aumônes. Elle fit aussi d'autres miracles : car elle délivra un pauvre homme, qui l'invoqua dans sa misère, de la puissance d'un démon dont il était extrêmement maltraité, et elle le guérit ensuite d'une violente maladie qui le tourmentait. Et 2 enfants, déjà moribonds, lui ayant été présentés par leurs mères, elle leur rendit la santé par ses prières, son attouchement sacré et l'impression du Signe de la Croix. Enfin, après une vie si sainte, Dieu rappela au Ciel pour lui en donner une éternelle; ce qui arriva le 6 avril de l'an 686. Comme sa petite communauté a été environnée d'une grande ville qui porte le nom de Mons, sainte Waudru en est devenue la patronne, et est honorée en cette qualité par tous ses habitants. Le culte rendu à sainte Waudru remonte à l'époque même de son bienheureux trépas. Il a été de tout temps célèbre, non-seulement à Mons où ses reliques sont conservées, mais encore dans tous les pays circonvoisins.
La collégiale Sainte-Waudru, à Mons, est un des remarquables monuments religieux de la Belgique hétérodoxe. Elle fut construite dans le 15ème siècle sur les dessins de Jean Dethuin, un des grands architectes de cette époque.
Dans les gravures et statues dont sainte Waudru est l'objet : 1° Saint Géry lui apparaît et lui présente une coupe, symbole du sacrifice dont le Seigneur lui demandait la consommation; 2° on la voit payant la rançon de quelques prisonniers. Cette oeuvre de miséricorde, belle entre toutes, était particulièrement chère à notre Sainte; 3° portant une église en sa qualité de fondatrice ou de patronne de Mons; 4° en groupe avec ses 2 filles - encore enfants - sainte Adeltrude et sainte Madelberte.

Reliques Orthodoxes encore détenues fin du 19ème siècle dans le Tournaisis par le vatican (source : petits bollandistes 1872):
"1° Ville de Tournai - Eglise cathédrale : Le corps de saint Eleuthère qui repose dans une châsse trés-riche et très-ancienne; le corps d'une des compagnes de sainte Ursule.
Saint-Piat à Tournai : une partie du crâne de saint Piat, donc le corps est conservé à Séclin.
2° Mons. - Le corps de sainte Waudru, dans l'église de ce nom : on y trouve, de plus, des reliques insignes de sainte Aye, de saint Macaire, patriarche d'Antioche, ainsi qu'un os considérable d'un bras de saint Eloi.
Le corps de sainte Madelberte, fille de sainte Waudru, abbesse de Maubeuge, se trouve à la cathédrale de Liège.
3° Binche. - 7 corps saints y étaient autrefois conservés, savoir : les corps de saint Ursmer, saint Ermin, saint Théodulphe, saint Vulgise, saint Amolain, saint Abel, saint Hydulphe, et celui de sainte Amalberge. Il ne reste plus aujourd'hui que ceux de saint Hydulphe, seigneur et religieux de Lobbes, et de saint Théodulphe. [et une petite relique de saint Ursmer que nous avons pu y vénérer en famille le 18 avril 2004. JMD]
Renseignements fournis par un membre du clergé de Tournai.
4° Soignies. - Les corps de saint Vincent, abbé de Soignies, et de saint Landri, évêque, abbé de Soignies.
5° Saint-Ghislain - les corps de saint Ghislain, abbé du monastère de ce nom, et de saint Sulpice, évêque de Bayeux.
6° Bonne-Espérance, petit séminaire romain (par de Vellereille-le-Brayeux, près de Binche) - le corps de saint Frédéric, abbé.
"



photo Wikimedia




Sainte Waudru est donc fêtée les 3 février et 9 avril. Selon certains auteurs hétérodoxes, le 9 avril (V idus Aprilis) viendrait du "Legendarium Flandrense" et serait la date d'une translation, devenue par la suite date de la fête (et notre paterikon l'ayant reprise, je la garde ainsi en attendant). Le 3 février (III nonas februarii) serait la date du dies natalis. Selon d'autres auteurs hétérodoxes, c'est l'inverse. Puisqu'aucun des documents originaux de cette sainte Orthodoxe n'est en la possession de l'Église, on ne sait de toute façon pas trancher en l'état des informations.


Une traduction de la Vita Waldetrudis – "vita prima," la plus ancienne version
source et version en néérlandais

src 2, src 3

"Le lecteur qui chercherait dans ces pages une biographie détaillée de la sainte patronne de Mons, risquerait d'être déçu. En effet, ce que nous présentons ici, c'est la traduction de la vieille Vita Waldetrudis des Vllle-IXe s., attribuée à un moine de Saint-Pierre de Castrilocus et que les auteurs successifs des vies de sainte-Waudru ont complétée par des emprunts faits, entre autres, aux Vitae de sainte-Aldegonde (1re moitié du IXe s.), de sainte-Aldetrude (IXe s.), de sainte-Madelberte (fin IXe-début XI' s.), de saint-Ghislain (vers 900), de saint-Aubert (1015) et de saint-Vincent Madelgaire (fin du Xle s.).

Le texte de cette Vita est conservé dans plusieurs manuscrits dont l'un, du Xle s., appartient à la Bibliothèque royale Albert 1er. Il a été publié, en 1867, dans les Analectes pour servir à l'histoire ecclésiastique de la Belgique, t. IV, pp. -. C'est lui que nous reproduisons ici; nous en avons toutefois modifié le découpage en paragraphes.

Sans être servilement littérale, notre traduction se veut la plus proche possible de l'original latin et ne prétend donc pas à la perfection formelle. Mais comme le latin médiéval use et abuse de formules, de clichés, de périphrases, qu'il est peu soucieux de l'utilisation précise des conjonctions et des adverbes, nous avons dû procéder à des adaptations afin d'éviter les redites, les lourdeurs et les ambiguïtés; dans ce cas, on trouvera en annexes la traduction littérale. De même, pour assurer une meilleure compréhension, il a fallu parfois ajouter des mots entre crochets.

Le lecteur voudra bien avoir pour le traducteur l'indulgence que demande pour lui-même l'auteur de la Vita Waldetrudis.

Albert NOIRFALISE

Incipit prologus super vita sanctae Waldedrudis (La graphie traditionnelle est: Waldetrudis)

(Ici) commence le prologue de la vie de sainte Waudru.

De vita et conversatione sanctae Waldedrudis aliqua scripturí, ipsius poscimus habitatorem, Spiritum scilicet sanctum, quo mundet cor fecibus scelerum pollutum, praebeat rectum loquendi sensum, stilumque scrìbendi dirigat sensificum.

Au moment de consigner par écrit quelques traits de la vie et de l'état religieux de sainte Waudru, nous demandons à l'Esprit Saint qui l'habitait de purifier notre coeur souillé par les impuretés de nos péchés, de nous inspirer le bon langage et de diriger la manière dont nous écrivons afin qu'elle soit édifiante.

Neque illius deifica conabimur ex toto comprehendere opera; quoniam nee agnosci queunt universa, prae nimia antiquitate remota ab hominum memoria, nee studiosis lectoribus commodare cupimus fastidia. Brevitas enim lectionis taediurn tollit ab animo lectoris.

Nous n'essayerons pas de reprendre point par point tout ce que Dieu opéra en elle, parce qu'on ne peut connaître tout ce qui, en raison d'une trop grande ancienneté, a disparu de la mémoire des hommes; et aussi parce que nous ne désirons pas ennuyer les lecteurs qui nous prêtent attention. Un texte court, en effet, évite l'ennui à l'esprit du lecteur.

Strictam itaque et angustam nostri Redemptoris viam veneranda Waldedrudis ire cupiens, non mediocriter viam seculi latam et spatiosam, quae ducit ad mortem, deseruit; verum perfecte et absque tegna suo Salvatori obsequi coepit. Divino denique amore afflata cito retraxit pedem a mundi via, posuitque illum in viam realem, de qua ait Psalmista: Beati immaculati in via, qui ambulant in lege Domini.

Ainsi donc, désirant parcourir le chemin étroit et resserré proposé par notre Rédempteur, la vénérable Waudru abandonna, non sans grandeur, la large et spacieuse voie du siècle qui conduit à la mort et elle entreprit de suivre son Sauveur parfaitement et en toute loyauté. Bref, inspirée par l'amour de Dieu, elle s'empressa de quitter le chemin du monde pour poser le pied sur la voie véritable dont le Psalmiste dit: "Heureux ceux dont la conduite est sans tache et qui suivent la voie du Seigneur."

Igitur, auxiliante gratia Christi, de hujus beata conversione atque miraculis, quae nostris gesta sunt haud procul temporibus, juxta quod veracium testium relatio certa vulgavit, ad laudem ejusdem Domini nostri Jhesu Christi et aedificationem proximorum aliqua, licet pauca, de multis curabimus scribendo patefacere.

Aidé par la grâce du Christ, nous aurons soin de faire connaître, en les mettant par écrit, quelques-uns - en petit nombre, il est vrai - des faits, parmi tant d'autres relatifs à sa sainte vie religieuse et à ses miracles, faits qui, selon ce que la relation fidèle de témoins véridiques a répandu dans le public, se sont passés à une époque proche de la nôtre. Et cela, pour la louange de notre Seigneur Jésus Christ et l'édification de notre prochain.

Precamur etiam prudentem lectorem, ne penitus hanc nostram abhorreat dictationem propter vitiorum foeditatem, quam artigrafi vocant barbarismos ac solecismos.

Et nous prions le lecteur avisé de ne pas rejeter notre récit avec horreur à cause de la laideur des défauts que les grammairiens appellent barbarismes et solécismes.

Explicit prologus.

(Ici) se termine le prologue.

Incipit vita ejusdem.

(Ici) commence la vie de la même [sainte Waudru].

Gloriosa igitur Waldedrudis, temporibus Dagoberti, incliti regis Francorum, clarissimis orta parentibus, ex regis prosapia edita fuit. Cujus pater Walbertus, mater vero Bertilia dicebatur. Erat autem et illi soror, virgo scilicet sacratissima, nomine Aldegundis, quae vitam multis plenam virtutibus ducens, seque in continentiae arce custodiens, pluribus annis Melbodiensi praefuit monasterio. Extat quidem libellus de vita et conversatione illius editus, in quo, si quis nosse desirat, quam grata Deo et angelis extiterit, quamque cara hominibus fuerit, quantas ac quales per eam virtutes Dominus ostendere dignatus sit, facile poterit repperire.

Née de parents illustres, à l'époque de Dagobert, célèbre roi des Francs, la glorieuse Waudru est issue de royale lignée. Son père s'appelait Walbert et sa mère, Bertille. Elle avait aussi une soeur, une très sainte jeune fille du nom d'Aldegonde qui, menant une vie toute remplie d'actions vertueuses et se gardant dans la citadelle de sa chasteté, fut, pendant de nombreuses années, à la tête du monastère de Maubeuge. Il existe d'ailleurs un petit livre traitant de sa vie et de son état religieux dans lequel, si on désire le savoir, on pourra découvrir combien elle fut agréable à Dieu et aux Anges, [combien elle fut] chère aux hommes et quelles grandes et belles vertus le Seigneur a daigné montrer à travers elle.

Sed nos ad hoc, quod proposuimus, calamum revocemus.

Mais revenons au sujet que nous nous sommes proposé.

Beata autem Waldedrudis adhuc adolescentula, cum in paterna domo nutriretur, et nimium a suis diligeretur, visum est parentibus ejus, ut eam secundum antiquam Dei ordinationern et patriarcharum exemplum ad nuptias viro tradere debuissent. Erat vero pulchra facie decoraque aspectu, sed pulchrior fide, pudicitia et sanctitate. Sed Dei occultam dispositionem, quae eam fidei suae anulo subarraverat, et sociam ac coheredem supradictae germanae suae Aldegundis virgínis in aeterni regni gloria fieri praedestinaverat, nec ipsa carnis copula potuit immutare.

Alors que la bienheureuse Waudru, encore adolescente, était élevée dans la maison paternelle et qu'elle était fort aimée des siens, ses parents estimèrent que, selon l'antique plan de Dieu et l'exemple des patriarches, ils devaient la marier. Elle était belle de visage et superbe à regarder, plus belle encore par sa foi, sa réserve et sa chasteté . Mais l'union conjugale ne put changer le plan secret de Dieu qui S'était fiancé à elle par l'anneau de Sa fidélité et l'avait prédestinée à devenir, dans la gloire du Royaume éternel, la compagne et la cohéritière de sa soeur, la vierge Aldegonde dont il a été question plus haut.

Nam omnipotens Deus hane ab ingressu mundi gratuito pietatis suae munere citius retraxit, et amoris sui igne cor illius accendens, ab omnibus carnalibus illecebris et ab immoderato terrenarum rerum appetitu facile temperavit. Mutato namque animo, coeperunt subito vilescere, quae placebant, et quae prius delectabant animum, postmodum fieri vehementer onerosa.

Le Dieu tout-puissant, en effet, par un don gratuit de Sa tendresse, la détourna très tôt de la vie mondaine et, enflammant son coeur du feu de son amour, Il la tint aisément à l'écart de tous les attraits charnels et du désir immodéré des choses de la terre. Un changement s'opéra en elle; les choses qui lui plaisaient comrnencèrent tout à coup à perdre de leur valeur et celles qui auparavant la charmaient, à devenir, par la suite, très pesantes.

Studebat autem inter haec curas mundi paulatim postponere, et solis desideriis aeternis inhiare, substantiam suam pauperibus, orphanis ac viduis, cum omni hilaritate erogare, captivos redimere, hospites et peregrinos colligere, vitia quoque non solum ab actu corporis, sed etiam a cogitatione cordis funditus exstirpare.

Et elle, au milieu de tout cela, s'appliquait, petit à petit, à faire peu de cas des soucis mondains et à aspirer aux seuls biens éternels; à distribuer avec joie sa fortune aux pauvres, aux orphelins et aux veuves; à racheter les prisonniers; à accueillir les étrangers et les pèlerins de passage; mais aussi à extirper radicalement ses défauts non seulement de ses actes mais encore de ses pensées.

Interea sua tantum salute minime contenta, etiam jugalem suum, nobilem scilicet virum Maldegarium, ad amorem Dei et coelestis patriae desiderium, ac castimoniam conservandam, blandis cottidie ac salutiferis sermonibus excitare curabat, et igne caritatis, quo ipsa suaviter fiagrabat, illius mentem accendere satagebat. Denique, quia carnalís affectus intentionern mentis multum deverberare ejusque aciern obscurare solet, coepit ipsarn carnis copulam valde perhorrescere; non quod Dei munus ad propagandam sobolem hominibus concessum, sed quia scriptum noverat, docente Apostolo: Mulier innupta et virgo cogitat, quae Dei sunt, ut sit sancta corpore et spiritu; quae autem nupta est, cogitat, quae sunt mundi, quomodo placeat viro. Ideoque soli Deo vacare desiderans, veluti quoddam impedimentum, carnale conjugium pertimescebat, atque ut nutu Dei solveretur, et in se Domini voluntas fieret, cottidie cum gemitu et lacrymis exorabat.

Entre-temps, ne se contentant pas de [faire] son seul Salut, elle s'efforçait également, chaque jour, par des paroles persuasives et salutaires, d'inciter son époux, le noble Madelgaire, à aimer Dieu, à désirer la patrie céleste, à garder la chasteté; et elle s'attachait à enflammer son âme du feu de la charité dont elle-même brûlait délicieusement. Enfin, parce que souvent l'amour charnel accable lourdementl l'effort de l'esprit et obscurcit son éclat, elle se prit à détester l'union des corps, non [qu'elle refusât] la mission confiée par Dieu aux hommes pour perpétuer leur descendance, mais parce qu'elle savait que, selon l'enseignement de l'Apôtre, il est écrit: La femme non mariée et la jeune fille ont souci des affaires du Seigneur afin d'être saintes de corps et d'esprit. La femme mariée, elle, a souci des affaires du monde et cherchel comment plaire à son mari. C'est pourquoi, désirant être libre pour Dieu seul, elle redoutait que le lien conjugal ne fût pour elle un obstacle et, chaque jour, elle priait, avec des gémissements et des larmes, pour en être délivrée, selon le bon plaisir de Dieu, et pour que se fasse la volonté de Dieu sur elle.

Sed omnipotens Deus, qui haee occulta dispositione in corde ancillae suae n-úsericorditer suggerebat, etiam, ut fieret, potenter adjuvit. Nam praedictus vir ejus Maldegarius, divina inspiratione compunctus, et intimi amoris facibus accensus, solutis vinculis conjugalibus, manente autem caritate, ad monasterium, cujus vocabulum est Altus Mons, concite perrexit; ibique, monastico habitu suscepto, in sanctis actibus temporalem hujus vitae cursum peregit.

Mais le Dieu tout-puissant, qui, par une disposition cachée, suggérait miséricordieusement ces pensées au coeur de Sa servante, l'aida puissamment à les réaliser. En effet, son mari Madelgaire, dont nous avons parlé plus haut, touché par une inspiration divine et brûlé par les feux d'un amour intérieur, après avoir délié le lien conjugal, tout en conservant son amour, se retira bientôt au monastère de Hautmont et là, ayant reçu l'habit monastique, il continua saintement le cours de sa vie terrestre.

Religiosissima autem Christi famula Waldedrudis adhuc in seculari habitu posita, vigorem tamen animi in nullo relaxans propriae domus curam gerebat. Erat namque misericordiae operibus dedita, bonis operibus intenta, hospitalitati studens, jejuniis et obsecrationibus Deo serviens noete ac die.

Mais la très pieuse servante du Christ, Waudru, qui restait dans la vie séculière, sans rien relâcher de la vigueur de son esprit, dirigeait sa maison. Elle s'adonnait aux oeuvres de miséricorde, attentive à faire le bien, pratiquant l'hospitalité, servant Dieu, jour et nuit, dans le jeûne et la prière.

Igitur omnipotens Deus, qui novit omnem palmitem afferentem fructum excolere, ut fructum plus afferat, famulam suam, de acceptis muneribus fideliter mínistrantem, ad majora sanctitatis lucra coelesti visione provocare dígnatus est. Nam quadam nocte, cum, post laborem fessa, ad refocillandum corpus lectulo membra dedisset, mox sopore depressa, vidit in somnis, quasi introiret basílicam, quae sita est in villa, quam vulgus Buxutum nominat. Et ecce apparuit illi sanctissimus Gaugericus episcopus, nin-ùo decore refulgens; eamque summo honore et reverentia suscepit, deditque illi per visionem etiam calicem vino plenum. Quem cum bibisset, sereno et hilari vultu dixit ad eam: « Age quod agis; placent enim mihi, quae facis ». Hac itaque visione roborata, et, ut dicam, divinae gratiae vino debriata, terrena fastidire, et ad amorem coelestis patriae vehementius flagrare coepit; et quasi degustatam paululum aeternae vitae dulcedinem avidius appetere.

Et le Dieu tout-puissant, qui sait prendre soin de tout sarment qui porte du fruit pour qu'il en porte davantage, daigna, par une vision céleste, appeler à de plus grands profits de sainteté Sa servante, qui Le servait fidèlement avec les dons qu'elle avait reçus. Une nuit, fatiguée par le travail, elle avait confié ses membres à son lit pour reposer son corps. Bientôt plongée dans le sommeil, elle se vit en songe entrer dans une église située dans un village que le peuple appelle Boussu. Et voici que lui apparut le saint évêque Géry rayonnant d'une grande gloire. Il l'accueillit avec beaucoup d'honneurs et de respect et lui donna même - toujours dans la vision - une coupe remplie de vin. Après qu'elle eût bu, il lui dit, le visage calme et souriant: "Continue de faire ce que tu fais; cela me plaît." Fortifiée par cette vision et, le dirai-je, enivrée par le vin de la Grâce divine, elle se mit à considérer avec dégoût les choses de la terre, à brûler plus fort de l'amour de la Patrie céleste et à désirer plus avidement la suavité de la vie éternelle à laquelle elle avait, pour ainsi dire, un peu goûté.

Sed antiquus hostis, unde bonos proficere dolet, inde malos ad deteriora rapere nequitiae suae artibus conatur. Omnipotentis Dei famula, cum hanc visionem quibusdam suis confamulabus humiliter retulisset, atque ab eis, ut assolet, ad aures ignobilis vulgi perlata fuisset, statim humani generis inimicus, sancto proposito in ipso sui initio resistere cupiens, hujus visione quorundam corda reproborum invidiae facibus accendit, atque ad inferendas illi detractiones, cavillationes, falsaque obprobria excitavit; et, ut ita dicam, contra Christi famulam pugnaturus, eorum se venenosis linguis armavit. Unde scriptum est: Filii hominum, dentes eorum arma et sagittae; et lingua eorum gladius acutus.

Mais l'antique ennemi souffre, d'une part, de voir les bons progresser et, d'autre part, il s'efforce, par les artifices de sa malice, d'entraîner les mauvais dans une situation pire encore [que la leur]. Après que la servante de Dieu, en toute humilité, eût rapporté cette vision à certaines de ses compagnes et que, comme cela arrive souvent, celles-ci l'eurent racontée aux oreilles du menu peuple, aussitôt, à cause de cette vision qu'elle avait eue, l'ennemi du genre humain, voulant, dès son principe, s'opposer à son saint projet, enflamma des feux de l'envie le coeur de certains individus malhonnêtes et il les incita à lancer contre elle des médisances, des plaisanteries et des reproches sans fondement. Et, pour combattre la servante du Christ, il s'arma, pour ainsi dire, du venin de leurs langues. C'est pourquoi il est écrit: Les fils des hommes, leurs dents sont des armes et des flèches et leur langue est un glaive aiguisé.

Sed omnipotens Deus famulae suae, inter diabolicas insidias titubanti, velociter succurrit. Nam cum animus illius, utpote adhuc rudis, hujusmodi irrisionibus ac derogationibus fatigatus nimium turbaretur, ipsaque gravi moerore depressa in lectulo decidisset, subito in virili specie angelus coelitus missus, nimio decore refulgens, apparuit. Qui comminus assistens, eamque familiariter alloquens, causas tanti moeroris inquisivit: «Cur, inquiens, tanti moeroris pondere gravaris ? Quare hilaritatem tuae mentis tristitiae nubilo inordinate confundis?». Cui cum illa respondisset, quantas a civibus suis derogationes, irrisiones ac cavillationes, antiquo adversario instigante, pateretur, subjunxit angelus dicens: «Confortare et esto robusta contra obloquentes et calumniantes te, quoniam scriptum est: Non coronabitur, nisi qui legitime certaverit. Non ergo magnopere curandurn est de vanis verborum favillis, quae citius accensae facile exstinguuntur. Haec etenim patiebantur prophetae, apostoli et martyres, qui fuerunt ante te. Unde et Dominus in Evangelio dicit: Non est discipulus super magistrum. Et paullo post: Si patremfamilias Belzebub vocaverunt, quanto magis domesticos ejus. Hine et alia Scriptura ammonet dicens: Fili, accedens ad servituteni Dei, sta in justitia et timore, et praepara animain tuam ad temptationem. Oportet ergo te hujusmodi temptationes, quae ad probationem fiunt, fortiter tolerare, ut, cum probata fueris, accipias coronam vitae, quarn repromisit Deus diligentibus se ». His et hujusmodi sermocinationibus et seripturarum testimoniis confortata inutilera tristati cordis moerorem, quem diabolica fraus suggerebat, spirituali gaudio superveniente, statim repressit.

Mais vite, le Tout-Puissant vint au secours de Sa servante qui perdait pied au milieu des pièges du démon. Son esprit, encore novice, fatigué par les moqueries et les injures, était profondément troublé et, accablée d'une lourde tristesse, elle s'était laissée tomber sur son lit. Tout à coup, un Ange, envoyé du Ciel sous l'apparence d'un homme et d'une beauté éclatante, lui apparut. Se tenant près d'elle et lui parlant familièrement, il lui demanda la raison d'un si grand chagrin: "Pourquoi, lui dit-il, es-tu écrasée sous le poids d'une si grande affliction? Pourquoi troubles-tu inconsidérément la joie de ton esprit par un nuage de tristesse?" Comme elle lui répondait quels graves reproches, moqueries et plaisanteries elle endurait de la part de ses concitoyens instigués par l'antique ennemi, l'Ange ajouta: "Prends courage et sois forte face à ceux qui t'insultent et te calomnient, car il est écrit: Ne sera couronné que celui qui aura loyalement combattu. Tu ne dois donc pas te préoccuper outre mesure des vaines cendres de paroles qui aussitôt allumées s'éteignent facilement. Les prophètes, les Apôtres et les martyrs qui vécurent avant toi subissaient aussi ces attaques. Car, dans l'Evangile, le Seigneur dit: Le disciple n'est pas au-dessus de son maître. Et un peu plus loin: S'ils ont donné le nom de Beelzebuth au Père de famille, à plus forte raison appelleront-ils ainsi Ses serviteurs. Et un autre passage de l'Ecriture donne cet avertissement: Fils, en arrivant au service de Dieu, tiens-toi debout dans la justice et la crainte et prépare ton âme à l'épreuve. Il te faut donc supporter vaillamment ces tentations qui ont pour but de t'éprouver afin que, lorsque tu auras été mise à l'épreuve, tu reçoives la couronne de la vie que Dieu a promise à ceux qui l'aiment." Réconfortée par ces paroles et par le témoignage des Ecritures, envahie par une joie spirituelle, elle réprima l'inutile douleur de son coeur attristé, [douleur] que la ruse du diable lui inspirait.

Interea erat quidam sacerdos, Gislanus nomine, habitans in locis desertis circa fluvium, cujus vocabulum est Hagna; qui habiturn monachi, quern praetendebat specie, moribus demonstrabat, quique pro sanctitatis suae merito a cunctis, qui hune nosse poterant, valde colebatur. Hie itaque, divina monitus jussione, ad praedictam Christi famulam Waldedrudern exhortationis gratia crebro venire consueverat, et verbi Dei pabulo illius mentem reficere curabat. Quam cum vir Domini ab hujus mundi illecebris frigescere, et coelesti desiderio accensam, sanctae conversationis habiturn ardenter quaerere agnovisset, montem illi quendam, qui nunc Castrilocus dicitur, designavit, et ut, sacro velamine accepto, in eo sibi cellulam ad omnipotentem Dominum serviendum construi faceret, sollicita ammonitione persuasit. Qui mons videlicet a praedicti viri Dei Gislani cellula quatuor fere milibus distans, in superiori parte deserti situs erat; a secularium quidern habitaculis procul remotus, spinarum et vepriurn densitate nemorosus atque incultus, sed sanctae et religiosae conversationi aptissimus videbatur.

Au même moment, un prêtre appelé Ghislain habitait un endroit désert près de la rivière qu'on appelle Haine. Par sa façon de vivre, il exprimait l'idéal monastique que son aspect extérieur révélait et, à cause de sa sainteté, il était fort vénéré par tous ceux qui avaient l'occasion de le connaître. Averti par un ordre divin, il avait l'habitude de venir souvent chez la servante de Dieu pour l'encourager et il avait souci de nourrir son âme de la Parole de Dieu. Quand cet homme de Dieu apprit qu'elle devenait insensible aux attraits de ce monde et qu'embrasée du désir du Ciel, elle cherchait ardemment à vivre une sainte vie religieuse, il lui indiqua la colline qui s'appelle maintenant Castrilocus et l'exhortant avec sollicitude, il la persuada de s'y faire construire un petit ermitage pour y servir le Dieu tout-puissant, après qu'elle aurait reçu le saint voile. Cette colline, distante d'environ quatre milles de l'ermitage de Ghislain, l'homme de Dieu dont nous avons parlé plus haut, dominait un endroit inhabité. Très éloignée des maisons des gens du monde, couverte d'épines et de buissons épais, en friche elle semblait très propice à une sainte vie religieuse.

Beata autem Waldedrudis ammonitíonem viri Dei libenter gratanterque suscipiens, non distulit opere perficere, quod sibi per famulum suurn omnipotens Deus dignatus est imperare, sed statim misit ad quendam íllustrem virum, Hildulfurn nomine, qui per idern tempus valde inclitus ac nobilis, et secundum temporalem hujus seculi dignitatem potentissimus erat, et per coniugem suam eidern Christi famulae propinquus extiterat.

Accueillant avec joie et reconnaissance l'avis de l'homme de Dieu, la bienheureuse Waudru ne différa pas d'accomplir effectivement ce que le Dieu tout-puissant avait daigné lui commander par [la voix de] Son serviteur. Sur-le-champ, elle envoya [un message] à un homme illustre, du nom de Hydulphe, qui, à l'époque, était célèbre, très noble et très puissant selon la dignité temporelle de ce monde, et qui, par son épouse, était parent de la servante du Christ.

Hunc ergo sollicite postulavit, ut supradicturn locum, quem sibi divina clementia per suurn famulum designaverat, a suis possessoribus, dato precio, emere debuisset, illieque habitaculum ad serviendurn Domino praeparare non negaret. Cujus precibus mox ille libenter adquiescens, locum, quern Christi famula poposcerat, emere curavit, eique in vertice montis ipsius, arbustis et vepribus radicitus abscissis, domum ad habitandum magna praeparavit sollertia.

Elle lui demanda instamment de bien vouloir acheter à ses propriétaires le lieu que la bonté de Dieu lui avait désigné par l'intermédiaire de Son serviteur, d'en payer le prix et d'accepter d'y aménager une maison pour le service de Dieu. Accédant aussitôt de bonne grâce à ses prières, Hydulphe se chargea d'acquérir l'endroit que la servante de Dieu lui avait demandé [d'acheter]. Après avoir fait couper entièrement les arbustes et les broussailles, il fit bâtir avec grand soin, au sommet de cette colline, une maison d'habitation.

Nec silentio praeterire debemus miraculum, quod omnipotens Deus ad ostendendum, quantarn famulae suae curam gereret, in ipso sancti propositi tyrocinio exhibuit. Nam, cum religiosissima Christi tiruncula ad domurn sibi praeparatarn accessisset, hanc latam et spatiosam atque sublimem intuens abhorruit, et ex ipsa sui magnitudine oculis ejus valde displicuit; humili scilicet mente humile atque remotum ab aspectibus humanis quaerens habitaculum in terris, ut celsurn atque sublime inter frequentias angelorum mereretur habere in coelis.

Nous n'avons pas le droit de passer sous silence le miracle que, pour montrer quel soin il prenait de Sa servante, le Dieu tout-puissant opéra au début de la réalisation de son saint projet. En effet, comme la très pieuse petite recrue du Christ arrivait à la maison qui lui avait été préparée, la voyant large, spacieuse et altière, elle en eut horreur et cette habitation lui déplut beaucoup à cause de sa grandeur. En esprit d'humilité, elle cherchait [à disposer] sur terre d'une maison modeste, hors de la vue des hommes, pour mériter d'avant dans les Cieux une haute et glorieuse demeure au milieu de la foule des Anges.

Mira res et vehementer stupenda mox secuta est. Nam, recedente Christi famula, nocte subito totius domus fabrica a fundamentis eversa est, ac divinitus longe projecta. Tune praedictus vir Hildulfus in ejusdem montis latere, ei parvum et sanctae religioni congruum habitaculum, simul et oratorium in honore sancti Petri apostoli dedicatum, ubi ipsa illi designaverat, restruxit.

Peu après se produisit un événement merveilleux et fort étonnant. Quand la servante de Dieu se fut éloignée, le bâtiment tout entier fut soudain, pendant la nuit, arraché à ses fondations et miraculeusement projeté au loin. Alors Hydulphe, dont nous avons déjà parlé, lui fit reconstruire au flanc de la même colline, à l'endroit qu'elle lui avait indiqué, une petite maison qui convenait mieux à une sainte vie religieuse, ainsi qu'un oratoire dédié en l'honneur du saint Apôtre Pierre.

Interea dilectissima Christi famula Waldedrudis, fervens spiritu et magis magisque coelesti desiderio anhelans, juxta viri Dei Gislani, cujus superius mentionem fecimus, ammonitionem ad beatissimum virum Autbertum episcopum accessit, et, ut sacrum velamen accipere mereretur, petiit, et citius impetravit. Acceptis itaque ab eo sanctimonialibus indumentis, statim se suaque omnia omnipotenti Deo tradidit, atque in cellula, quam sibi construi fecerat, se reclusit, ibique eximiae conversationis exempla circumquaque dedit.

Au même moment, la bien-aimée servante du Christ, Waudru, l'âme ardente et de plus en plus haletante du désir du Ciel, sur le conseil de l'homme de Dieu, Ghislain, dont nous avons fait mention plus haut, alla trouver le saint évêque Aubert et lui demanda la faveur de recevoir le saint voile; ce qu'elle obtint aussitôt. Ayant reçu de lui l'habit monastique, elle se remit sans plus tarder, avec tous ses biens, entre les mains du Dieu tout-puissant; elle se cloîtra dans l'ermitage qu'elle avait fait construire et là, autour d'elle, elle donna l'exemple d'une vie religieuse remarquable.

Erat enim morum gravitate, mentis sobrietate, mansuetudinis lenitate, verborum moderatione, incomparabiliter praedita; caritate autem erga Deum et proximum perfecta, curis pauperum ac peregrinorum provida, vigiliis quoque et orationibus ac jejuniis dedita. Studebat inter haec toto mentis annisu cruciare carnem, voluntates proprias frangere, tumultusque hominum devitare, et cottidianis se lacrimis in ara cordis Domino libare.

Elle était incomparable par sa vie austère, sa tempérance, sa douce miséricorde et ses paroles pleines de mesure; elle était d'une charité parfaite envers Dieu et le prochain; attentive aussi a prendre soin des pauvres et des voyageurs; adonnée aux veilles, à la prière et au jeûne. Entre-temps, elle s'appliquait, de toute la force de son âme, à mortifier sa chair, à briser sa volonté propre, à éviter l'agitation des hommes et à s'offrir au Seigneur, sur l'autel de son coeur, en versant des larmes quotidiennes.

Quamobrem antiquus humani generis inimicus, qui ab initio bonis actibus resistere contendit, individae facibus accensus, contra hanc totis viribus se in temptatione erexit. Denique, quia prius publicum bellum se doluît perdidisse, ad occulta sese certamina iterum reparavit. Coepit namque de fide et spe, quae est in Christo Jhesu, temptatione subdola mentem illius improbe pulsare, cogitationes quoque varias et illicitas cordi ejus ingerere. Et prirno quidern immisit ei memoriam possessionum, generis nobilitatem, familiae defensationem, amorem rerurn praesentium, fluxam seculi gloriam, escae variam delectationem, et reliqua vitae remissioris blandimenta; dehinc virtutis arduum finem, et maximum perveniendi laborem, nec non corporis fragilitatem et aetatis spatia prolixa. His igitur et hujuscemodi temptationibus maximam cogitationum caliginem suscitabat, temptans, si quomodo posset, hanc a dicto proposito avocare. Sed valida omnipotentis Dei manus haec pestifera diaboli molimina facile frustravit. Respectu namque divinae gratiae ad seipsam citius rediit, et inter catervas satanae se in acie stare deprehendens, ad sua mox arma cucurrit. Nam sese protinus in lamentum dedit, cum gemitu et lacrimis Dominum exorans, ut in hujusmodi certamine ne succumberet, sibi solatium largiri dignaretur. Cumque die noctuque crebris et prolixioribus orationibus a Domino remedium flagitaret, contigit aliquando, ut hac de causa in oratione pernoctaret.

Aussi l'antique ennemi du genre humain qui, dès leur début, cherche à s'opposer aux bonnes actions, brûlé des feux de l'envie, se dressa contre elle de toutes ses forces pour la tenter. Et parce que, dans un premier temps, il était désolé d'avoir perdu la guerre ouverte, il se prépara à nouveau pour des combats secrets. Il entreprit d'agiter méchamment son esprit par une tentation sournoise touchant à la foi et à l'espérance en Jésus-Christ et à lui inspirer toutes sortes de pensées contraires . En tout premier lieu, il lui rappela le souvenir de ses biens, la noblesse de sa race, sa maison à administrer, l'amour qu'il faut porter aux choses présentes, la gloire facile offerte par le monde, les plaisirs variés de la table et les autres attraits d'une vie moins austère; ensuite la difficulté d'atteindre la vertu, la grande peine qu'il faut prendre pour y parvenir ainsi de la fragilité du corps et la longueur de la vie. Par ces tentations et d'autres du même genre, il provoquait en elle une profonde nuit de l'esprit, essayant, si possible, de la détourner de ses saintes résolutions. Mais la main robuste du Dieu tout-puissant fit aisément échouer les efforts néfastes du diable. En effet, en considérant la Grâce que Dieu lui faisait, elle se reprit rapidement et craignant de se trouver au combat parmi les troupes de Satan, elle recourut bientôt à ses propres armes. Elle se répandit en lamentations, demandant au Seigneur, avec larmes et gémissements, de daigner lui accorder sa consolation afin qu'elle ne succombe pas dans ce combat. Jour et nuit, en priant fréquemment et abondamment, elle implorait du Seigneur le remède et il lui arriva de passer pour cela toute une nuit en prière.

Et ecce subito idem antiquus hostis in effigie hominis, quasi insultans illi, apparuit, extendensque manum suam super pectus ejus posuit. At illa, cum Christi nomen celeriter invocaret, statim hostis fugam petiit. Quem illa intrepida, angelico videlicet roborata suffragio, huc illucque fugitantem, cum vituperationibus et dignis obprobriis audacter insequebatur. « Bene, inquit, tibi contigit, miser, bene tibi contigit. Tu es ille, qui dicebas in corde tuo: Super astra coeli exaltabo solium meum, similis ero Altissimo; ecce propter superbiam tuam a sede coeli pulsus, et tartarea morte damnatus, ut dignus es, a femina persequeris; et locum, quem tu superbus deseris, Christus humilis de hurnano genero suo sanguine redempto reparavit ». His auditis, dejectionem suam erubescens, mox quasi fumus evanuit, mentemque famulae Christi hac temptatione fatigare ulterius non praesumpsit; et cui volens certamina intulit, virtute omnipotentis Dei compulsus est occasionem victoriae invitus ministrare.

Et voici que tout à coup, le démon, sous forme humaine, lui apparut comme s'il voulait se jeter sur elle et, étendant la main, il la lui posa sur la poitrine. Mais dès qu'elle eut invoqué en hâte le Nom du Christ, l'ennemi prit aussitôt la fuite. Sans se laisser effrayer et fortifiée sans aucun doute par un secours angélique, elle le poursuivait hardiment avec des reproches et des blâmes mérités, alors qu'il tentait de fuir en tous sens. "C'est bien fait, misérable, disait-elle, c'est bien fait. Tu es celui qui disait dans son coeur: J'élèverai mon trône au-dessus des astres du ciel; je serai semblable au Très-Haut. Et voici qu'à cause de ton orgueil, chassé du séjour céleste et condamné à la mort de l'enfer, comme tu le mérites, tu es mis en fuite par une femme; et cette place que, dans ton orgueil, tu abandonnes, le Christ, dans son humilité, l'a rétablie pour le genre humain racheté par son sang." A ces mots, rougissant de sa défaite, il s'évanouit aussitôt comme une fumée et, par la suite, il n'osa plus harceler de cette tentation l'esprit de la servante du Christ. Par la force du Dieu tout-puissant, il fut contraint, contre son gré, à fournir une occasion de vaincre à celle contre qui, volontairement, il avait livré bataille.

Recedente igitur temptatione, beata Waldedrudis, spinis temptationurn erutis, velut exculta terra uberius fructum dedit. Nam, cum eximiae conversationis illius fama longe lateque crebesceret, coeperunt nonnullae nobilioris generis feminae ad ejus magisterium concurrere, et Domino, dicata castitate, servire. Liberata namque a temptatione, jure facta est magistra virtutum.

Ayant surmonté l'épreuve et arraché les épines de la tentation, la bienheureuse Waudru, comme une terre travaillée avec soin, donna un fruit plus abondant. En effet, comme la renommée de sa vie remarquable s'étendait en long et en large, quelques femmes de noble naissance accoururent se mettre à son école et entrèrent au service de Dieu après Lui avoir consacré leur chasteté. Et délivrée de la tentation, elle devint à juste titre maîtresse de vertu.

Soror quoque ejus, virgo scilicet sanctissima Aldegundis, cujus superius mentionem fecimus, visitationis gratia ex monasterio suo certis diebus ad eandem venire consueverat, ut dulcia sibi invicem vitae verba transfunderent, et suavem cibum coelestis patriae, quia adhuc perfecte gaudendo non poterant, saltem suspirando gustarent. Quae cum loci parvitatem cerneret, paucasque adhuc moniales in obsequio sororis inesse videret, humano pulsata affectu, quasi compatiens paupertati illius, magnis precibus suadere coepit, ut parvitatem loci illius desereret, et ad suum monasterium properare debuisset. Sed omnipotentis Dei famula, plus appetens laboribus pro Deo fatigari quam transitoriis hujus vitae honoribus perfrui, nullatenus consensit. Sic quippe metuebat paupertatis suae securitatem perdere, sicut avari divites solent divitias perituras custodire.

Sa soeur aussi, la très sainte vierge Aldegonde, dont nous avons parlé plus haut, avait coutume, à jours fixes, de venir de son monastère lui rendre visite afin de pouvoir partager avec elle les douces paroles de vie et goûter, du moins en la désirant ensemble, la nourriture suave de la Patrie céleste, puisqu'elles ne pouvaient encore le faire en en jouissant parfaitement. Voyant la petitesse du lieu et le petit nombre de moniales qui vivaient alors sous l'autorité de sa soeur, poussée par un sentiment humain d'affection, comme si elle compatissait à sa pauvreté, elle entreprit, par d'instantes prières, de l'amener à quitter cet endroit trop petit et à venir au plus tôt dans son propre monastère. Mais la servante du Dieu tout-puissant, qui désirait davantage être fatiguée par ses travaux pour Dieu que de jouir des honneurs passagers de cette vie, refusa catégoriquement. Sans doute craignait-elle de perdre ainsi la sécurité que lui assurait sa pauvreté de la même manière que les riches avares tiennent à conserver leurs richesses périssables.

Nec praetereundum est, quod omnipotens Deus erga famulas suas ostendere dignatus est miraculi. Quadam namque die, cum ex more ad aeternae vitae colloquia perfruenda in invicem convenissent, repente causa extitit, ob quarn pro utilitate monasterii paululum extra claustra procedere cogerentur. Euntes itaque, et omnibus, pro quibus ierant, rite dispositis, cum subito ad monasterium redirent, et ex more ecclesiam întrare voluissent, absente ostiaria, omnia ostia clausa et seris praemunita repperiunt. Sed mira res mox contigit; nam, ut famulae Christi ad aditum basilicae pervenerunt, statim ostia divinitus concussa ita summa celeritate patuerunt, ac si orationem earum impedire valde pertimescerent.

Il ne faut pas omettre de rapporter le prodige dont le Dieu tout-puissant daigna favoriser Ses servantes. Un jour que, comme souvent, elles s'étaient rencontrées pour savourer ensemble la joie de s'entretenir de la vie éternelle, un motif les obligea soudain, pour le bien du monastère, à sortir un peu de la clôture. Elles le firent et elles arrangèrent, comme il le fallait, toutes les affaires pour lesquelles elles étaient sorties. Alors qu'elles revenaient en hâte au monastère et qu'elles voulaient, comme c'était leur habitude, entrer dans l'église, elles trouvèrent, en l'absence de la portière, toutes les portes fermées et assurées par leurs verrous. Il se passa alors une chose merveilleuse. Lorsque les servantes du Christ parvinrent à l'entrée de l'église, les portes heurtées miraculeusement s'ouvrirent avec une rapidité qui faisait penser qu'elles avaient peur de faire obstacle à leur prière.

Dehinc venerabilis Waldedrudis, famula Christi, quia, relictis mundi illecebris, coelestis Regis servituti non renuit humiliter subdi, denuo ad contemplationem coelestium civium meruit sublimiter attolli. Nam rursus vidit in spiritu virum de coelo ad se descendere. Et cum angelicam esse potestatem per spiritum agnovisset, statim trernefacta, quid de se vel germana sua in divino examine dispositum esset, percunctari studuit, et an divini respectus gratiam aliquantulum mererentur, ab eo humiliter sciscitari curavit. Quam angelus blande confortans edocuit, quod semper super eas pietatis suae intuitu respiceret, sicut Ipse per Prophetam ait: Ad quem respiciam, nisi ad humilem et quietum, et trementem sermones meos ? Unde Psalmista ait: Oculi Domini super justos, et aures ejus in preces eorum.

Par la suite, la vénérable Waudru, servante du Christ, qui, après avoir abandonné les attraits du monde, avait accepté de se mettre humblement au service du Roi céleste, mérita de nouveau d'être élevée de manière sublime à la contemplation des citoyens du Ciel. Une nouvelle fois, elle vit en esprit un homme descendre du ciel vers elle. Et comme en esprit elle avait reconnu que c'était une puissance angélique, effrayée sur le moment, elle tâcha de s'enquérir de ce qui, pour elle et pour sa soeur, avait été prévu dans le plan de Dieu, et humblement elle voulut savoir de lui si elles avaient mérité quelque peu la faveur de la considération divine. L'encourageant avec douceur, l'Ange lui apprit qu'en raison de l'amour qu'Il leur portait, [Dieu] posait constamment Son regard sur elles, comme Il le dit Lui-même par le prophète: Vers qui regarderais-Je sinon vers celui qui est humble et tranquille et qui craint Mes paroles ? Et le Psalmiste ajoute: Les yeux du Seigneur sont (tournés) vers les justes et ses oreilles, vers leurs prières.

Post haec fuit ei divinitus revelatum, quod ipsa et germana sua, beata scilicet Aldegundis, unam mansionem et eandem beatitudinem in regno Dei pro merito laboris diu essent habiturae; ad quam videlicet beatitudinem perveniunt, sicut scriptum est, alii sic alii autem sic. His divinis revelationibus omnipotentis Dei famula instructa, non inani jactantia mentem in superbiam elevat, sed sese in arce humilitatis custodiens, tanto post devotior ad referendas Creatori suo gratias extitit, quanto erga se ejus beneficia majora cognovit; et facta eo instantior in bono opere, quanto certior de promissione.

Après cela, Dieu lui révélal qu'elle et sa soeur, la bienheureuse Aldegonde, auraient pour longtemps, en récompense de leur peine, même demeure et même bonheur dans le Royaume de Dieu. A ce bonheur, selon ce qui est écrit, les uns parviennent de telle manière, et les autres, de telle autre. Instruite par ces révélations divines, la servante du Dieu tout-puissant n'enfla pas son coeur d'une vaine jactance, mais, se gardant dans la citadelle de son humilité, elle fut par après d'autant plus fervente à rendre grâce à son Créateur qu'elle connut davantage ses grands bienfaits pour elle; et elle fut d'autant plus persévérante à faire le bien qu'elle fut plus sûre de la promesse.

Interea omnipotens Deus famulam suarn diutius intra se ipsam latere noluit, sed, quanti esset apud se meriti, signis ac miraculis dignatus est declarare, ut posita super candelabrum lucerna claresceret, quatenus omnibus, qui in domo Dei sunt, luceret. De qua pauca virtutum bona, quae ad memoriam redeunt, narrabimus, ut ex his paucis valeant ejus multa pensare.*Ici un passage obscur que l'on peut considérer comme interpolé. Voir sous la note .

Entre-temps le Dieu tout-puissant ne voulut pas que Sa servante fût plus longtemps cachée en elle-même, mais, par des signes et des miracles, Il daigna lui montrer quel grand mérite elle avait à Ses yeux, de sorte que la lampe placée sur le lampadaire brille pour tous ceux qui sont dans la maison de Dieu. A son sujet, nous raconterons quelques miracles de Sa bonté qui nous reviennent à la mémoire, afin que, grâce à ces quelques faits, beaucoup [d'autres qu'elle a accomplis] puissent avoir quelque poids... "

Quodam itaque tempore beata et gloriosa Waldedrudis habuit devotionern cum voto, pietate divina commonita, captivos redimere. Disposuit pretium, argentum ponderavit, et illud Dei nutu valde crescebat in statera. Unus tantum minister sciebat, quod illud argentum opere divino crescebat. At illa humilitate plena praecepit illi, ut nulli hoc omnino manifestaret. Sui autern pretio argenti captivi redempti, ea jubente, ad propria sunt reversi.

A un certain moment, la bienheureuse et glorieuse Waudru, inspirée par l'amour de Dieu, fit voeu de racheter les prisonniers. Elle fixa le prix [du rachat], elle pesa l'argent et celui-ci, par le bon plaisir de Dieu, se multipliait considérablement dans [le plateau] de la balance. Seul un serviteur savait que cet argent s'accroissait sous l'action divine. Mais elle, pleine d'humilité, lui ordonna de ne le révéler à qui que ce soit. Rachetés par la rançon [payée] de son argent, les captifs, sur son ordre, retournèrent à leurs affaires.

Post dies aliquos contigit, ut aliqua puella plenum vasculum ad reficiendum sanctae Waldedrudi deportaret. Labente pede, in via cecidit, et potum vasculi in terram venit**. Et mox illa a terra surgens, stetit recto corpore pavens. Dum in cogitatione volveret, ut ad cellarium remearet, illudque iterum repleret, subito respexit, et per virtutem sanctae Waldedrudis in manu sua plenum invertit, sicut fuerat prius. Lire « fudit».

Quelques jours après, une jeune fille apporta à sainte Waudru un petit vase plein [de vin] pour la réconforter. Son pied ayant glissé, elle tomba sur le chemin et elle répandit la boisson contenue dans le vase. Se relevant aussitôt, elle se tint toute droite et toute craintive. Tandis qu'elle songeait à retourner au cellier et à remplir de nouveau son vase, elle le regarda tout à coup et elle le trouva, dans sa main, rempli, par un miracle de sainte Waudru, comme il l'était auparavant.

Postero die quidam homo egritudine correptus, cum esset in mentis excessu, videbat se daemones trahere in aerem. Et, pavore concussus, vociferabatur ad beatam Aldegundem et germanam suam Waldedrudem, ut merita earum et orationes de incursione daemonum se liberarent. Subito vero vocem de coelo audivit dicentem: « Daemones relinquite illum, quia in personis sanctarurn Deo se commendavit ». Tunc daemones dicebant: « Relinquamus illum, ne in majores oppressiones propter illum incurramus ». Tune daemones recesserunt ab illo confusi. Deinde postea petiit suos, ut eum ad praesentiam domnae Waldedrudis portarent. Et cum impetrasset, in cathedra eum deferentes rniserunt illum ante pedes ejus. Cum illa sublevasset se, et manus suas super caput illius misisset, continuo per semetipsum de terra erexit, et ambulare coepit. Eodem die sufficienter cibum et potum sumpsit, quia jam, triginta diebus exactis, nullus cibus in os ipsius introierat, sicut ipsi narraverunt, qui eum ad pedes ejusdern sanctae deportaverunt.

Le lendemain, un homme pris de maladie voyait en plein délire des démons l'entraîner dans les airs. Frappé de terreur, il criait vers sainte Aldegonde et sa soeur Waudru pour que leurs intercessions et leurs prières le délivrent de l'assaut des démons. Il entendit soudain une voix venue du Ciel et qui disait: "Démons, laissez-le. Il s'est confié à Dieu en la personne des saintes." Et les démons disaient: "Laissons-le de peur que nous ne tombions, à cause de lui, dans de plus grands tourments." Pleins de confusion, les démons s'éloignèrent alors de lui. Il demanda ensuite aux siens de le transporter en présence de dame Waudru. Il obtint gain de cause. Le portant sur une chaise, ils l'amenèrent aux pieds de la sainte. Elle se leva, lui posa les mains sur la tête et aussitôt il se mit debout de lui-même et il se mit à marcher. Le même jour, il prit de la nourriture et de la boisson à suffisance alors que, depuis trente jours, aucun aliment n'était entré dans sa bouche, ainsi que l'ont raconté ceux-là mêmes qui le portèrent aux pieds de la sainte.

Post diem quartum, finita praedicta virtute, femina quaedam venit ad eam curn puero jam desperante de vita, postulans, ut manus suas super illura imponeret. Et cum fecisset, eadern hora in mensa ejus manum suam misit, et de calice ejus bibit. Et cum genitrix sua eum recepisset, statim de mamilla ejus lac suxit, qui, jam quatuor diebus exactis, cibum non sumpserat. Ex illo die ereptus a languore, sanus effectus est.

Quatre jours après ce miracle, une femme vint à elle avec un enfant dans un état désespéré et lui demanda de lui imposer les mains. Après qu'elle l'eût fait, au même instant, il mit sa main sur la table de la sainte et but à sa coupe. Sa mère le reprit et aussitôt il recommença à boire son lait, lui qui, depuis quatre jours déjà, n'avait pris aucune nourriture. Arraché à son état de langueur, il fut, à partir de ce jour, en bonne santé.

Porro quaedam femina venit ad sanctam cum puero elipso semivivo, et petiit eam, ut per impositionem manuum suarum ad baptismum vivus pervenire posset, signo crucis ei imposito. Et illa, pietate commota, signum crucis in capite illius fecit. Et cum haec fecisset, miro modo omne corpus ejus contremuit, et vocera emisit, oculos aperuit, quos ante clausos tenebat, baptismum recepit, et annis multis vixit, juventutem in canitiera deportavit, et in ordine sacerdotali perseveravit.

Ensuite une femme vint trouver la sainte avec un enfant évanoui, à moitié mort et elle lui demanda de lui imposer les mains pour qu'il puisse parvenir vivant au Baptême après avoir reçu le Signe de la Croix. Emue de pitié, la sainte le signa sur la tête. Quand elle l'eut fait, miraculeusement tout le corps de l'enfant tressaillit, il poussa un cri, ouvrit les yeux qu'il tenait fermés auparavant et reçut le Baptême. Il vécut de nombreuses années de sa jeunesse à sa vieillesse et devint un prêtre fidèle.

Alias etiam virtutes in vita sua sanctissima Waldedrudis fecit, quas pereuntes a memoria oblivione depressas narrare nequivimus. Et post transitum ejus multo plures virtutes per illam Dominus operatus est, quas oculis nostris perspeximus et manus nostrae tractaverunt. Ad sepulcrum quoque ejus caeci illuminantur, claudi eriguntur, leprosi mundantur, daemones fugantur, paralytici curantur, surdis auditus restituitur, et omnis debilitas, sanitate recepta, proturbatur.

Sainte Waudru fit encore dans sa vie d'autres miracles que nous ne pouvons raconter parce qu'échappant à la mémoire, ils sont enfoncés dans l’oubli. Après sa mort, le Seigneur opéra par elle de beaucoup plus nombreux prodiges que nous avons vus de nos yeux et touchés de nos mains. Près de son tombeau, les aveugles voient la lumière, les boîteux se redressent, les lépreux sont purifiés, les démons sont mis en fuite, les paralytiques sont guéris, aux sourds l'ouïe est rendue et, une fois la santé retrouvée, toute infirmité est mise en fuite.

Obiit autera longaeva in Domino quinto iduum aprilium*. Suscepta est virgo haec sancta ab angelis, deducta cum sanctis agminibus, recepta in coelestibus habitaculis. Vivit cum Christo, gaudet cum sanctis apostolis, triumphat cum martyribub, socia confessoribus, aequa est virginibus, laetatur aeternaliter in angelorurn euria, praestante Domino nostro Jhesu Christo, cui est honor et gloria, laus et imperium per infinita seculorurn secula. Amen. * Ici un bout de phrase probablement interpolé: « tempore Dagoberti, incliti regis Francorum».

Elle mourut dans le Seigneur, le cinquième jour des Ides d'avril, à un âge avancé. Escortée de la foule des saints, cette vierge sainte fut accueillie par les Anges dans les célestes Demeures. Elle vit avec ie Christ, elle partage la joie des saints Apôtres et le triomphe des martyrs; compagne des confesseurs, elle est l'égale des vierges; elle se réjouit éternellement dans l'assemblée des Anges avec à leur tête notre Seigneur Jésus Christ à qui sont l'honneur et la gloire, la louange et le règne pour la suite infinie des siècles. Amen"



Waldetrudis (Vaudru) Apr 9
http://www.orthodoxengland.org.uk/saintsw.htm
+ c 688. Daughter of Sts Walbert and Bertilia, wife of St Vincent Madelgarus and mother of Sts Landericus, Dentelin, Madalberta and Aldetrudis. When her husband became a monk she founded a convent and became a nun. The town of Mons in Belgium grew up around the convent.
+ vers 688. Fille des saints Walbert et Bertilia, épouse de saint Vincent Madelgaire, et mère des saints Landry, Dentelin, Madalberte et Aldetrude. Lorsque son époux devint moine, elle fonda un couvent et devint moniale. La ville de Mons, en Belgique, se développa autour du couvent.

Sainte Waudru et ses 2 filles saintes Aldetrude et Madelberte, enluminure du Livre d'heures de Jean de Lannoy (ms. Wittert 14, f° 164), Hainaut, XVe s :
http://www.libnet.ulg.ac.be/enlumin/enlu204a.htm

avis perso' : la grâce des enluminures gallicanes est déjà bien loin.. 4 siècles de schisme et d'hérésie, ça se paie, même dans l'art liturgique.. Ne me croyez pas sur parole, mais comparez par exemple avec les enluminures des Évangiles Egmond, Reims, vers 850-875, c'est flagrant :
http://collecties.meermanno.nl/handschriften/showmanu?id=1173

Même chose dans l'architecture intérieure, voyez ce jubé de la collégiale Sainte-Waudru au 16ème siècle et comparez avec ce qui se construisait en Occident Orthodoxe – une comparaison pas vraiment en faveur de l'art hétérodoxe. On comprend mieux tout ce qu'on a perdu chez nous, quand on compare "avant / après"...

Jubé réalisé par Jacques Du Broeucq, Sainte-Waudru, Mons, 1535
 
 
Jacques Du Broeucq, Ecce Homo, jubé de Sainte-Waudru, marbre, vers 1546
R. Hedicke, Jacques Dubroeucq von Mons: Ein niederländischer Meister aus der Frühzeit des italienischen Einflusses (Strasbourg, 1904)
Jacques Dubroeucq de Mons, trad. Emile Dony (Brussels, 1911).

Aucun commentaire: