"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

25 avril 2008

Vexilla Regis - les Étendards du Roi (saint Venance Fortunat)


Bible du Val-de-Loire, fin 9ème-début 10ème s.
Angers, ms 24, folios 7v-8r
source & (c)









Vexilla
regis prodeunt

fulget Crucis mysterium,

quo carne carnis conditor

suspensus est patibulo.



Confixa clavis viscera

tendens manus, vestigia,

redemptionis gratia

hic immolata est hostia.



Quo vulneratus insuper

mucrone diro lanceae,

ut nos lavaret crimine,

manavit unda et sanguine.



Impleta sunt quae concinit

David fideli carmine,

dicendo nationibus:

regnavit a ligno Deus.



Arbor decora et fulgida,

ornata Regis purpura,

electa digno stipite

tam sancta membra tangere.



Beata, cuius brachiis

pretium pependit saeculi:

statera facta corporis,

praedam tulitque tartari.



Fundis aroma cortice,

vincis sapore nectare,

iucunda fructu fertili

plaudis triumpho nobili.



Salve, ara, salve, victima,

de passionis gloria,

qua vita mortem pertulit

et morte vitam reddidit.



O Crux ave, spes unica,

hoc Passionis tempore!

piis adauge gratiam,

reisque dele crimina.



Te, fons salutis Trinitas,

collaudet omnis spiritus:

quos per Crucis mysterium

salvas, fove per saecula. Amen.
Les
étendards du Roi s’avancent

et la lumière de la Croix resplendit son mystère,

En Croix, la Vie subit la mort,

et par sa mort elle redonne la vie.



Ses membres furent percés par les clous,

étendant Ses mains, Ses pieds,

pour notre Rédemption,

Il fut sacrifié comme Victime.



Achevé par la funeste

pointe de la lance

Pour nous laver du péché,

Il ruissela d’eau et de sang.



Voici que s'accompli ce qu’a chanté

David en ses vers prophétiques.

Proclamant aux nations:

c’est par le bois que Dieu règnera



Arbre splendide et étincelant,

orné de la pourpre royale,

Tronc choisi qui fus jugé digne

de toucher des membres si saints.



Arbre bienheureux dont les branches

portent le Salut des siècles:

Tu pesas le poids de ce corps

et l’Hadès dut lâcher sa proie.



Tu exhales l'arôme de ta sève,

et répands un parfum de nectar,

par ton agréable fertile Fruit

tu applaudis au noble triomphe.



Salut, Autel, salut, Victime

de la gloire de la Passion,

dont la vie a supporté la mort,

et par la mort redonne la vie.



Salut, ô Croix, seule espérance !

Offre au temps de la Passion,

Grâce abondante aux hommes fidèles,

Et rémission aux coupables.



Trinité, Toi la source du Salut,

que loue tout esprit:

qui par le mystère de la Croix triomphe,

recevra l'éternelle récompense. Amen !




En l'honneur du Vendredi Saint et de la Croix, voici cette fois en version complète, et traduction des 3 strophes absentes de toutes les traductions disponibles (j'avais publié la version partielle avec d'autres poésies de saint Venance pour sa fête en décembre).
Les strophes 7 et 8 et la doxologie finale ont été ajoutées au 10ème siècle. Le restant de cette version latine est celle de l'hymnographe et évêque Orthodoxe saint Venance Fortunat. L'hymne a été composée pour l'arrivée en France d'une relique de la sainte Croix offerte à sainte Radegonde par l'empereur Justin II de Constantinople. Elle diffère donc de la version des catholiques-romains, car en 1632, leur chef Urbain VII en a fait modifier plusieurs versets, tout en laissant le cantique sous le nom de l'auteur original (au 10ème siècle, ils ont ajouté, rien modifié, il y a plus qu'une nuance). Fréquent et classique, hélas, et c'est ainsi qu'ils sont si nombreux à croire de bonne foi que ce qu'on leur présente comme textes est bien la pensée originale des Pères de l'Église....


Crucifixion
Santa Maria Antiqua, Rome a Roma
fresque italo-byzantine, années 741-752

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