29 mai 1453: fin de l'empire Chrétien (Srdja Trifkovic & prof. Dionysios Hatzopoulos)
sourceKonstantinos XI. Palaiologos, dernier empereur byzantin, avant l'assaut du 29.5.1453
tableau de Iannis Nikou, 2003, 200 X 145 cm
(Srdja Trifkovic, ChroniclesMagazine.Org)
Le 29 mai 1453, la ville de Constantinople tomba aux mains des musulmans. Ce fut un jour noir pour toute la Chrétienté et pour toute l'humanité civilisée. Ses appels à l'aide ignorés par l'Occident, ses réserves épuisées par 6 semaines de siège, ses soldats luttant à 1 contre 15, l'empereur Constantin XI Dragas su que sa cause était sans espoir. Comme le prince Lazar, 64 ans plus tôt, au Kosovo, il choisissit le martyr.
Le 22 mai, la lune, symbole de Constantinople depuis sa fondation, se leva en une noire éclipse, accomplissant une vieille prophétie à propos de la disparition de la ville. Quatre jours plus tard, le Bosphore se couvrit d'un épais brouillard, un phénomène inconnu dans l'orient de la Méditerranée à la fin du printemps. Lorsque l'assaut final commença le 29 janvier et que les murailles de la ville furent ébranlées et percées, l'empereur se débarrassa de son manteau de pourpre et mena les derniers défenseurs pour une dernière charge dans la brèche. Les Turcs ne parvinrent jamais à identifier son corps. Le dernier empereur romain fut enterré dans une tombe commune au milieu de ses soldats.
Quand tout fut terminé, les bandes de Turcs se déchaînèrent. Le pillage et le massacre continuèrent pendant 3 jours. Le sang s'écoula en flots dans les rues, depuis les hauteurs de Petra jusqu'à la Corne d'Or. Tous les trésors du palais impérial furent vite emportés. Livres et Icônes furent brûlés sur place, une fois que leurs couvertures serties de joyaux et leurs cadres précieux eurent été arrachés. Dans le monastère du Saint-Sauveur, les envahisseurs détruisirent en premier lieu l'Icône de la Mère de Dieu, l'Hodigitria, la plus sainte de toutes les Icônes du Byzantium, peinte – d'après ce que disent certains – par saint Luc en personne. Dans son "The Fall of Constantinople", sir Steven Runciman nous raconte ce qui se passa lorsque les Turcs firent irruption dans Sainte-Sophie:
"Les fidèles étaient pris au piège. Quelques uns des vieillards et des infirmes furent tués sur place; mais la plupart d'entre eux furent enchaînés ensemble. Nombre de belles jeunes filles et dames et nombre de nobles richement vêtus furent quasiment déchiquetés, leurs ravisseurs se battant pour s'en emparer. Les prêtres continuèrent à chanter à l'Autel jusqu'à ce qu'ils soient eux aussi capturés... Les habitants furent emportés en même temps que leurs biens. Quiconque s'effondrait par faiblesse était aussitôt massacré, de même que nombre d'enfants, considérés comme sans valeur.. (la ville) était à présent à moitié en ruines, vidée et désertée, noircie par les incendies, et étrangement silencieuse. Partout où les soldats étaient passés, ce n'était que désolation. Les églises avaient été profanées et pillées; les maisons n'étaient plus habitables, et les magasins et entrepôts étaient ravagés et vidés."
On dit que le sultan Mehmed II aurait été secoué à la vue du spectacle, alors qu'il parcourut les rues en ruines, mais le même carnage et la même bestialité fut répétée, d'une manière ou d'une autre, des dizaines et des dizaines de fois au cours des siècles. Le tableau d'Eugène Delacroix représentant le "Massacre de Chios" - les familles grecques attendant la mort ou l'esclavage – est un chef d'oeuvre d'horreur, dépeignant l'extermination systématique d'une population entière d'une île de la mer Égée. Cela illustrait de manière artistique comment être Grec, Arménien, Serbe, ou n'importe quel autre Chrétien, dans l'empire Ottoman, signifiait donc vivre dans la crainte quotidienne d'être assassiné, violé, torturé, voir un de ses enfants enlevés, l'esclavage et le génocide. En effet, le dernier siècle du règne Ottoman – depuis la défaite de Napoléon jusqu'à la dissolution de l'empire Ottoman à la fin de la 1ère guerre mondiale – a témoigné d'une destruction plus complète et tragique des communautés Chrétiennes au Moyen Orient, en Asie Mineure, dans le Caucase, et dans les Balkans, que toute autre période antérieure.
source wikipediaComme l'a fait remarquer fort justement Galdstone, la tragédie des communautés Chrétiennes sous le joug Turc n'était pas "simplement une question d'islam, mais d'islam mélangé au caractère particulier d'une race." Selon lui, les Turcs "étaient, dans l'ensemble, dès les premier jour noir où ils entrèrent pour la première fois en Europe, le grand spécimen de groupe d'humains anti-humains. Partout où ils ont été, une grande flaque de sang a marqué le chemin derrière eux, et jusqu'aux confins atteints par leur pouvoir, la civilisation a disparu de la vue. Ils ont partout représenté un modèle de gouvernement par la force, en opposition avec un modèle de gouvernement par la loi."
L'empire Ottoman a rendu l'âme juste après la Grande Guerre, mais cela faisait longtemps déjà qu'il n'avait plus grand chose d'intéressant à dire, ou faire, au moins par rapport à l'énorme melting pot culturel qu'il avait hérité, et ses splendides opportunités entre Orient et Occident. Pas même l'emplacement de choix aux carrefours du monde n'a réussi à y faire surgir une créativité qui n'y était pas.
Un siècle plus tard, la République turque est un état-nation populeux, relativement prospère et sûre d'elle. La nation turque a développé une culture basée sur un mélange de nationalisme de style européen, qui est très non-ottoman, et un ethos islamique sous-jacent hérité de l'empire ottoman. Kemal Atatürk espéra imposer un concept strictement séculier de nation, mais l'islam politique s'est réaffirmé de lui-même. Les mouvements politiques musulmans populaires des 3 décennies passées ont produit une synthèse turco-musulmane dont les tenants "post-islamistes" sont fermement ancrés dans le pouvoir à Ankara. Leur succès tient au fait que la plupart des Turcs sont restés musulmans dans leurs croyances, valeurs et vision du monde. Le rêve kémaliste de sécularisme n'a jamais pénétré au delà des dirigeants de l'armée et de l'étroite strate d'élite urbaine centrée sur Istanboul, et aujourd'hui il est en perte de vitesse. L'édifice kémaliste, perché avec difficulté au sommet du volcan musulman en apparente léthargie, restera au mieux une tentative.
La ré-émergence d'un empire centré sur le Bosphore est peu probable, pour le moment, mais encore moins probable est l'intégration dans l'Union Européenne d'une Turquie démocratique, séculière et stable.
La libération d'Hagia Sophia des 4 horribles tours qui l'emprisonnent est encore moins probable, à l'heure actuelle; mais les miracles existent, et dès lors celui-ci peut arriver. En cet anniversaire mélancolique, prions qu'il advienne.
Srdja Trifkovic

Né à Belgrade le 18 juillet 1954, m. Trifkovic est un auteur Américain. Depuis 1998, il est éditeur dans le domaine des affaires étrangères, éditeur du magazine conservateur "Chronicles." Il est diplômé (PhD) en Histoire de l'université de Southampton. Il est directeur du Centre des Affaires Internationales au Rockford Institute. Trifkovic est auteur du livre à grand succès "The Sword of the prophet," un livre sur l'histoire et les doctrines de l'islam. Ancien conseiller du président Vojislav Kostunica, il est aussi expert en politique des Balkans et rédacteur régulier pour plusieurs publications conservatrices aux États Unis d'Amérique.

La Chute de Constantinople, 1453 (Odysseas Elytis)
(en cours de traduction)
La Chute de Constantinople - 29/5/1453 (prof. Dionysios Hatzopoulos)
(en cours de traduction)
L'artillerie et la chute de Constantinople (Military History Magazine)
Les canons de Constantinople
sources citation Orthodoxe
http://www.orthodoxytoday.org/articles7/CrowleyConstantinople.php
http://groups.google.com/group/alt.religion.christian.east-orthodox/msg/87985c6b45a9bd80
source originale
http://www.historynet.com/the-guns-of-constantinople.htm
(en cours de traduction)
Libellés : constantinople, empire, guerre, histoire






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