"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

03 mai 2008

saint Ahmed le Calligraphe


"La plus grande de toutes les choses c'est la Foi en Jésus."
Criant cela, Ô Ahmed, tu reçus une grande couronne.



Ahmed, le saint néo-martyr, était de Constantinople, ayant été élevé dans l'impiété des infidèles musulmans par ses parents. Son métier était scribe aux Grandes Archives. En accord avec la loi des Ottomans, vu qu'il n'était pas marié, à sa place, il eut une esclave, une femme de Russie. Il avait encore une autre esclave, une vieille Russe. Elles étaient toutes les deux très pieuses (1).
C'est ainsi que les jours de fêtes, cette vieille femme allait à l'église des Chrétiens, et y prenant de l'antidoron (2), elle en donnait aussi à la jeune femme, qui en mangeait. La vieille femme lui rapportait aussi de l'eau bénite, qu'elle buvait. A chaque fois que cela avait lieu et qu'Ahmed était proche d'elle, il percevait un merveilleux parfum s'exhalant de sa bouche. Aussi donc lui demanda-t'il un jour ce qu'elle mangeait, et qui donnait un parfum si délicat à sa bouche. Mais elle, ne sachant que répondre, lui dit qu'elle ne mangeait rien de particulier. Cependant, il insista afin de le savoir. Alors elle lui expliqua qu'elle ne mangeait rien de spécial, si ce n'est les pains bénis par les prêtres, que la vieille femme lui ramenait à chaque fois qu'elle allait à l'église des Chrétiens. Entendant cela, Ahmed se sentit prit d'une forte envie d'aller voir la manière dont les Chrétiens recevaient le pain, de même que le déroulement des choses dans leur église. Il convoqua ainsi un prêtre de la Grande Église (3) et lui demanda de lui préparer un lieu caché où il puisse se trouver lorsque le patriarche célébrerait la Divine Liturgie. Lorsque le jour prévu arriva, il s'habilla comme les Chrétiens le font (4) et partit pour l'église du patriarcat des Chrétiens, et il y assista à la Divine Liturgie.
Mais voilà, le Maître de tous, Qui connaît les secrets de l'âme de l'homme, ajouta un second miracle au premier, et amena ainsi Ahmed à la connaissance de la vérité. C'est ainsi qu'alors qu'il était dans l'église, il assista au miracle du patriarche irradiant de lumière et élevé au dessus du sol, pendant qu'il sortait du Sanctuaire à travers les Portes Royales, afin de bénir le peuple. Alors qu'il bénissait, des rayons de lumière sortirent de ses doigts; mais bien que les rayons se posaient sur les têtes de tous les Chrétiens, aucun de se posa sur la tête d'Ahmed. Ayant assisté ainsi à 2 ou 3 reprises, Ahmed vit à chaque fois la même chose. Dès lors, le bienheureux crû sans la moindre hésitation et partit retrouver le prêtre, qui lui donna la régénération à travers le saint Baptême,et ainsi donc, il vécu secrètement en Chrétien pendant un bon bout de temps (5).
Un jour, Ahmed et certains hauts responsables s'étaient réunis, ils mangèrent ensemble, et ensuite, ils discutèrent tout en fumant le narguilé (6), comme les musulmans en ont l'habitude. Et dans le cours de la conversation, ils en vinrent à discuter de ce que pourrait être la plus grande chose au monde, et chacun donna son opinion. Pour le premier, c'était pour un homme d'avoir la sagesse. Pour le second, c'était la femme qui était la plus grande chose au monde. Et le 3ème déclara que la plus grande chose, et de loin la meilleure, c'était du pilaf au yogourt, car n'était-ce pas la nourriture que les justes devaient recevoir au paradis? Et ensuite, ce fut au tour d'Ahmed de s'exprimer. Ils se tournèrent tous vers lui, et lui demandèrent son opinion sur le sujet. Alors Ahmed, remplit d'un saint zèle, s'écria du plus fort qu'il pouvait que la plus grande de toutes les choses, c'était la Foi des Chrétiens. Et ayant confessé qu'il était Chrétien, il dénonça courageusement les erreurs et tromperies des musulmans. Entendant cela, au départ, les musulmans furent ébahis. Puis, bouillant d'une rages incroyable, ils se jetèrent sur le saint martyr et le traînèrent jusqu'au juge, afin que ce dernier puisse le condamner à mort. C'est ainsi qu'il reçut la couronne du martyre, ayant été décapité sur ordre du dirigeant le 3ème jour de mai, en l'an 1682, sur la place appelée Kayambane Bahche. Telle fut la bienheureuse fin du saint néo-martyr, à travers les saintes prières duquel puissions-nous être trouvés dignes du Royaume de Dieu. Amen.
NOTES
1) Concernant la condition spirituelle des femmes esclaves qui étaient utilisées comme concubines par leurs maîtres, saint Basile le Grand écrit dans son Canon 49 : "Une esclave violée par son propre maître est libre de toute responsabilité," et dans son 2ème Canon, saint Grégoire le Thaumaturge dit : "Si, cependant, il se trouve qu'une d'entre elles a mené une vie de la plus parfaite sobriété, et que dans sa vie d'avant elle était pure et au dessus de tout soupçon, mais qu'à présent elle est tombée parce qu'on lui a fait violence, et qu'elle est victime d'impiété, nous avons l'exemple cité dans le Deutéronome.. 'A la jeune fille, il ne sera rien fait; il n'y a en la jeune fille nul péché méritant la mort'."
2) Pain bénit (mais non consacré) à la Divine Liturgie
3) Anciennement Sainte-Sophie, mais depuis l'invasion des musulmans, l'église du patriarche
4) Durant le joug des musulmans, le bétail ou peuple raya, comme on appelait les Chrétiens, était soumis à nombre d'humiliations, afin de les forcer à devenir musulmans. A cette fin, diverses étapes étaient instaurées, telles que : confiscation des églises de taille, toutes les églises Chrétiennes ayant à être construites à un niveau inférieur que la rue, sans autoriser qu'elles portent une croix visible; lourdes taxes pour tous les Chrétiens; enlèvement forcé d'enfants mâles afin de les former à entrer dans le si haïssable corps des Janissaires; enlèvement de jeunes filles Chrétiennes pour les harems royaux et locaux; et forcer les Chrétiens à porter des vêtements laids et ternes, alors que les musulmans portaient des vêtements riches et précieux, cherchant à montrer de la sorte que, par contraste avec la Foi Chrétienne, la croyance des musulmans était "lumineuse" et "radieuse." Pour toutes ces vexations et oppressions, petites et grandes, nombre de Chrétiens rendirent grâce à Dieu, accueillant cette opportunité de témoigner de leur Foi. D'un autre côté, ceux qui étaient faibles dans la Foi permirent à ces humiliations de les vaincre, et dès lors, des milliers se soumirent à la croyance noire des musulmans suite à ces tactiques.
5) C'était une pratique habituelle pour ceux qui voulaient rester Chrétiens, ou qui étaient convertis de l'islam. Les Chrétiens d'Asie Mineure avaient officiellement tous disparus, la plupart devenant des crypto-Chrétiens. Ainsi, en apparence, leurs noms, langue, coutumes, religion, etc, tout était Turc. Cependant, secrètement, ils continuaient à être Chrétiens. S'il était découvert qu'un ancien musulman était devenu Chrétien, il était aussitôt condamné à mort – selon les principes universels de cette religion d'amour et de fraternité qu'est l'islam. C'est pour cette raison d'ailleurs que nous ne connaissons pas le nom que saint Ahmed avait reçu à son Baptême.
6) Une pipe à eau, pour fumer le tabac, utilisée au Moyen Orient


"Witnesses for Christ: Orthodox Christian Neomartyrs of the Ottoman Period"
- par Nomikos Michael Vaporis
Saint Vladimir Seminary Press>








Ahmed le Calligraphe était un fonctionnaire aisé, d'âge mûr, de l'empire Ottoman, au 17ème siècle. Il se convertit au Christianisme et fut martyrisé le 3 mai 1682. Il est donc commémoré comme martyr ce jour.

Vie
Ahmed vécu à Constantinople pendant les années 1600 et fut fonctionnaire du gouvernement Turc Ottoman avant sa conversion.
Ahmed avait une concubine Russe qu'il autorisait à aller aux églises grecques Orthodoxes à Constantinople. Le temps passant, Ahmed commença à remarquer que lorsque sa concubine Russe revenait de l'église, elle était plus douce et aimante qu'elle ne l'était avant. Intrigué par cela, Ahmed obtint la permission d'assister à la célébration de la Divine Liturgie par le patriarche Grec. Vu son statut et identité, on n'osa pas le lui refuser, et il reçut une place spéciale lorsqu'il assista. Pendant la Divine Liturgie, Ahmed vit que lorsque le patriarche bénissait les fidèles avec ses trikiri et dikiri (chandeliers à 3 et 2 cierges entremêlés), ses doigts "rayonnaient" la lumière vers les têtes des fidèles Chrétiens, mais pas vers la sienne. Bouleversé par ce miracle, Ahmed demanda et reçut le saint Baptême.
Par la suite, Ahmed mena secrètement une vie Chrétienne (étant en cela justifié par 2 Rois 5,17-19 et Jean 3). Nous ne savons pas ce qui se passa pendant la période après son Baptême, mais il n'est pas improbable que l'amour d'Ahmed pour la concubine qui l'avait amené indirectement à la Foi Orthodoxe s'accrût. Il est aussi probable que le futur martyr rencontra un père spirituel, afin d'en apprendre plus sur la Foi qu'il avait adoptée, et sur le Seigneur qu'il servait à présent.
Quoiqu'il ait pu se passer pendant cette période, un jour, un groupe de responsables officiels, débattant, demandèrent à Ahmed son opinion sur leur échange, suite à quoi il leur répondit : "La Foi Chrétienne est la meilleure." (sans aucun doute, leur discussion devait aussi porter sur la question de la supériorité de la religion de l'islam contre la sainte Orthodoxie).
"Es-tu Chrétien?" demanda un responsable au saint.
"Oui, je suis Chrétien," répondit le saint, fermement, clairement, souriant à celui qui lui avait posé la question. Ahmed fut soumis à nombre de tortures de la part de ses compatriotes d'autrefois, et fut martyrisé le 3 mai 1682.
Source : Yurij Maximov, "Svjatye Pravoslavnoj Tcerkvi, obrativshiesja iz islama." Moscow, 2002

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