Saint Alexis Toth, Confesseur, défenseur de l'Orthodoxie en Amérique du Nord (+ 1909)

Notre saint père Alexis, défenseur de la Foi Orthodoxe et zélé ouvrier du Vignoble du Seigneur, naquit en Autriche-Hongrie le 18 Mars 1854, dans une pauvre famille Carpatho-Russe. Comme beaucoup d'autres dans l'empire Austro-Hongrois, les Toths étaient de rite Catholique Oriental. Le père d'Alexis et son frère étaient prêtres, et son oncle était évêque dans l'église Uniate. Il reçut une excellente éducation et apprit plusieurs langues (carpatho-russe, hongrois, russe, allemand, latin, et la lecture du grec). Il épousa Rosalie Mihalich, la fille d'un prêtre, et fut ordonné le 18 Avril 1878 pour servir comme second prêtre dans une paroisse Uniate. Son épouse mourût peu après, suivie par leur unique enfant - pertes que le saint endura avec la patience de Job.
En Mai 1879, le père Alexis fut désigné comme secrétaire de l'évêque de Presov et administrateur de l'Administration diocésaine. Il reçut aussi la charge de directeur d'un orphelinat. Au séminaire de Presov, père Toth apprit l'Histoire de l'Église et le Droit Canon, ce qui lui servira beaucoup dans sa vie future en Amérique. Saint Alexis ne resta pas longtemps comme professeur ou administrateur, le Seigneur ayant d'autres projets pour lui ailleurs. En Octobre 1889, il fut désigné pour servir de pasteur d'une paroisse Uniate à Minneapolis, Minnesota. Tel un nouvel Abraham, il quitta son pays et sa parenté pour accomplir la volonté de Dieu (Gen 12:1).
Dès son arrivée en Amérique, le père Alexis se présenta de lui-même à l'autorité diocésaine catholique-romaine locale, l'archevêque John Ireland, vu qu'il n'y avait pas d'évêque Uniate en Amérique à cette époque. L'archevêque Ireland faisait partie de ces catholiques-romains américains qui voulaient "l'américanisation" de tous les catholiques-romains. Sa vision du futur était fondée sur une croyance et des coutumes communes, et l'utilisation de la langue anglaise pour tout sauf les célébrations liturgiques. Naturellement, les paroisses "ethniques" et le clergé de rite non-romain ne rentrait pas dans sa vision. Dès lors, quand le père Toth vint lui présenter ses lettres de créance, l'archevêque Ireland le reçut froidement. Il refusa de le reconnaître comme un prêtre catholique-romain légitime, voire même de lui permettre de servir dans son diocèse.
Comme historien et professeur de Droit Canon, le père Toth connaissait ses droits liés à l'Uniatisme, et n'était pas prêt à accepter l'injuste décision de l'archevêque Ireland. En Octobre 1890, 8 des 10 prêtres Uniates en Amérique se réunirent à Wilkes-Barre, Pennsylvanie, sous la présidence du père Toth. A cette époque, les évêques américains avaient écrit au Vatican (Rome) pour demander de rappeler en Europe tous les prêtres Uniates d'Amérique, craignant que les prêtres Uniates et leurs paroisses puissent freiner l'assimilation des immigrants dans la culture américaine. Les évêques Uniates en Europe refusèrent de donner suite aux demandes d'aide des prêtres.
L'archevêque Ireland envoya une lettre à ses paroisses, ordonnant à leurs membres de ne pas fréquenter la paroisse du père Toth, ni d'accepter le moindre service ministériel de sa part. S'attendant à une déportation imminente, le père Toth expliqua la situation à ses paroissiens et leur suggéra qu'il serait peut-être mieux pour tous qu'il parte et retourne en Europe.
"Non", dirent-ils. "Allons voir l'évêque Russe. Pourquoi devrions-nous toujours nous soumettre à des étrangers?" Il fut décidé d'écrire au consul Russe à San Francisco pour lui demander le nom et l'adresse de l'évêque Russe. Ivan Mlinar partit pour San Francisco afin d'établir un premier contact avec l'évêque Vladimir; puis, en février 1891, le père Toth et
son sacristain, Paul Podany, effectuèrent à leur tour le voyage. Ensuite, l'évêque Vladimir vint à Minneapolis et le 25 Mars 1891, il reçut le père Toth et 361 paroissiens dans l'Église Orthodoxe, celle de leurs ancêtres. Les paroissiens considérèrent cet événement comme un nouveau "Triomphe de l'Orthodoxie", s'exclamant avec joie : "Gloire à Dieu pour Sa grande Miséricorde!"
Cette initiative venait des fidèles eux-mêmes, elle ne fut donc pas le résultat de pressions extérieures. L'Église Orthodoxe de Russie ignorait en fait la présence de ces immigrants slaves Uniates en Amérique, mais répondit positivement à leur demande de réintégration dans l'Église Orthodoxe.
L'exemple de saint Alexis et de sa paroisse revenant à l'Orthodoxie fut un encouragement pour des centaines d'autres Uniates. Notre saint fut comme une bougie sur un chandelier, illuminant les autres (Mt 5,15), et son troupeau comme le levain dans la pâte qui fait lever tout l'ensemble (Mt 13,33). Par ses intrépides prédications, il arracha les mauvaises racines qui auraient pu lever et contaminer la vraie doctrine, et expliqua les erreurs dans les enseignements qui les avaient égarés. Bien qu'il n'hésitait pas à montrer les erreurs doctrinales des autres confessions chrétiennes, il fut toujours fort prudent, voulant préserver ses fidèles de l'intolérance. Ses écrits et ses sermons sont remplis d'admonitions à respecter les autres personnes et d'éviter d'attaquer leur religion.

Bien qu'il soit exact qu'il ai parfois utilisé un langage ferme, en particulier dans sa correspondance privée avec l'administration de l'Église, il faut se rappeler que cela se faisait dans le cadre de la défense de l'Église Orthodoxe et de la Mission américaine, contre des accusations mensongères proférées par des gens utilisant par ailleurs un vocabulaire bien plus agressif que le père Toth. Ses opposants peuvent être caractérisés par l'intolérance, un comportement agressif, des méthodes amorales et des menaces contre lui et ses paroissiens. Pourtant, quand le père Alexis était offensé ou trompé par autrui, il pardonnait, et il demandait à son évêque de lui pardonner ses omissions et erreurs.
Au milieu des grands écueils, ce héraut de la divine théologie et de la juste doctrine se répandait en une source inextinguible d'écrits Orthodoxes en faveur des nouveaux convertis, dans lesquels il expliquait comment vivre d'une manière Orthodoxe. Par exemple, son article "Comment devrions-nous vivre en Amérique" insiste sur l'importance de l'éducation, de la propreté, de la sobriété, et de la présence des enfants à l'église les Dimanche et Jours de Fêtes.
Bien que la réception de la paroisse de Minneapollis dans l'Église Orthodoxe date de mars 1891, il fallu attendre juillet 1892 avant que le Saint-Synode de Russie reconnaisse et accepte la paroisse dans le Diocèse d'Alaska et des Aléoutiennes. La décision ne parvint en Amérique qu'en Octobre 1892. Pendant ce temps, il régnait un climat d'hostilité religieuse et ethnique envers les nouveaux convertis. Le père Alexis fut accusé d'avoir vendu ses propres concitoyens Carpatho-Russes et sa religion aux "Moscovites" par intérêt financier.
En vérité, il ne reçut pas le moindre soutien financier durant une longue période, et sa paroisse était très pauvre. Avant que son salaire de prêtre n'arrive de Russie, notre juste dût travailler dans une boulangerie pour assurer sa subsistance. Et bien que ses revenus soient maigres, il ne négligea jamais de faire l'aumône aux pauvres et aux nécessiteux. Il partageait son argent avec d'autres clercs qui étaient dans un état pire que le sien, et contribua à la construction d'églises et à l'éducation des séminaristes à Minneapolis. Il ne s'inquiéta jamais pour sa vie (Mt 6,25), à propos de ce qu'il aurait à boire ou à manger ou à s'habiller. S'abandonnant en confiance à Dieu pour prendre soin de lui, saint Alexis suivit la recommandation de notre Sauveur de "chercher d'abord le Royaume de Dieu et Sa justice, et le restant sera donné par surcroît" (Mt 6,33). Alors il supportait tribulations, calomnies, et les attaques physiques avec patience et joie spirituelle, se rappelant que "la piété est plus forte que tout" (Sagesse de Salomon 10,12)
Les évêques Vladimir, Nicolas, saint Tikhon et Platon reconnurent les dons particuliers du père Toth, et de ce fait l'envoyèrent souvent prêcher et enseigner où il y avait des gens d'origine Slave. Bien qu'il fut conscient de ses limitations et insuffisances, il obéit aux instructions des évêques. Il n'hésita pas ni ne chercha de prétextes, mais remplit immédiatement ses missions. Saint Alexis visita nombre de paroisses Uniates, expliquant les différences entre l'Orthodoxie, le protestantisme, le catholicisme-romain et l'Uniatisme, insistant sur la juste voie du Salut dans l'Orthodoxie.
Comme Josiah, "il se comporta honnêtement dans la conversion de son peuple" (Sir 49,2). Il fut l'instrument dans la création ou du retour de 17 paroisses, plantant la Vigne du Christ en Amérique, et en augmentant considérablement la récolte des fruits. En 1909, année de son bienheureux repos, plusieurs milliers d'Uniates Carpatho-Russes et de Galicie étaient revenus à l'Orthodoxie. Ce fut un événement majeur dans l'histoire de la Mission en Amérique du Nord, et cela détermina le futur de l'Orthodoxie dans ce pays pour de nombreuses générations postérieures. Toute future croissance ou succès peut être vraiment regardé comme le résultat des travaux apostoliques du père Toth.

Qui pourra parler des combats spirituels du saint? Qui peut parler de la prière qui sourdait de sa pieuse âme et montait vers Dieu? Il ne donnait pas de démonstration publique de sa piété, mais priait Dieu en secret, avec modestie, avec contrition et dans les larmes. Dieu, Qui voit tout ce qui est fait dans le secret, le récompensa publiquement (Mt 6,6). Il est tout simplement inconcevable que saint Alexis ait pu accomplir tout ce labeur apostolique sans que Dieu ne l'y ai bénit et renforcé pour aboutir. L'Église continue encore de nos jours à récolter les fruits mûrs de ses enseignements et prédications.
Les efforts du père Toth ne restèrent pas sans reconnaissance durant sa vie terrestre. Il reçut une mitre garnie de joaillerie de la part du Saint-Synode, de même qu'il fut décoré de l'Ordre de Saint Vladimir et de l'Ordre de Sainte Anne par le Tsar saint Nicolas II pour services remarquables et dévotion à Dieu et à la patrie. En 1907, on le prit même en considération comme candidat à l'épiscopat. Il déclina cependant cet honneur, faisant humblement remarquer que la responsabilité devrait être donnée à un homme plus jeune et en meilleure santé.
Fin 1908, la santé de saint Alexis commença à péricliter, séquelle de ses maladies. Il partit pour le bord de mer dans le sud du New Jersey afin de retrouver un peu de santé, mais dût bientôt retourner à Wilkes-Barre, où il dût rester alité 2 mois durant. Le juste se reposa dans le Seigneur le vendredi 7 mai 1909 (24 avril dans l'ancien calendrier julien), en la fête des saints Sabbas et Alexis l'ermite des Cavernes de Kiev. L'amour de Saint Alexis et son souci pour ses enfants spirituels ne cessa pas à sa mort. Avant de clore la relation de sa vie, il serait approprié d'en rapporter au moins un exemple de son intercession du Ciel :
En Janvier 1993, un homme pria saint Alexis de l'aider à obtenir des nouvelles de son fils dont il était séparé depuis 28 ans. Plaçant sa confiance dans la hardiesse du saint face à Dieu, il attendit la réponse à sa prière. Le lendemain, le fils de l'homme lui téléphonait. Il semblerait que le jeune homme soit entré dans une église, et là il ressentit un soudain et irrésistible désir de rentrer en contact avec son père. Il avait pourtant été emmené dans un autre État par sa mère, et elle lui avait fait changer de nom alors qu'il était encore enfant. C'est pour cela que le père était incapable de le localiser. Ayant appris de sa mère que son père était un Chrétien Orthodoxe, il parvint à obtenir son numéro de téléphone par un prêtre Orthodoxe, numéro dans un ville lointaine. Suite à cet appel téléphonique, le jeune homme visita son père, qui se réjouit de le voir être devenu un homme. Le père remercia Dieu et saint Alexis pour l'avoir réunit à son fils.
Saint Alexis fut un vrai homme de Dieu qui guida nombre d'immigrants Carpatho-Russes et Galiciens à travers l'obscure confusion du défi religieux dans le Nouveau Monde et les ramena dans l'unité de l'Église par ses paroles remplies de grâce et son saint exemple. Dans son testament, comme dernière volonté, saint Alexis recommanda son âme à la Miséricorde de Dieu, demandant le pardon de tous et pardonnant à tous. Ses saintes reliques reposent à présent au monastère Saint-Tikhon à South Canaan, Pennsylvanie, où les fidèles peuvent venir les vénérer et implorer l'intercession de saint Alexis en leur faveur.

Tropaire de saint Alexis Toth ton 4
Ô saint père Alexis,
notre intercesseur et notre maître,
ornement divin de l'Église du Christ,
prie le Maître de l'univers
d'affermir la Foi Orthodoxe en Amérique,
d'accorder la paix au monde,
et à nos âmes, la grande miséricorde.
Kondakion de saint Alexis Toth ton 5
Fidèles, louons le prêtre Alexis,
luminaire de l'Orthodoxie en Amérique,
modèle de patience et d'humilité.
Pasteur digne du troupeau du Christ,
il rappela les brebis qui s'étaient égarées
et par sa prédication les amena
au Royaume céleste.

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Libellés : doctrine, droit Canon, uniates, unité de l'Église, vérité, États-Unis d'Amérique, évangélisation






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