"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

05 mai 2008

Saint Hilaire d'Arles, un "Belge" comme métropolitain des Gaules

Saint Hilaire écrivant
(mitre et vêtements et tonsures anachroniques.. comme toutes les enluminures d'après le Schisme)
Avignon - BM - ms. 6733, folio 030, vers 1380

Le 5 mai, mémoire de notre père, saint Hilaire, évêque métropolitain d'Arles
D'après la "Vitae Honorati et Hilarii" et les traditions.

Saint Hilaire est né au commencement du 5ème siècle. Si on ne connaît plus son lieu de naissance exact - comme pour la plupart des gens de son époque d'ailleurs, célèbres ou non - il semble cependant que ce fut dans le même pays que saint Honorat son prédécesseur, à savoir dans l'ancienne Gaule Belgique, aux confins de la Lorraine et de la Bourgogne. Sa famille était illustre par la condition sociale, mais il en fut peut-être le plus grand ornement par la condition spirituelle. Il reçut une éducation conforme à son milieu, étudiant les arts libéraux les belles lettres. Il acquit une parfaite connaissance des pensées et écrits des philosophes antiques. Doué de vivacité d'esprit, il en développa une belle éloquence.
A l'issue de ses études, saint Hilaire fut chargé d'un poste important dans l'administration impériale. Tous ces avantages soutenus par les grandes espérances que peuvent donner la noblesse et les richesses, tenaient Hilaire attaché aux illusions de ce monde, et le mettaient en danger d'y faire naufrage. Le brillant magistrat restait sourd aux exhortations de son parent, saint Honorat (16 janv.), qui était revenu de Lérins pour tenter de l'en faire sortir.
Saint Honorat rentra au monastère, pria avec ardeur, et Hilaire rompit heureusement ses liens. Il se tourna vers Dieu, distribua ses biens aux pauvres, et partit rejoindre Honorat au désert de Lérins, dont il était déjà abbé.
C'est Hilaire lui-même qui rapporte que ce ne furent pas les discours de saint Honorat mais ses prières qui lui firent changer de vie. Un grand miracle. Sous cet habile maître, Hilaire fit en peu de temps de grands progrès dans la vertu.

Peu de temps après, en 426, saint Honorat fut élevé sur le siège épiscopal de la ville d'Arles. Hilaire le suivit pour l'assister dans ses tâches pastorales; mais l'amour de la solitude l'emportant, il retourna rapidement dans l'île monastique. Il répondit toutefois à l'invitation d'Honorat pour l'assister dans ses derniers moments. Le saint pontife mourut au bout d'à peine plus de 2 ans d'épiscopat, le 16 janvier 429. Dès le décès, Hilaire reprit aussitôt le chemin de Lérins et de son monastère, de crainte d'être élu pour succéder à Honorat. Mais il fut arrêté par le gouverneur Castus et ramené de force en ville, où le clergé et le peuple procédèrent dans un grand élan d'enthousiasme à son élection. Comme Hilaire protestait en disant qu'il ne se soumettrait que si Dieu lui montrait de manière évidente que telle était Sa volonté, une colombe blanche comme neige vint se poser sur sa tête.. et elle ne s'envola qu'après qu'il eut accepté l'élection.
Agé de 29 ans à peine, âge théoriquement non-canonique pour l'épiscopat, il se retrouva ainsi à la tête de l'Église locale la plus considérable des Gaules. Dès son entrée dans l'épiscopat il prit pour modèle de sa conduite celle de saint Honorat son maître, qui avait pris tant de soin de se former en lui un digne successeur; et la suite fit voir qu'il reproduit parfaitement cet excellent modèle. Malgré sa jeunesse, il fit ainsi preuve de la sagesse d'un vieillard et d'une tendresse paternelle pour tous, spécialement envers les pauvres.

Ses activités pastorales ne lui faisaient cependant relâcher en rien son ascèse monastique. Le premier acte de son épiscopat avait été de réunir le clergé de sa cathédrale pour le faire vivre en communauté, comme au monastère. Quant à lui, il restait aussi pauvre qu'auparavant, était vêtu en toutes circonstances d'une seule tunique, sous laquelle il cachait un cilice, il marchait nu-pieds, même en hiver, et couchait sur la dure, travaillait de ses mains en récitant des Psaumes et gardait sans cesse son esprit en présence de Dieu.

Il brilla dans l'Église par l'éclat de toutes les vertus, par un feu divin que la Foi avait allumé dans son âme, par une éloquence toute céleste, et par une vigilance infatigable pour faire observer la Loi du Seigneur. Il sut unir, tel un autre Saint Ambroise, la fermeté avec l'humilité, mais une fermeté sans arrogance, et une humilité sans bassesse. On voit dans sa vie de quelle manière il traita un préfet du Prétoire qui n'observait pas la justice dans ses jugements.
Son éducation littéraire et philosophique l'amena à briller particulièrement par son talent oratoire, que venaient confirmer de nombreux miracles. Il savait s'adresser aussi bien aux grands de ce monde qu'aux gens du peuple, et il prêchait la vérité évangélique sans la dénaturer et sans craindre les puissants, n'hésitant pas à les reprendre directement en public.
"Toi l'épicière, tu fausse tes balances... Toi le juge, ton jugement dépend des poulardes qu'on te donne.." lança-t'il un jour de l'ambon... Les saints Pères de l'Église n'avaient pas la langue dans la poche..

Il se montrait cependant d'une tendresse de père spirituel à l'égard des pécheurs, et suscitait par ses propres larmes celles des pénitents. Son grand principe était de tout rapporter à Dieu et d'examiner en tout temps l'état de son âme, comme si elle était prête à être examinée par le Juge Suprême. Il savait transmettre à son auditoire cet état de vigilance spirituelle et on ne pouvait l'entendre, ni même le regarder, sans avoir le coeur brisé de componction. A la suite de ses homélies, nombreux décidaient de ne plus vivre que pour le Ciel.
Les jours de jeûne, il entretenait le peuple par ses discours depuis midi jusqu'à 16 h, sans se lasser, et sans lasser ceux qui étaient plus affamés de la Parole de Dieu. Assurément, il avait pour la prédication un don et une grâce particulière. Il adaptait son style et son langage à l'auditoire – paysan ou lettré, simple ou noble.

A la prédication de la Parole de Dieu, il joignait la lecture et la lectio divina - méditation priante des saintes Écritures -, la prière, le travail manuel, surtout l'agriculture; et le tout en menant une vie d'une très rude ascèse. Quelquefois il s'occupait à 3 choses en même temps; il lisait, il dictait, et travaillait à quelque petit ouvrage des mains tout à la fois. On faisait toujours la lecture à sa table; et son exemple, tout monastique, en introduisit la coutume chez les évêques de diverses villes. Ce fut par ces moyens qu'il acquit cette connaissance des Écritures que Gennade relève en lui avec éloge.
Un évêque si instruit des devoirs d'un Pasteur, et si appliqué aux besoins de son peuple, ne pouvait négliger le soin des pauvres et des affligés. C'était pour secourir les uns qu'il voulait travailler des mains, et pour soulager les autres dans leur captivité qu'il vendit jusqu'aux vases sacrés des églises, afin de racheter des captifs tombés aux mains des tribus germaniques qui avaient envahi les Gaules. Générosité qui rend en cela saint Hilaire comparable à saint Ambroise de Milan, à saint Augustin d'Hippone, ou à saint Exupère de Toulouse, qui avaient fait la même chose avant lui en de semblables occasions. Il plût à Dieu de glorifier par le don des miracles une vertu si éminente. Dès l'entrée de son épiscopat, Hilaire trouva moyen de faire fleurir au milieu de la ville les vertus et la discipline des déserts.

C'est probablement lui qui tint le premier rang au grand Concile des Gaules assemblé en l'année 429, Concile qui délégua saints Germain d'Auxerre (31 juil.) et Loup de Troyes en Grande Bretagne, afin d'aller en extirper l'hérésie des Pélagiens. 11 ans après, Hilaire présida au Concile assemblé à Riez le 29 Novembre 439, pour remédier au désordre de l'Église d'Embrun, et en 441 au premier Concile qui se tint à Orange, et dans lequel on régla beaucoup de choses importantes pour la discipline. On présume qu'il se trouva aussi à la tête de celui de Vaison en l'année 442. Si le 3ème Concile d'Arles, qui prend le titre de grand Concile, se tint en 443, il est évident que saint Hilaire présidât, étant assemblé dans sa ville archiépiscopale. Dans tous ces Conciles, il fit rétablir la discipline ecclésiastique, et fit régner la paix et la charité dans tout le sud de la Gaule. Il fonda des Églises locales. Il fonda aussi des monastères qui suivaient la tradition de Lérins

En 444, Hilaire étant allé voir son ami intime saint Germain d'Auxerre, ce qu'il faisait assez souvent, on lui apporta de grandes plaintes contre Quelidoine (ou Chélidoine), évêque de Besançon – c'était bien son rôle, comme principal métropolite des Gaules, que de recevoir et d'instruire de telles plaintes. Depuis 401 et le Concile de Turin, Arles était en effet métropole principale. Cependant, la manière dont le redécoupage des provinces ecclésiastiques avait été réalisé à Rome posait des problèmes à répétition. Le plus grave allait avoir lieu avec cette affaire-ci. Hilaire convoqua donc un Concile de plusieurs évêques, et à Besançon même comme l'on croit. L'affaire y ayant été examinée avec tout le soin et toute la prudence possible, Quelidoine y fut déposé de l'épiscopat : déposition qui coûta bien des peines et des fatigues à saint Hilaire. Car Quelidoine n'accepta pas le jugement du Concile. Les Conciles généraux avaient prévu que l'Église de Rome soit siège d'appel pour les affaires de ce niveau. Quelidoine s'adressa donc à Rome, qui décida de casser la décision du Concile, mais en faisant retomber sur Hilaire la responsabilité de l'affaire. Alors saint Hilaire, suivant l'ardeur de son zèle et de sa Foi, crut bon d'aller à son tour à Rome. Il en fit le voyage à pied au milieu de la plus grande rigueur de l'hiver. Mais outre cette fatigue, il eut la douleur d'y trouver le pape saint Léon le grand étrangement remonté contre lui, et de s'y voir maltraité, ses raisons méprisées, le jugement rendu contre Quelidoine déclaré nul, et cet évêque déposé, rétabli dans l'épiscopat...
L'auteur de la vie de notre saint n'osant se prononcer sur la conduite de ces 2 grands hommes, se contente de dire qu'Hilaire s'opposa seul à ce grand nombre d'adversaires; qu'il ne se laissa pas ébranler par leurs menaces; qu'il instruisit de la vérité ceux qui voulurent l'apprendre, qu'il vainquit ceux qui osèrent entrer en dispute, qu'il ne céda pas aux puissants – car la politique n'était pas étrangère aux faits - ; qu'il aima mieux s'exposer au danger de perdre la vie, que d'admettre à sa communion celui que le Concile avait déposé légitimement; qu'enfin il crut devoir quitter, malgré la continuation de l'hiver, ceux qu'il n'avait pu fléchir par ses raisons.

La contestation n'en demeura pas là. Au cours des Conciles qu'il avait présidés comme évêque et métropolitain, saint Hilaire avait fait redresser la discipline qui était défaillante chez divers prélats de sa juridiction. Parmi eux, certains ne restèrent pas pénitents bien longtemps et profitèrent de la situation pour se venger de la manière la plus basse, par le mensonge et la diffamation. Ils adressèrent des courriers en ce sens à saint Léon, qui en laisse connaître certaines accusations dans sa lettre à l'Église des Gaules : "une troupe de soldats, nous a-t-on appris, suit Hilaire à travers les provinces et se met à sa disposition pour attaquer dans la confusion les églises que leurs propres évêques ont perdues."
Il y avait donc accusation de remplacer le pouvoir civil, ridicule quand on connaît le fonctionnement de l'empire dans la région à l'époque – la Provence était encore bien contrôlée – mais terriblement efficace pour déclencher les représailles contre Hilaire. Car Léon ne pouvait pas prendre de risque de laisser passer ça, car à Rome, tout allait mal, et l'empereur n'était pas un pieux sujet, il n'aurait pas laissé passer sans réagir à sa manière une atteinte à son autorité. Et dans un empire s'effondrant de partout, la moindre occasion de faire preuve d'autorité n'allait pas être manquée...
Aussi Léon transmet l'affaire à l'évêque Projecte (un autre que l'homonyme évêque de Die). Malgré que plusieurs autres défendaient Hilaire, saint Léon suivit les diffamateurs. Il le déclara séparé de la communion, lui ôta la juridiction non seulement sur les autres provinces, mais sur la Viennoise même, et lui défendit d'ordonner aucun évêque, et de même participer à aucune ordination. Le pape de Rome alla encore plus loin : il s'adressa à l'empereur Valentinien III, et en obtint un rescrit tristement célèbre contre saint Hilaire, qui y est présenté comme un homme rebelle à l'autorité du patriarche de Rome – qui avait en effet autorité sur la Provence, seule partie des Gaules concernée - , et au pouvoir de l'empereur. Ce rescrit est du 6 Juin 445.
Cependant, saint Hilaire, toujours égal à lui-même, sans se laisser troubler ni emporter par le chagrin, ni à la joie qu'inspire la défense d'une juste cause, toujours ferme et constant mais aussi toujours humble, n'omit rien pour apaiser saint Léon. Il lui fit même toutes les soumissions et toutes les avances que son humilité lui fit juger légitimes. Mais afin que le public pût se mettre au fait d'une affaire si éclatante, il publia divers écrits pour la défense de sa cause. Ce furent là les dernières actions publiques de sa vie. Ensuite, il se donna tout entier à la prière, à la prédication, et ne songea plus qu'à redoubler sa pénitence et ses charités envers les pauvres. On comparera le triste résultat de cette affaire avec celle de l'évêque Turibe d'Astorga (+ 16/4/460), en Espagne, qui avait introduit l'hérésie du "filioque" dans son concile local, et contre lequel saint Léon le Grand, patriarche mais sans pouvoir de juridiction sur l'Espagne, n'avait RIEN pu faire... Les accusateurs de saint Hilaire avaient bien visé en jouant sur la fibre impériale...

Consumé par son zèle et sa rude vie d'ascète, il tomba malade à l'âge de 48 ans. Il désigna son successeur, ce qu'on sait par une lettre de saint Léon du 26 août de la même année, disant que notre saint avait alors pour successeur Ravenne, un de ses prêtres. Puis il rendit son âme à Dieu, le 5 mai 449.
Le corps de Saint Hilaire fut enterré dans l'église de Saint-Genès, où celui de saint Honorat avait été inhumé. Tout le peuple accourut à l'enterrement du saint, et donna divers témoignages de la vénération qu'il lui portait. Les Juifs mêmes s'y trouvèrent : "on n'entendit chanter les Psaumes seulement en hébreu par les Juifs d'Arles, qui voulaient eux aussi honorer le Saint, car la voix des Chrétiens était étouffée par la douleur."
Dieu confirma la sainteté de Son serviteur, par les miracles continuels qui se firent à son tombeau. On le voit encore couvert d'une grande pierre de marbre, sur laquelle on lit cette inscription : "Hilaire Pontife de la Loi sacrée repose en ce lieu." Et sur une autre table de marbre mise contre le mur, il y a l'épitaphe suivante, que l'on croit être du même auteur qui a écrit sa vie.

E P I T A P H E.

Autistes Domini, qui paupertatis amorem
Praeponens auro, rapuit coelestia regna
Hilarius; cui palma obitus, et vivere Christus;
Contemnens fragilem terreni corporis usum,
Hic carnis spolium liquit ad astra volans :
Spernit opes dum quaerit opes, mortalia mutans,
Perpetuis coelum donis terrestribus emit :
Gemma sacerdotum, plebisque orbisque Magister.
Rustica quin etiam pro Christo munia sumens,
Servile obsequium, non dedignatus adire
Officio vixit minimus, sed culmine summus.
Nec mirum si post meruit tua lumina, Christe,
Angelicasque domos intravit et aurea regna,
Divitias, paradise, tuas, fragantia semper
Gramina, et halantes divinis floribus hortos,
Subjectasque videt nubes et sydera coeli.


Saint Hilaire, parent de saint Honorat, son illustre prédécesseur, avait un frère à qui il vendit sa propriété en quittant le monde, et une soeur nommée Piméniole, qui épousa saint Loup, devenu ensuite évêque de Troyes. Plusieurs auteurs célèbres parmi les anciens prodiguent nombre d'éloges envers le savoir et la vertu de saint Hilaire. Saint Eucher de Lyon, entre autres, a beaucoup estimé la beauté de son esprit et de ses discours. Et les autres personnes les plus habiles de son temps en ont témoigné une estime extraordinaire, jusqu'à l'égaler à saint Augustin d'Hippone pour l'esprit. Car pour l'élocution, celle de saint Hilaire est même plus belle. Livius, poète célèbre de ce siècle-là, n'hésita pas à dire que si saint Hilaire eût paru devant saint Augustin, il l'aurait surpassé pour l'éloquence. "Ce génie immortel" écrit Gennade en parlant d'Hilaire, "nous a laissé peu d'écrits; mais ils suffisent pour nous faire connaître et son érudition et son éloquence Chrétienne." Pomere, contemporain de Gennade, compare notre saint évêque à saint Paulin de Nole, tant pour l'érudition sacrée et profane, que pour le détachement des biens de la terre, et la sainteté de vie.
Mais ce qui lui fut encore bien glorieux devant les hommes, et bien méritoire devant Dieu, fut la piété de ses successeurs, et d'un grand nombre d'autres personnes qu'il avait élevées à l'épiscopat; après les avoir formées lui-même à la piété, et par ses avis et par ses corrections, tantôt remplies de douceur, tantôt accompagnées de force, selon le besoin. On le voyait revivre dans ces évêques qu'il avait formés et donnés à l'Église. Et eux, de leur côté, répandant par tout ce qu'ils avaient appris de ses instructions et de son exemple, multiplièrent sa couronne en multipliant les véritables serviteurs de Jésus-Christ.

Les ouvrages que laissa saint Hilaire étaient courts et peu nombreux. Mais ils suffisaient pour faire connaître son érudition, son génie admirable et la pureté de sa foi. Gennade et saint Isidore de Séville ne marquent en particulier que la vie, ou plutôt l'oraison funèbre de saint Honorat son prédécesseur sur le siège épiscopal d'Arles. Ce Panégyrique est devenu fort célèbre, et on le regarde comme le chef-d'oeuvre de son auteur. Saint Hilaire le prononça le jour même de la mort de saint Honorat en présence du peuple d'Arles, c'est-à-dire le 16 janvier 430, un an après la mort du saint.
Saint Isidore y loue la douceur et l'élégance du style de saint Hilaire, et, en excellent juge des belles pièces, dit qu'il n'y a peut-être pas dans toute l'antiquité Chrétienne d'oraison funèbre qui égale en esprit et en éloquence celle-là. Elle est remplie en effet d'une piété ardente et agréable; en louant un saint, elle apprend admirablement ce qu'il faut faire pour le devenir.

La collection hétérodoxe d'écrits patristiques "Patrologie Latine" de Migne, du 19ème siècle, publie une retranscription des textes suivants sous son nom : Hilarius Arelatensis Episcopus

Col. 1271 - 1272C - Epistola Ad Sanctum Eucherium Episcopum Lugdunensem (courte lettre adressée à saint Eucher à propos de ses "Institutions")
Col. 1287 - 1292B - Metrum In Genesim Ad Leonem Papam (poème sur la Genèse, adressé à saint Léon le Grand)
Col. 1273 - 1276A - Sermo De Miraculo Sancti Genesii Martyris Arelatensis (relation d'un miracle arrivé à Arles au jour de la fête de saint Genès par l'intercession de ce saint Martyr, du temps de saint Honorat évêque de la ville)
Col. 1249 - 1272B - Sermo De Vita Sancti Honorati Episcopi Arelatensis (homélie sur la vie de saint Honorat)
Col. 1275 - 1286C - Versus In Natali Machabeorum Martyrium (poème sur les victoires et le triomphe des 7 frères Maccabées)
Col. 1219 - 1246B - Vita Operaque [Hilarii Discipulo Scripta] (Vie et oeuvres, écrites par un disciple d'Hilaire)
Col. 1213 - 1220C - Vita Operaque [ex Schoenemanni Bibl] (idem, dans une autre bibliothèque)

Certains de ces ouvrages ont été mentionnés par d'autres auteurs Orthodoxes d'Occident et ont donc leur attribution considérée comme fiable – voire le contenu quand il a été cité. Mais nous n'en avons plus les manuscrits, uniquement ce collationnement chez Migne. Il est à rappeler que même parmi les scientifiques catholiques-romains, cette collection n'est pas considérée comme scientifique. Comme pour tous les Pères de l'Occident Orthodoxe, l'Église n'a plus en sa possession les textes originaux, qui seuls nous permettraient de comparer avec la collection Migne et d'être certains du contenu. En cette absence, seule leur participation à des Conciles reconnus comme Orthodoxes, et leur souscription à ces Conciles, nous garanti leur bonne Orthodoxie de tous ces saints d'Occident. Il y a des centaines de milliers de documents volés par le vatican à restituer à l'Église : ça ce serait du concret, de la vraie réparation des immenses torts commis contre l'Église du Christ, au contraire de la repentance bidon à vocation médiatique.



Saint Hilaire lisant – mais saint Hilaire de Poitiers, pas d'Arles... car notre grand saint du jour n'a hélas pas encore trouvé d'iconographe Orthodoxe pour le restituer à l'Église à ce niveau-là aussi.. Mêmes anachronismes que la première illustration, en tête d'article..




reliquaire de saint Hilaire d'ArlesReliquaire de saint Hilaire d'Arles



Ce reliquaire se trouve dans l'église Saint-Trophime, qui date certes du 12ème siècle mais a été construite sur une église du 5ème siècle, dédiée à saint Étienne


Pourquoi cette dédicace à saint Trophime, le premier évêque connu d'Arles, et pas à saint Hilaire voire saint Césaire d'Arles? Encore une affaire hétérodoxe de gros sous :
"Dans le premier quart du 5ème siècle on assista à une modification de la topographie religieuse. Auparavant située sur la butte de l'Hauture (le quartier haut de la ville), où sont les chapelles Saint-Blaise et Saint-Jean du Moustier, la basilique fut rapprochée du centre ville (forum), là où nous la voyons aujourd'hui. La vie de saint Hilaire, écrite en 461, mentionne trois églises : une ecclesia publica (la basilique primitive située sur le quartier de l'Hauture), une basilica constantia (dont nous ignorons tout), et une basilica beati ac primi martyris Stephani (celle qui nous préoccupe).Ce n'est qu'à partir de 972 que l'on trouve la mention de la présence du corps de saint Trophime dans la basilique métropolitaine de Saint-Étienne; reliques que l'on retrouve jusqu'en 1078, moment où s'installe une rivalité entre les 2 patronages (Saint-Étienne / Saint-Trophime). Cette antagonisme aboutit à la prédominance de saint Trophime au 12ème s. Ce changement de patronage semble être dû aux campagnes de reconstruction de la cathédrale (extrême fin 10ème s., ou dans la première moitié du 11ème s.). Le 29 septembre 1152 eut lieu la cérémonie solennelle de la translation du corps de saint Trophime dans la nouvelle cathédrale. Le milieu du 15ème siècle fut marqué par une transformation importante du bâtiment puisque c'est à cette époque que furent détruites les 3 absides qui terminaient le chœur, auxquelles on substitua un chœur à déambulatoire et à chapelles rayonnantes de style gothique."
in : "Arles vue par la littérature, de l'Antiquité au Moyen Age. Patrimoine religieux et églises", M. Baudat, société des amis du vieil Arles & groupe archéologique arlésien

L'empereur Constantin-le-Grand, qui demeurait à Trêves, où il avait grandit, car ville où régnait son père, organisa le premier grand Concile de l'Église non pas à Nicée – c'est pour 325 – mais à Arles, en 314. C'est lui qui présida ce Concile qui condamna l'hérésie donatiste. Son fils Constantin II y naîtra, et la ville recevra le surnom de "Constantina" (conservé jusqu'en 340). En 353, alors que l'Orient était écrasée par l'arianisme omnipotent, c'est à Arles que sera organisé un Concile condamnant cette nouvelle hérésie orientale (10 ans auparavant, saint Athanase le Grand était réfugié en Occident, et saint Servais de Tongeren en faisait l'éloge au Concile de Cologne de 346, où il étripait l'arianisme...)
L'importance d'Arles se voit aussi quand en 395, Arles est devenue préfecture du Prétoire des Gaules à la place de Trêves, à savoir le siège véritable du pouvoir impérial de ce côté-ci des Alpes.

Arles, capitale effective de l'empire romain d'Occident après que les barbares des plaines de Germanie soient devenus trop menaçants pour Trêves, possède des "thermes de Constantin", construits par le grand empereur.
Et des 3 églises mentionnées dans la vie de saint Hilaire d'Arles, évoquées dans le texte plus haut, il y a cette mystérieuse "basilica constantia" dont on ne sait plus rien mais qui avec un tel patronyme, ne peut pas ne pas avoir de rapport à Constantin. Comme l'immense basilique de Constantin qu'il fit construire à Trêves en 316, avant son départ pour la nouvelle ville de Constantinople en pleine construction, basilique qui est toujours là.

Pour qui doute du statut de capitale pour Arles, et des raisons de ce rejet de Rome même par les empereurs d'Occident, il suffit d'aller relire saint Jérôme et les descriptions très vivantes qu'il donne du "cloaque immonde" et de la "fosses aux serpents lubriques" que Rome était à son époque... les empereurs n'étaient peut-être pas très délicats, mais pas tous fous pour autant, pour vouloir à tout prix rester vivre dans une ville invivable par simple principe d'attachement sentimental. D'autant que la plupart des empereurs d'Occident ne venaient pas de là, et donc l'attachement... c'est ainsi que seul le Sénat de Rome y restera, et c'est d'ailleurs là que perdurera jusqu'à la fin le paganisme le plus dégoûtant. Rien à voir en tout cas avec Lérins, Arles, Marseille, tous ces foyers de sainteté Chrétienne Orthodoxe du sud des Gaules, et où fleurirons tant de grands saints – Honorat, Hilaire et Césaire à Arles, Castor à Apt, Jean Cassien et un autre Honorat à Marseille, Vincent à Lérins, etc, pour citer les plus connus.


Tropaire de Saint Hilaire d’Arles, ton 8
Attiré au Christ par notre père saint Honorat de Lérins,
tu quittas ta Trêves natale et les honneurs dans lesquels tu vivais en Gaule Belgique.
Tu quitta les princes de ce monde et leurs palais,
t'engageant dans la milice du Christ pour servir le Roi des rois et Sa céleste Cité.
Métropolite d'Arles, tu en illuminas l'Église par tes saints enseignements et ta vertu.
Berger ardent, tu veillas jalousement sur le troupeau de Dieu.
O vénérable pontife Hilaire, notre père, prie le Christ notre Dieu en faveur de qui t'honore
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