"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

10 juin 2008

Calme à l'église ou applaudissements? (saint Jean Chrysostome)

l'apostat Nicolas Corneanu, vous savez, celui qui était jusqu'il y a peu métropolite de Timisoara et du Banat, en Roumanie, a développé parmi sa thèse de "justification" un argument-choc, selon lui: la foule de sa cathédrale, qu'il n'a JAMAIS nourrie des enseignements de la Foi salvatrice, mais bien du venin mortel de l'hérésie (après l'avoir livrée à la police politique, comme agent de la Securitate qu'il était), cette foule non-éclairée et ignorante l'aurait applaudit lorsqu'il lui fit le récit de son apostasie. Et pour lui, l'applaudissement était un "signe fort", une sorte de "vox populi vox dei" justifiant tout.

Voyons un peu ce qu'en disait un "tout petit personnage," un minus par rapport à monsieur Corneanu, comme nous le dirons les groupies de l'apostat. Je veux parler de notre père parmi les saints, Jean Chrysostome, prêtre d'Antioche puis évêque-patriarche de Constantinople.



"4. Nous ressemblons à un père trop faible pour un enfant chétif, qui ne lui donnerait que des gâteaux , des friandises insignifiantes, mais rien de nourrissant. Aux reproches des médecins, il répondrait : Que voulez-vous? Je ne puis pas voir pleurer un enfant. Malheureux, insensé et traître, indigne du nom de père! Ne valait-il pas mieux le chagriner un instant pour lui rendre la santé, que de lui donner ce plaisir éphémère qui doit causer une douleur continuelle. Voilà ce que nous faisons, nous aussi quand nous travaillons à faire un discours élégant, bien disposé, harmonieux, afin de plaire au lieu d'être utiles; pour amuser, non pour toucher; pour recueillir des éloges et des applaudissements, mais non pour corriger les moeurs.

Croyez-moi, car je sais ce qu'il en est, quand on m'applaudit dans un discours, je sens que je suis homme (pourquoi n'avouerais-je pas la vérité?), je me réjouis, je m'exalte. Mais rentré chez moi, je songe que ceux qui m'ont applaudi n'ont rien gagné à m'entendre; du moins, le peu de profit qu'ils en ont tiré s'est perdu avec le bruit des applaudissements : alors je me tourmente, je gémis et je pleure; il me semble, dans mon découragement, que mes discours ne servent à rien, et je me dis à moi-même : à quoi bon toutes mes sueurs, si ceux qui m'écoutent ne veulent point profiter de mes paroles?

Souvent j'ai songé à établir comme règle de défendre les applaudissements, et à vous persuader d'écouter en silence et dans une attitude convenable. Laissez-moi dire, je vous en prie, et croyez-moi : si vous y consentez, établissons dès à présent cette règle qu'il ne soit permis à personne d'interrompre l'orateur par des applaudissements. Si quelqu'un veut admirer, qu'il admire en silence : personne ne l'en empêchera, et tout ce qu'il a de zèle et d'ardeur sera mieux employé à retenir le discours. Pourquoi applaudissez-vous? J'établis une règle là-dessus et vous ne pouvez pas l'observer, même en l'écoutant. Il en résultera une foule d'avantages, et notre sagesse en profitera beaucoup. Quand les philosophes païens parlaient, il n'y avait jamais d'applaudissements : pendant les prédications des Apôtres, jamais on n'a dit que l'auditoire les eut interrompus par des applaudissements. Cela sera un grand profit pour nous. Mais convenons bien de cela pour que les auditeurs restent tranquilles et l'orateur aussi. Quand même, après avoir applaudi, on retiendrait encore en s'en allant quelque chose de ce qu'on aurait entendu , cette manière d'approuver ferait toujours mauvais effet; mais je n'insiste pas là-dessus, de crainte de paraître trop sévère. Enfin, puisque cette coutume ne peut être que nuisible, détruisons cet obstacle, supprimons ces élans et coupons court à ces emportements de l'âme. Le Christ parla sur la montagne, et tout le monde garda le silence jusqu'à la fin de son discours. Je ne prive de rien ceux qui aiment à applaudir; au contraire, ils admireront davantage. Il vaut bien mieux écouter en silence, et pouvoir en tout temps, chez soi et ailleurs, applaudir par réflexion, que de rentrer sans rien rapporter et sans savoir pourquoi on a applaudi. Une pareille manière d'entendre n'est-elle pas ridicule? N'est-ce pas à la fois une flatterie et une dérision que de vanter l'éloquence d'un orateur sans pouvoir expliquer ce qu'il a dit? C'est là une flatterie, que l'on comprendrait seulement chez celui qui entendrait des musiciens et des tragédiens, car il sait bien qu'il n'en pourrait faire autant : ici, quand il ne s'agit plus de mélodies et de belles voix, mais de sagesse et de raisonnements, comment excuser celui qui ne pourrait rendre compte du plaisir que lui a causé l'orateur? Rien ne convient mieux dans une église que le silence et le bon ordre. Le tumulte est à sa place dans les théâtres, les bains, les fêtes et les marchés, mais l'endroit où l'on enseigne les dogmes divins doit être le refuge du calme, de la tranquillité et de la sagesse, ce doit être un port à l'abri des orages.
"
saint Jean Chrysostome, homélie sur les Actes d'Apôtres, 30
tuyau : p. Joseph Huneycutt (patriarcat Grec-Orthodoxe d'Antioche)


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