"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

24 juin 2008

Saint Jean le Baptiste et le Québec


Le 24 juin est la fête de saint Jean le Baptiste et Précurseur. Dans l'hémisphère nord, c'est "inscrit" dans le calendrier de la nature, qu'on suive un calendrier civil ou religieux différent n'y changeant rien. C'est en effet en la "saint Jean d'été" que le jour va commencer à diminuer, jusqu'au soir de Noël, où il reprendre le chemin inverse - le soleil nous offrant une belle image de la phrase du Baptiste, parlant du Christ : Jean 3,30:
"Il faut que Lui grandisse
et que moi je décroisse"

"Je me souviens" - devise du Québec (source)

De ce côté-ci de la "Grande Flaque", comme nos cousins du Québec appellent poétiquement l'océan Atlantique nord, on ignore la plupart du temps qu'au Québec, c'est la fête nationale. Aussi, après une homélie de saint Maxime de Turin et quelques liens sur divers articles concernant saint Jean Baptiste publiés sur ce blogue-ci (reliques, miracles actuels, iconographie, etc), nous allons nous faire plaisir avec quelques images et souvenirs du grand Québec à l'époque contemporaine...


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"MAXIME DE TURIN : JEAN LE PRECURSEUR

1. Nous avons dit, dimanche dernier, en demandant pardon pour notre silence, que même si les prêtres se taisent, pour le salut de tous, l'enseignement de l'Évangile ne se tait pas, la Parole de Dieu pallie le silence. L'Écriture divine, en effet, parle et crie toujours, comme il est écrit à propos de Jean: "Je suis la voix de celui qui crie dans le désert" (Jn 1,23). Jean n'a pas seulement parlé en son temps, en annonçant le Seigneur aux Pharisiens, en disant: "Préparez le chemin au Seigneur, rendez droits ses sentiers" (Mt 3,3). Aujourd'hui il crie en nous, et le tonnerre de sa voix ébranle le désert de nos péchés; même enseveli dans le sommeil du martyre, sa voix retentit encore. Il nous dit aujourd'hui: "Préparez les chemins du Seigneur, rendez droits ses chemins."
L'Ecriture parle et crie en tout temps. Ainsi Dieu dit à Caïn: "La voix de ton frère crie vers moi" (Gn 4,10). Le sang n'a pas de voix, mais il est dit que le sang innocemment versé crie. Ce n'est pas la voix qui crie mais la cause, elle en appelle au Seigneur, non pas en s'appuyant sur son éloquence, mais en s'indignant du crime commis. Au lieu d'accuser le coupable par paroles et discours, il l'enchaîne plutôt par l'accusation de sa conscience. Quel que soit le mal commis, des mots peuvent l'excuser, mais la chose est impossible à la conscience : celle-ci, sans mot dire, sans contradiction, convainc et juge.

2. Aujourd'hui Jean nous crie: Préparez les voies du Seigneur. Il nous demande de préparer la route du Seigneur, non pas en traçant un chemin, mais par la pureté de notre Foi. Le Seigneur ne prend pas les chemins de la terre mais pénètre dans le secret du coeur. Si cette route présente quelque chose de rugueux dans les moeurs, de dur dans notre cruauté, de souillé dans notre conduite, il nous est demandé de le nettoyer, de l'aplanir, de le niveler. Ainsi, à sa venue, le Seigneur, au lieu de trébucher, trouvera un chemin balisé par la chasteté, aplani par la Foi, paré de nos aumônes. Le Seigneur a coutume de marcher sur pareille route, puisque le prophète dit: «Frayez la route au Chevaucheur des nuées, son nom est le Seigneur.» (Ps 67,5)

3. Jean-Baptiste a ordonné de préparer la voie au Seigneur. Voyons quelle route il a préparée au Sauveur. De bout en bout, il a parfaitement tracé et ordonné sa voie pour l'arrivée du Christ, car il fut en tout point sobre, humble, économe et vierge. C'est en décrivant toutes ces vertus qui sont les siennes que l'évangéliste dit: «Ce Jean avait son vêtement fait de poils de chameau et un pagne de peau autour des reins; sa nourriture était de sauterelles et de miel sauvage.» (Mt 3,4) Quelle plus grande marque d'humilité chez un prophète que le mépris des vêtements moelleux pour se vêtir de poils rugueux? Quelle plus profonde marque de Foi que d'être toujours prêt, un simple pagne autour des reins, à tous les devoirs de la servitude ? Quelle marque d'abstinence plus éclatante que le renoncement aux délices de cette vie pour se nourrir de sauterelles bruyantes et de miel sauvage?
Tous ces comportements du prophète étaient à mon avis prophétiques en eux-mêmes. Quand le messager du Christ portait un vêtement rugueux, en poils de chameau, cela ne signifiait-il pas simplement que le Christ, à sa venue, revêtirait notre corps humain, au tissu épais, rugueux par ses péchés, comme s'il portait la défroque d'une bête immonde, ce qui désigne le peuple des gentils dont il assumerait la laideur? La ceinture de peau signifie que notre fragile chair, orientée, avant la venue du Christ, sur le vice, il la mènerait à la vertu. En écartant les excès de graisse, le jeûne finit par détendre la peau.

4. Qu'elle est heureuse sa mort telle que nous la lisons (cfr Mt 14,6-11)! La fille d'un roi, "une joueuse de cithare" en échange du plaisir funeste qu'elle avait procuré à celui-ci, a demandé sa tête. Qu'y a-t-il d'étonnant à ce qu'une danseuse tue un prophète? Nous savons bien que la débauche est toujours l'ennemie de la justice, et que l'injustice persécute sans cesse la vérité. Or cet événement recèle un grand mystère. Cette danseuse représente la synagogue dont la lascivité a tué le Christ. Le Christ lui-même fit ce rapprochement quand il dit aux juifs: «Nous avons chanté et vous n'avez pas dansé!» (Lc 7,32). Il est facile de comprendre pourquoi on a tranché la tête de Jean. Comme le disent les Écritures, le Précurseur est la figure de la Loi ; du Christ il est écrit: "Le chef de l'homme c'est le Christ". (1 Co 11,3) Quand donc la tête de Jean est coupée de son corps, le Christ est en quelque sorte coupé des juifs, sectateurs de la Loi. Privés du Sauveur, il ne leur reste qu'une Loi mutilée et sans vie. Privés de leur tête, ils perdent le sens des choses divines.

5. Il prépare les chemins du Seigneur celui qui, entre autres pratiques vertueuses, dictées par la continence, ne transgresse pas les frontières du mariage, ne souille pas, par une union adultère, la borne qui lui est fixée. Nombre de gens ont pris femme, selon la loi; puis se commettent avec des concubines, à l'encontre de la loi divine, oubliant qu'en contractant mariage ils sont liés par les liens qui lui sont propres. Qui prend femme selon la loi s'engage à respecter la loi. Celui qui se livre à l'adultère se rend coupable et trahit sa promesse.
Quelqu'un objectera: Je n'ai pas de femme, voilà pourquoi j'ai pris une petite servante. «Ecoute ce que l'Ecriture dit à Abraham: Chasse cette servante et son fils. Il ne faut pas que cette femme hérite avec le fils de la femme libre.» (Gn 21,10). Si donc le fils de la servante ne peut pas hériter, il n'est pas fils. Pourquoi chercher pareille union si le fils qui en naît ne peut hériter ni biens ni sang? Celui qui ne peut se targuer d'une naissance légitime ne peut pas revendiquer l'héritage. Pourquoi alors contracter pareille union si les fils qui naissent ne sont pas les enfants d'un mariage mais les témoins d'un adultère? Pourquoi mettre au monde des rejetons qui ne font pas honneur mais honte à leur père? L'Écriture dit, en effet: «Fils adultérins!» (Sg 3,16). Si ta compagne par sa conduite ne mérite pas de partager ta vie, elle ne mérite pas le nom d'épouse. Affranchis ta concubine, épouse-la, tu ne seras plus adultère mais mari.

6. Le Chrétien qui s'est engagé à garder la chasteté dans son âme comme dans son corps, en servant le Seigneur, prépare lui aussi le chemin du Sauveur. Ils sont nombreux, en effet, ceux qui mènent une vie solitaire. Ne pouvant vivre seuls, ils cherchent la société de frères. Il s'en trouve même parmi les moines chrétiens qui préfèrent s'associer à une soeur. Au lieu de suivre un frère aîné, qui pourrait leur prodiguer de sages conseils, ils cherchent la compagnie d'une jeunesse papoteuse. Même en demeurant chaste de corps, leur âme est souillée.
Il prépare également le chemin du Seigneur, le prêtre qui vit selon l'Évangile et obéit en tout à son évêque. Il en est qui sont moins dociles, ils ont du mal à accueillir les réprimandes de leurs supérieurs et disent: «L'évêque se met dans des colères noires; il devrait être plus patient.» Ecoute un peu, excellent prêtre, tu exiges d'un évêque la patience et, de toi, tu n'exiges pas la discipline? Tu ne sais pas que, pour ton salut, il m'est permis de te réprimander quelquefois, mais il ne t'est jamais accordé de pécher? En effet l'Apôtre dit: «Insiste à temps et à contretemps, réfute.» (2 Tim 4,2). Sois donc toujours soumis à l'évêque, si tu veux qu'il soit toujours indulgent.

in : Sermon 88 sur Jean le Précurseur, saint Maxime de Turin, Pères dans la Foi n° 64, p.33-37, ou PL 57,733-736




Miracle de saint Jean le Baptiste à Kiev

Rostov-sur-Don : Icône myroblite accompagnant la main droite de saint Jean le Baptiste


Moscou : main droite de saint Jean-Baptiste


De plus grand que Jean parmi les enfants des femmes, il n'y en a pas (Jn 1,19-23) - Synaxe de saint Jean le Baptiste, explication du p. Thomas Hopko


Saint Jean-Baptiste en tant que Précurseur (DYNAMIS) - méditation sur Saint Matthieu 4,12-17 et le rôle de saint Jean le Baptiste dans l'économie divine du Salut


Synaxe de Saint Jean le Baptiste (Prologue d'Ochrid), méditation, homélie, iconographie


Découverte d'une rare icône du maître iconographe Emmanuel Tzanes (1646)


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Le 24 juillet 1967, un mois après la fête "nationale," le général Charles De Gaulle, président de la république française, au cours d'une étape incroyable à Montréal, porté d'ovations en ovations par la foule québecoise en délire, une foule ivre de joie devant cette première visite officielle d'un représentant de l'État français depuis bientôt 2 siècles, prononce un discours non-prévu devant la foule. Le protocole ne le prévoyait pas, il improvisera...


"C'est une immense émotion qui remplit mon cœur en voyant devant moi la ville de Montréal française. (ovation du public) Au nom du vieux pays, au nom de la France, je vous salue. Je vous salue de tout mon cœur ! Je vais vous confier un secret que vous ne répèterez pas. (rires) Ce soir ici, et tout le long de ma route, je me trouvais dans une atmosphère du même genre que celle de la Libération." (longue ovation)

Et tout le long de ma route, outre cela, j'ai constaté quel immense effort de progrès, de développement, et par conséquent d'affranchissement" (ovation) "vous accomplissez ici et c'est à Montréal qu'il faut que je le dise, (ovation) parce que, s'il y a au monde une ville exemplaire par ses réussites modernes, c'est la vôtre ! (ovation) Je dis c'est la vôtre et je me permets d'ajouter c'est la nôtre. (ovation)

Si vous saviez quelle confiance la France réveillée, après d'immenses épreuves, porte maintenant vers vous. Si vous saviez quelle affection, elle recommence à ressentir pour les Français du Canada." (ovation)

"Et si vous saviez à quel point, elle se sent obligée de concourir à votre marche en avant, à votre progrès ! C'est pourquoi elle a conclu avec le gouvernement du Québec, avec celui de mon ami Johnson (ovation) des accords, pour que les Français de part et d'autre de l'Atlantique travaillent ensemble à une même œuvre française. (ovation)

Et, d'ailleurs, le concours que la France va, tous les jours un peu plus, prêter ici, elle sait bien que vous le lui rendrez, parce que vous êtes en train de vous constituer des élites, des usines, des entreprises, des laboratoires, qui feront l'étonnement de tous et qui, un jour, j'en suis sûr, vous permettront d'aider la France. (ovation)

Voilà ce que je suis venu vous dire ce soir en ajoutant que j'emporte de cette réunion inouïe de Montréal un souvenir inoubliable. La France entière sait, voit, entend, ce qui se passe ici et je puis vous dire qu'elle en vaudra mieux.

Vive Montréal ! Vive le Québec ! (ovation)

Vive le Québec libre ! (très longue ovation)

Vive le Canada français ! Et vive la France !" (ovation)
"
source




Au 6ème siècle, les moines Orthodoxes d'Irlande avaient apporté l'Évangile du Salut en Amérique du Nord, et plus particulièrement sur les rives du Canada.
Les Vikings, devenus Orthodoxes, suivirent. Puis des siècles de disparition de la Foi, avant l'arrivée des grands missionnaires venus de Russie, comme saint Innocent d'Alaska, etc.



Aujourd'hui, il y a un peu partout des paroisses Orthodoxes au Québec, et ailleurs au Canada. Les graines semées par saint Brendan et ses hommes ont été plantée très profond, mais ça vient à la surface, et l'arbre n'en sera que plus vigoureux!
Aussi donc, je souhaite une très bonne fête à la paroisse saint Benoît de Nursie, à Montréal, et à tout le Québec.

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