"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

27 juillet 2008

Sainte Nathalie et saint Aurèle de Cordoue et leurs compagnons de martyre (+ 852)



Le calendrier liturgique du Rite Orthodoxe Occidental comporte bien des noms de saints ignorés en Orient, même aujourd'hui où pourtant une partie non-négligeable de l'Orient de l'Église vit installée en Occident. Nous continuerons donc à apporter modeste correction à cet oubli.

Au 8ième siècle, les Chrétiens espagnols n'avaient guère été inquiétés par les conquérants musulmans, à condition qu'ils restent tranquilles. A vrai dire, la majeure partie des Chrétiens d'Espagne n'avait déjà plus de Chrétien que le nom, et ils dérangeaient fort peu les occupants musulmans. Les plus fervents et convaincus pratiquaient essentiellement en cachette, les prêtres non-apostats ne devaient pas avoir beaucoup de paroissiens.. Des siècles d'arianisme jamais guéri, des siècles d'hérésie du "filioque" (invention wisigothique de 460, par l'évêque Turibe d'Asturga et contre l'avis de saint Léon le Grand à Rome) et d'autres aventurismes théologiques, tout cela avait éloigné une bonne partie de la population du Christ. Mêmes causes, mêmes effets, voyez le restant de l'Occident de nos jours. Dans l'Espagne mozarabe, la religion Chrétienne n'était plus qu'un ensemble de coutume culturelle, ce qui a toujours été toléré par les occupants musulmans, où que cela se passe dans le monde. Normalement, les Chrétiens de l'Espagne occupée auraient pu continuer à vivre en bons dhimmis pendant des siècles sans problèmes.
Cette situation changea lorsque Cordoue eut un émirat indépendant : il y eut alors une véritable persécution. Saint Euloge, archevêque de Tolède, y fut massacré en 859. Mais avant d'être décapité, le saint conta par écrit la fin héroïque des Chrétiens qui l'avaient précédé dans le martyre. Il a consacré des pages émouvantes, dans son "Memoriale sanctorum" (2,10), aux saints que nous fêtons aujourd'hui. Parmi ces martyrs de Cordoue que nous fêtons tout au long de l'année, voici donc ce groupe important.

Aurèle était fils d'un Arabe et d'une Espagnole de la haute société. Ces derniers moururent quand il était encore jeune et le confièrent à une tante qui l'éleva Chrétiennement. Devenu grand, il se crut autorisé à faire preuve d'un certain conformisme aux usages des autorités occupantes, mais il n'abandonnait pas sa religion secrète. Mieux, il confirma dans sa Foi sa jeune épouse Sabigothe, nommée aussi Nathalie (ou Noéle), née de parents musulmans, mais qu'un beau-père Chrétien avait de très bonne heure amenée au Christianisme. Aurèle avait un parent, Félix, qui avait cru prudent d'abandonner toute profession extérieure de la Foi, mais qui la pratiquait dans l'intimité avec sa femme Liliose, fille de Chrétiens cachés. Un jour, Aurèle croisa sur sa route ce cortège tragique : un Chrétien, nommé Jean, à califourchon sur un âne, tourné vers la queue, précédé de crieurs, suivi de sbires. Son torse sanglant était fouetté par la valetaille mauresque. Aurèle voulut racheter ses petites compromissions en imitant ce saint. Il se prépara au sacrifice suprême en adoptant avec Nathalie une vie toute vouée à la pénitence et à la charité. Ils mirent de côté le strict nécessaire à l'entretien d'une fillette qu'ils laisseraient après eux.
Nathalie et Liliose parurent dans la rue sans le voile habituel aux musulmanes. Bientôt les 2 ménages durent comparaître devant le cadi, le responsable musulman local. Avec eux fut arrêté un moine quêteur venu de Palestine, nommé Georges. C'était un homme d'une égalité d'humeur parfaite, sobre, polyglotte, qui ne s'était jamais lavé depuis quelque 30 ans. Quiconque ne connaît pas l'ascèse des fols-en-Christ sera surpris de ce détail. Cependant, Georges partageait ainsi l'opinion de saint Augustin d'Hippone (Confess., 9, 30, 32) et de saint Isidore de Séville (Etym., 15,2,40; P. L., t. 82) que "balneum" venait du grec "balaneion", et signifiait "ce qui bannit l'ennui, la peine". Or la peine convient au pénitent, et il se considérait comme pénitent permanent. D'où..
Craignant d'avoir la vie sauve, en qualité d'étranger, le moine Georges fit une violente déclaration contre Mahomet, "fidèle du diable, ministre de l'anti-Christ, labyrinthe de tous les vices." C'en était trop : il fut condamné à partager le sort des autres. On tua d'abord Félix, puis Georges, puis Liliose, et enfin Aurèle et Nathalie. C'était le 27 juillet 852.
En 858, Usuard rapporta des reliques d'Aurèle et de Georges à Saint-Germain-des-Prés. Il commémora ces 2 saints dans son martyrologe au 27 août; leur translation est marquée au 20 octobre.


Note sur sainte Nathalie : Il ne faut pas la confondre avec une autre sainte Nathalie, fêtée le 26 août avec son mari saint Adrian, martyrs à Nicomédie au tout début du 4ème siècle.

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