"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

04 juillet 2008

Saints protomartyrs d'Afrique du Nord (2ème siècle)


fêtés le 4 juillet

Un autre épisode merveilleux est rattaché à la même époque, celui de la "Légion fulminante", que Tertullien et Eusèbe ont rapporté. La 12ème légion romaine, isolée au coeur d'un désert et menacée de périr de soif, fut, historiquement le fait est sûr, sauvée par un orage inattendu. La tradition Chrétienne assura que ce miracle avait été dû aux prières de soldats Chrétiens, nombreux dans ce corps recruté surtout en Syrie, que le titre de "Fulminata" serait venu de là et que Marc-Aurèle, impressionné, aurait promulgué un rescrit de clémence envers les Chrétiens. Mais les païens attribuèrent le miracle à Jupiter et rien ne montre un tel retournement de l'empereur aux derniers temps du règne.



EN AFRIQUE : LES HUMBLES MARTYRS DE SCILI
Pourtant, aux amplifications littéraires de la "Passio" de Cécile, n'est-on pas en droit de préférer un document qui, lui, n'est pas de basse époque, qui, au contraire, fut établi au moment même où l'événement venait de se produire, qui, par son caractère presque sténographique, fait penser à un compte rendu officiel, et dont le style dépouillé a quelque chose de bouleversant? Il s'agit du Procès des martyrs scilitains, tel qu'il se déroula à Carthage, tout au début du règne de Commode, en 130 sans doute. On s'est demandé si nous n'aurions pas là, à peine transposé, le rapport du proconsul sur l'affaire; en tout cas, c'est un des textes les plus irrécusables de tous les martyrologes : il sonne la vérité.
Quand l'Afrique avait-elle été touchée par l'Évangile? On ne le sait pas plus exactement que pour la Gaule. Des catacombes trouvées à Sousse, l'ancienne Hadrumète, et comptant plus de 5.000 tombes, ont prouvé que, dès le temps des Antonins, le Christianisme était déjà florissant dans l'actuelle Tunisie. Carthage, qui était un très grand centre commercial, dût certainement recevoir, de très bonne heure, les messagers de la Bonne Nouvelle. Vers 130, l'Evangile avait dû pénétrer dans toute l'Afrique du Nord puisque le drame se passa à Scili, minuscule bourgade de Numidie. C'est là que furent arrêtés pour être envoyés en jugement à Carthage, 12 fidèles dont 5 femmes; certainement de petites gens, des humbles : d'aucun d'entre eux nous ne savons rien. Il faut citer sans aucun commentaire les 2 pages de ce procès pour sentir ce que la Foi pouvait alors déposer dans les âmes d'héroïsme et de sainteté.
"A Carthage, sous le 2ème consulat de Presens et le premier de Claudianus, le 16 des calendes d'août, comparaissaient dans la salle d'audience Speratus, Natzalus, Cittinus, Donata, Secunda, Vestia.
Le proconsul Saturninus commença l'interrogatoire :
Saturninus : Vous pouvez obtenir le pardon de l'empereur notre maître, si vous revenez à de meilleurs sentiments.
Speratus : Nous n'avons jamais rien fait de mal, ni commis d'injustice. Nous n'avons souhaité de mal à personne. Et même, quand on nous maltraitait, nous avons répondu par des bénédictions. Nous sommes donc de fidèles sujets de notre empereur.
Saturninus : C'est entendu. Mais nous avons une religion et vous devez l'observer. Nous jurons par la divinité impériale et nous prions pour le salut de l'empereur. C'est une religion toute simple, comme vous le voyez.
Speratus : Voulez-vous m'écouter, je vous prie et je vous dévoilerai un mystère de simplicité.
Saturninus : Et tu nous expliqueras une religion qui insulte la nôtre. Je ne veux pas l'entendre. Jure plutôt par la divinité de l'empereur.
Speratus : Je ne connais pas l'empereur divinisé de ce monde, et je préfère servir Dieu que personne n'a vu et ne peut voir avec des yeux de chair. Et si je ne suis pas un voleur, et si je paie la taxe dans mes achats, c'est que je connais mon Seigneur, le Roi des rois et l'Empereur de tous les peuples.
Saturninus, aux autres : Abandonnez ces croyances.
Speratus : Les croyances sont mauvaises quand elles poussent au meurtre et au parjure.
Saturninus, aux autres : Ne partagez pas sa folie.
Cittinus : Nous ne craignons personne, si ce n'est le Seigneur notre Dieu, qui est au Ciel.
Donata : Nous respectons César comme il le mérite. Nous ne craignons que Dieu.
Veslia : Je suis Chrétienne.
Secunda : Je suis Chrétienne aussi. Je veux le rester.
Saturninus à Speratus : Persistes-tu à te dire Chrétien?
Speratus : Je suis Chrétien.
Et tous firent la même déclaration.
Saturninus : Voulez-vous du temps pour réfléchir?
Speratus : On ne discute pas une décision si sage.
Saturninus : Qu'y a-t-il dans ce coffret?
Speratus : les livres saints et les lettres de Paul, un juste.
Saturninus : Prenez un délai de 30 jours. Réfléchissez.
Speratus répète : Je suis Chrétien.
Et tous firent de même.
Alors, le proconsul Saturninus lut sa sentence sur la tablette :
"Speratus, Natzalus, Cittinus, Donata, Vestia, Secunda et tous les autres ont avoué qu'ils vivaient selon les pratiques Chrétiennes. On leur a offert de rentrer dans la religion romaine. Ils ont refusé avec obstination. Nous les condamnons donc à périr par le glaive."
Speratus : Nous rendons grâces à Dieu.
Natzalus : Aujourd'hui, martyrs, nous serons au Ciel. Grâces à Dieu.
Le proconsul Saturninus fit proclamer par le hérault :
"J'ordonne de conduire au supplice Speratus, Natzalus, Cittinus, Veturius, Félix, Aquilinus, Letantius, Januaria, Generosa, Vestia, Donata, Secunda."
Tous dirent grâces à Dieu.
C'est ainsi qu'ils reçurent tous ensemble la couronne du martyre. Et ils sont dans le Royaume avec le Père, le Fils et le Saint-Esprit, pour tous les siècles des siècles. Amen."
extrait de : Daniel-Rops, "Au lions, les Chrétiens!", les Actes des premiers martyrs.
Librairie Arthème Fayard, 1948, p.45-47




(Le 4 juillet est aussi, entre autres, jour de commémoration du martyre de la sainte famille impériale de Russie)


Aucun commentaire: