"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

03 août 2008

Le frère, le pardon et l'Autel: intimement liés (Trinité 6 R.O.O.)

Autel avec les âmes des martyrs
Fragment du Beatus de Silos, Bilioteca del Monasterio de Santo Domingo, frag. 4)
source wikipedia

Matines
Psaume 1 Beatus vir, qui non abiit
Heureux l'homme qui ne se conduit pas d'après les conseils des méchants * qui ne marche pas dans la voie des pécheurs, et qui ne siège pas en compagnie des railleurs.
Heureux qui se complaît dans la loi du Seigneur * et qui médite sa loi jour et nuit.
Il ressemble à l'arbre planté sur la rive des eaux courantes * Il donne son fruit en la saison,
son feuillage ne se flétrit pas * tout ce qu'il entreprend réussit.
Il n'en va pas ainsi des méchants, certes non * ils sont comme la paille qu'emporte le vent.
Aussi les impies ne soutiendront pas le jugement * ni les pécheurs ne se tiendront dans l'assemblée des justes.
Car le Seigneur veille sur la voie des justes * mais la voie des méchants ne conduit qu'à la perte.
Gloire au Père et au Fils * et au Saint Esprit.
Comme au commencement, maintenant et toujours * et aux siècles des siècles. Amen.

Ps. 2 Quare fremuerunt gentes?
Pourquoi cette effervescence parmi les nations? * Pourquoi les peuples trament-ils de vains complots?
Les rois de la terre se dressent ensemble * et les princes se joignent pour conspirer contre le Seigneur et contre Son Christ.
"Brisons leur joug * et rejetons loin de nous leurs entraves!"
Mais celui qui réside dans les cieux sourit * le Seigneur les tourne en dérision.
S'adressant à eux dans sa colère * il les frappe d'épouvante par son courroux:
"C'est moi qui me suis sacré un roi * sur Sion, ma montagne sainte."
Je vais publier le décret du Seigneur * le Seigneur m'a dit : "Tu es mon fils, c'est moi qui t'ai engendré aujourd'hui.
Demande, et je te donnerai pour héritage toutes les nations * les confins de la terre seront ton domaine.
Tu les mèneras sous un sceptre de fer * tu les briseras comme un vase d'argile."
Et maintenant, ô rois, comprenez * instruisez-vous, ô juges de la terre.
Servez le Seigneur avec respect * apportez-lui vos hommages en tremblant,
de peur qu'il ne s'irrite et que vous n'alliez à votre perte * quand d'un coup flambera sa colère.
Heureux cependant * tous ceux qui se confient en lui.
Gloire au Père et au Fils * et au Saint Esprit.
Comme au commencement, maintenant et toujours * et aux siècles des siècles. Amen.

Ps. 3 Domine, quid multiplicati
Seigneur, qu'ils sont nombreux mes persécuteurs * C'est une foule qui se dresse contre moi.
Toute une multitude s'écrie à mon sujet * "Non, point de salut pour lui en son Dieu!"
Pourtant, c'est toi, Seigneur, qui es mon bouclier * tu es ma gloire; tu me fais redresser la tête.
À peine ai-je élevé la voix vers le Seigneur * qu'il me répond de sa montagne sainte.
Moi qui m'étais couché, assoupi, * je me réveille, car le Seigneur me soutient.
Je n'ai rien à craindre devant cette multitude de gens * qui se dressent de tous côtés contre moi.
Lève-toi Seigneur! * Sauve-moi, mon Dieu!
Tu frappes au visage tous mes persécuteurs * tu brises les dents des pécheurs.
Oui, le salut vient de toi, Seigneur. * Que ta bénédiction descende sur ton peuple.
Gloire au Père et au Fils * et au Saint Esprit.
Comme au commencement, maintenant et toujours * et aux siècles des siècles. Amen.

Ps. 4 Cum invocarem
Quand je t'invoque, réponds-moi, ô Dieu de ma justice * à l'heure de l'angoisse tu m'as réconforté. Aie pitié de moi; écoute ma complainte.
Fils des hommes, jusques à quand aurez-vous le coeur endurci * dans l'amour des vanités et la poursuite du mensonge?
Sachez que le Seigneur a choisi quelqu'un d'admirable * il m'a exaucé quand je l'ai invoqué.
Tremblez, mais ne péchez pas * réfléchissez sur votre couche; mais gardez le silence.
Offrez vos sacrifices avec sincérité * et mettez votre espoir dans le Seigneur.
Il en est tant qui disent "Qui nous fera voir le bonheur?" * Fais lever sur nous, Seigneur, la lumière de ta face.
Tu as mis dans mon coeur plus de joie * qu'aux temps où abondent le froment et le vin!
En paix, je me couche, pour dormir aussitôt * car la sécurité de mon repos vient de toi seul, Seigneur.
Gloire au Père et au Fils * et au Saint Esprit.
Comme au commencement, maintenant et toujours * et aux siècles des siècles. Amen.

2ème Livre de Samuel 1,1-27
Après la mort de Saül, David, qui revenait d'avoir battu les Amalécites, resta deux jours à Siclag. Le troisième jour, on vit paraître un homme venant du camp de Saül, les vêtements en lambeaux et la tête couverte de poussière. En arrivant auprès de David, il se jeta à terre et se prosterna. David lui dit : "D'où viens-tu?" Il répondit : "Je me suis sauvé du camp d'Israël." - "Qu'est-il arrivé? dit David, raconte-le moi." Il répondit : "Les troupes se sont enfuies du champ de bataille. Beaucoup d'hommes de l'armée sont tombés. Saül et Jonatan, son fils, ont péri." - "Comment sais-tu, demanda David au messager, que Saül et Jonatan sont morts?" Le messager répondit : "Je me trouvais sur la montagne de Gelboé, quand je vis Saül s'appuyer sur sa lance, tandis que chars et cavaliers s'acharnaient après lui. Il se retourna et, m'apercevant, il m'appela. Je dis : Me voici. - Qui es-tu? Dit-il. - Je suis un Amalécite. - Approche-toi, reprit-il, et donne-moi la mort, car le vertige me prend, quoique je sois encore plein de vie. - Je me suis donc approché et je lui ai donné la mort, car je voyais qu'il ne survivrait pas à sa défaite. J'ai pris le diadème qu'il avait sur la tête et le bracelet qu'il avait au bras. Voici : je les apporte à mon seigneur." Alors David saisit son vêtement et le déchira, et tous les hommes qui étaient avec lui l'imitèrent. Ils firent un deuil, pleurèrent et jeûnèrent jusqu'au soir à cause de Saül, de son fils Jonatan, de l'armée du Seigneur et de la maison d'Israël, qui étaient tombés par l'épée. David demanda au messager : "D'où es-tu?" - "Je suis fils d'un étranger, répondit-il, d'un Amalécite." David lui dit : "Comment n'as-tu pas craint de porter la main sur l'oint du Seigneur et de le faire périr?" Et faisant signe à l'un de ses hommes, David lui dit : "Viens! Tue-le!" Cet homme le frappa, et il mourut. David dit alors : "Tu es responsable de ta mort. Ta propre bouche a témoigné contre toi quand tu as dit que tu avais fait mourir l'oint du Seigneur."
Alors David entonna sur Saül et sur son fils Jonatan l'élégie suivante, qu'il ordonna d'enseigner aux fils de Juda. C'est le chant de l'Arc, qui se trouve écrit dans le Livre du Juste.
Ta fleur, Israël, a péri sur les hauteurs! Comment sont tombés les héros? N'allez pas l'annoncer dans Gat, ne le publiez pas dans les rues d'Ascalon, de peur que n'exultent les filles des Philistins, que ne se réjouissent les filles des incirconcis. Ô monts de Gelboé, qu'il n'y ait sur vous ni rosée ni pluie, campagnes meurtrières, où fut maculé le bouclier des héros! Le bouclier de Saül n'était pas oint d'huile, mais du sang des blessés, de la graisse des guerriers. L'arc de Jonatan jamais ne recula, ni l'épée de Saül ne revint sans succès. Saül et Jonatan, aimables et charmants, jamais ne furent séparés, ni vivants ni morts. Plus légers que les aigles, plus forts que les lions. Filles d'Israël, pleurez sur Saül, qui vous revêtait de pourpre somptueuse, qui parait de bijoux d'or vos vêtements. Comment sont tombés les héros? En pleine bataille, Jonatan est tombé sur tes hauteurs. Jonatan, mon frère, j'en ai le coeur serré. Tu m'étais extraordinairement cher; plus précieuse m'était ton amitié que l'amour des femmes. Comment sont tombés les héros, comment furent détruits les foudres de guerre?


Évangile selon saint Marc 7,24-8,10
Puis, quittant ce lieu, Jésus S'en fut au pays de Tyr et Sidon. Il était entré dans une maison, et désirait que personne ne l'apprît, mais Il ne réussit pas à passer inaperçu, car une femme, dont la fillette était possédée d'un esprit impur, n'eut pas plus tôt entendu parler de Lui, qu'elle vint se prosterner à Ses pieds. Cette femme était païenne, syrophénicienne d'origine. Or elle Le suppliait de chasser le démon de sa fille. Il lui dit : "Permets d'abord aux enfants de se rassasier; il ne convient pas de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens." Mais elle répliqua : "Oui, c'est vrai, Seigneur; et alors les petits chiens mangent sous la table les miettes des enfants." Et Jésus de lui répondre : "Pour cette parole, va, le démon est sorti de ta fille." Et de retour chez elle, elle trouva son enfant reposant sur le lit. Le démon en était sorti. Et de nouveau, laissant le territoire de Tyr, Jésus vint par Sidon vers la mer de Galilée, au milieu du pays de la Décapole. On lui présente un sourd-bègue, et on Le prie de lui imposer la main. Et Jésus le prit à part, à l'écart de la foule, lui mit Ses doigts dans les oreilles et lui toucha la langue avec de la salive. Puis, les yeux levés vers le ciel, Il soupira et lui dit : "Ephphata", c'est-à-dire : "Ouvre-toi!" Ses oreilles s'ouvrirent et aussitôt le lien de sa langue fut délié, et il parlait convenablement. Il leur interdit de le révéler à qui que ce fût; mais plus Il le leur défendait, plus ils le publiaient. Et ils étaient saisis d'une immense admiration. "Il a bien fait toutes choses, disaient-ils; Il fait entendre les sourds et parler les muets!" En ces jours-là, comme il y avait de nouveau une foule nombreuse et que ces gens n'avaient rien à manger, Jésus appela les disciples : "J'ai pitié de ce peuple, dit-il, car voilà 3 jours déjà qu'ils s'attachent à Moi, sans rien avoir à manger. Si Je les renvoie chez eux à jeun, ils tomberont de faiblesse en chemin, et quelques-uns d'entre eux sont venus de loin!" Ses disciples Lui répondirent : "Comment pourrait-on jamais les rassasier de pain ici dans un désert?" Mais Lui de leur demander : "Combien avez-vous de pains?" - "Sept", dirent-ils. Alors Il fit accroupir la foule sur le sol; puis Il prit les 7 pains, rendit grâce, les rompit et les donna à Ses disciples pour les distribuer; et ils les servirent à la foule. Ils avaient aussi quelques menus poissons; Il les bénit, et les fit servir également. Ils mangèrent à satiété, et l'on emporta 7 paniers des morceaux qui restaient. Or ils étaient 4.000 environ. Ensuite Jésus les congédia. Et Se rembarquant avec Ses disciples, Il Se rendit au pays de Dalmanutha.

COLLECTE POUR DIMANCHE TRINITÉ 6
O Dieu, Qui as préparé pour ceux qui T’aiment, des biens qui surpassent l’entendement humain; répands en nos coeurs un tel amour pour Toi, que, T’aimant par dessus tout, nous obtenions le fruit de Tes promesses, qui excèdent tout ce que nous pouvons désirer.
Par notre Seigneur et Sauveur, Jésus-Christ, Qui vit et règne avec Toi et le Saint Esprit, Dieu Un, pour les siècles des siècles.


Divine Liturgie (Sarum)
Épître : Romains 6,3-11
Ignorez-vous que nous tous, qui avons été baptisés dans le Christ Jésus, c'est en Sa mort que nous l'avons été? Nous avons été ensevelis avec Lui par le baptême dans la mort, afin que, comme le Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, nous vivions, à notre tour, une vie nouvelle. Si, par une mort semblable à la Sienne, nous sommes devenus un même être avec Lui, nous le serons aussi par une commune résurrection. Nous sommes conscients de ce que notre vieil homme a été crucifié avec Lui, afin que le corps de péché fût réduit à l'impuissance, si bien que nous cessions désormais d'être les esclaves du péché; car celui qui est mort est affranchi du péché. Or, si nous sommes morts avec le Christ, nous croyons que nous vivrons aussi avec Lui, sachant que le Christ, une fois ressuscité des morts, ne meurt plus. Sur lui la mort n'a plus d'emprise. Mort, il l'est au péché, une fois pour toutes. Vivant, il l'est pour Dieu. Vous donc aussi, considérez-vous comme morts au péché, et comme vivants pour Dieu dans le Christ Jésus.

Évangile : Saint Matthieu 5,20-26
Car, Je vous le dis, si votre justice ne surpasse celle des scribes et des pharisiens, vous n'entrerez pas dans le Royaume des cieux. Vous l'avez appris: il a été dit aux anciens: "Tu ne tueras pas (Ex. 20.13)" : tout meurtrier sera passible du tribunal. Mais moi je vous dis: Tout homme qui se met en colère contre son frère sera passible du tribunal; celui qui dit à son frère: Raca, sera passible du Grand Conseil; et celui qui lui dira: Fou, sera passible de la géhenne du feu. Lors donc que tu présentes ton offrande à l'Autel, si tu te rappelles que ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton offrande devant l'Autel, et va d'abord te réconcilier avec ton frère; alors seulement, tu viendras présenter ton offrande. Accorde-toi promptement avec ton adversaire tandis que vous venez ensemble au tribunal, de peur qu'il ne te livre au juge, et le juge à l'huissier, et que tu ne sois mis en prison. Oui, te dis-Je, tu n'en sortiras pas que tu n'aies payé jusqu'au dernier sou.



"tabernacle" de style médiéval..
mais exposé dans un lieu de religion hétérodoxe
(voir présence & style de la statue à gauche)


ndt : Contrairement à ce qui est "enseigné" aux catholiques-romains, la boîte fixée à une table d'autel n'est pas de tradition apostolique, elle est l'invention de l'hétérodoxe Charles Borromée, au 16ème siècle, bref en détachement complet de la tradition ancienne. Idem pour la version "boîte encastrée" d'accès facile, à proximité de ce qu'on leur dit être un autel, ça non plus n'est pas d'origine apostolique.
On regrettera dès lors encore plus l'attachement, parfois jusqu'à l'acharnement, que certains de nos frères de rite orthodoxe occidental ont à cet objet incongru sur un Autel: il faut le dire et le redire, le romantisme les guide plus que la science religieuse; et l'absence de réel contrôle épiscopal (la plupart des hiérarques s'en fichent, comme du reste) mène à ce genre d'absurdité. Voire de dangereuse habitude : faire entrer dans l'Église du Christ, sous prétexte de "restauration," des pratiques et théologies étrangères à l'Église. Et le coup du tabernacle n'est qu'un parmi beaucoup d'autres, voir l'exemple en photo :

Autel avec tabernacle fixé dessus, crucifix "sulpicien", acolyte enfant revêtu d'un costume féminisé, banc de communion, toutes des inventions du catholicisme-romain du 16ème-17ème siècle. Même la cape liturgique du prêtre est bizarre par rapport à la pratique de l'Occident orthodoxe.. Passons..

Pour revenir au sujet, on retrouve cette "colombe-tabernacle" très tôt dans l'antiquité Chrétienne, pour la préservation des saints Dons. Anastase le Libraire, dans son "De vita Pontificum," écrivait que l'empereur Constantin-le-Grand avait donné à la basilique Saint-Pierre à Rome une "tour" et une "colombe" d'or pur, rehaussées de 250 perles blanches. L'évêque de Rome saint Innocent 1er fit réaliser une "tour" en argent et une "colombe" en or pour l'église des saints Gervais et Protais.
La "tour" et la "colombe" étaient conservées en divers lieux. En Occident gallican, la colombe se trouvait parfois au dessus de l'Autel, je ne sais pas en ce qui concerne la "tour," n'ayant rien vu sur le sujet. En Occident "romain," saint Jérôme parle de ce sacrarium comme lieu de conservation et lui donne le nom utilisé en Orient : "Quare 'sacrariu,' in quo iacet Christi corpus, qui verus est Ecclesiae et animarum nostrarum sponsus, proprie thalamus seu 'pastophorium' appellatur." En Orient, les "Constitutions Apostoliques" (4ème siècle) disent que cela se trouvait dans la partie la plus inaccessible de l'église : "Après que tout le monde ait communié, les diacres emportent ce qui reste au pastophorium." Dans tous les cas, la sainte Réserve, qui servait à la Communion des malades et à rien d'autre, était noblement conservée.



HOMÉLIE DU DIMANCHE TRINITÉ 6

homélie 2006/2008:
L'Évangile de la Liturgie de ce jour (Mt 5,20) est un de ceux qu'il faut écouter avec toute notre attention, car il comporte un certain nombre de points qui posent souvent question. Dès lors, je vais les aborder l'un après l'autre. En commençant avec le verset 20, nous trouvons le mot "justice" mis en contraste avec la justice d'un groupe précis au sein de la société dans laquelle les disciples de Jésus vivaient. Les pharisiens recommandaient un comportement qu'ils disaient juste et qui était le "bon" comportement – à savoir conforme à la lettre de la Loi divine, exprimée dans la Torah. Il n'y avait en fait que peu voire pas de place pour l'amour ou la compassion, dans leur concept de justice. Certes, ils luttaient cependant dur pour s'en tenir à la lettre de la Loi – à un degré que nous trouverions tout à fait incroyable.
La justice dont parle Jésus, de Sa propre autorité ("mais Moi Je vous dis..") commence par la relation de la personne individuelle avec Dieu. C'est une "vraie relation" avec Dieu, une relation juste qu'il faut commencer à avoir avec Lui. Par l'Incarnation du Fils, Dieu nous a donné la possibilité de recevoir la propre justice de Dieu directement du Christ. Sa justice – qui est la justice que nous devons acquérir, est résumée par Lui dans Son grand récapitulatif de la Loi (Mt 22,37-40; Mc 12,29-31): "Écoute, Israël, le Seigneur notre Dieu est l'unique Seigneur; et tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme, de tout ton esprit et de toute ta force. Voici le second: Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Il n'y a pas d'autre commandement plus grand que ceux-là. À ces deux commandements se réduisent toute la loi et les Prophètes."
Ce qu'Il veut bien entendu dire par cela, c'est que si quelqu'un suit cette règle-là, et avec soin, alors d'office il accomplira le but de la myriade de petites règles légales qui sont reprises dans la Loi Mosaïque. C'est la justice de la règle de l'amour qu'enseigne le Christ, non pas la justice d'une froide conformité légaliste.
Le restant du chapitre, jusqu'au verset 48, est en fait une série d'illustrations concrètes de ce que cet amour, cette justice, signifie réellement. La colère pécheresse et injuste est mise à équivalence d'un meurtre – un fait qui devrait nous amener à nous calmer considérablement. C'est un de ces points que nous avons tendance à considérer comme juste une façon de parler – et pourtant, c'est un point terriblement important. Littéralement, il signifie qu'aux yeux de Dieu, chacun d'entre nous est aussi coupable que ceux qui sont en prison pour meurtre. Cela signifie que nous ne devrions pas oser nous considérer nous-mêmes comme des "gens ordinaires, bien," car nous ne le sommes pas du tout.
De nos jours, nous avons tendance à désapprouver toute velléité à se vautrer dans nos péchés, et c'est quelque chose qu'un sain Christianisme désapprouve en effet – mais pas au point d'exclure une juste reconnaissance de la totalité de ce que nous avons fait de mal – notre responsabilité, individuelle et en groupe, et l'absolue nécessité pour nous de rechercher le pardon complet. L'avertissement
suivant le montre bien : lors de la Divine Liturgie, nous ne devrions pas vouloir recevoir la sainte Communion si nous savons que quelqu'un a quelque chose contre nous. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle dans les antiques Liturgies, et dans le rite de Sarum, il y a l'échange du baiser de paix au début – un rappel que nous devons être réconciliés avant d'approcher de l'Autel.
Le verset 25, que saint Luc place dans son Évangile dans un contexte de la fin de ce temps, nous dit qu'il est urgent pour nous de résoudre tous nos désaccords et nos querelles, car qu'il s'agisse de la Parousie ou Seconde Venue du Christ, de notre repos individuel dans la mort, ou de la réception de la sainte Communion, nous ne pouvons pas nous permettre de nous y trouver sous le poids de disputes et de colère. Tout ceci, c'est la propre illustration donnée par le Christ à propos de la nécessité pour nous d'adopter une justice qui ne soit pas basée sur la lettre de la Loi, mais plutôt sur l'esprit tout entier de la Loi. Les mots "Loi" et "justice" sont toujours synonymes dans la relation entre nous et Dieu. Notre relation avec Dieu doit être faite d'humilité, d'obéissance, et d'un amour reçu, réciproqué et répandu par nous.

p. Michaël, higoumène (abbé), Saint-Petroc monastery, EORHF/Rocor
http://www.orthodoxresurgence.com/petroc/index.htm
http://www.orthodoxresurgence.com

note de traduction : Si c'est un étranger à l'Église qui nous en veut, vu qu'en dehors de l'Église ne règnent que ténèbres, il n'aura pas la capacité spirituelle de comprendre le pardon, le sens et le but - ni même ne sera capable de vraiment juger si la raison pour laquelle il nous en veut est bonne ou pas. Ce serait un problème insolvable que le Christ aurait posé sur les épaules des fidèles que d'imposer une réconciliation avec des non-croyants. Et même un impossibilité : Seuls les frères dans la Foi pouvant prendre part au Sacrement de l'Autel, c'est donc bien entendu de pardon entre frères en Christ qu'il s'agit ici. Cependant, je pense que cela ne nous dédouane pas de tenter des réconciliations avec nos connaissances vivant loin du Christ; mais leur refus ne nous liera pas comme le ferait celui d'un frère, c'est là toute la différence, amha.


Autel médiéval
Psautier gallican, ms Lewis E 181, folio 26v
Copie réalisée dans les Flandres vers 1270. Comporte cantiques, litanies et Office des défunts. L'initiale historiée D représente un saint devant un Autel. Il pointe du doigt vers son oeil, exprimant gestuellement le premier verset du Psaume 26 : "Le Seigneur est ma Lumière et mon Salut, qui pourrais-je craindre?"
Ce Psautier se trouve à la bibliothèque publique de Philadelphie (USA), Rare Book Department

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