"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

20 novembre 2008

Saint Edmond le roi-martyr, saint patron originel de l'Angleterre (+ 870)


source: Saint John the Wonderworker Orthodox Church, Felixstowe
Wadgate Road, Felixstowe, Suffolk, IP11 2LP, ENGLAND


Le saint patron Orthodoxe de l'Angleterre, autrefois elle aussi terre du Christ comme la Belgique ou la France (e.a.), ou actuellement encore la Grèce ou la Russie (e.a.), c'était saint Edmond, le roi-martyr. C'est un souverain catholique-romain, Edouard III (+ 1377), bien entendu de très mauvaise réputation (voyez sa vie, associée à celle du terrible "chevalier noir" & la guerre de 100 ans), qui changera ce saint patronage pour saint Georges, associé hélas à l'Ordre de la Jarretière. Chez ces gens-là, rien n'est impossible, sauf ce qui est bien.. hélas..
En 2006, les politiciens du Suffolk relayeront une pétition populaire pour réinstaller saint Edmond à sa place légitime, pétition ayant atteint l'échelle nationale et diffusée par la BBC. Mais le premier ministre Tony Blair (anglican puis catholique-romain) la rejettera. Le Suffolk reprendra alors saint Edmond comme saint patron régional.
Voici quelques textes sur saint Edmond, où l'historique se croise avec le mythique, mais du légendaire portant des messages spirituels, pas simplement des histoirettes pour faire rêver.


Saint Edmund le Martyr, roi
(Edmond)
http://groups.yahoo.com/group/celt-saints/message/3245

Né en 841; mort à Hoxne, Suffolk, Angleterre, en 869 ou 870. Aussi fêté le 2 Novembre.

Le jour de la Noël 855, le jeune Edmund, âgé de 14 ans, fut acclamé roi de Norfolk par les dirigeants et le clergé de ce pays. Les années qui suivirent, les principaux dirigeants du pays l'acceptèrent aussi comme leur roi.

15 ans durant, Edmund régna sur les Est Angles, d'une manière qui démontrait une dignité et justice de Chrétien. Lui-même semble avoir modelé sa piété sur celle du saint roi David de l'Ancien Testament, étant devenu en particulier très compétent dans la récitation des Psaumes lors des Offices publics.

A partir de 866, son royaume fut de plus en plus menacé par les invasions des Danois. Durant 4 ans, les Est Angles s'efforcèrent de maintenir une paix assez relative, souvent rompue par les Danois. Puis les envahisseurs brûlèrent Thetford. L'armée du roi Edmund attaqua les Danois, mais elle ne vainquit pas ces pirates. Edmund fut fait prisonnier et devint une cible pour les archers Danois.

Dans un récit plus tardif, la "Chronique Anglo-Saxonne," réputée être le récit d'un témoin oculaire, Abbo de Fleury compare saint Edmund avec saint Sébastien, et lui aussi devint un saint invoqué contre la peste. Edmund fut capturé à Hoxne. Il refusa de partager son royaume Chrétien avec les envahisseurs païens, suite à quoi il fut attaché à un arbre et percé de flèches, jusqu'à ce que son corps soit "comme un chardon couvert de picots"; puis ils lui coupèrent la tête. Il mourut avec le Nom de Jésus sur ses lèvres.

Le récit continue en rapportant que les Danois "tuèrent le roi et envahirent tout le pays.. ils détruisirent toutes les églises qu'ils rencontrèrent, et en atteignant Peterborough, ils tuèrent l'abbé et les moines et brûlèrent et détruisirent tout ce qu'ils y trouvèrent."

Saint Edmund demeure le seul souverain Anglais jusqu'à Charles 1er à être mort pour sa Foi de même que la défense de son trône. Edmund fut vite vénéré comme martyr, et sa vénération se répandit largement à travers le Moyen-Age.

On dépeint généralement le roi Saint Edmund en roi barbu tenant son emblème - une flèche. Parfois on le représente attaché à un arbre et abattu, ou avec sa tête entre les pattes d'un loup.
Il est vénéré à Bury-Saint-Edmunds (arrondissement de Saint Edmund), où son corps fut enchâssé et une grande abbaye bâtie en 1020. On n'y possède plus que 3 dents. Son corps est dans le château d'Arundel Castle et sa tête à Toulouse.

Par les prières du saint martyr Edmund et de tous les saints de Grande-Bretagne,
Christ notre Dieu, fais-nous Miséricorde et sauve nous!

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même après le Schisme, il a continué à être vénéré, jusqu'à la Déforme, où on a détruit presque toutes ses saintes reliques.

Collecte pour la Liturgie de l'ancien rite romain orthodoxe, en la fête de saint Edmond
"Ô Dieu d'inexprimable miséricorde, Qui accorda la victoire sur l'ennemi à ton bienheureux roi Edmund en lui permettant de mourir pour Ton Nom: accorde miséricordieusement à Ta famille que par son intercession, nous puissions être dignes d'éteindre en nous-mêmes les provocations de l'ancien Ennemi, et d'ainsi le vaincre. Par notre Seigneur Jésus-Christ, Ton Fils, Qui vit et règne avec Toi et le Saint Esprit, Dieu Un, pour les siècles des siècles. Amen" (src: Sarum)

Saint Humbert d'Est-Anglie, évêque et Martyr
(Humbertus, Humbryct ou Hunbeorht)

Mort le 20 novembre 870. Il fut consacré évêque d'Elmham entre 816 et 824. Saint Humbert couronna roi Saint Edmund, le jour de la Noël en 855. Comme son seigneur séculier, Saint Humbert fut martyrisé par les envahisseurs Danois.

Sculpture d'un loup (fort approximatif!) tenant la tête de saint Edmund
banc d'église, 14 s.
Saint-Mary, Hadleigh, Suffolk


Tropaire de saint Edmond le roi-martyr, tron 4:
Dans ses souffrances, le roi-martyr Edmond
échangea sa couronne terrestre pour une céleste
et se réjouissant en Ta puissance, Ô Christ notre Dieu,
Il triompha de ses bourreaux et écrasa les vanités des démons.
Que tous les peuples de cette terre se réjouissent en lui,
afin que par ses prières, nos âmes soient sauvées.


Office (en anglais) à saint Edmond
http://www.orthodoxengland.org.uk/sersted.htm

Homélie pour la fête de saint Edmond, roi et martyr
http://www.orthodoxengland.org.uk/sermsted.htm

Au Nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit
Au 3ème siècle, Tertullien écrivit que "le sang des martyrs est semence de l'Église." Il savait cela d'expérience, car il avait été témoin de la fin de bien des martyrs du Christ. Ses paroles font écho au fait que l'Église a été fondée sur le sang du Christ, sur Sa Croix, sur Son sacrifice (*).
En effet, le progrès spirituel ne peut être réalisé que par la Croix, par le sacrifice. Cependant, il n'y a pas sacrifice là où l'Église ne devient qu'une simple institution, un rituel, une forme vide. Mais là où il y a sacrifice, martyre, la Croix, là est la vie spirituelle. Nous pouvons voir cela de manière très nette dans l'Ancien Testament. A l'époque du Christ, par exemple, la religion des Hébreux était devenue en grande partie une religion formelle, où on pinaillait et coupait les cheveux en 4, le pharisaïsme. De plus, tout au long de l'Histoire, certains Chrétiens sont souvent retombés dans cette sorte de religion vétéro-testamentaire. Cependant, la véritable religion et tout progrès spirituel, qui est le but de la religion, est toujours basé non pas sur une religion institutionnalisée, qui est la décadence spirituelle, mais sur le sacrifice, sur la Croix, sur les martyrs.
C'est pourquoi, afin de convertir l'immense empire romain au Christianisme, il fallut 3 siècles de martyrs dans tous les pays de cet empire. Le martyre fut la précondition de cette conversion. Sans lui, cette conversion n'aurait jamais eu lieu.
Cependant, les pays qui ne sont venus que plus tard à la Foi Orthodoxe n'ont que souffert de martyres, au moins au départ. Par exemple, entre les 10ème et 12ème siècles, en dehors de rares exceptions, la Conversion de la Russie a eu lieu pacifiquement. La Russie a commencé ses souffrances uniquement après cet âge d'or, avec l'invasion et les destructions par les Mongols. De la même manière que la Conversion de l'Angleterre (2) au Christianisme Orthodoxe, qui n'a commencé qu'à la fin du 6ème siècle, s'est déroulée dans une paix relative pendant quelque 200 ans. Cependant, ensuite, et pendant quelque 200 ans, l'Angleterre fut ravagée par les invasions de païens, les Vikings danois. De plus, ce fut cette région d'Angleterre, l'ancien royaume de l'Est Anglie, qui en souffrit le plus. Se trouvant sur la côte Est, faisant face à la patrie des Vikings danois, la côte Est souffrit plus que n'importe quel autre endroit.
A cette époque-là, l'Est Anglie était encore un royaume indépendant de la confédération anglaise. Il était dirigé par un jeune roi, encore célibataire, approchant de la trentaine. Il s'appelait Edmund, ce qui en Olde English (vieil anglais médiéval) signifie "noble protection." Et en effet, il vécut conformément à son nom, ayant une réputation de compassion et de protection, bon envers le pauvre, la veuve et l'orphelin. Son plus grand défi provenait de l'arrivée des destructeurs Danois. Il faut remarquer que les attaques et ravages des Vikings danois ne venaient pas d'une autre race. Les Danois et les Anglais étaient de la même race, de sorte qu'ils pouvaient grosso modo comprendre leurs langues respectives. Il n'y avait qu'une différence essentielle entre les Vikings danois et les Anglais – les premiers étaient païens, les derniers étaient Chrétiens.
Le roi Edmund engagea la résistance contre les attaques des Vikings, qui avaient détruit églises et monastères et maisons et villages un peu partout dans le pays. Se battant côte à côte avec le grand roi Chrétien Alfred, qui allait plus tard sauver l'Angleterre, Edmund fit de son mieux, mais pour finir, il fut submergé par la masse des Danois.
Le roi fut capturé à Hoxne, dans le nord du Suffolk. Là, les Danois lui firent une offre, devenir un roi fantoche, un collaborateur, sous leur tyrannie païenne, ou mourir. Edmund choisit de ne renoncer en rien à la Foi, et il choisit ainsi la mort. Un témoin oculaire de l'époque rapporte comment il fut tabassé et ligoté, puis lié à un chêne, et ensuite comment les Danois l'utilisèrent comme cible pour leur entraînement au tir à l'arc. Pendant tout ce martyre, le Nom du Sauveur ne quitta pas ses lèvres. Enfin, déchiré de douleur par ses innombrables blessures, le roi Edmund fut décapité. C'était vers 869.
Un des récits les plus connus de la région rapporte comment les Danois abandonnèrent le corps d'Edmund sans sépulture, avec sa tête jetée dans un buisson de ronces. Lorsque les hommes vinrent à sa recherche, ils ne trouvèrent que le corps, pas la tête; c'est un loup qui les appela, probablement le propre chien-loup de chasse d'Edmund qui leur indiqua le lieu où se trouvait la tête. C'est la scène que l'on voit sur l'Icône au centre de l'église.
Ils emportèrent le corps et la tête, les déposèrent dans une chapelle de branches construite à la hâte, et aussitôt les miracles commencèrent. Une lumière fut aperçue au dessus de la tombe, aveugles et malades furent guéris. La tête se rattacha miraculeusement au corps, ne laissant voir qu'une profonde cicatrice rouge à l'endroit de la cruelle coupure entre le torse et la tête. Les habitants du coin vinrent en pèlerins pour vénérer les reliques d'Edmund, qui restèrent intactes et incorrompues.
Trente ans passèrent, les enfants des Vikings s'étaient installés en Angleterre, et ils avaient été baptisés. Le corps d'Edmund fut transféré du petit village d'Hoxne vers la ville centrale du Suffolk, une ville qui allait bientôt être connue comme la Ville de saint Edmund – Bury St Edmunds. Les enfants des Danois et ceux des Danois encore en vie, ayant pris de l'âge, vinrent pour vénérer Edmund, et frappèrent des monnaies en l'honneur de Saint Edmund. Bien vite, il fut reconnu comme saint patron de toute l'Est Anglie. Son symbole des 3 couronnes, représentant sa royauté, son martyre et sa virginité, se rencontre encore de nos jours sur nombre d'emblèmes, d'écussons, de drapeaux, etc, dans toute l'Est Anglie.
Un peu plus tard, au 10ème siècle, le roi d'Angleterre de l'époque, Athelstan, construisit une grande route depuis le principal port d'Est Anglie, St Felix à Dunwich, jusque Bury St Edmunds. Cette route des pèlerins fut appelée "route du roi" et était l'équivalent d'une autoroute moderne. La vénération à saint Edmund se répandit dans toute l'Angleterre, et quelque 60 églises furent dédiées à sa mémoire, et il se vit proclamer premier saint patron de l'Angleterre. En entendant son nom, le cri qui suivait était "pour l'Angleterre et pour la liberté!"
Fait étrange, le dernier miracle rapporté auprès des reliques de saint Edmund semble avoir eu lieu au milieu du 11ème siècle. Au fur et à mesure que l'église à Bury St Edmunds devint de plus en plus riche, de plus en plus puissante, et de plus en plus institutionnelle et décadente, ainsi la vie spirituelle semble s'y être éteinte. Dès le 13ème siècle, lorsque l'abbaye à Bury St Edmund fut propriétaire de la moitié du Suffolk, son église était devenue la 3ème plus grande en taille, dépassée seulement par Sainte-Sophie à Constantinople et Saint-Pierre à Rome. C'est au début du 13ème siècle que les reliques de saint Edmund furent volées par des chevaliers français, et emmenées à Toulouse, dans le sud-ouest de la France. Bien que l'abbaye continua à être riche et puissante, elle finit par s'écrouler et fut détruite au 16ème siècle. Nous savons que de nos jours, il ne subsiste que de gros pans de ruines de murailles dans les jardins de l'abbaye.
Cependant, au 19ème siècle, à Hoxne, le chêne auquel, selon la tradition, Edmund avait été attaché plus de mille ans auparavant, s'abattit. Lorsqu'il eut été scié, on trouva en son creux une pointe de flèche danoise. On peut la voir de nos jours au musée à Bury St Edmunds, une relique de toutes ces flèches qui avaient été tirées contre saint Edmund il y a si longtemps d'ici. Ensuite, au début du 20ème siècle, la plupart des reliques survivantes de saint Edmund furent restituées de France à l'Angleterre. Elles se trouvent en sécurité, mais cachées, dans une église catholique-romaine à Arundel, dans le Sussex. Un minuscule fragment de ces reliques a été apporté à l'église catholique-romaine de Bury St Edmunds dans les années 1960. Il existe une ancienne prophétie disant que toutes les reliques du saint seront ramenées à Bury St Edmunds avant la fin du monde. Cependant, pour que cela puisse avoir lieu, il faudra au préalable que les gens du lieu apprennent à les vénérer d'une manière appropriée.

Que pouvons-nous apprendre aujourd’hui du sacrifice de saint Edmund?
Tout d'abord, qu'aucun sacrifice n'est jamais vain. Un sacrifice inspire toujours et triomphe, quand bien même l'inspiration et la victoire ne viennent que plus tard, ou au prix de nos vies humaines.
Deuxièmement, nous pouvons apprendre que de même que saint Edmund libéra les païens de leurs illusions à travers son sacrifice volontaire, nous aussi, aujourd’hui, nous pouvons nous libérer nous-mêmes de notre propre royaume païen, à savoir notre péché, et cela par notre propre sacrifice.
Et troisièmement, nous pouvons apprendre qu'en confessant notre confiance en saint Edmund, nous confessons notre foi en autre chose que les valeurs de ce monde, les richesses et puissance institutionnelles, nous confessons les valeurs éternelles, et cela, ce sont les uniques valeurs qui nous sauverons, comme elles ont sauvé il y a bien longtemps nos pères, et tout le pays d'alors.
Saint martyr Edmund, prie Dieu pour nous!
Amen.
p. Andrew Philips

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ndt :
(1) "..ce ne sont pas les martyrs qui font l'Évangile, mais c'est l'Évangile qui fait les martyrs."
lettre 27, aux prêtres et diacres qui sont à Rome
saint Cyprien, évêque de Carthage, Père de l'Église et martyr
C'est en étant fidèle à l'Évangile jusqu'au bout que saint Edmund est devenu une balise pour notre vie, ici et maintenant. Sa paternité est spirituelle et éternelle, et n'a pas de frontières.

(2) à comprendre bien entendu dans le sens "pays des Angles & Saxons," puisqu'avant l'invasion des Saxons, il y avait déjà le Christianisme Orthodoxe bien implanté sur cette île, sous sa forme celtique. Entre les peu documentées mais bien réelles présences & actions d'évangélisation de saint Joseph d'Arimathie et saint Aristobule, puis le bien documenté martyre de saint Alban au 3ème siècle, et saint Gildas le Sage qui décrivit au 5ème siècle l'invasion des Saxons, la Chrétienté insulaire, Orthodoxe bien entendu, était fertile et nous a laissé quantité de témoignages historiques et liturgiques, et beaucoup de sainteté pour nous inspirer en nos temps si difficiles.


Martyre de saint Edmund, peinture murale à Saint-Mary, Troston.
"Les fresques les plus émouvantes de ce lieu sont un extrait de ce qui semble être une représentation du 14ème siècle du martyre de saint Edmund. Troston se trouve à mi-chemin du lieu probable du martyre, Hoxne, et du lieu final du repos, Bury Abbey. Ces peintures se trouvent sur le mur nord."



Belle suite historique en travaux!


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