"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

14 novembre 2008

Saint Grégoire Palamas: la Lumière incréée et le prince des théologiens Orthodoxes

http://ocafs.oca.org/FeastSaintsViewer.asp?FSID=103303



Saint Grégoire Palamas, archevêque de Thessalonique, naquit en 1296 à Constantinople. Le père de saint Grégoire devint un éminent dignitaire de la court d'Andronikos II Paleologos (1282-1328), mais il mourut bientôt, et Andronikos s'occupa d'élever et d'éduquer l'orphelin. Doté de grandes capacités et intelligence, Grégoire maîtrisa tous les sujets que comportaient toutes les études de la haute éducation médiévale. L'empereur espérait que le jeune se consacrerait au service du gouvernement. Mais Grégoire, à l'âge d'à peine 20 ans, se retira à la sainte Montagne de l'Athos en 1316 (certaines sources disent 1318), et il devint novice au monastère de Vatopedi, sous la guidance de l'Ancien saint Nicodème de Vatopedi (11 juillet). Là, il fut tonsuré et commença à suivre la voie des ascètes. Un an plus tard, le saint évangéliste Jean le Théologien lui apparut en songe, et lui promit sa protection spirituelle. La mère et les soeurs de saint Grégoire entrèrent entre-temps elles aussi dans la vie monastique.

Après le décès du geronda Nicodème, saint Grégoire passa 8 ans dans le combat spirituel sous la guidance de l'Ancien Nicéphore, et après la mort de ce dernier, Grégoire partit pour la Laure de saint Athanase (5 juillet). Là, il servit à table et puis devint chantre. Mais 3 ans plus tard, il partit pour le petit skite de Glossia, s'efforçant de parvenir à un plus haut degré de perfection spirituelle. L'higoumène de ce skite commença à apprendre au jeune homme la méthode de la prière continue et le contrôle de l'activité mentale, qui avaient été développés par les moines depuis les grands ascètes du désert au 4ème siècle : Évagre le Pontique et saint Macaire d'Égypte (19 janvier).

Plus tard, au 11ème siècle, saint Syméon le Nouveau Théologien (12 mars) donna des instructions détaillées sur l'activité mentale pour ceux qui priaient de manière extériorisée, et les ascètes du Mont Athos les mirent en pratique. L'usage expérimenté de la prière mentale (ou prière du coeur / Prière de Jésus), qui requiert solitude et calme, est appelé "hésychasme" – du grec "hesychia," qui signifie calme, silence – et ceux qui le pratiquent ont été appelés les "hésychastes."

Pendant son séjour à Glossia, le futur hiérarque Grégoire s'imprégna pleinement de l'esprit de l'hésychasme, et en fit une partie essentielle de sa vie. En 1326, à cause des invasions turques, lui et ses frères se retirèrent à Thessalonique, où il fut ordonné à la sainte prêtrise.

Saint Grégoire combina ses devoirs de prêtre avec la vie d'ermite. Cinq jours par semaine, il restait dans le silence et la prière, et il ne venait auprès de son peuple que les samedi et dimanche. Il célébrait les divins Offices et prêchait. Ceux qui étaient présents à l'église, ses homélies évoquaient à la fois tendresse et larmes. Parfois, il visitait les groupes de discussions théologiques de la jeunesse éduquée de la ville, qui étaient dirigés par le futur patriarche, Isidore. Un jour, à son retour d'une visite à Constantinople, il trouva un endroit adéquat pour une vie de retraite près de Thessalonique, dans la région de Bérée (Bereia). Bien vite, il y rassembla une petite communauté de moines solitaires, et la guida 5 années durant.


Au cours des années 1330, différents événements eurent lieu dans l'Église Orthodoxe orientale, qui ont amené saint Grégoire à être un des plus importants apologistes universels de l'Orthodoxie, et lui ont apporté la réputation de maître de l'hésychasme.

Vers 1330, Barlaam, un moine érudit, arriva de Calabre à Constantinople. Il était l'auteur de traités de logique et d'astronomie, un orateur très expérimenté, et il venait de recevoir une chaire universitaire dans la capitale, et commença à disserter sur les oeuvres de saint Denys l'Aéropagite (3 octobre), dont la théologie "apophatique" ("négative" par contraste avec la "kataphatique," affirmant ou positive) était acclamée de manière équivalente tant dans l'Église que chez les Occidentaux. Bientôt, Barlaam séjourna sur le Mont Athos, où il découvrit la vie spirituelle des hésychastes. Disant qu'il était impossible de connaître l'essence de Dieu, il déclara que la prière mentale était une erreur hérétique. Faisant le voyage du Mont Athos jusque Thessalonique, et de là jusque Constantinople, puis revenant ensuite à Thessalonique, Barlaam entra en controverse avec les moines et tenta de démontrer la nature créée, matérielle, de la lumière du Thabor – c-à-d la Lumière de la Transfiguration. Il se moqua de l'enseignement des moines à propos des méthodes de prière, et de la Lumière incréée vue par les hésychastes.

A la demande des moines athonites, saint Grégoire répondit tout d'abord par des admonitions verbales. Mais constatant la futilité de ses efforts, il coucha ses arguments théologique par écrit. C'est ainsi que parurent les "Triades pour la défense des saints hésychastes" (1338). Vers 1340, les ascètes athonites, avec l'assistance du saint, compilèrent une réponse globale aux attaques de Barlaam, que l'on a appelée le "Tome hagiorite." Au Concile de Constantinople de 1341, dans l'église de Sainte-Sophie, saint Grégoire Palamas débattit avec le thomiste Barlaam, concentrant la discussion sur la Lumière du Mont Thabor. Le 27 mai 1341, le Concile accepta la position de saint Grégoire Palamas, à savoir que Dieu, inaccessible en Son Essence, Se révèle à travers Ses énergies, qui sont envoyées vers le monde et que nous pouvons percevoir, comme la Lumière du Thabor, mais qui ne sont ni matérielles ni créées. Les enseignements de Barlaam furent condamnés comme hérésies, et lui-même fut anathémisé et s'enfuit en Calabre.

Mais la controverse entre les Palamites et les Baarlamites était loin d'être close. Ces derniers comptaient dans leurs rangs le disciple bulgare de Barlaam, le moine Akyndinos, et aussi le patriarche Jean XIV Kalekos (1341-1347); l'empereur Andronikos III Paleologos (1328-1341) pencha aussi pour leur opinion. Akyndinos, dont le nom signifie "qui ne cause aucun tort," causa en réalité beaucoup de tort par ses enseignements hérétiques. Akyndinos écrivit une série de traités dans lesquels il déclara que saint Grégoire et les moines Athonites étaient coupables de troubles dans l'Église. De son côté, le saint réfuta en détail toutes les erreurs d'Akyndinos. Le patriarche soutint Akyndinos et déclara saint Grégoire cause de tous les troubles et perturbations dans l'Église (1344) et le fit enfermer 4 ans durant en prison. En 1347, lorsque Jean XIV fut remplacé sur le trône patriarcal par Isidore (1347-1349), saint Grégoire Palamas fut libéré, et élevé au rang d'archevêque de Thessalonique.

En 1351, le Concile de Blachernae confirma solennellement toute l'Orthodoxie de ses enseignements. Mais le peuple de Thessalonique n'accepta pas de sitôt saint Grégoire, et il fut forcé de vivre en divers endroits. Lors d'un de ses voyages à Constantinople, le navire grec tomba aux mains des Turcs. Même en captivité, saint Grégoire prêcha aux prisonniers Chrétiens, et même à ses ravisseurs musulmans. Les "hagarènes" (musulmans) furent étonnés par la sagesse de ses paroles. Certains cependant furent incapables de les supporter, et ils le frappèrent, et ils l'auraient tué s'ils n'avaient espéré obtenir une forte rançon pour sa libération. Un an plus tard, la rançon fut payée et saint Grégoire rentra à Thessalonique.


0 Ιωάννης ΣΤ' Κατακουζηνός προεδρεύει στη σύνοδο των Βλαχερνών (1351). Δεξιά του εικονίζονται με αρχιερατικά άμφια ο πατριάρχης Κάλλιστος Α' και ο Γρηγόριος Παλαμάς και αριστερά του ο Φιλόθεος και ο Αρσένιος
"Ioannis Katakouzinos préside au Synode de Blachernae en 1351. A droite le patriarche Calixte I et saint Grégoire Palamas, à gauche Philotheus et Arsenios"

Saint Grégoire accomplit nombre de miracles au cours des 3 années précédant sa mort, guérissant ceux qui souffraient de diverses maladies. La veille de son repos, saint Jean Chrysostome lui apparut en songe. C'est en disant "au Ciel! Au Ciel!" que saint Grégoire s'endormit dans le Seigneur, le 14 novembre 1359. En 1368, il fut canonisé au Concile de Constantinople tenu sous le patriarche Philothée (1354-1355, 1364-1376), qui compila la Vie et les Offices pour commémorer le saint.

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Ο άγιος Γρηγόριος ο Παλαμάς


notes de traduction :
a. les enseignements de Barlaam sont ceux du catholicisme-romain. C'est important dans le domaine oecuménique, où certains Orthodoxes confondent beaucoup trop amitié et vérité. Ces enseignements sont hérétiques, et ceux qui les soutiennent le sont aussi, dit l'Église, et sont condamnés comme tels par les "Conciles palamites" que l'Église a élevés (quasiment) au rang de Conciles oecuméniques. L'enseignement de ces Conciles étant la dogmatique de l'Église, on voit toute l'incompatibilité avec les théories vaticanes.
b. On voit aussi qu'à l'époque de saint Grégoire, c'était comme maintenant : certains patriarches étaient plutôt du côté de l'hérésie et tentaient d'y faire chuter toute l'Église, utilisant sans hésiter la force publique pour parvenir à leurs fins.
c. Et saint Grégoire prêcha le Salut aux Turcs, au lieu de faire copain-copain avec le vatican, de f.. le b.. dans l'Église en bricolant un juridictionalisme à la petite semaine, et d'abandonner ces millions de malheureux compatriotes loin du Christ; là aussi quelle différence flagrante et spectaculaire avec ce qu'on voit de nos jours.. Nil novi sub sole, hélas.

A (re)lire : qu'est-ce que la Grâce - pour le dimanche de saint Grégoire Palamas
http://stmaterne.blogspot.com/2008/03/quest-ce-que-la-grce-dimanche-de-saint.html

voir hagiographie dans "calendrier orthodoxe" du p. Iulian (Paris)
http://calendrier.egliseorthodoxe.com/sts/fetemobile/dimanchepalamas.html

à lire aussi, le livre du p. Meyendorff
http://www.amazon.fr/Saint-Gr%C3%A9goire-Palamas-mystique-orthodoxe/dp/2020526425


et celui de saint Grégoire Palamas bien entendu, "de la déification de l'homme"
http://www.lagedhomme.com/boutique/fiche_produit.cfm?ref=2-8251-0072-2&code_lg=lg_fr&type=33&num=91



Ce 1er novembre 2008 (voyez la température sur la photo..), à notre retour de notre pèlerinage à la sainte montagne de l'Athos, un petit nombre d'entre nous a eu l'occasion d'aller vénérer les saintes reliques de saint Grégoire Palamas à Thessaloniki. Une expérience aussi spirituellement riche que les rencontres vécues sur l'Athos.







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