"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

28 novembre 2008

Saint hiéromartyr Seraphim (Chichagov, + 1937) & son père spirituel saint Jean de Cronstadt


Saint Nicholas Russian Orthodox Church, Dallas Texas
Néo-martyrs & confesseurs Russes :
Hiéromartyr Théodore, Archevêque de Volokolamsk et compagnons
http://www.orthodox.net/russiannm/
[...]
L'évêque Gervasius poursuit : "L'archevêque Théodore vivait à cette époque, et c'était bien connu, au monastère Danilov, qui était la résidence d'évêques extrêmement conservateurs et ardents de l'école du métropolite Antoine (Khrapovitsky), évêque Pacôme et d'autres. Parmi les visiteurs habituels du monastère, on trouvait l'archevêque Seraphim (Samoilovich) d'Uglich [futur hiéromartyr], l'archevêque Gury (Stepanov) et le métropolite Seraphim (Chichagov)... L'archevêque Théodore critiquait vivement l'évêque Hilarion, et il me dit que ce dernier détruirait le patriarche Tikhon et l'Église, et que le patriarche était le salut. S'il n'y avait pas le patriarche Tikhon, alors les autorités aboliraient complètement le patriarcat, et sans le patriarcat, ce serait un désastre pour l'Église..."
Bien que le patriarche appelait les "Danilovites" avec humour "le Synode clandestin," il continuait d'exprimer sa chaleureuse appréciation pour leur position. C'est ainsi qu'en octobre 1923, il offrit à vladyka Theodore le siège de Petrograd, avec élévation au rang d'archevêque. Cependant, vladyka Theodore déclina cette offre, préférant rester au sein du diocèse de Moscou. Le patriarche montra encore d'une autre manière son appréciation de vladyka. Il écrivit ses dernières volontés, les plaça dans une enveloppe et écrit dessus : "si je devais mourir ou être longuement emprisonné, je demande que cette enveloppe soit remise au supérieur du monastère Danilov, l'archevêque Theodore (Pozdeyevsky) aussitôt qu'il la demandera." Cela montrait aussi que vladyka connaissait l'existence de ces dernières volontés. Cette enveloppe existe encore.

Lorsque l'Église de Russie accepta brièvement le calendrier rénové, l'archevêque Théodore rompit immédiatement la communion avec le patriarche, déclarant que le nouveau calendrier était non-canonique. C'est ainsi que lorsque les frères du monastère servaient avec le patriarche, vladyka leur envoyait des pénitences depuis sa prison, et les frères servant accomplissaient nombre de prosternations devant le reliquaire de saint Daniel de Moscou. Mais lorsque 8 mois plus tard l'Église revint à l'ancien calendrier, une réconciliation eu lieu, et le patriarche donna à vladyka des vêtements liturgiques en signe de leur unité. Le patriarche considérait que la fraternité monastique Danilov était non pas simplement une opposition, mais "mon Synode," et lorsque des questions importantes pour la vie de l'Église surgissaient, il consultait l'archevêque Theodore. Il disait de la fraternité Danilov qu'ils étaient plus tikhonites que le patriarche Tikhon lui-même.

A partir de l'automne de 1923, le rénovationisme commença à fortement décliner. Et lorsque le patriarche Tikhon vint au monastère Danilov le 30 Août / 12 Septembre 1924, pour célébrer la fête du saint prince Daniel de Moscou pour la dernière fois avant son martyre l'année suivante, la liste des évêques qui étaient invités à concélébrer avec lui par l'archevêque Théodore ressemblait à la liste de tous les principaux évêques confessants, qui étaient encore en liberté à cette époque-là : métropolite Pierre (Polyansky) de Krutitsa, métropolite Seraphim (Chichagov) de Leningrad, archevêque Procopius (Titov) d'Odessa et de Chersonese, évêque Hilarion (Troitsky), vicaire du diocèse de Moscou, évêque Valerian (Rudich) de Smolensk, évêque Parthenius (Bryanskikh) d'Ananyev, vicaire du diocèse d'Odessa, évêque Damascene (Tsedrik) de Glukhov, vicaire du diocèse de Chernigov, évêque Ignatius (Sadkovsky) de Belev, vicaire du diocèse de Tula, évêque Ambroise (Polyansky) de Vinnitsa, et d'autres évêques.
La force grandissante de l'Église, affinée par les persécutions, est indiquée par les paroles d'E. Lopeshanskaya: "L'Église était occupée à devenir un Etat dans l'Etat... Le prestige et l'autorité du clergé emprisonné et persécuté étaient infiniment plus élevés que sous les Tsars." Seule la trahison d'une partie du premier hiérarque pouvait menacer l'Église - et encore, uniquement si le reste de l'Église aurait continué à reconnaître son autorité...



Archevêque Seraphim (Chichagov) (1853–1937)
>http://www.blackwellreference.com/public/tocnode?id=g9780631232032_chunk_g978063123203223_ss1-8

Auteur russe et néo-martyr. Éminent aristocrate, Seraphim servit dans l'armée durant la guerre 1877-8 contre la Turquie. Il fut promut colonel dans l'artillerie et se vit confier l'organisation des soins médicaux et autres oeuvres de charité pour vétérans, orphelins de guerre et familles de soldats. Influencé par saint Jean de Cronstadt (+ 1908), Seraphim emmena sa famille à Moscou en 1891, et il fut ordonné. Après son veuvage en 1895, il rentra au monastère de la Sainte Trinité mais continua à écrire. Seraphim fut responsable de superviser les cérémonies pour marquer la canonisation de saint Seraphim de Sarov en 1903. Il fut consacré évêque en 1905, transféré à Kishinev en 1908, et devint archevêque de Tver en 1912. En 1918, il fut élu métropolite de Varsovie, mais les autorités polonaises lui refusèrent l'entrée en Pologne. Arrêté une première fois en 1922, il ne fut relâché qu'en 1927, lorsqu'il exprima son soutien au métropolite Serge (Starogorodskii, + 1944). Entre 1928et 1933, Seraphim fut métropolite de Leningrad; il fut à nouveau arrêté et exécuté durant les purges. Seraphim est commémoré le 28 novembre / 11 décembre.
(1989), Seraphim Chichagov , Journal of the Moscow Patriarchate


Les primats des Églises Orthodoxes de Russie et de Grèce concélèbrent la Divine Liturgie à Butovo (15/05/2001)
http://www.mospat.ru/archive/ne105121.htm

Le 12 mai 2001, sa sainteté le patriarche Alexis II de Moscou et sa béatitude l'archevêque Chrystodoulos d'Athènes ont concélébré la Divine Liturgie et un Office de commémoration (Litie) à Butovo, où nombre d'archipasteurs, pasteurs et fidèles de l'Église Orthodoxe de Russie ont été fusillés pour leur Foi en Christ pendant les années de la persécution en Russie. [..]
Le prêtre Kirill Kaleda, recteur de l'église dédiée aux Néo-martyrs et confesseurs à Butovo, a présenté au primat de l'Église de Grèce une Icône du saint néo-martyr Seraphim (Chichagov), qui fut abattu ici."


Pâques offre la résurrection après la terreur stalinienne
Par Andrei Zolotov Jr.
Moscow Times / 18 Avril 1998
http://www.stetson.edu/~psteeves/relnews/butovo1804.html
[..] L'an dernier, l'Église Orthodoxe de Russie a canonisé un des clercs qui a été enterré ici, le métropolite Seraphim Chichagov, de Saint-Petersbourg.
Le p. Kaleda a expliqué à ENI que lorsque la communauté Orthodoxe locale a demandé un lopin de terre pour y construire une petite chapelle, contre toute attente, le gouvernement local a transferré la propriété de tout l'ancien cimetière de masse à l'église.
En parcourant les nombreux dossiers de ceux tués ici, Kaleda découvrit un fil conducteur dans les témoignages des prêtres et laïcs. Répondant à la question obligatoire sur leur attitude envers les autorités soviétiques, la plupart d'entre eux disaient – d'une manière ou d'une autre – qu'ils étaient loyaux envers l'État, mais que comme Chrétiens Orthodoxes, ils considéraient le gouvernement socialiste soviétique comme "temporaire," et qu'ils n'étaient pas d'accord avec la politique du gouvernement au sujet de l'Église.
De telles remarques étaient suffisantes pour que le NKVD les accuse de conspiration anti-soviétique et les condamne à mort. Plusieurs de ces morts ont été canonisés au cours des récentes années, comme le métropolite Seraphim Chichagov. Tous les diocèses de l'Église Orthodoxe de Russie font des recherches sur les décès des évêques, prêtres, moines, moniales et laïcs morts localement pendant les années 1920 et 1930, quand les Chrétiens étaient gravement persécutés.
[..]

"Un après l'autre, les hiérarques furent tués, couronnant leurs actes de confesseurs-martyrs en versant leur sang pour le Christ. Le 11 décembre 1937, sur le terrain d'entraînement de Butovo près de Moscou, le métropolite Seraphim (Chichagov) fut fusillé."
source pravoslavie.ru


Diverses Icônes des saints néo-martyrs de Russie :
http://days.pravoslavie.ru/Images/ii6613&23.htm


Homélie pour le 14ème jour après le décès du père Jean de Cronstadt, par le néo-martyr le métropolite Seraphim Chichagov, qui fut 30 ans durant un fils spirituel du pasteur de toute la Russie.
http://www.orthodoxphotos.com/Holy_Fathers/St._John_of_Kronstadt/index.shtml

Père Jean avait le plus grand des dons de prière. C'était sa caractéristique distinctive. Il croyait profondément de tout son coeur en la grâce, donné à lui en tant que prêtre par Dieu, de prier pour le peuple de Dieu, et que le Seigneur était aussi proche du fidèle Chrétien que son propre corps et coeur, car notre corps est le temple du Saint Esprit Qui vit en nous, nous Le recevons de Dieu (1 Co 6,19). Il croyait en la prière, que comme l'ombre suit le corps, l'action suit aussi la parole, dans la mesure où avec le Seigneur, parole et acte ne sont pas séparés, et, ne se permettant pas le moindre doute quant à l'exaucement de ses demandes par Dieu, il demandait simplement, complètement, sincèrement, comme un enfant, avec une Foi vivante et clairvoyante dans le Seigneur, se Le représentant comme pas seulement présent devant lui, mais comme si lui-même était en Lui, avec une telle proximité. Il considérait le doute comme un blasphème contre Dieu, comme un mensonge d'un coeur impertinent, et disait : "cela ne suffit donc pas que nous voyons l'impuissance en l'homme, pour que nous voulions voir de l'impuissance en Dieu Lui-même aussi, et que dès lors nous pensons secrètement que Dieu n'exaucera pas notre demande?"

Lorsque père Jean priait, il essayait en général de prier plus pour les fidèles que pour lui-même, ne se séparant pas des fidèles, et étant spirituellement uni à eux. S'il voyait des manquements en quelqu'un, ou une passion, il priait secrètement pour lui, peu importe où il se trouvait : pendant qu'il célébrait la Liturgie, quand il était en chemin quelque part, ou en conversation. Lorsqu'il était en rue et y voyait quelqu'un se comportant mal, aussitôt il élevait sa profonde prière au Seigneur et disait : "Ô Seigneur, illumine l'esprit et le coeur de Ton serviteur que voilà; purifie-le de toute souillure!" - ou avec d'autres paroles tirées de Psaumes si elles étaient plus appropriées pour la personne concernée. Il ne laissait pas passer la moindre occasion de prier pour quelqu'un à la demande d'un autre. Il se réjouissait de telles demandes, considérant que la prière pour les autres est aussi bonne pour lui-même, parce qu'elle purifie le coeur, confirme la Foi et l'espérance en Dieu, attisant l'amour pour le Christ et pour le prochain. Père Jean priait selon la foi de ceux qui demandaient dans sa prière, et ne s'attribuait jamais rien. S'il avait à quelqu'un dans l'erreur ou à réconforter quelqu'un tombé en désespérance, à la fin de la conversation, immanquablement il invitait la personne à prier ensemble, réalisant vraiment qu'on ne savait pas corriger les manquements d'autrui par des paroles seulement, mais qu'il fallait obtenir l'aide et la puissance de Dieu par la prière.

Une caractéristique de l'exploit de prière du père Jean, c'est bien dans le fait que lui, avec sa distraction peu commune, veillait sur la vigueur de sa prière, et il s'arrêtait aussi pour un moment s'il réalisait que la prière ne devenait plus qu'extérieure, comme mécanique. Il s'exerçait en veillant sur les mouvements de son coeur en prière, et ainsi confirme la caractéristique de son esprit dont j'ai parlé au début. Considérant que la prière qui n'est que mentale ou superficielle était un affront à Dieu, Qui appelle l'humanité à Lui par les paroles : "Mon fils, donne-moi ton coeur" (Prov. 23,26), le père Jean enseignait qu'il est bon d'obéir en toutes choses à notre Mère l'Église, de lire les longues prières prévues par le Typikon et les Acathistes; mais qu'il fallait faire cela avec du bon sens, et que celui qui pouvait s'accommoder de longues prières le fasse; mais si cette longueur était incompatible avec la ferveur de l'esprit, alors il valait mieux faire une courte prière, car comme le saint Apôtre le dit, "le Royaume de Dieu n'est pas dans la parole mais en puissance" (1 Co 4,20). "Alors que nous prions, nous devrions nous saisir à fond de notre coeur et le tourner vers le Seigneur, mais ne jamais permettre ne fut-ce qu'une exclamation vers Dieu qui ne vienne du fond du coeur. Lorsque nous apprendrons durant la prière à ne dire du coeur que la vérité – celle que nous réalisons et sentons réellement – alors la prière sincère ou vraie purifiera notre coeur de toute fausseté, et nous ne nous permettrons plus de mentir non plus dans notre vie" (...)

Ce cher batiuskha Jean frappait et parfois choquait tout le monde par la profondeur de sa prière. D'après mes conversations avec lui, je ne peux que dépeindre son état de profonde prière. Il se tenait devant le Seigneur comme devant le soleil, et, sentant l'inexprimable radiance de la Lumière divine, il fermait les yeux, et manifestement, il ressentait tout son être comme irradié par les rayons de cette Lumière, et de ces rayons, il ressentait chaleur, joie et proximité avec le Christ Sauveur. Pendant la prière après la Communion aux saints Mystères, batiushka ressentait parfois comment Lui, après la Résurrection, passait à travers les murs de la maison des Apôtres, et puis il recevait la conscience que son âme invisible reposait dans le Dieu invisible.

Mais afin de comprendre la foi et l'esprit du père Jean, il était nécessaire de prier avec lui à l'Autel pendant la Liturgie. Au début, il commémorait avec diligence tous les vivants et les défunts à la Table d'oblation (proskomedia), priant avec des larmes pour tous, suppliant avec audace le Seigneur en faveur des affligés et des souffrants, puis parfois il s'éloignait, puis il revenait, et priait à nouveau, s'agenouillait, embrassait les patènes, et visiblement souffrait avec les personnes pour qui il priait. Lorsque la Liturgie commençait, il continuait encore à commémorer à la Table d'oblation, selon les innombrables papiers qui lui étaient lus, mais pour la lecture du saint Évangile, il revenait toujours à sa place et écoutait avec une profonde attention la Parole de Dieu, réfléchissant à chaque mot, hochant de la tête comme pour montrer son approbation de l'immuabilité et de la vérité de la Bonne Nouvelle. Lorsque les saints Dons étaient transférés sur l'Autel, le grand homme de prière commençait à se préparer pour la joyeuse rencontre avec le Seigneur, pensant dès lors déjà beaucoup plus pour ceux qui étaient présents dans l'église, concernant leur participation à la prière commune, et à la joie commune avec lui, et parfois il priait pour eux ainsi : "Ô Seigneur! Nombre de ceux qui sont là dans Ton église sont endormis dans leurs âmes, comme des vases vides, et ils ne savent pas comment faire pour prier; remplis à présent leurs coeurs en ce jour du Salut avec la grâce de Ton très Saint Esprit, et accorde-les moi, à ma prière, à mon amour, remplis de la connaissance de Ta bonté, et de contrition, et d'un coeur plein de componction; accorde-leur Ton Saint Esprit, Qui intercède pour eux par des gémissements ineffables!" (Rom. 8,26) (...)

En célébrant la Liturgie, l'inoubliable batiushka se trouvait lui-même dans la plus grande joie et béatitude. "Je suis éteint, je meurs spirituellement," disait-il, "quand je ne peux pas célébrer plusieurs jours d'affilée à l'église, et je revis, je revis d'âme et de coeur, quand je célèbre, me forçant à la prière – non pas formelle, mais réelle, spirituelle, sincère, une prière enflammée. J'aime prier dans l'église de Dieu, au saint Autel, à la table de l'Autel et à la table d'oblation, car dans l'église, je suis miraculeusement changé par la grâce de Dieu; durant la prière de repentance et de componction, les liens de la passion chutent de mon âme, et tout me devient si facile. C'est comme si je mourrais au monde, et le monde, avec toutes ses bonnes choses, meurt à moi. Je vis en Dieu et pour Dieu, pour le Dieu Un, et je suis entièrement pénétré de Lui, et je vis un en Lui. Je deviens comme un enfant, réconforté sur les genoux de sa mère; mon coeur est remplis d'une paix plus que céleste, douce, mon âme est illuminée par la Lumière divine. Vous voyez tout de manière radieuse, vous posez sur tout un regard correct; on ressent concorde et amour envers tous, envers les ennemis eux-mêmes, et bien vite vous les excusez et leur pardonnez! Ô, qu'elle est bienheureuse l'âme avec Dieu!

"L'Église est vraiment le paradis sur terre! Quelle audace nous avons envers le Seigneur et la Theotokos! Quelle douceur, quelle humilité, quelle bienveillance! Quelle impartialité envers ce qui est terrestre! Quel désir brûlant pour les délices célestes, si purs et éternels! La langue ne sait pas exprimer cette béatitude dont vous goûtez, ayant Dieu en votre coeur! Avec Lui, tout ce qui est terrestre n'est que poussière et décomposition."

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