"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

29 décembre 2008

"Gloria" & cantiques de Noël: historique & patristique (p. Vladimir)

Vous souvenez-vous quand les petits chanteurs de Noël venaient sonner à votre porte et chantaient comme des angelots? On en trouve encore parfois, mais ils se font rares. Revenons-y, et écoutons dans la joie l'un ou l'autre de ces cantiques inspirés. A commencer par plus célèbre chanté en anglais, "Angels We Have Heard on High."

Hymne ancienne
La plupart des chants de Noël actuels ne sont âgés au mieux que de quelques centaines d'années. Et ce célèbre chant-là ne fait pas exception. Les spécialistes rappellent qu'il est traduit d'un chant français du 18ème siècle, "Les anges dans nos campagnes". Mais pas le refrain si touchant pour l'âme. Vous vous en souviendrez sûrement :

Glo-O-o-o-o-o-O-o-o-o-o-O-o-o-o-o-ri-a
in Ex-cel-sis De-o!


Ce n'est bien entendu pas du français mais du latin, signifiant "gloire à Dieu au plus haut des Cieux" – et cela fait partie d'une hymne chantée depuis les débuts du Christianisme.

Le Gloria
Les Chrétiens ont chanté les louanges de Dieu depuis qu'ils sont Chrétiens. La Bible dit même ceci : "Quelqu'un est dans la joie? Qu'il chante des cantiques" (Jacques 5,13). Et dans sa lettre à l'empereur Trajan vers l'an 112, l'historien romain Pline le Jeune évoque les "Chrétiens chantant des cantiques au Christ, s'adressant à Lui comme à Dieu."
La plupart de ces hymnes sont à présent perdues. Mais le "gloria" a survécu. Composé à l'origine en grec, il remonte au minimum au 3ème siècle, et probablement même au premier siècle. Son premier verset, en latin "Gloria in excelsis Deo" vient directement de l'Évangile de saint Luc, dans lequel un Ange annonce aux bergers qui sont aux prés la naissance du Christ, et les myriades d'Anges chantent au dessus d'eux "Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre, bienveillance parmi les hommes" (Lc 2,14).
20 siècles plus tard, les Chrétiens chantent encore ce refrain dans les versions actuelles du Gloria, qui fait partie de nombre d'Offices Chrétiens, et à Noël, dans le chant populaire "les Anges dans nos campagnes."

un envoi du p. Vladimir Demshuck


notes de traduction :
Le Liber Pontificalis affirme que le prêtre Telesphorus, épiscopos de l'Église à Rome de 128 jusque +/- 139, aurait fait utiliser ce "Gloria" lors que la Liturgie du jour de Noël. Saint Télesphore était d'origine grecque, comme la plupart des presbytres puis évêques de Rome jusqu'à saint Eleuthère. Le successeur de ce dernier, Victor, né en Afrique du Nord, et devenu évêque de Rome vers l'an 190, prétendra à une origine apostolique pétrinienne de son siège, inconnue de TOUS ses prédécesseurs selon les écrits de ces derniers, et il se disputera en vain sur la question de la date de Pâques avec saint Polycrate d'Ephèse..
Saint Télesphore mourra martyr, comme le rapporte saint Irénée de Lyon. Par contre ce dernier ne dit pas un mot des affirmations liturgiques du Liber Pontificalis, alors que le moindre détail qu'il possédait sur tel ou tel Père, il le mentionnait. Qu'est donc ce Liber Pontificalis?
Selon les experts, c'est un ouvrage qui a été composé par un auteur contemporain du pape de Rome Anastase II (496-498), se basant sur des ouvrages antérieurs, le Catalogus Liberianus, lui-même dérivé de la liste des évêques romains établie par saint Hippolyte de Rome, et du Catalogue Léonin, aujourd'hui perdu. Pour les experts, sa base a donc été composée entre le 5ème et le 6ème siècle.
Son contenu évoquant le vestiarium, les listes des trésors épiscopaux, certains ont suggéré que l'auteur de la plus ancienne partie était clerc du trésor papal.
Par la suite, l'ouvrage a été amplifié et déformé comme le restant, dès les Carolingiens puis après la chute dans l'hérésie et le Schisme de Rome. Cet ouvrage est de toute manière postérieur de plusieurs siècles aux faits dont il parle, et on possède des ouvrages quasi contemporains des faits et composés par des saints bien connus. Il ne peut donc que servir d'indice, dans le meilleur des cas. Il est cependant intéressant de voir par ce Liber Pontificalis que les coutumes et pratiques liturgiques de l'Orient Orthodoxe existaient bel et bien dans l'Église à Rome lorsque cette dernière était Orthodoxe.


Eusèbe de Césarée, historien de l'Église
chronologiquement proche de bien des faits qu'il a rapportés

Δόξα ἐν ὑψίστοις Θεῷ καὶ ἐπὶ γῆς εἰρήνη ἐν ἀνθρώποις εὐδοκία
Glória in excélsis Deo et in terra pax homínibus bonae voluntátis.

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