"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

16 décembre 2008

Jean VIII, sceau de la papauté romaine Orthodoxe (+ 16/12/882)

Πάπας Ιωάννης Η
Иоанн VIII (папа римский)


Tout comme Léon III au début du même siècle, Jean VIII sera confronté à la montée en puissance de la nouvelle religion catholique-romaine, que les Francs de Germanie, qui l'ont inventée, chercheront à tout prix à promouvoir, et à installer à Rome. Léon III aura plus de chance que Jean VIII au niveau survie physique, mais pas plus de succès à ramener à la Foi les brebis perdues.. L'orgueil humain est le plus fort dans ces cas-là, et jamais, pas même aujourd'hui où ils ont proclamé tant de dogmes contraires à la Foi salvatrice, ils n'avoueront leur égarement, car ce serait l'effondrement de tout leur système humain, de leur pouvoir terrestre. Jean VIII le sait pour l'avoir payé de sa vie.

Né à Rome vers 820, Jean devint archidiacre de l'Église de Rome, avant d'être élu évêque le 14 décembre 872. Son élection fera l'objet d'une vive opposition de la part de Formose, futur pape hétérodoxe. Bien qu'assez âgé au moment de son élévation à l'épiscopat, il se montrera un pontife énergique.
Les occidentaux l'ont surnommé "le recteur de l'Europe." Saint Photios le Grand avait eu sa première élection au trône de Constantinople d'une manière qu'on ne peut pas qualifier de canonique, même s'il y avait des précédents ailleurs (comme saint Ambroise à Milan). Beaucoup d'intrigues politiques s'en étaient mêlées, et la politique prenant le pas sur la dignité et la qualité, Photios avait été destitué. C'est Jean VIII qui écrira à l'empereur en 877 pour le restaurer dans sa charge et dignité patriarcale, et la lettre (en latin) est claire, Jean VIII condamnait les erreurs de ceux qui avaient ainsi "dégradé" Photios.
Le 8ème Concile général, oecuménique, rétablira solennellement Photios, qui par ailleurs présidera ledit Concile, ce qui n'a rien d'exceptionnel puisqu'aucun des Conciles Oecuméniques n'a jamais été présidé par le moindre évêque de Rome, c'est un fait historique que les signatures des souscripteurs des Conciles prouvent de manière irréfutable. Jean VIII aura cependant ses légats audit Concile, et ils souscriront en son nom à l'anathème contre les altérations de la Foi salvatrice, dont ce "filioque" des Carolingiens qui est encore en usage chez les catholiques-romains et leurs dérivés protestants & anglicans.
Un problème existait au sujet de l'actuelle Bulgarie, des disputes territoriales difficiles à régler, car les armées germaniques s'avançaient un peu partout, et les Serbes qui n'étaient plus Chrétiens (de rite latin) et pas encore rechristianisés (en rite oriental) rajoutaient des troubles. Des discussions auront souvent lieu entre les patriarcats afin de savoir qui devait s'occuper de quoi dans ces régions aux frontières fluctuantes.
Un problème existait aussi au sujet de la Moravie; les saints Cyrille et Méthode avaient obtenu de l'évêque de Rome Adrien II de pouvoir s'occuper de la réévangélisation de ces pays. Adrien avait accordé aussi l'usage de la Liturgie dans cette langue forgée par les 2 frères, le futur slavon. Jean VIII confirmera le tout, et l'Orthodoxie de saint Cyrille. Hélas, pendant ce temps, pour raisons militaires, les Carolingiens envahissant les pays auront leurs moines avec eux, de croyance non-Orthodoxe, et ces derniers seront appuyé par le pouvoir militaire, et détruiront systématiquement tout le travail des saints, réalisé avec l'approbation de cette papauté romaine qu'ils prétendaient promouvoir, arrachant les semences du Christ qu'ils prétendaient servir..

Malgré cela, il continuera le système du sacre impérial occidental avec Charles le Chauve, couronné le 25 décembre 875. Les guerres fratricides entre les descendants de Charlemagne ensanglantaient toute l'Europe. Suite de la mort de Louis le Germanique, Charles le Chauve se trouvera en difficulté militaire. Jean VIII l'appellera à Rome, et Charles mourra dans les Alpes en 877. Au printemps 878 Jean VIII se trouvera assiégé et en grand danger dans Rome, et il devra fuir l'Italie. Il sera accueilli à Arles par l'archevêque de la métropole gauloise, Rostang. Il assistera au Concile de Troyes, où il proposera la couronne italienne au roi Louis le Bègue, qui n'acceptera pas. En 881, Jean VIII couronnera Charles le Gros empereur, mais Charles devra abdiquer en 888.

Le pape Jean VIII meurt en 882 dans des circonstances affreuses. Les Annales de Fulda (Annales Fuldenses), rédigées par Eginhard et ses continuateurs Rudolf de Fulda (+ 865) et Meginhard de Fulda (+ 888), disent que Jean VIII a été empoisonné puis, comme il ne mourrait pas assez vite, frappé à coups de marteau. Il est donc historiquement l'unique pape de Rome mort assassiné - car des presbytres puis évêques de Rome morts martyrs de la Foi, il y en a eu assez bien durant les 3 premiers siècles de la vie de cette Église locale-là. Ici, ce sont ses "protecteurs" qui l'ont liquidé, pour installer des fantoches à leur places, les chefs de la nouvelle religion imposée par les armes à l'Occident. Ce drame du 16 décembre 882 a des conséquences qui durent jusqu'à nos jours. Tout l'Occident s'est effondré dans l'athéisme et va de ruines en ruines.

(882 Dec.i5) : "Iohannes VIII pontif ex Romanus decessit; in cuius locum, Marinus antea episcopus contra statuta canonum subrogatus est."

(883.) "Cesar in Alamannia natale Christi celebravit. Inde paulatim iter suum ad Vaiowariam dirigens pascha Domini honorifice Radaspona civitate mansit; ibique habito conventu diversis rebus ab Italia auditis illuc reversus est.
Igitur Romae praesul apostolice sedis nomine Iohannes prios de propinquo suo veneno potatus, deinde, cum ab illo simulque aliis suae iniquitatis consortibus longius victurus putatus est, quam eorum satisfactio esset cupiditati, quia tam thesaurum suum quam culmen episcopatus rapere anhelabant, malleolo, dum usque in cerebro constabat, percussus expiravit. Sed et etiam ipse constructor male factionis concrepente turba stupefactus a nullo lesus nec vulneratus mortuus non mora apparuit. In cuius vice omni populo Romano unanimiter confortante Marinus, qui in id tempus Romana in urbe archidiaconus tenebatur, ordinari compactum est."

http://ro.orthodoxwiki.org/Chiril_%C5%9Fi_Metodie
"Adrien II rétabli l'ancien diocèse de Panonie, comme étant le premier diocèse slavon de Moravie et Panonie, indépendant des Germaniques, à la demande des princes slaves Rastislav, Svatopluk, et Kocel. Methodius fut dès lors nommé archevêque du nouveau diocèse. Cependant, en revenant en Moravie en 870, le roi Louis ("empereur") et les évêques germaniques convoquèrent Méthode à un Synode à Ratisbone (Regensburg), où ils le déposèrent et l'envoyèrent en prison. Trois ans plus tard, après que les Francs germaniques aient subis plusieurs défaites militaires en Moravie, Jean VIII fit libérer Méthode et le restaura comme archevêque de Moravie. Aussitôt, les Germains mirent en doute son orthodoxie, en particulier à cause de l'usage du slavon. A nouveau, Jean VIII décréta une autorisation de l'usage du slavon dans la Liturgie, mais en ajoutant que l'Évangile devrait d'abord y être lu en latin, puis en slavon. De plus, le principal accusateur de Méthode, Wiching, fut nommé vicaire épiscopal, et de cette position, il continua à s'opposer à Méthode. Sa santé ravagée par sa longue lutte avec ses opposants, Méthode mourut le 6 avril 885, après avoir recommandé pour successeur son disciple, Gorazd, un slave de Moravie. Les 2 frères Cyrille et Méthode sont commémorés ensemble le 11 mai."

Jean VIII a donc été assassiné, achevé à coups de marteau par les Carolingiens, tout ça pour avoir signé le 8ème Concile, de statut oecuménique. Concile général où l'hérésie du "filioque" fut condamnée à nouveau, et qui signifie donc que quiconque aujourd'hui y croit, la défend, et professe que le Saint Esprit procéderait aussi du Fils, est de facto excommunié. Sont bien visés les convaincus, la plupart des autres étant dans l'ignorance, ils ne sont bien entendu pas concernés.
Dès lors, on ne peut pas considérer un de ces convaincus comme "frère en Christ" mais comme étant hors de la communion en Christ. C'est à méditer avant la célèbre semaine "oecuménique," car ce n'est pas une opinion personnelle mais la Foi proclamée par l'Église. Et on n'aime pas et on n'aide pas en laissant les gens dans l'ignorance de cette Foi salutaire. Car celui qui est ainsi condamné ne l'est pas par des hommes, qui sont tous faillibles tant qu'ils sont – moi en premier - , mais par l'Esprit Saint qui dirige les Conciles Oecuméniques, comme on le sait depuis le premier Concile tenu à Jérusalem par les saints Apôtres.

Si ces intéressements politiques et ses disputes avec d'autres patriarcats pour des questions territoriales montrent un caractère vindicatif et quelques méthodes un peu "césaro-papistes" (mais nombre de pontifes russes ont fait pareil!), sa résistance et sa lutte pour la Foi en font un authentique héros de l'Orthodoxie. Un des derniers grands évêques Orthodoxes d'Occident. Il mérite bien une place dans nos Offices. Ca, c'est mon opinion et je la partage.

en grec, un article du célèbre théologien le prêtre Jean Romanides, publié par le monastère Pantokrator (Athos)
http://www.impantokratoros.gr/Aitia-sxismatos.el.aspx

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