"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

13 décembre 2008

Lumière dans les ténèbres (Paraboles celtiques)


Jonathan et Thomas se disputaient tout le temps. Ils étaient voisins et, chaque fois qu'ils se voyaient, ils trouvaient quelque chose d'injurieux à se dire. Un jour, c'était Jonathan qui reprochait à Thomas de laisser ses bestiaux se pencher par-dessus la clôture et brouter de l'herbe dans ses champs. Le lendemain, c'était Thomas qui se mettait en colère contre Jonathan parce que des orties se propageaient du terrain de ce dernier sur son terrain à lui. Leurs deux épouses étaient amies intimes et mouraient d'envie de voir Jonathan et Thomas être amis eux aussi.
Finalement, un hiver, les deux femmes si patientes jurèrent que la situation n'était plus supportable. «Voici venir Noël », dirent-elles à leurs maris. « C'est censé être l'époque de la paix et de la bonne volonté. Nous sommes certaines que vous êtes capables d'apprendre à être en paix l'un avec l'autre et à cesser de vous disputer.»
Mais dès le lendemain, Thomas accusa Jonathan d'envoyer des pelletées de neige sur son terrain - et une violente dispute s'ensuivit. Alors leurs épouses se rendirent chez le prêtre du lieu pour savoir s'il pouvait trouver une solution. Le père Kevin était un vieillard, à la tête chauve et à la longue barbe blanche. Après avoir écouté les deux épouses épancher leurs ennuis, il resta assis en silence, grattant son crâne chauve et se caressant la barbe. Puis, sans un mot, il se leva et sortit pour aller voir les deux hommes.
"Je désire que vous fassiez un concours avec moi la veille de Noël," annonça le prêtre. "Cela offrira une occasion de divertissement pour les habitants du village. Voici en quoi consistera le concours. Nous diviserons la grange à côté de ma chaumière en trois parties égales. On verra lequel d'entre nous arrivera, entre l'aube et le crépuscule, à remplir sa partie au maximum - on aura le droit de se servir de tout ce qu'on voudra. Si l'un d'entre vous gagne, je lui céderai tous les fruits et les légumes qui pousseront dans mon jardin au cours de l'année à venir. Si c'est moi qui gagne, il faudra que vous juriez de ne plus jamais vous disputer et d'apprendre, au contraire, à être amis."
Jonathan et Thomas pensèrent qu'ils n'avaient rien à perdre et acceptèrent donc de participer au concours. A l'aube de la veille de Noël, tous les habitants du village s'étaient rassemblés autour de la grange. Et dès que le soleil apparut à l'est au-dessus de la ligne d'horizon, Jonathan et Thomas se mirent à parcourir le village à toute vitesse en amassant absolument tout ce qu'ils pouvaient trouver pour remplir chacun sa partie de la grange - des bottes de paille, de vieux seaux, des sacs de pommes de terre et tout ce qu'ils pouvaient encore trouver à transporter. Mais quant au père Kevin, on ne le voyait nulle part.
A midi, Jonathan et Thomas étaient toujours très occupés à essayer de remplir chacun sa partie de la grange. Quant au père Kevin, il était toujours invisible. Quelques heures plus tard, alors que le soleil commençait à se coucher à l'ouest au-dessous de la ligne d'horizon, Jonathan et Thomas avaient tous les deux rempli leur partie de la grange presque jusqu'au toit. Mais la partie du père Kevin était toujours complètement vide.
Enfin, alors que pâlissaient les derniers rayons du soleil, le père Kevin sortit de sa chaumière, portant une bougie éteinte. Il entra dans la grange et plaça la bougie en son milieu. Il prononça les versets du chapitre d'ouverture de l'évangile selon saint Jean: "La lumière du Christ luit dans les ténèbres et les ténèbres ne peuvent en triompher." Puis il s'agenouilla et alluma la bougie.
Dans les ténèbres de la nuit de Noël, sa lumière emplit toute la grange et son rayonnement atteignait jusqu'aux chevrons du toit. Tout le monde éclata en applaudissements en comprenant que le père Kevin avait gagné le concours. Jonathan et Thomas s'avancèrent, et, debout, se serrèrent la main au-dessus de la bougie. Et à partir de ce Noël-là, ils furent les plus fidèles amis du monde."

PARABOLES CELTIQUES (récits, poèmes et prières), chapitre "LA PAIX ET LE CONFLIT", pages 172 à 174, isbn 2-02-050887-7, éditions du Seuil 02/2002, collection "Sagesses"

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Avis de 2003 sur le bouquin par l'archimandrite Thomas (Pervijze) : "oui, je le connais, il y a de tout là dedans, du très bon comme du pas bon." Et de fait, 80% bon; 10% sans intérêt; 10% franchement hérétique ou païen. A s'offrir mais à ne pas offrir sans discernement. L'ouvrage n'a pas été compilé par un Orthodoxe, ceci expliquant cela. Car les paraboles Orthodoxes celtiques existent, et elles valent bien celles des déserts d'Égypte ou de Palestine ou des Vosges!
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