"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

20 décembre 2008

Noël, invitation à suivre les mages, en voyage intérieur vers le Christ (Viata Crestina / George Parsenios)

Homélie de l'Avent, par George Parsenios
http://biserica.org/Publicatii/2001/NoX/XIII_index.html


La visite des Mages
Rome, catacombe de saint Callixte, début 4ème siècle


Lorsque nous lisons une histoire religieuse, dans la Bible ou la vie d'un saint, bien souvent, nous oublions de regarder la partie humaine du récit, même dans les actions les plus banalement humaines. Par exemple, lorsque nous voyons Noé construire son immense arche, qui réfléchit à la douleur musculaire que Noé devait ressentir à la fin de chacune de ses journées de travail? Ou encore, qui songe un peu à quel point la dispute a dû être grande entre saint Paul et saint Barnabas, pour que ces 2 grands disciples du Christ et si proches amis en viennent à se séparer si longtemps durant?
Quelque part, on fait l'impasse sur ces détails, parce que nous connaissons la conclusion triomphale à ces récits, ou que nous mettons l'accent sur d'autres aspects qui nous touchent. Ce faisant, nous pouvons passer à côté de la véritable application de ces récits à nos propres vies, parce que nous en avons enlevé les aspects purement humains.
Je commence par ce point aujourd'hui, parce que je crois que nous pouvons mieux nous préparer pour cette fête de Noël en considérant les mages sous une lumière plus humaine, ces 3 sages qui suivirent l'étoile jusqu'à la ville de Bethléem, afin d'y contempler un grand prodige. Bien souvent, nous sommes admiratifs de leur persévérance à suivre l'étoile dans le ciel, mais soyons-en assurés, leur pèlerinage a dû impliquer son lot de luttes et d'efforts, et certainement un énorme doute. Voyez-vous, dans l'ancien monde, les voyages n'étaient pas faciles. Si les bandits de grands chemins ne vous attrapaient pas, une météo très ingrate pouvait bien vous arrêter. T.S. Eliot l'a bien compris, avec son poème "le voyage des mages." Dans ce poème, il imagine à quoi les mages ont dû penser de longues années après leur célèbre voyage. Quelques unes de ses réflexions pourraient bien correspondre, et je vous cite Eliot :

Quel froid périple que nous avons vécu,
Juste le pire moment de l'année
Pour un voyage, et un si long voyage:
Les chemins bourbeux et le temps sévère,
En plein creux de l'hiver.
.. Et la nuit, les feux qui s'éteignaient, et l'absence de refuge
.. Et les villages si sales, et des prix exorbitants:
Oui, nous avons vécu quelque chose de dur.
Et à la fin, nous avons préféré voyager de nuit,
Essayant de dormir un peu,
Avec ces voix résonnant à nos oreilles, disant
Que tout cela n'était que folie.




Assurément, comme le suggère le poème, les mages ont dû surmonter bien des adversités pour parvenir à Bethléem Leurs corps étaient épuisés, et leurs esprits très las. Par dessus tout, de petites voix leur soufflaient à l'oreille que "tout cela n'était que folie," que ce qu'ils espéraient pouvoir trouver, que ce qu'ils pensaient les y attendre, tout ça n'existait pas. Qu'ils auraient bien pu avoir fait tout ce chemin pour rien.
Et ça, c'est quelque chose qui parle très clairement à l'esprit du Chrétien moderne. Si le coeur de l'hiver était la saison la plus dangereuse de l'année pour les voyageurs des temps anciens souhaitant aller à Bethléem en Judée afin d'y chercher le Christ, alors ce début de 21ème siècle est tout aussi périlleux pour ceux qui souhaitent trouver le Seigneur au bout de leur quête spirituelle. Les voix du doute et de la soi-disante modernité chante à nos oreilles qu'il n'y aurait pas de Dieu, uniquement des êtres humains; ou qu'il serait idiot de renoncer aux plaisirs et aux aspirations de la vie au Nom du Christ, parce que ces choses-là rendent la vie si agréable. Ce n'est pas facile d'accomplir ce parcours – mais nous devons le faire. Nous devons nous mettre en recherche. Les mages n'auraient jamais pu rencontrer notre Seigneur à Sa naissance s'ils étaient restés chez eux. Ils avaient à quitter le confort de leurs vies et à partir à Sa recherche. Nous aussi, nous devons partir à la recherche du Seigneur.
Mais notre voyage à nous n'est pas un déplacement géographique. Ce que je veux dire par là, c'est que nous n'avons pas à quitter qui Bruxelles, qui Genève, qui Paris, etc. Nous devons faire la recherche intérieurement, nous développer spirituellement. Notre voyage n'est pas sur une carte routière, où nous avons à partir d'un point à l'autre, mais nous devons aller d'une vertu à l'autre, grandir pour être toujours plus proche de notre Seigneur, toujours plus proche de nos frères et soeurs en Christ. Si nous n'envisageons pas nos vies comme un voyage pour grandir et nous rapprocher de Dieu, que faisons-nous donc, où allons-nous donc? Notre Seigneur nous a dit "cherchez et vous trouverez." Il ne nous a pas promis que nous Le trouverons si nous faisons du sur place.
Nous devons faire quelque chose. Nous devons agir. Nous devons faire l'effort d'en apprendre plus à propos de notre Foi, en étudiant, en allant aux cours de catéchèse adulte que donne l'Église, en étant toujours plus attentifs lors des divins Offices pendant lesquels nos prions notre Dieu, de manière à vraiment les comprendre, et à vraiment les prier. Et nous devons lire les saintes Écritures où le Seigneur Lui-même nous parle, ainsi que Ses plus proches disciples. Et par dessus tout, nous devons lutter pour mettre nos vies en adéquation avec tous ces enseignements. Nous devons essayer d'apprécier mieux les gens, nous devons avoir une plus grande maîtrise de nous-mêmes, nous devons essayer de vivre des vies plus morales – bref, nous devons agir comme des gens qui sont en voyage spirituel.
Voyez-vous, la vie d'une personne en voyage est différente. Les mages par exemple, n'ont pas pu emporter tous leurs biens avec eux pendant leur quête. Ils ont eu à laisser derrière eux leurs nombreux serviteurs, leurs maisons riches et luxueuses, et partir uniquement avec le peu qu'ils pouvaient emporter avec leur petite caravane. Nous le savons tous, quand nous partons en voyage, par exemple pour des vacances, nous devons faire un choix très bien pensé de ce que nous emporterons – nos voitures ne savent pas emporter des tonnes de bagages. Si nous partons en avion, nous pouvons emporter encore beaucoup moins.
Il en est de même pour un voyage spirituel. Bien trop de choses, beaucoup trop de biens, ça peut distraire. Ils peuvent nous faire faire et penser des choses qui n'aident pas à notre voyage vers le Seigneur. Si nous sommes trop préoccupés pour gagner un bon salaire, nous ne saurons pas utiliser cet argent pour aider les autres. Nous le garderons pour nous. Si nous sommes trop préoccupés à vouloir impressionner les autres en ayant belle apparence, nous ne saurons pas nous arrêter pour aider celui qui est dans le besoin. On ne le remarquera même pas. Si nous sommes trop soucieux à cause des petits problèmes de nos vies quotidiennes, nous ne prendrons pas le temps pour prier, pas même un bref instant.
Pendant que nous nous approchons de la fête de Noël, concentrons-nous sur notre voyage vers le Christ. Nous sommes dans une période de jeûne de l'Église. C'est une période pendant laquelle nous nous préparons à voir le Seigneur venir dans le monde, au jour de Noël. Soyons prêts pour Le recevoir. Envisageons les prochaines semaines comme un voyage, une quête spirituelle pour trouver le Seigneur, non pas simplement à attendre le jour de Noël, mais en cherchant vraiment à voir le Seigneur en nos frères et soeurs en Christ, à découvrir la volonté de Dieu dans nos vies, et à nous efforcer à accomplir cette volonté.
Pour ce faire, nous devons d'abord prendre conscience que nous sommes en voyage, et alors nous devons agir comme lorsque nous sommes en voyage. Tout ce qui n'aide pas à ce voyage, nous devons l'ôter de nos vies. Tout ce dont nous avons besoin pour le voyage, et que nous ne possédons pas encore, nous nous devons de l'acquérir.
Les mages savaient qu'ils étaient en voyage. Et ils abandonnèrent tout ce qu'ils avaient afin d'accomplir ce voyage. Ils réalisèrent une rupture radicale en leurs vies, et ils entamèrent une nouvelle vie, à la recherche du Christ. Pour le dire autrement, les mages savaient que bien qu'ils avaient voyagé pour voir une naissance, ils allaient aussi expérimenter une mort, non pas une mort physique, mais mourir à leur ancienne manière de penser. Et ainsi, le poème d'Elliot cité plus haut s'achève par les lignes suivantes :

J'avais vu naissance et mort,
Mais j'avais pensé qu'elles étaient différentes; cette Naissance était
Pour nous une dure et amère agonie, comme la Mort, notre mort.


Les mages ont eu à mourir à leurs doutes et à leurs craintes, ils ont eu à abandonner leurs beaux palais et leur pléthore de serviteurs. Ils ont dû se vider eux-mêmes de toutes leurs richesses et de toutes ces choses qui leur donnaient confiance et assurance, et ils sont partis pour un voyage vers des terres inconnues, à la recherche du Christ. Ils ont bien connu les paroles de saint Paul avant même qu'elles n'aient été prononcées : "ce n'est plus moi qui vit, mais le Christ Qui vit en moi." C'est comme s'ils avaient dit : "j'ai donné ma vie au Christ, malgré que la seule chose qui me guidait, c'était cette petite étoile au plus profond de la nuit." Mais ce n'est pas quelque chose de facile à dire, et c'est encore plus difficile à la vivre. Car elle implique la mort. Mais ce n'est pas une mort triste ou morbide. Tous ceux qui meurent à eux-mêmes pour vivre avec le Christ seront relevés avec Lui dans la gloire.
Le Christ est né au monde, prosternons-nous et adorons-Le. Comme les mages, offrons-Lui quelque chose de précieux, mais quelque chose d'encore plus précieux que l'or et l'encens et la myrrhe. Offrons-Lui ce qu'il y a de plus précieux, pour nous et pour Lui. Offrons-Lui nos vies, mettons-les à Son service. Vivons comme si nous étions dans une quête, un voyage spirituel. Amen.

Source : "Viata Crestina", Decembrie 2008

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