"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

03 décembre 2008

Père qui déçoit: quand on a mis quelqu'un (famille, clergé, politique, etc) "à la place de Dieu".. (P. Jonathan Tobias)


N'appelez personne "Père"
http://thehandmaid.wordpress.com/2008/11/06/some-excellent-thoughts/
En d'autres termes, ne placez personne – en particulier les politiciens – à la place de Dieu.

Ceci est assurément vrai dans l'Église. J'appelle mon évêque "père," ou plutôt "maître" [despota, vladyka]. J'appelle mes confrères prêtres "père." Je le fais parce que je suis leur enfant en Christ, de même que saint Paul appelait saint Timothée "mon fils."

De même, et encore plus facilement, j'appelle mon papa "père" simplement parce que je suis son fils. L'interdit prononcé par notre Seigneur, "n'appelez personne Père," ça ne s'applique pas à un papa ou à un prêtre.

Oui, si j'ai placé quelqu'espoir en mon père, et ma confiance en lui au point que si d'aventure un de ses péchés devait m'écraser, alors "père" signifierait que je l'ai élevé à une place qu'il ne peut pas occuper, en tant que créature. Ma déconvenue quelque peu idolâtre me gênerait (à cause de la passion d'auto-satisfaction), mais cette même déconvenue le blesserait lui (car j'aurais fait de lui l'objet de condescendance parricide).

De la même manière, si je me retrouve déprimé ou enragé à cause du comportement d'un évêque ou d'un prêtre, là aussi c'est que j'ai dû l'avoir élevé à une place que seul Dieu sait occuper, et je dois avoir placé en lui des espoirs auxquels Dieu seul sait répondre. Nous obéissons à ceux qui ont été instaurés avec charge d'autorité sur nous, mais nous ne croyons pas en eux comme le font les schismatiques et les amateurs du culte de la personnalité. Nous ne nous débarrassons pas d'évêques uniquement parce que nous pourrions être occasionnellement choqués (ou parce que la hiérarchie patriarcale est embarrassante pour la société de notre époque).

Je ne place pas mon espoir dans un homme ou une femme. Je ne crois pas en la moindre des créatures de Dieu: je les reconnais, je les aime, et j'essaie de discerner leur nom.

En d'autres termes, je ne place pas ma confiance dans les princes mortels, les princes de ce monde.

La politique est une activité effrayante et ennuyeuse. Elle est ennuyeuse parce que la plupart des termes qu'on y utilise sont des émanations fadasses du royaume vaporeux. Le niveau intellectuel, le QI des rassemblements politiques, de tous les bords que ce soit, est au niveau de celui du troll écervelé.

C'est effrayant parce que la politique appelle à beaucoup de croyance et d'espoir. La politique est devenue quelque chose que normalement elle n'aurait jamais dû être – un objet d'aspiration. Les politiciens ne devraient pas s'aventurer dans ce domaine. Quand ils le font, habituellement ils échouent, et en rajoutent des tonnes à l'abyssal registre du cynisme. Lorsqu'ils réussissent un petit temps durant, des révolutions éclatent et des millions de gens meurent et des bibliothèques volent en fumée.

Je pense que les politiciens ne devraient pas appeler à l'espérance et à la confiance en eux, mais à l'amour et, par extension, à la justice. Même quand la politique a souvent échoué dans ce domaine, il lui est arrivé parfois de réussir. Ce qui me vient aussitôt à l'esprit, c'est la Proclamation d'Émancipation. L'empire romain à Constantinople est une autre réussite. L'affranchissement des serfs encore une autre.

C'est pour ces raisons-là que je suis habituellement optimiste face à notre époque.

En particulier en Amérique. Ici, je n'appelle aucun politicien "père," et on n'attend pas de moi que je le face – malgré le spectacle tragiquement grotesque des invités des émissions télévisées et des exhibitions publiques d'hétérodoxes mugissants tels des prophètes de Baal. Je ne crois pas aux politiciens. Je peux m'engager en politique, mais je n'y crois pas : et il y a une fameuse différence entre ces 2 significations. Je ne rend pas de culte à César, et je suis en général assez satisfait que les politiciens américains attendent de ma part que j'ai l'esprit critique et que je sois bien cultivé. La politique attend de moi que j'apprenne notre histoire et nos habitudes. Elle attend de ma part que je pense par des voies douces et de rejeter tout enthousiasme mondain.

Pour faire simple, la politique américaine attend de moi que d'abord, j'aime Dieu, et que de cet amour, d'aimer, patriotiquement, le peuple et le pays.

Je n'appelle aucun homme "père," parce que par une remarque tranchante, Jésus-Christ, Qui a dit que nul homme n'était Bon, nous a rappelé qu'il n'y avait qu'Un seul Père en Qui croire.

C'est ce que je fais. Et je continue à appeler mon papa "père," et mon évêque "père," et mon prêtre "père," mais je ne les charge pas avec une croyance et un espoir auxquels ils ne sauraient répondre.

Je respecterai mon nouveau président, et le nouveau Congrès. Je les critiquerai bien plus que les humains que j'appelle "père." Ils ont besoin de mes critiques, et je ne peux le leur en adresser de bien pimentées et cohérentes que si je n'ai pas placé ma foi en eux. Je serai leur loyale opposition, leur intercesseur, leur stimulant, et quelque part, leur prophète.

C'est ce que je dois être, puisque comme vous le savez, je suis Chrétien Orthodoxe. L'Orthodoxie, c'est la mémoire constante du Paradis: et ce monde – y compris le gouvernement – doit être jugé à l'aune de ce fondamental et de ce but.

Nous avons vu tout ça – césarisme, tsarisme, califat, les tyrans classiques, les tyrans démoniaques (ironiquement, c'est au 20ème siècle sécularisé qu'on les trouve), les démocraties (qui ne sont pas vraiment démocraties mais républiques), et à présent l'État mercantilo-socialiste.

La démocratie est chouette, mais il n'y a pas que ça qui existe. Nous ne sommes pas très habitués à voter et nous ne comprenons pas vraiment tout ce que ça amène. Mais nous voterons, et nous Orthodoxes nous voterons aussi un peu partout. Nous cherchons l'amour et la justice selon des voies différentes – mais pas contradictoires. Certains Orthodoxes voteront McCain. D'autres Orthodoxes voteront pour Obama. Quelques uns voteront pour Barr, Paul ou Nader. Certains s'abstiendront.

Mais nous devons tous partager un petit peu de doux anarchisme, dans lequel nous rejetons toute notion de millénarisme laïcard. Nous devons tous nous souvenir du Paradis, et oublier la théorie éculée du ravissement, mais au contraire nous souvenir du véritable "fils de Perdition" [2 Thess. 2,3], que le Seigneur contient à travers nous.

Nous devons tous espérer le meilleur, travailler pour la justice et la paix, planter un jardin, prendre soin de notre famille et de nos animaux, être en bons termes avec nos amis et rester vrais. Nous devons étendre nos relations de bonté.

Nous n'avons qu'Un Père en Qui croire, en Qui espérer, à Qui faire confiance, et en Qui avoir Foi. Son Ordre – Son Arche – voilà le parti auquel j'appartiens. Son Nom est le fondement de toute notre fraternité humaine – rassembler dans la Paix du Christ toutes les races, les ethnies et les cultures et les couches socio-économiques.

Ne plaçons pas notre confiance dans les princes mortels, car nous qui nous rappelons le Rum Millet et Ivan le Terrible, nous savons à quel point une telle confiance déplacée peut être désastreuse. Au contraire, nous avons l'expérience pour cacher nos fils loin des janissaires, et de fermer les portes lors de l'anaphore. Nous avions des catacombes pour églises, et les déserts pour la Foi.

Ici, en Amérique, nous avons des porches. Et c'est là que nous discutions, jugeons les politiciens, nous souvenons du Paradis, et prions.

P. Jonathan Tobias

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À lire sur le sujet, l'excellent article suivant :
Le culte du héros, par l'évêque (VCO) Photios de Marathon
http://orthodoxie-libre.over-blog.com/article-21570769.html

et aussi :

Élections & religion: comment faire l'unique bon choix? par le p. Païssios l'Athonite (+ 1994)
http://stmaterne.blogspot.com/2007/04/lections-religion-comment-faire-lunique.html

Élections, Sodome et Lot, Jérémie et l'avenir – une opinion parmi tant d'autres.
http://stmaterne.blogspot.com/2007/04/lections-sodome-et-lot-jrmie-et-lavenir.html

Moissons, foi et élections - Si les disciples pouvaient froisser de la future récolte, ici les semences ont quasiment cessé de germer depuis mille ans. Que faire pour des élections politiques, qui choisir, sachant qu'il n'existe pas de parti "chrétien" (car on ne sait pas baptiser un parti, rassemblement contingentiel et temporel de gens)
http://stmaterne.blogspot.com/2007/06/moissons-foi-et-lections.html
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