"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

01 mars 2008

Samedis des (âmes des) défunts – psychosabbaton

Épitre: 1 Thes 4,13-17
Au sujet des morts, nous ne voulons pas frères, que vous soyez dans l'ignorance, afin que vous ne vous affligiez pas, comme le font les autres hommes, privés d'espérance. Si nous croyons que Jésus est mort et ressuscité, il nous faut croire aussi que Dieu emmènera avec Lui ceux qui sont morts en appartenant à Jésus. Voici ce que, d'après la Parole du Seigneur, nous vous déclarons: lors de l'avènement du Seigneur, nous, les vivants qui serons encore là, nous ne devancerons pas les morts. Au signal donné, à la voix d'un Archange, au son de la trompette de Dieu, le Seigneur Lui-même descendra du Ciel, et ceux qui sont morts dans le Christ ressusciteront les premiers. Ensuite, nous, les vivants
qui serons encore là, nous serons enlevés ensemble avec eux sur les nuées, à la rencontre du Seigneur dans les airs. Ainsi, pour toujours, nous serons avec le Seigneur.

Évangile: saint Jean 5, 24-30
[Jésus rajoute] En vérité, en vérité Je vous le dis, celui qui écoute Ma parole et croit à Celui qui M'a envoyé, a la vie éternelle, et il échappe à la condamnation: il est passé de la mort à la vie. En vérité, en vérité Je vous le dis, l'heure vient, et c'est maintenant, où les morts vont entendre la voix du Fils de Dieu, et ceux qui l'auront écoutée vivront. Car, tout comme le Père dispose de la vie, ainsi a-t-Il donné au Fils d'en disposer aussi, et Il Lui a donné le pouvoir d'exercer le Jugement, parce qu'Il est le Fils de l'Homme. Ne vous étonnez pas si l'heure vient où tous ceux qui gisent dans la tombe en sortiront au son de Sa voix: ceux qui ont fait le bien ressusciteront pour la vie, ceux qui ont fait le mal ressusciteront pour la damnation. De moi-même, Je ne puis rien faire: Je juge d'après ce que J'entends; et Mon Jugement est juste, parce que Je ne veux pas faire Ma volonté, mais la volonté de Celui qui M'a envoyé.

(Lecture ci-après adaptée de la page de l'archidiocèse grec-orthodoxe des Amériques)


Tropaire / Apolytikion des défunts, ton 4
Ô Toi seul Artisan, qui dans Ta profonde Sagesse et Ton Amour de l'homme, disposes de toutes choses, fais reposer les
âmes de Tes serviteurs, car en Toi ils ont mis leur espérance. Toi l'Auteur, le Seigneur, le Créateur, notre Dieu.

Kondakion des défunts, ton 4
Fais reposer avec les Saints, Ô Christ, l’âme de Ton serviteur, là où il n’y a ni douleur, ni tristesse, ni gémissement, mais une vie sans fin. Toi seul es immortel, Toi qui as créé et façonné l’homme. Mortels, nous avons été formés de la terre et à la terre nous retournerons, ainsi que Tu l’as ordonné, Toi qui as dit : Terre tu es, et à la terre tu retourneras. Transformons les sanglots funèbres en chant de louange : Alléluia, Alléluia, Alléluia!



Lecture (d'après les Synaxaires):
L'Église a reçu des saints Apôtres la coutume de prier pour les défunts, le 3ème, le 9ème et le 40ème jour après leur décès (Constitutions Apostoliques 8,42). En outre, chaque samedi est consacré à la mémoire des saints et des défunts, l'Église rendant grâces à Dieu pour les saints et le suppliant en faveur des défunts.
Depuis que beaucoup, à travers les siècles, à cause d'une mort imprévue dans un lieu éloigné, ou d'autres circonstances adverses, sont morts sans avoir bénéficié des offices de funérailles prévus, les saints Pères, poussés par leur amour pour l'humanité, ont décrété qu'une commémoration commune devrait être faite en ce jour, veille du Dimanche du Jugement Dernier, en faveur de tous les pieux Chrétiens Orthodoxes qui se sont endormis dans la mort au fil des temps, de sorte que ceux qui n'ont pas eu de funérailles particulières puisse être inclus dans cet Office commun. De plus, l'Église du Christ nous enseigne qu'il nous faut faire l'aumône aux pauvres en faveur des parents défunts, comme mémorial pour ces derniers.

Pourquoi le samedi et non pas comme en Occident n'importe quel jour tombant le 2 Novembre (*)? C'est parce que le samedi, ou sabbat en hébreu, est le jour du repos par excellence. Or nous confessons que les défunts attendent dans le repos le jour de la juste rétribution. Le Christ S'est reposé de toutes Ses oeuvres dans le Sépulcre le jour de Sabbat et c'est ce jour qu'annonçait l'Écriture en disant que le Seigneur S'est reposé le septième jour. Dimanche étant consacré au retour du Christ et au Jugement dernier, la sainte Église supplie Dieu en ce jour de samedi, pour tous les défunts et surtout pour ceux qui, nombreux, sont morts en mer, dans les terres lointaines, ont péri dans les cataclysmes, dans les cavernes et les antres de la terre et n'ont pas eu de service de funérailles. Tous les défunts attendent dans le repos provisoire le jour fixé où Dieu jugera le monde selon la justice, par l'homme qu'Il a désigné, ce dont Il a donné à tous une preuve certaine en le ressuscitant des morts" (Ac 17,31). Voir aussi Hébreux 11,39-40.

C'est ainsi que 4 fois l'année, le samedi qui précède le dimanche du Carnaval, de même que celui qui précède le dimanche des Laitages, également le premier samedi du Grand Carême et le samedi qui précède le dimanche de la Pentecôte, les saints Pères ont commandé de célébrer solennellement la mémoire des défunts.
Il y a encore une raison à la célébration en ce samedi-ci : la mémoire de tous les défunts rappelle en ce temps de Carême que la mort est commune à tous les hommes. C'est comme un appel à la pénitence, car comme le dit le saint Apôtre Pierre dans sa seconde épître: "Le Seigneur sait délivrer de l'épreuve les hommes pieux et réserver les impies pour être punis au jour du Jugement" (2 Pierre 2,9).

*-*-*-*

(*) fête occidentale d'origine monastique, instaurée par saint Odilon de Cluny pour les monastères clunisiens, lieux où les défunts étaient déjà commémorés régulièrement. Ce n'est que très longtemps après le Schisme des Occidentaux, en 1915, que leur chef Benoît 15 repiquera cette commémoration pour la rendre obligatoire dans ses succursales, mais détachée de la théologie qui la fondait. Car pas plus que les pères de l'Occident Orthodoxe, saint Odilon ne connaissait de "lieu intermédiaire" tel ce fumeux "purgatoire," ces soi-disant "trésors de mérites" que les gens pourraient récolter en payant, etc.. il fallait le rappeler, car sur ce point aussi, il n'existe pas le moindre début de retour à la Foi chez les pontes vaticanistes, rien qui puisse les ramener dans la communion salutaire de l'Église, et leur rendre la grâce perdue...


funerailles


Prière pour les défunts
http://orthodoxwiki.org/Prayer



Les défunts sont commémorés par un Office spécial appelé "samedi des âmes," célébré 4 fois par an : les 2 samedis précédant le Grand Carême, le premier samedi du Grand Carême, et le samedi avant la Pentecôte. Les Orthodoxes croient qu'il est du devoir des vivants de se souvenir et de prier pour les défunts. Une prière générale est prononcée pour les personnes spécifiques, et pour toutes les âmes inconnues qui n'ont personne pour prier à leur mémoire. Les paroissiens apportent de petits plats de "kollyva" à l'église (plats de blé cuit mêlé à des épices, sucre, raisins, etc), et remettent une liste des prénoms de leurs bien-aimés défunts au prêtre.

kollyba, le gateau de commemoration des defunts chez les Orthodoxes byzantins


Homélie sur les défunts (saint Augustin d'Hippone)
"Les soins apportés à l'ensevelissement, le choix de la sépulture, l'apparat des obsèques sont plutôt une consolation pour les vivants qu'un profit pour les morts. Il ne faut cependant pas pour autant mépriser et abandonner les corps des défunts, surtout ceux des justes et des fidèles, dont l'esprit s'est servi saintement, comme d'organes et d'instruments pour toutes les bonnes oeuvres. Car si l'habit et l'anneau d'un père et les autres objets de ce genre sont d'autant plus chers aux descendants que leur amour filial est plus grand, on ne peut absolument pas dédaigner les corps eux-mêmes, unis à nous plus intimement et plus étroitement que n'importe quel vêtement. Ils ne font pas partie des ornements ou des instruments que nous nous ajoutons du dehors, mais de la nature même de l'homme. Aussi s'occupait-on avec une piété empressée des funérailles des justes d'autrefois, de la célébration de leurs obsèques, de la préparation de leur tombeau; et eux-mêmes, durant leur vie, avaient ordonné à leurs enfants d'ensevelir ou même de transférer leurs corps.
Témoigné aux défunts par des fidèles qui leur sont chers, un amour qui se souvient et qui prie est certainement profitable à ceux qui, durant leur vie corporelle, ont mérité que de telles choses leur soient utiles après cette vie. Mais si, par nécessité, il n'y a aucun moyen d'ensevelir les corps, ou de les inhumer dans les lieux saints, il ne faut pourtant pas oublier les supplications pour les âmes des morts. Pour tous ceux qui sont morts dans la communion Chrétienne, la sainte Église a pris sur elle de faire ces prières, même sans mention de noms particuliers, dans une commémoration générale, afin qu'à ceux qui n'ont pour cet office ni parents ni enfants ni proches ni amis, ce service soit rendu par la tendre Mère de tous. Mais si l'on omettait ces supplications d'une foi et d'une piété bien profondes, pour les défunts, je pense qu'il ne servirait de rien à leurs esprits d'avoir leurs cadavres ensevelis dans des lieux saints.
Cela étant, ne pensons pas atteindre les morts dont nous prenons soin, autrement que par les solennelles supplications des sacrifices de l'Autel, des prières ou des aumônes, bien qu'ils ne profitent pas à tous ceux pour qui on les fait, mais à ceux-là seuls qui en ont, durant leur vie, mérité le profit. Toutefois, comme nous ne les connaissons pas, il faut faire ces choses pour tous les Baptisés, afin que pas un de ceux que ces bienfaits peuvent et doivent atteindre, ne soit oublié. Ils seront superflus à ceux auxquels ils ne peuvent ni servir ni nuire; cela vaut mieux que s'ils faisaient défaut à ceux auxquels ils doivent profiter. On accomplit cependant ces choses avec plus d'empressement pour ses proches, afin de les obtenir des siens à son tour. Maintenant, tout ce que l'on consacre à l'inhumation du corps n'est pas une aide pour le Salut, mais un devoir d'humanité imposé par cet amour qui défend de détester sa propre chair. Aussi doit-on se soucier le plus possible de la chair de son proche, quand celui qui la portait est parti. Et si ceux qui ne croient pas à la résurrection de la chair agissent ainsi, combien plus doivent le faire ceux qui y croient : pour que ce devoir, rendu au corps qui est mort mais appelé à ressusciter et à demeurer dans l'éternité, soit comme un témoignage de cette foi."
extrait de "sur les devoirs envers les morts," ch. 2, 3, 4 et 18.



Saint Jean Chrysostome : Sur la mort du pécheur, le vrai deuil, les vrais sujets de larmes, les aumônes utile aux morts et les offrandes pour les défunts.
4. Comprendrez-vous enfin qu'il n'y a pas là un sujet de larmes? Ce mystère est la plus grande marque de la sagesse de Dieu. Comme on abandonne une maison, ainsi fait l'âme, pressée de se réunir à son Seigneur. Et vous êtes dans le deuil? Il fallait donc pleurer à la naissance de l'enfant, car la dernière naissance est bien plus heureuse. L'âme s'en va vers une autre Lumière; elle s'échappe comme d'une prison; elle retourne comme on revient, d'un combat. Sans doute, m'objectera-t-on, mais vous parlez des justes; et que t'importe, ô homme? auprès des justes éprouves-tu ce que je dis ? Eh bien, dites-moi, que peut-on reprocher à l'enfant, au petit enfant? Pourquoi votre deuil pour le nouveau baptisé, car, pour celui-ci encore, la condition est la même? Pourquoi donc votre deuil? Ne voyez-vous pas que c'est comme un pur soleil qui s'élève? Que l'âme pure, quittant son corps, est une lumière brillante? L'empereur, faisant son entrée dans la ville, ne mérite pas le silence de l'admiration autant que l'âme rejetant son corps pour s'en aller avec les Anges. Réfléchissons donc sur l'âme, sur le saisissement, sur l'admiration, sur la volupté qu'elle éprouve. Pourquoi votre deuil, encore une fois? Ne pleurez-vous donc que sur les pécheurs? Plût au Ciel qu'il en fût ainsi! Je ne l'empêcherai pas ce deuil-là; plût à Dieu que telle en fût la cause! De là les larmes apostoliques; de là les larmes du Seigneur. Jésus aussi, Jésus pleura sur Jérusalem. Je voudrais que ce fût à ce caractère qu'on reconnût le deuil. Mais lorsqu'aux exhortations qu'on vous adresse, vous n'opposez que des mots, l'habitude, les liaisons rompues, la protection qui vous est enlevée, vous ne parlez pas du vrai deuil, je ne vois là que des prétextes. Faites le deuil du pécheur, versez sur lui des larmes; et moi aussi, j'en verserai avec vous, j'en verserai plus que vous, d'autant qu'il est plus exposé aux châtiments, le pécheur; et moi aussi, je me lamenterai, et de mes lamentations je vous dis la cause, et ce n'est pas vous seulement qui devez pleurer le pécheur, mais la cité tout entière et tous ceux que vous rencontrez, comme vous pleurez sur les malheureux que l'on mène à la mort, car c'est la réalité, c'est une mort sinistre que celle des pécheurs. Mais toutes les idées sont confondues. Voilà le deuil que commande la sagesse, qui est un grand enseignement, l'autre n'est que faiblesse, pusillanimité. Si nous sentions tous le vrai deuil, nous corrigerions les vivants. Si l'on vous donnait des remèdes contre la mort qui frappe les corps, vous ne manqueriez pas d'y recourir; si vous saviez pleurer la mort du pécheur, vous l'empêcheriez, vous l'écarteriez, et de vous, et de lui.
Mais, ce que nous voyons c'est une énigme; nous pourrions empêcher cette mort, nous ne l'empêchons pas; et, quand elle arrive, nous nous livrons au deuil. O hommes, vraiment dignes d'être pleurés, quand ils se présenteront au tribunal du Christ, quelle parole entendront-ils, quel traitement leur faudra-t-Il subir? C'est en vain qu'ils ont vécu, ou plutôt non, ce n'est pas en vain, mais c'est pour leur malheur. Il convient de dire, en parlant d'eux : "Il eut mieux valu pour eux de ne pas être nés " (Marc 14, 21.) Car quelle utilité pour eux, répondez-moi, d'employer tant de temps pour assurer le malheur de leurs têtes? S'ils n'avaient fait que le perdre, la perte ne serait pas si grande. Répondez-moi : qu'un mercenaire dissipe 20 ans de sa vie en labeurs inutiles, ne le verrez-vous pas se lamenter et gémir? Ne paraîtra-t-il pas le plus misérable de tous les hommes? Eh bien, voici un pécheur qui a dissipé, sans profit, sa vie entière; il n'a pas vécu un seul jour pour lui; il a tout livré aux plaisirs, à la luxure, à la cupidité, au péché, au démon; ne devons-nous pas le pleurer? Répondez-moi. N'essaierons-nous pas de l'arracher à ses dangers? Car nous pouvons, oui, nous pouvons, nous n'avons qu'à le vouloir, alléger son châtiment. Prions pour lui sans cesse, faisons l'aumône. Quand ce pécheur serait indigne, Dieu nous exaucera. Si en faveur de Paul, Il a sauvé des pécheurs; si en faveur des uns Il fait grâce aux autres, pourquoi, par égard pour nous, ne le ferait-Il pas? Faites-vous des richesses de votre prochain, de vos propres richesses. des ressources de qui vous voudrez, un moyen de secours; versez l'huile goutte à goutte, ou plutôt épanchez l'eau en abondance. Un tel n'a pas les moyens de faire l'aumône? Qu'il puisse au moins avoir pour lui les aumônes de ses parents; il ne peut pas se prévaloir des aumônes qu'il a faites? Qu'il montre au moins les aumônes faites pour lui. C'est ainsi que l'épouse priera avec confiance dans l'intérêt de l'époux, présentant pour lui le prix qui le rachètera; et plus il a été pécheur, plus il a besoin de l'aumône. Et ce n'est pas là la seule raison c'est qu'il n'a plus maintenant la même force qu'autrefois, ou plutôt il a bien moins de pouvoir. Ce n'est pas la même chose pour le Salut de travailler pour soi ou de laisser travailler les autres. Ce dernier moyen étant par lui-même moins efficace, compensons du moins ce désavantage à force de zèle.
Ce n'est pas auprès des monuments, ce n'est pas auprès des sépulcres qu'il nous faut nous fatiguer; protégez les veuves, voilà le plus grand des devoirs à rendre aux morts. Prononcez un nom, et dites à toutes les veuves qui entendent ce nom, d'adresser à Dieu leurs prières, leurs supplications, voilà qui apaisera le Seigneur. Si Dieu ne regarde pas celui qui n'est plus, Il regardera celui qui fait l'aumône dans l'intention du mort; preuve touchante de la bonté de Dieu. Les veuves qui vous entourent, en versant des larmes, peuvent vous affranchir, non pas de la mort présente, mais de la mort à venir. Un grand nombre d'hommes ont été fortifiés par les aumônes des autres à leur intention. Supposez qu'ils n'aient pas été entièrement délivrés, ils ont du moins reçu quelque consolation; s'il n'en était pas ainsi, expliquez le Salut des petits enfants. Certes, d'eux-mêmes, ils ne font rien, leurs parents seuls font tous les frais; souvent des femmes ont reçu et conservé, comme présents du Seigneur, des enfants qui n'avaient rien fait pour être sauvés. Le Seigneur nous a donné, pour le Salut, des ressources nombreuses, c'est à nous de ne pas les négliger.
5. L'aumône, répondra-t-on, mais si l'on est pauvre? A mon tour je réponds : La valeur de l'aumône, ce n'est pas le don, mais l'intention. Donnez dans la mesure de vos ressources, et vous avez payé votre dette. Mais, m'objectera-t-on, un étranger qui est seul, qui ne connaît personne? Dites-moi, pourquoi ne connaît-il personne? Cela même est un châtiment de n'avoir pas un ami, de ne pas connaître un honnête homme. Si nous ne sommes pas, par nous-mêmes, en possession de la vertu, sachons au moins nous faire des amis vertueux, nous ménager une épouse, un fils qui ait la vertu en partage, afin que nous puissions, par eux, en recueillir quelque fruit, un fruit si mince qu'il soit, mais enfin que nous puissions recueillir. Procurez-vous, non pas une épouse riche, mais une épouse vertueuse, ce sera votre consolation. Appliquez-vous à donner à votre fils, non la fortune, mais la piété; à votre fille, la chasteté; ce sera, pour vous encore, une consolation. Si c'est à de tels biens que vous attachez votre coeur, et vous aussi, vous serez vertueux. C'est une partie de la vertu de savoir se ménager de tels amis, une telle épouse, de tels enfants.
Ce n'est pas en vain que l'on fait des offrandes pour ceux qui ne sont plus; ce n'est pas en vain qu'on fait pour eux des prières; ce n'est pas en vain qu'on distribue pour eux des aumônes. L'Esprit-Saint a disposé toutes ces pratiques, afin que nous puissions nous aider les uns les autres. Car, voyez ce qui arrive, vous portez secours à celui-là, et celui que vous avez aidé vous aide à son tour; vous avez, d'un instinct généreux, méprisé les richesses, et celui que vous avez sauvé vous enrichit des grâces de l'aumône. Ne mettez pas en doute le fruit qu'il vous sera donné de recueillir. Ce n'est pas en vain que le diacre vous crie : "Pour ceux qui sont morts dans le Christ et pour ceux qui gardent leur souvenir." Ce n'est pas le diacre qui fait entendre cette parole, c'est l'Esprit-Saint lui-même; et je vous annonce le don de l'Esprit. Que dites-vous? Dans les mains du prêtre est la sainte offrande, et tout est prêt; arrivent les Anges, les Archanges, arrive le Fils de Dieu; une sainte frayeur s'empare de tous; et, dans le silence universel, les diacres élèvent seuls la voix; et vous pensez que tout cela se fait en vain? Et tout le reste aussi se fait donc en vain, et les offrandes au nom de l'Église, et les offrandes au nom des prêtres, et les offrandes pour obtenir la plénitude. Loin de nous cette pensée! Mais tout s'accomplit avec Foi. Que signifient les offrandes au nom des martyrs, invoqués à cette heure solennelle? Quelle que soit la gloire des martyrs, même pour ces glorieux martyrs, c'est une grande gloire que leur nom soit prononcé en la présence du Seigneur, au moment où s'accomplit cette mort, ce sacrifice plein de tremblement, cet ineffable mystère. Lorsque l'empereur est présent, assis sur son trône, tout ce que l'on veut de lui on peut l'obtenir; une fois qu'il s'est levé, toutes les paroles sont inutiles; de même ici, au moment où s'accomplissent les mystères, c'est pour tous un honneur insigne d'obtenir un souvenir. Voyez, en effet, méditez; on annonce le mystère terrible, Dieu qui S'est livré Lui-même pour le monde; au moment où s'accomplit ce miracle, c'est avec un grand sentiment d'à propos que le prêtre évoque le souvenir de ceux qui ont péché. Quand les rois sont conduits en triomphe, alors on célèbre aussi tous ceux qui ont pris leur part de la victoire; en même temps on relâche les prisonniers, parce que c'est un jour de fête; la fête une fois passée, celui qui n'a rien obtenu, n'en recueille aucun fruit : il en est de même ici, dans ce triomphe du Seigneur. Car, dit l'Apôtre, "toutes les fois que vous mangez ce pain, vous annoncez la mort du Seigneur" (1 Cor. 11, 26.) C'est pourquoi ne nous approchons pas à la légère, et ne disons pas que ces choses se font au hasard. D'ailleurs si nous rappelons le souvenir des martyrs, c'est parce que nous croyons que le Seigneur n'est pas mort; et c'est un témoignage que la mort est morte, de voir que le Seigneur a passé par la mort. Pénétrés de cette vérité, considérons quelle magnifique consolation nous pouvons apporter à ceux qui ne sont plus; au lieu de nos larmes, au lieu de nos lamentations, au lieu de nos monuments, donnons-leur nos aumônes, nos prières, nos pieuses offrandes, afin de leur obtenir, d'obtenir pour nous-mêmes, les biens qui nous ont été promis, par la grâce et par la bonté du Fils unique de Dieu, à qui appartient, comme au Père, comme au Saint-Esprit, la gloire, la puissance, l'honneur, et maintenant, et toujours, et dans les siècles des siècles. Amen.
Homélie sur Actes 21


Pourquoi les funérailles Orthodoxes sont-elles joyeuses?
[...] Ainsi, comme nous sommes remplis de joie, nous chantons des Psaumes en l'honneur des défunts, et ces Psaumes nous exhortent à avoir bon courage au sujet de la mort. En effet le Psalmiste nous dit : O mon âme, tourne-toi vers le lieu de ton repos, parce que le Seigneur t'a comblée de biens (Ps. 119,7.) Le voyez-vous? La mort est un bienfait et une cessation de travaux; car, une fois entré dans ce paisible Séjour, on se repose de ses oeuvres, comme Dieu S'est reposé des Siennes. [...]
saint Jean Chrysostome, extrait du ch. 3 de l'homélie sur les saintes martyres Bernice, Prosdoce et Domnine.


Mieux vaut mourir saint et loin des siens, que pécheur et chez soi!
[...] Il n'en est pas de même du juste : à son départ, il recueille une foule d'avantages; il est utile à tous les vivants par le souvenir de sa propre vertu, il les rend meilleurs. Les pécheurs au contraire sont encore punis par là. Car ce n'est pas seulement de leur vivant, mais jusqu'après leur mort, qu'ils nuisent à beaucoup de monde en laissant partout des exemples de leur avarice. A présent donc que vous êtes instruits sur ce point, cessez de plaindre ceux qui meurent à l'étranger, mais plaignez ceux qui meurent dans le péché; ne proclamez pas heureux ceux qui finissent leurs jours dans leur maison et dans leur lit, mais ceux qui les terminent dans la vertu; et nous-mêmes, cultivons la vertu et fuyons le vice. Car la première profite aux vivants et aux défunts; et le second nuit aux morts en 2 façons: en les couvrant de honte et en les conduisant aux châtiments éternels. Que Dieu donc, qui a daigné accorder à la sainte martyre qui nous a rassemblés ici en ce jour, la faveur de s'armer, de combattre, de vaincre, et d'être couronnée, nous juge tous dignes aussi, à notre dernier jour, de sortir de la vie présente fidèles à Ses Commandements et à Ses lois, et de pouvoir ainsi entrer dans les mêmes tabernacles que notre sainte, et y jouir des biens éternels: puissions-nous tous obtenir ce bonheur par la grâce et la miséricorde de Notre-Seigneur Jésus-Christ, avec lequel gloire au Père et au Saint-Esprit, dans les siècles des siècles. Amen.
saint Jean Chrysostome, extrait du ch. 6 de l'homélie sur sainte Drosis


Pleurer un mort, oui.. s'il était pécheur..
[...] 4. Ainsi ne pleurons pas en général ceux qui meurent , et n'ayons non plus tant de joie pour ceux qui survivent. Que ferons-nous donc? Pleurons sur les pécheurs, soit qu'ils meurent, soit qu'ils vivent. Réjouissons-nous sur les justes, soit qu'ils vivent, soit qu'ils meurent. Les premiers sont déjà morts tout vifs; les autres, même moissonnés par la mort, vivent toujours. Les uns, même habitant ce monde, méritent la compassion de tous, puisqu'ils sont ennemis de Dieu; les autres, même après le départ sans retour, sont heureux : ils sont allés à Jésus-Christ. Les pécheurs, où qu'ils soient, dans ce monde ou dans l'autre, sont loin de leur Roi et par conséquent dignes de pitié. Mais les justes, ici-bas ou au Ciel, sont avec leur Souverain, et bien plus heureux encore là-haut, parce qu'il Le voient de plus près, non plus dans un reflet, non plus dans la foi, mais, Paul le dit, face à face.
Non, tous les morts ne doivent pas être pleurés; mais ceux-là seulement qui meurent dans leurs iniquités : à eux, nos lamentations, nos gémissements, nos larmes; car enfin, dites-moi, quelle espérance reste-t-il encore, quand on s'en va, chargé de péchés, vers ce lieu où il n'est plus possible de dépouiller le péché? Du moins, tant que dura leur séjour ici-bas, il restait une grande espérance : peut-être se convertiraient-ils? Ils pouvaient s'amender! Une fois partis pour l'Hadès, ils n'ont rien à attendre de la pénitence même. "Qui, ô mon Dieu," s'écriait le prophète, "qui Te glorifiera dans la tombe?" (Ps. 6, 6.) Comment ne pas pleurer ces misérables?
Pleurons donc ceux qui meurent ainsi, je ne vous le défends pas. Pleurons, non pas toutefois au mépris des bienséances, sans nous arracher les cheveux, sans nous dénuder les bras, sans nous déchirer le visage, sans revêtir de sombres livrées, mais en silence, mais avec les pleurs amers de notre âme. On peut bien pleurer avec amertume, sans se mettre dans tous ses états, sans en faire démonstration publique : car c'est vraiment enfantillage que la douleur de quelques personnes. Ces gémissements en pleines rues ne partent pas d'un vrai chagrin, mais c'est pure montre, ambition, vanité! Bien des femmes même en font métier! Pleurez avec amertume, gémissez dans votre demeure, sans témoin: ce sera une véritable compassion, qui même vous deviendra salutaire. Qui pleure ainsi sérieusement s'étudie, en conséquence, à mériter d'autant moins un si redoutable malheur; vous en concevez d'autant plus de crainte du péché à venir.
Pleurez les infidèles; pleurez ceux qui leur ressemblent et sortent de ce monde sans avoir connu la Lumière, sans avoir été marqués du sceau de la Foi. Voilà ceux qui méritent et vos gémissements et vos larmes. Ils sont exclus de la Cour céleste, avec les damnés, avec ceux dont l'arrêt est prononcé. "En vérité, si quelqu'un ne renait pas de l'eau et du Saint-Esprit, il n'entrera pas dans le Royaume céleste." Pleurez lies riches qui meurent au sein de leur opulence, sans avoir fait servir leurs richesses à la consolation de leurs âmes; ceux qui avaient l'occasion de laver leurs péchés, et qui ne l'ont pas voulu. Oui, ceux-là, que chacun de nous les pleure en public et en particulier, mais sans jamais nous écarter des bienséances, mais en gardant toujours la gravité, mais en évitant de nous ridiculiser. Pleurons-les non pas seulement un jour ou deux, mais toute notre vie : ainsi continuent les larmes, quand elles ne coulent pas d'une émotion insensée, mais d'un amour véritable et pur. Quant aux pleurs de folle tendresse, ils sont bientôt séchés, tandis que ceux qu'inspire la crainte de Dieu sont intarissables.
Pleurons ainsi nos morts, et secourons-les de tout notre pouvoir. Préparons-leur quelque consolation, si faible qu'elle soit, mais qui puisse être vraie et efficace. Comment? Par quel moyen? Prions pour eux, faisons prier, pour eux continuellement, versons l'aumône aux pauvres. Toujours ainsi leur procurerons-nous quelque consolation. Écoutez Dieu même qui dit : "Je protégerai cette ville, et pour Moi-même, et pour David Mon serviteur." Si le seul souvenir d'un juste a eu cette puissance, que ne pourront pas des oeuvres accomplies en faveur des morts?
Aussi n'est-ce pas en vain que les apôtres nous ont laissé la coutume et la loi : vous savez que, d'après eux, dans nos saints et redoutables mystères, il doit être fait mémoire des défunts. Ils savaient quel avantage, quel bien immense ce souvenir devait leur procurer. Dans le moment, en effet, où tout le peuple fidèle, uni au corps sacerdotal, debout, les bras étendus, offre le redoutable sacrifice, comment Dieu ne serait-Il pas fléchi par les prières que nous adressons en leur faveur? Car nous parlons de ceux qui sont morts dans la Foi. Les catéchumènes n'ont aucune part à ces consolantes prières; privés de tout autre secours, il leur en reste un cependant, un seul, et lequel? C'est que nous fassions pour eux l'aumône aux pauvres : leur pauvre âme en recueillera quelque bienfait.
Dieu veut, en effet, que nous nous prêtions mutuellement secours. Pour quel autre motif nous aurait-Il commandé de prier pour la paix et pour la tranquillité publique? Pourquoi pour tous les hommes, lorsque dans cette universalité sont englobés les brigands, les profanateurs de tombes, les voleurs, et tant d'autres pervers chargés de crimes sans nombre? C'est que peut-être leur conversion s'en suivra. Comme donc nous prions pour des vivants en tout semblables à des cadavres, ainsi est-il permis de prier pour les défunts.
Job autrefois offrait des sacrifices pour ses enfants, et obtenait le pardon de leurs péchés: "Je crains," disait-il, "qu'ils n'aient péché dans leur coeur." Voilà vraiment veiller aux intérêts des siens. Loin de dire, comme le répètent aujourd'hui la plupart des hommes : Je leur laisserai des richesses! Loin de dire "J'amasserai pour eux la gloire!" Loin de dire "J'achèterai pour eux quelque propriété, quelques terres," que dit-il? J'ai peur que leur coeur n'ait péché! Quel avantage, en effet, procurent en définitive toutes ces propriétés attachées à ce bas monde? Aucun. Le Roi, le suprême Roi et Ses miséricordes, voilà ce que je veux leur laisser, certain qu'avec Lui, rien ne peut leur manquer. Car "le Seigneur me nourrit", a dit le prophète, "et rien ne me manquera." Magnifique fortune, riche trésor! Si nous avons la crainte de Dieu, nous n'aurons besoin de rien; sinon, eussions-nous gagné un royaume, nous serions encore les plus pauvres des hommes. Rien n'est grand comme celui qui craint Dieu. "Est-ce qu'en effet," dit la Sagesse, "cette crainte" du Seigneur "ne s'est pas placée au-dessus de tout?" Ah! sachons donc l'acquérir; faisons tout pour sa conquête, fallût-il rendre à Dieu notre dernier souffle, fallût-il livrer notre corps aux tourments : que rien au monde ne nous fasse reculer. Faisons tout pour gagner cette crainte salutaire. Ainsi deviendrons-nous plus riches que personne ici-bas; ainsi atteindrons-nous encore les biens à venir, en Jésus-Christ Notre-Seigneur, avec lequel soit au Père et au Saint-Esprit, gloire, puissance, honneur, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Amen.
saint Jean Chrysostome, extrait de l'homélie 3 sur l'épître de saint Paul Apôtre aux Philippiens

source des textes de saint Jean


image du synaxaire russe medieval pour le 1er novembre


Pour aller plus loin :

Hymne / Office Acathiste pour les défunts
http://www.orthodoxes.net/textes/office-defunts_acathiste-txt.pdf


pannychide pour les défunts (office de commémoration)


Samedi des Défunts :
http://www.forum-orthodoxe.com/~forum/viewtopic.php?p=630


pages orthodoxes sur la prière pour les défunts



Posté en la fête de saint David de Galles et saint Aubin d'Angers

29 février 2008

saint Grégoire de Narek: rester Orthodoxe dans un pays qui a officiellement quitté l'Église...

miniature armenienne, 12eme s, saint Gregoire de NarekSaint Grégoire de Narek, miniature
Prières de saint Grégoire de Narek, Skevra (?), Cilicie, 1173
Erevan, Matenadaran, MS 1568
Photo: Ara Güler, source

"Si je fixe les yeux en observant le spectacle du double risque le jour de la misère, puissé-je voir Ton Salut ô Espérance providentielle! Si je tourne le regard vers le haut vers le sentier terrifiant qui atteint tout, que vienne à ma rencontre avec douceur Ton Ange de paix!"
Le livre des lamentations, Parole II, b, ed. Studium, 1999, p. 164-65


Le Calendrier de la Fraternité Orthodoxe en Europe Occidentale mentionne aussi au 29 février un saint très peu connu dans l'Église Orthodoxe : saint Grégoire de Narek. Il y a eu beaucoup de bouzouf à son sujet il y a quelques années, quand le vatican a vainement tenté "d'uniatiser" les Arméniens et qu'on n'y tarissait pas d'éloges à propos de Grégoire. C'est d'ailleurs un jésuite qui a publié la traduction des écrits de saint Grégoire (Sources Chrétiennes n°78). Le problème étant qu'ils ont mal choisit leur candidat pour jouer (malgré lui) un rôle d'entremetteur pour amener les Arméniens à se prostituer. En effet, saint Grégoire de Narek était Orthodoxe, Chalcédonien, et pas anti-Chalcédonien comme l'actuelle majorité d'Arméniens...

Comment se fait-il qu'il est si peu connu dans l'Église? Dieu seul le sait. En attendant, dans l'Église, certains en parlent et en parlent bien. Voyez cet brillant plaidoyer que le forum de chant liturgique orthodoxe byzantin republiait, une très intéressante intervention du Lecteur Claude rappelant divers points confirmant cette "orthodoxie" de saint Grégoire de Narek malgré qu'il vivait dans un pays officiellement passé au monophysisme. L'article apporte aussi nombre de nuances sur ce monophysisme arménien, rappelle l'existence de groupes entiers restés Orthodoxes, etc. Une lecture très intéressante :
http://fr.groups.yahoo.com/group/chant_liturgique/message/614

Les textes ci-après sont un "recyclage adapté" ou une "adaptation recyclée," comme vous préférez, de mon ex-site amdg.be, défuncté pour cause de trop à corriger.



Très peu de détails nous sont parvenus sur la vie du grand mystique Arménien. Il naquit entre 940 et 950 aux environs du lac de Van, dans ce qui est aujourd'hui la Turquie orientale. Son père, Khosrow, s'était retrouvé veuf alors que Grégoire était encore fort jeune. Khosrow le Grand fut ordonné prêtre, puis élu évêque d'Antsévatsik, où il se fit aider par son fils aîné Isaac, devenu copiste.
Grégoire et son frère Jean furent envoyés au monastère de Narek, situé dans la même région. Ils y passeront toute leur vie. L'higoumène du monastère était son grand-oncle maternel, Ananie, surnommé "le Philosophe." Leur père, Khosrow le Grand composa plusieurs oeuvres, dont une "Explication des prières de la Liturgie" et un "Commentaire sur l'Office récité dans l'Église."
Grégoire et Jean reçurent de leur saint et sage grand-oncle Ananie une instruction très solide. Formé à la théologie ainsi qu'à la langue et à la littérature grecques, Grégoire étudia également avec fruit et précocité l'architecture, les mathématiques, l'astronomie et la médecine. Son usage de la prose rythmée, ponctuée de rimes intérieures, indique qu'il connaissait aussi la poésie arabe.
Ordonné prêtre, il consacra une partie de son temps à l'instruction d'autres moines au monastère de Narek et il entama une ouvre littéraire d'importance. Il mena au monastère une vie humble et charitable. Il y partageait son temps entre le travail et la prière. Il était animé d'un amour ardent pour le Christ et la Mère de Dieu.
La renommée de sa science et de la sainteté de l'higoumène Grégoire se répandit dans toute l'Arménie, et des évêques lui demandèrent des traités et des panégyriques, les rois de l'herméneutique biblique, le peuple des homélies et des hymnes, les moines un livre de prières. Son oeuvre est constituée d'une vingtaine d'hymnes et d'odes, d'un commentaire sur le Cantique des Cantiques, d'une Histoire de la Croix d'Aparanq, de plusieurs panégyriques (de la sainte Croix, de la Mère de Dieu, des Apôtres et des 72 Disciples, et de saint Jacques de Nisibe), de 3 sermons sous forme de prières liturgiques (Sur la venue du Saint-Esprit, sur la sainte Église, et sur la sainte Croix qui a porté Dieu), de plusieurs sermons, ainsi que le Livres des prières.
De son vivant, ses écrits aussi le rendirent célèbre dans toute l'Arménie. Sa renommée lui valut d'être considéré comme une haute autorité que les partisans et les opposants à la christologie chalcédonienne tentèrent de se concilier.
A cet égard, le synaxaire arménien rapporte que sa grande influence comme réformateur de son monastère lui valut quelques ennuis avec les autorités, allant jusqu'à le faire soupçonner d'hérésie, ce qui pour sa hiérarchie signifiait être Orthodoxe, Chalcédonien! - comme le montre cette charmante légende (si non e vero..) : "Les évêques et les princes envoyèrent une délégation d'hommes sûrs auprès de Grégoire afin qu'ils l'amènent à leur tribunal pour être interrogé sur sa Foi. Les délégués arrivés à Narek, Grégoire comprit immédiatement leurs intentions. Il leur dit : "Mettons-nous d'abord à table, avant de prendre la route." Il fait rôtir 2 pigeons et les place devant ses hôtes. Or c'était un vendredi. Ceux-ci, scandalisés, furent plus convaincus que jamais que ce qu'on rapportait de Grégoire était vrai.
Ils lui dirent donc : "Maître n'est-ce pas vendredi aujourd'hui?" Le Saint, comme s'il l'ignorait, leur répond : "Excusez-moi, mes frères." Et se tournant vers les pigeons : "Levez-vous, dit-il, retournez à votre volière, car aujourd'hui c'est jour d'abstinence." Et les oiseaux, retrouvant vie et plumes, s'envolèrent. A ce spectacle, les envoyés tombèrent aux pieds du saint pour lui demander pardon. Et ils s'en furent raconter le prodige à ceux qui les avaient délégués."

Son Livre des prières (ou Élégies sacrées, ou encore Livre des lamentations) est considéré à juste titre comme son chef-d'oeuvre. En 95 prières, dans un bouleversant dialogue avec le Seigneur, dialogue évoquant fortement les Psaumes, Grégoire exprime le sens du péché, la pénitence, la Miséricorde divine, le combat spirituel, la vie mystique et l'action de grâce. Avec un sentiment aigu de la misère humaine due au péché, face à la Sainteté et la majesté de Dieu, le poète mystique Grégoire exprime l'envolée d'un coeur épris de Dieu, un coeur qui aspire à être inséparablement uni à Dieu. Le Livre des Élégies est souvent appelé simplement "Narek." Il est vénéré par les fidèles depuis un millénaire et constitua longtemps la base de l'instruction en Arménie : à la fin de leur apprentissage de la lecture et écriture, réalisé sur base biblique, les enfants en recevaient un exemplaire et devaient en apprendre certaines parties par coeur. Certaines de ses prières sont entrées dans la Liturgie arménienne.
Grégoire mourut entre 1003 et 1010 dans ce même monastère où son frère Jean et lui avaient été introduits dans leur enfance. Dès le 12ème siècle, en Arménie, on l'appela "Ange revêtu d'un corps," comme saint Jean le Précurseur et Baptiste dans l'Orthodoxie.


Voici 2 prières de saint Grégoire, afin d'entrer dans le mystère de son âme chrétienne :

Prière au Christ

Tu me rends ma beauté première,
Ami des hommes, Sauveur béni, loué, exalté !
Refuge solide, abri sûr,
Bonté qui exclus toute méchanceté,
Toi qui pardonnes le péché
et qui guéris toute blessure,
Toi qui peux réaliser l'impossible
et qui atteins l'inaccessible,
O Chemin de Vie,
Toi qui es le premier guide
dans la voie de l'Amour,
Toi qui me conduis avec douceur
dans ma marche vers la Lumière,
Toi qui me donnes confiance
et ne m'abandonnes pas dans mes chutes,
Clarté sans ombre,
Toi qui m'enveloppes et me couvres
dans ma misère,
Toi qui m'illumines
des rayons de Ta grandeur infinie,
Toi qui me rends glorieux
à nouveau dans Ta Lumière,
Toi qui me renouvelles
et me rends ma beauté première,
donne-nous d'avoir part à Ta Joie infinie,
recréé dans une pureté nouvelle
pour reproduire Ton Image inaltérable.



miniature armenienne, l'adoration des MagesL'adoration des mages
évangéliaire de Hromkla
Jérusalem, patriarcat arménien, MS 251
miniature de T'oros Roslin
Photo: Garo de Jérusalem, source

Prière à la Mère de Dieu
Toi qui à été fortifiée et protégée par le Père très haut, préparée et consacrée par l'Esprit Saint qui s'est reposé sur toi, embellie par le Fils qui habita en toi. Accueille cette prière et présente-la à Dieu.
Ainsi par toi toujours secouru et comblé de tes bienfaits, aillant trouvé refuge et lumière près de toi, je vivrai pour le Christ, ton fils et Seigneur.
Sois mon avocate, demande et supplie; comme je crois à ton indicible pureté, je crois au bon accueil qui est fait à ta parole.
Il en sera ainsi, ô Mère du Seigneur, si dans ma recherche incertaine tu m'accueilles,
ô toi toute disponible,
si dans mon agitation tu me tranquillises,
ô toi qui es repos,
si le trouble de mes passions tu le changes en paix,
ô Pacificatrice,
si mes amertumes tu les adoucis,
ô toi qui es douceur,
si mes impuretés, tu les enlèves,
ô toi qui as surmonté toute corruption,
si mes sanglots, tu les arrêtes,
ô Allégresse.
Je te le demandes, Mère du Très Haut Seigneur Jésus, Lui que tu as enfanté Homme et Dieu à la fois,
Lui qui aujourd'hui glorifié avec le Père et le Saint Esprit, Lui qui est tout et en toutes choses.
A Lui soit la Gloire, dans les siècles des siècles
Amen.

croix antique d'Armenie

saint Jean Cassien, ou la synthèse des Pères du Désert chez un Père d'Occident

icone russe de saint Jean CassienSaint Jean Cassien "le Romain"
icône russe, vers 1800
source


textes adaptés des articles du hiéromoine Ambrose (EORHF, Nouvelle-Zélande), de l'archidiocèse grec américain et du Orthodoxwiki



Le Synaxaire l'appelle "Notre père Cassien, choisi par Dieu pour apporter en Occident l'illumination du monachisme oriental."

Saint Jean naquit dans le Delta du Danube, dans l'actuelle ville de Dobrogea, Roumanie, vers 360 – quoique certaines sources le disent natif de Gaule. Il a été bien instruit dans les affaires du monde. Mais, assoiffé de perfection, il abandonne tout et voyage avec son ami Germanus vers la Terre Sainte. En 382, il devint moine dans un monastère à Bethléem. Après avoir vécu la vie monastique palestinienne plusieurs années durant, saint Jean désira aller plus loin dans le monachisme et fut autorisé de partir avec son ami saint Germain de Dobrogea, afin de visiter les Pères du Désert en Égypte. Ils y restèrent jusqu'en 399, hormis une brève période où ils rentrèrent à Bethléem, et où leur monastère les libéra.

Il vécu 7 ans dans le désert, apprenant de Pères tels que Moïse, Serapion, Theonas, Isaac et Paphnutius. Par les longues luttes dans sa cellule, saint Jean a développé par l'expérience personnelle une doctrine divinement inspirée sur le combat spirituel. Beaucoup disent qu'il est le premier a avoir définit les huit passions principales: gourmandise, fornication, cupidité, colère, tristesse, acédie, vaine gloire et fierté.

A cette époque, les luttes dans l'Église d'Alexandrie rendaient la vie si difficile aux moines égyptiens que saint Jean, toujours accompagné de son ami Germanus, chercha refuge à Constantinople, en 399. Et vers 400, il y sera ordonné diacre. Il devint un fervent disciple et défenseur de saint Jean Chrysostome. Il semblerait qu'un temps durant, Jean Cassien ait même été en charge du trésor de la cathédrale. Hélas, en 403, quand le saint archevêque Jean Chrysostome fut à nouveau persécuté puis déposé par un concile local impie, ses disciples, dont Jean Cassien, durent fuir. Il partit pour l'Italie où il alla plaider la cause de Jean Chrysostome auprès du pape de Rome, Innocent I – en vain, ledit pontife n'ayant que peu à dire sur les affaires internes à Constantinople... A partir de ce moment, Jean Cassien ne quittera plus l'Occident.

A Rome, il se plaça donc sous la protection du pape, l'évêque Innocent 1er. Cet exil forcé se révéla providentiel pour les Églises d'Occident, saint Jean apportant les trésors de la spiritualité du désert aux monastères occidentaux.
C'est probablement à Marseille qu'il a été ordonné prêtre. Jean Cassien y a fondé 2 monastères vers 415: un pour hommes, sur la tombe de saint Victor, et un pour femmes. A l'époque, la Provence était envahie de réfugiés fuyant les invasions barbares. La vie monastique était autant approuvée ou attaquée par des Chrétiens que par des païens. Elle avait besoin d'un exemple. En y apportant et réinterprétant les traditions égyptiennes pour les Gaules, Jean Cassien devint cet exemple.
C'est à la demande de son évêque qu'il écrivit les "Institutions Cénobitiques", dans lesquelles il adapta les pratiques austères des Pères d'Égypte aux conditions de vie en Gaule. C'est cet ouvrage capital qui servira de guide pour saint Romain et son frère saint Lupicin lorsqu'ils iront fonder la vie monastique pure au fin fond des montagnes du Jura. C'est ainsi que ces écrits monastiques, Institutions et Conférences, eurent un grand retentissement.

Les Institutions traitent de la vie communautaire, et les Conférences proposant des sermons d'ermites Égyptiens, mais ce n'est pas strictement cloisonné, on trouve des 2 sujets dans les 2 traités.
Les "Conférences", célèbres, sont devenues la chaîne principale par où la sagesse du désert oriental a pu passer aux moines d'Occident. Saint Benoît a développé une bonne partie de sa Règle (qui gouverna un temps la plupart des monastères du monde latin) en partant des "Institutions" de saint Jean, et recommandé que les "Conférences" soient lues dans tous ses monastères. (Règle 42,3)
Jean Cassien insistait sur l'origine apostolique de la vie monastique, basée sur la pratique de l'Église du temps des Actes d'Apôtres. Il affirmait la supériorité théorique de la vie érémitique, mais préférait dissuader quiconque n'était pas convenablement formé pour l'entreprendre. La solitude de l'ermite comportait cependant une discipline et une vie liturgique communes. Mais comme toujours, il s'en est trouvé parmi les lecteurs de Jean Cassien à ne pas avoir compris ce qui était plus qu'une nuance..

La 3ème oeuvre majeure de saint Jean Cassien n'est pas monastique. C'est le "Traité de l'Incarnation contre Nestorius" (De incarnatione Domini contra Nestorium), un ouvrage théologique qui lui avait été commandé par l'archidiacre du pape de Rome (l'évêque Célestin 1er), Léon, futur évêque et pape connu sous le nom de saint Léon 1er le Grand, et traité dont il se servira pour écrire son futur "Tome à Flavien", applaudit à Chalcédoine – c'est donc quelque part Jean Cassien que Chalcédoine a applaudit... par procuration!
Léon voulait que l'Occident soit avertit du danger que représentaient les écrits et idées hérétiques de Nestorius. C'est un traité peu considéré et pourtant extrêmement intéressant : Jean Cassien y analyse toutes les idées de Nestorius, les démonte l'une après l'autre de manière méthodique grâce à la théologie conciliaire, et achève par un "dossier patristique" où il cite toute une série de Pères de l'époque et d'avant. Ce dossier ne représente sur l'ensemble que 6 pages en traduction, mais c'est du plus haut intérêt, montrant notamment l'unité de Foi totale qui existait alors entre Orient et Occident, car tous deux Orthodoxes. Et on y découvre sa large culture patristique, très équilibrée avec ses choix des Pères selon le point à appuyer, pas selon leur origine géographique ou l'école théologique à laquelle ils appartenaient.
Dans cet ouvrage, il fut le premier à démontrer la parenté spirituelle entre le Pélagianisme, qui enseignait que le Christ n'était qu'un homme qui sans l'aide de Dieu avait réussi à éviter le péché, et qu'il était donc possible pour l'homme de surmonter le péché par ses propres efforts; et le Nestorianisme, qui enseignait que le Christ n'était qu'un homme utilisé comme un instrument par le Fils de Dieu, mais n'était pas Dieu fait homme; et de fait, lorsque Nestorius devint tout d'abord patriarche de Constantinople en 428, il fit preuve de fermeté et persécuta en apparence les hérétiques, à l'exception des seuls Pélagiens, qu'il reçut en communion et en faveur desquels il intercéda auprès de l'empereur et auprès de l'évêque de Rome, Célestin.

L'erreur opposée au Pélagianisme mais aussi désastreuse, c'était l'enseignement de saint Augustin d'Hippone, affirmant (sur base de ses maigres ressources scripturaires, ne disposant pas de Bible LXX ni ne sachant le grec) qu'après la Chute d'Adam, l'homme était devenu si corrompu qu'il ne savait rien faire pour son propre Salut, et que Dieu prédestinait simplement certains pour le Salut et d'autres pour la damnation – ce qui la théorie partagée par les catholiques-romains, les protestants et.. les musulmans.. Face à cette erreur si flagrante et contraire à tout l'enseignement de l'Église depuis les Apôtres, saint Jean Cassien réfuta ce blasphème.
Au Chapitre 13 de ses Conférences, Jean Cassien met en garde contre certains des excès de la théologie de saint Augustin d'Hippone – ou ou moins de celle qui lui était attribuée par ses disciples, car on sait qu'ils avaient largement dépassé leur maître. Et qu'ils n'avaient pas restitués les ouvrages réclamés par Augustin, qui voulait corriger ce qu'il avait compris comme erroné dans les 1.600 et quelques lettres, traités, livres, sermons, etc, qu'il avait écrits
(cfr sa Vita, par son disciple local, saint Possidius).
Dans ce chapitre 13 donc, il rapporte le discours d'Abba Cheremon, qui présente avec éloquence, de long en large et avec force citations des Saintes Écritures, l'enseignement Orthodoxe sur l'équilibre entre la Grâce de Dieu d'un côté, et les efforts de l'homme de l'autre, nécessaires pour notre Salut – ce qu'on appelle la synergie.
Avec la délicatesse et la grandeur du vrai saint, Jean Cassien ne citait cependant pas Augustin nommément. Ses opposants, au premier rang desquels Prosper d'Aquitaine, n'auront pas la même délicatesse, dans leur rage à s'en prendre à celui qui rappelait ainsi, par Pères du Désert interposés, la doctrine de l'Église et le Consensum Patrum. A cause de ce rappel de la vraie doctrine apostolique, les catholiques-romains et certains commentateurs protestants l'accusent encore de semi-pélagianisme.
Cependant, saint Benoît de Nursie, au chapitre 73 de sa Règle, range les Institutions ET les Conférence de Jean parmi les principaux écrits des pères du monachisme, et ordonne qu'ils soient lus dans ses monastères. Saint Jean Climaque loue hautement saint Jean Cassien au paragraphe 105 du 4ème échelon de son Échelle Sainte, dans le chapitre sur l'obéissance.

Saint Jean Cassien s'endormit en paix en 435, et a été vénéré par les moines de l'Occident Orthodoxe comme leur Père et le plus sage de leurs enseignants. Le restant de ses reliques est toujours exposé à l'abbaye de Saint-Victor de Marseille, qui n'est cependant plus Orthodoxe depuis un millénaire déjà. Il est largement vénéré en Roumanie, mais aussi dans toute l'Église Orthodoxe.

Déjà de son vivant ce fut le cas. Mais après sa mort, ça empira : les écrits de saint Jean furent rapidement attaqués par les extrémistes Augustiniens et, comme l'Augustianisme était hélas devenu la doctrine officielle de l'Église latine, sa vénération a quasi disparu en Occident. En dehors de l'Église Orthodoxe, on n'en parle plus. En milieu hétérodoxe, on ne le commémore plus qu'à Marseille, et bien entendu uniquement symboliquement, ses écrits n'étant évidement plus pris au sérieux.
http://www.abbamoses.com/months/february.html



monastere Saint-Victor, Marseillemonastère Saint-Victor, Marseille


crypte du monastere Saint-Victor, MarseilleCrypte du monastères


icone de saint Jean Cassien dans la crypte du monastere Saint-Victor, MarseilleIcône de saint Jean Cassien



photo du reliquaire de saint Jean Cassien, voir :
http://stmaterne.blogspot.com/2007/02/s-nicodme-lhagiorite-comment-se-prparer.html


Tropaire de saint Jean Cassien, ton 8 (1)
T'étant purifié par le jeûne,
Tu parvins à la connaissance de la sagesse,
Et des Pères du désert,
Tu appris le combat contre les passions.
Dès lors, par tes prières, accorde à notre chair d'obéir à l'esprit.
Car tu es notre enseignant, ô vénérable Jean Cassien,
Et en Christ nous louons tous ta mémoire.


Tropaire de saint Jean Cassien, ton 8 (2)
L'image de Dieu fut vraiment préservée en toi, ô saint père,
Car tu pris sur toi la Croix et suivis le Christ.
Ce faisant tu nous enseigna à dédaigner la chair qui n'est que passagère
Et plutôt nous soucier de l'âme, qui est immortelle.
Dès lors ton esprit, vénérable Jean Cassien, se réjouit avec les Anges.

Kondakion de saint Jean Cassien, ton 4 (3)
En vénérable moine,
Tu consacras ta vie à Dieu,
Et radieux de vertus, ô Jean Cassien,
Tu brilles tel le soleil par la splendeur de tes divins enseignements,
Illuminant toujours les coeurs de tous ceux qui t'honorent.
Supplie ardemment le Christ en faveur
De ceux qui te louent d'un amour fervent.

icone grecque de saint Jean Cassien
-oOo-

Saint Jean Cassien et son héritage dans l'Église Orthodoxe en Grande-Bretagne, à l'époque "celtique"

...Revenons à l'Église de Grande-Bretagne qui lui était contemporaine. Nous trouvons que dans la province de Valentia, qui comprenait cette portion du nord de la Grande-Bretagne située entre les murs d'Antonin et d'Hadrien, là naquit vers l'an 360, quelqu'un dont la personnalité, au sujet de laquelle il y a beaucoup de vague et légendaire, légende qui semble pourtant permettre d'éclaircir et distinguer des faits d'avant la vision historique moderne. C'est Nynias ou Ninian, fils d'un prince ou un chef Celte Chrétien. Saint Ninian a été baptisé et a été instruit en Chrétien. Rempli de zèle religieux, il a résolu de visiter la grande ville "dont la gloire ancienne était toujours la fierté de l'empire dominant le monde ," et, les circonstances étant favorables à l'accomplissement de son voeux, il quitta sa maison et parvint à Rome. Il y étudia longtemps, et en 397 fut consacré évêque – qu'on n'aille pas en déduire un anachronique et anti-apostolique "système pyramidal" à l'époque, car même saint Augustin de Canterbury, envoyé par saint Grégoire le Grand 1 siècle plus tard en Angleterre, ne reviendra pas à Rome pour être fait évêque, mais ira chez le métropolite le plus proche, celui des Gaules en l'occurence.
Quant à saint Ninian, une fois devenu évêque, il fut renvoyé dans son pays natal. En route il traversa la Gaule, et en chemin il se détourna vers la ville de Tours sur la Loire, où Saint Martin, habituellement connu comme "le saint soldat" et alors âgé de 80 ans, présidait à un monastère qu'il avait fondé sur le modèle oriental, monastère dont saint Ninian connaissait la renommée. Comme ce séjour avec le vieux Saint Martin, auquel on le relie, portera par la suite beaucoup de fruits, et aura de très grandes conséquences plus tard dans l'Église Celte, il serait bon de nous arrêter ici un instant, le temps d'examiner brièvement la nature et les caractéristiques générales de l'antique Église des Gaules, beaucoup de ses caractéristiques devant par la suite se retrouver dans l'Église Celte & Britannique.

De ce monachisme reçu de Gaule, Saint Antoine, le Saint Copte, était le fondateur. Antoine était Égyptien de noble naissance, né à Corma, située près de la frontière entre la Basse et la Haute Égypte basse, en l'an 251. Il s'est tôt imprégné de zèle pour la vie ascétique. Au début il vivait solitaire ou ermite, mais plus tard il a recommandé la vie cénobitique. Plus tard, cette idée a fusionné et donné naissance au concept du monastère au sein duquel les frères demeureraient sous un même toit.
icone copte de saint Pacome
Pacôme, le successeur de Saint Antoine, a réuni les moines sous une Règle écrite et fondé un monastère sur l'île de Tabennae, Haut Nil, qui comptera à la fin pas moins de 7.000 membres. Le chef du monastère était l'Abbas, un mot de syriaque qui signifie le père, et la communauté a été considérée comme sa famille. La renommée et la réputation de piété de ce premier établissement se diffusa rapidement, et beaucoup de communautés similaires naquirent dans les pays avoisinants.

Ce système égyptien de monachisme s'est fermement enraciné dans les Gaules, mais pas à Rome – et saint Jérôme se plaindra amèrement de l'absence de vie monastique et pieuse dans la ville en pleine déconfiture. De cette vie monastique égyptienne, saint Martin en fût impressionné. En 360 il retourna à Poitiers et y retrouva Hilaire. Il fonda dans les environs le monastère de Ligugé. En 371, il fut élu évêque de Tours. Étant attiré par la vie de reclus il établit le monastère de Marmoutier-les-Tours sur les bords de la Loire. Cependant, il est important de noter que ce n'est pas seulement dû au nom et à la réputation de saint Antoine que saint Martin désira tant la vie ascétique.

Saint Martin a reçu son inspiration de Lyon, aussi fortement influencé par l'Asie mineure, par Hilaire et Symphorien, et de l'Égypte, plutôt que de Rome.

Saint Martin n'était pas seul dans son enthousiasme pour le monachisme égyptien. Jean Cassien - qui avait visité le Nil et la plupart de ses célèbres monastères, et qui est retourné rendre compte des brillants succès du mouvement en Égypte; des 500 moines sur les montagnes où Saint Antoine avait habité sa cellule; des 5.000 dans le désert de Nitrie; des 50.000 qui se rassemblaient pour célébrer la Communion de Pâques; du maigre régime alimentaire, de la macération de la chair, de la piété fervente – saint Jean Cassien donc, fonda un monastère à Marseille d'après le modèle égyptien, et publia deux livres: "De Institutione Coenobiorum" et "Collationes Patrum", qui influencèrent fortement les convictions et les pratiques religieuses en Gaule. La doctrine enseignée dans ce monastère était tout à fait opposée à l'Augustianisme qui allait faire florès et s'emparer de l'Église à Rome. Il y avait beaucoup d'autres, comme Cassien, qui se sont sentis poussés, après avoir visité l'Égypte, à chercher des retraites similaires. Dès lors les us et coutumes égyptiens se sont introduits sur les îles qui s'étendent le long des côtes de l'ouest de la Méditerranée. "La mer était à ces retraites," comme l'écrit plus tard le professeur Story, "ce que le Nil ou le désert était à leurs prototypes égyptiens; et le modèle égyptien de la vie monastique a été fidèlement reproduit en eux."

Tout comme Ephèse, Antioche, et Alexandrie ont trouvé leur chemin vers la Gaule sans faire d'étape à Rome, ainsi en était-il des relations entre l'Égypte et la Gaule qui, en effet, avait été établies bien longtemps avant l'ère Chrétienne. Bien que jusqu'alors purement sociales, commerciales, intellectuelles, devint alors aussi religieuses. Quand les éloges de saint Jérôme sur le monachisme ont été accueillis avec tant de colère par la société romaine, qu'il comprit qu'il valait mieux pour lui de prendre sa retraite à Bethléem avec Paula et Eustochium, "l'ascétisme du Nil gagnait déjà à sa façon parmi les centaines de passionnés en Ligurie [partie à l'extrême sud-ouest du nord de l'Italie] et Gallia Narbonensis [la côte du sud-est de la France moderne]."

Un autre des célèbres communautés de Gaule était celle de l'île de Lérins, fondée par Saint Honorat, le fervent Père né à Trêves, en Gaule Belgique. Lérins devint avec lui un centre d'où émanèrent les forces monastiques qui se répandirent rapidement à travers l'ensemble de l'ouest de l'Europe. C'est saint Vincent, le grand et loué docteur de ce monastère, qui a donné la célèbre définition de la véritable Tradition apostolique - "Quod semper, quod ubique, quod ab omnibus creditumi sit."" [Ce qui a toujours été la Foi, partout et pour tous]

La trace des 7 chapelles de ce monastère est toujours visible parmi les ruines, et nous rappelle forcément les sept églises à Glendalough en Irlande, les deux groupes rappelant symboliquement de l'histoire des Sept d'Asie dans l'Apocalypse.

Saint Patrick vint d'Irlande dans ce monastère, après avoir échappé au chef qui l'avait tenu en esclavage, sur la côte du Comté d'Antrim. Il étudia ici la culture et l'ascétisme qui avaient été importés de l'Orient. Dans sa "Confession" il ne parle pas d'avoir reçu son autorité de Rome, et sa vie et son enseignement entiers prouvent le contraire. Comme Saint Ninian, il a aussi visité Saint Martin, qui était son oncle, à Tours, et là-bas en apprit encore plus sur le travail du monastère.

Ici nous avons atteint une étape extrêmement intéressante dans notre progression historique. Ces deux dirigeants chrétiens - Saint Ninian, amenant de Saint Martin de Tours l'enthousiasme pour le monachisme et la culture de l'Orient, et plus tard, Saint Patrick, de la même manière imprégné avec le zèle monastique qu'il avait acquis à Lérins et à Tours - retournant dans leurs pays respectifs, l'Écosse et l'Irlande, et aux établissements des règles religieuses, qui, avant que beaucoup d'années ne s'écoulent, eurent une influence universelle, non seulement dans les îles britanniques mais aussi sur le Continent d'Europe, par le retour des missionnaires et les exils de populations Celtes Chrétiennes chassées par des envahisseurs barbares (les Saxons.)

On constate ainsi que l'influence d'Asie mineure et d'Égypte est parvenue à l'antique Église Celte en Grande-Bretagne venant de la Gaule en deux ruisseaux qui se sont rencontrés et ont finalement fusionné en un; le premier vint de Saint Martin par Saint Ninian à Whithorn, dans le Galloway, d'où, par Saint Finian il est passé à Moville en Irlande et de Moville par Saint Columba à Iona et les Celtes d'Écosse en 563 apJC. Le second de Lérins et par Saint Martin de Tours et Saint Patrick il passa à l'Irlande, où il a rejoint l'autre.

Adapté d'après : "L'Église Celte et l'influence de l'Orient," John Stirton, Crathie

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La Tradition du Désert
Jay Cooper Rochelle

Quand les Chrétiens ont commencé à arriver dans l'extrême ouest de l'Empire romain, l'Irlande était une terre de petits royaumes. Le monachisme y a fait des incursions parce que le style de vie et d'habitat ressemblaient de près ce qui y existait déjà. On n'y a pas construit de villes jusqu'à la période danoise. Wexford et Dublin étaient les premières des plus grandes villes fondées à cette époque-là. Avant cela, les routes étaient pauvres et les bourgades petites. Les Romains n'ayant jamais traversé la Mer d'Irlande, aucune bonne route n'avait été posée à travers l'île.

Le voyage était difficile, ce qui explique l'importance des traditions locales et des communautés pour une vie Chrétienne prospère. L'organisation tribal ou clanique était centrée autour d'un chef. Le monastère le fut autour d'un abbé. Ces modèles n'étaient pas éloignés l'un de l'autre. L'un a rendu l'autre sensible et sain.

La tradition rapporte que le monachisme, la forme la plus ancienne de communauté Chrétienne en Irlande, est venu d'Égypte par la côte du nord. L'histoire soutient cette tradition. Les pères de désert d'Égypte, qui précèdent le développement plénier de l'Église Copte, menèrent aux travaux de saint Martin de Tours (Vers 316-397), qui est vénéré dans nombre d'églises de fond Celte. Martin a fondé le premier monastère Gallican à Ligugé près de Poitiers en 360. Il par la suite fondé un deuxième monastère à Tours, après avoir été élu évêque de cette ville.

Deux générations plus tard, saint Jean Cassien (vers 365 - vers 433) fonda deux monastères à Marseille (vers 415) pour lesquels il écrivit ses "Institutions" et ses "Conférences" comme règle et guide. Les travaux de Cassien reposaient sur son propre séjour parmi les moines égyptiens et fournit le terreau sur lequel le monachisme celte s'est établit la génération suivante.

De Gaule, le monachisme se diffusa vers l'ouest à travers les régions Celtes, jusqu'au bout du monde connu, ainsi qu'on appelait l'Irlande. Dès le sixième siècle, le monachisme était la force motrice dans la vie Chrétienne de la société dans son ensemble. Columban (543-615), né Irlandais et missionnaire prenant le chemin inverse vers la Gaule à la fin du sixième siècle, écrivit une Règle, qui est seulement deuxième en importance dans l'Église d'Occident après la Règle de Saint Benoît.

La tradition ascétique de l'Orient, qui a influencé les régions celtes, est plus austère que celle de l'Occident. Les "Dialogues" de Cassien, par exemple, parlent en détail de la renonciation, la mortification de la chair, et la vie de repentir permanent. C'est l'avant-goût de la tradition pénitentielle irlandaise tel qu'elle se développera aux huitièmes et neuvièmes siècles. De plus, Cassien enjoint ses moines à trouver un directeur spirituel, origine donc de l'anamchara ou "l'ami d'âme", que certains voulaient relier au passé pré-chrétien des terres Celtes. Cassien, dans la Conférence 13, exprime la relation entre volonté et grâce dans le Salut dans des termes Orthodoxes, une note qui trouvera des échos dans la tradition Celte. La conférence 10 appelle le moine à développer un style de prière répétitive qui aura sa consommation future dans deux formes, la "prière de Jésus" de la tradition de hésychaste en Orient, et la tradition de "la prière constante" découverte par Alexandre Carmichael dans les Iles de l'ouest, et qui est devenu si connue dans les récentes années comme partie distinctivement celte dans la foi chrétienne.

Le monachisme est une forme de martyre. Quand la frontière entre la culture du monde et la vie spirituelle n'a plus été tracée par le sang des martyrs, les moines ont repris la charge de tracer cette ligne pour maintenir le Christianisme comme une culture alternative "étant dans le monde sans en faire partie."

Au temps où les Églises Celtes se sont développées, cependant, l'âge de persécution était terminé. De plus, les endroits de persécution étaient très éloignés du centre du monde Celte. La formes que la Foi a reçue dans les régions Celtes étaient les communautés monastiques, habituelles en Irlande, sur Iona et à Lindisfarne.
adapté de "la tradition du désert," de Jay Cooper Rochelle, Th.M., Ph.D.



icone roumaine traditionnelle de saint Jean Cassien


SAINT JEAN CASSIEN, écrits aux Sources Chrétiennes, Editions du Cerf :
Conférences 1/2

Conférences 2/2

Institutions Cénobitiques.

autre collection
Traité de l'Incarnation contre Nestorius



Ancienne traduction libre, dans l'archive du beau site du hiéromoine Cassien (VCO):

Institutions

Conférences

Traité de l'Incarnation contre Nestorius, livre 1


Sfântul Ioan Casian, sa vie en roumain



voir l'intéressante notice sur forum-orthodoxe:
http://www.forum-orthodoxe.com/fev2.php

et la discussion sur le problème de l'Occident qui préféra les erreurs augustiniennes à la juste théologien de Jean:
http://www.forum-orthodoxe.com/~forum/viewtopic.php?p=10594



Nous fêtons aussi aujourd'hui saint Germain de Dobrodja (+ 410), le compagnon de pérégrinations de saint Jean Cassien, mais je n'ai pas trouvé d'informations sur lui hors de ce qu'on tire de la vie de saint Jean. Ni tropaire, ni icône.

Du camp de concentration de Dachau, un saint parle à l'Europe: "le Seigneur S'est dressé pour te juger..." (saint Nicolas Velimirovic)

photo de saint Nicolas Velimirovic prechant, croix a la mainun extrait du journal tenu par saint Nicolas dans le camp de concentration, où il imagine le dialogue entre l'Europe déchristianisée et le Christ, l'Europe osant faire procès à Dieu, voulant "tuer le Père."


L'exode vers l'Autriche, après que la Serbie ait versé son sang pour protéger l'Europe de l'invasion Ottomane...
Et l'Europe l'en remercie en lui arrachant son berceau historique, cette "preuve historique" des racines Chrétiennes de l'Europe, sa province du Kosovo, avec pourtant sa frontière et intégrité garanties par l'ONU et tout et tout...

Source des textes ci-dessous : p. Andrew (EORHF, Felixstowe)



UN SAINT S'ADRESSE A L'EUROPE DEPUIS DACHAU
http://orthodoxengland.org.uk/dachaust.htm





Du 15 septembre 1944 au 8 mai 1945, le grand théologien Orthodoxe Serbe et père de l'Église contemporain, l'évêque saint Nicolas (Velimirovic) de Zica, fut emprisonné par les Nazis dans l'abominable camp de concentration de Dachau. Là, il y tint un journal composé de 76 chapitres, "A travers la fenêtre d'une prison," dans lequel il s'adressait au peuple de Serbie.

Saint Nicolas le Serbe, comme beaucoup l'appellent à présent, n'y mentionna jamais ses propres souffrances, mais au contraire, exprima sa profonde tristesse face à la décadence spirituelle et morale de l'humanité contemporaine, qu'il appelait "une vie sans but et une mort sans espérance." D'après le saint, c'est cette vacuité et cette désespérance qui expliquaient la catastrophe européenne du 20ème siècle et ses guerres mondiales.

Ci-après, voici une traduction d'un de ces chapitres. Que Dieu daigne nous accorder le temps pour traduire d'autres chapitres de cette oeuvre unique et inspirée de ce saint contemporain, qui continue d'appeler l'Europe à la repentance.

42: Le Seigneur S'est levé pour juger
http://orthodoxengland.org.uk/dachau4.htm

Comment pourrions-nous appeler l'Ancien Testament dans le langage contemporain? Il pourrait être qualifié de procès-verbal du tribunal du procès de Dieu et de Son peuple, à savoir à l'époque le peuple élu. Les prophètes disent littéralement que Dieu entre en procès avec Son peuple (Isaïe 3, 13-14; Michée 6,2; Malachie 3,5). De nos jours, le soit-disant rapport secret ou "Protocoles" des Sages de Sion a été publié. C'est supposé être un plan juif pour soumettre le monde. Dans ces "Protocoles," il n'y a ni Dieu, ni parole prophétique, ni testament, ni sainteté céleste dans ses paroles, pas de marque divine. C'est parce que ce n'est que du vain journalisme. Ces procès-verbaux contemporains juifs comportent une centaine de pages [1]. Mais le procès-verbal du procès de Dieu avec le peuple Juif sur des milliers d'années représente un millier de pages. En lisant ces anciens procès-verbaux – l'Ancien Testament – chacun d'entre nous ressent 2 profonds sentiments. Le premier, c'est l'émerveillement devant la divine fidélité et patience à toute épreuve. Le second, c'est la honte face à l'attitude perfide du peuple élu dans sa relation à Dieu, son bienfaiteur, la résistance à Dieu, qui ne peut être expliquée que comme une malignité démoniaque, Lui désobéir, une désobéissance que même une mule ou quelqu'autre bête ne montrerait pas envers son maître et celui qui la nourrit.

Mais nous, qui vivons au 20ème siècle, nous n'appartenons plus à l'Ancien Testament mais au Nouveau Testament. Quelle est la différence? Elle est grande. Dans l'Ancien Testament, Dieu parla au peuple par la bouche des prophètes et des Anges, mais dans le Nouveau Testament, où Il parut comme un homme dans la chair, Il parle personnellement et directement. Que pourrait-on dire de ceux qui fuient la lumière de l'Évangile pour les ténèbres de l'Égypte, et qui cherchent à entrer en procès avec Dieu, avec la même obstination juive des temps de l'Ancien Testament? Nous pourrions seulement dire que les Chrétiens qui entrent en procès avec Dieu, qui renoncent au Christ, font preuve de méchanceté et de désobéissance envers Dieu Qui S'est manifesté, et qu'ils sont fous et pécheurs, pires que les Juifs de l'Ancien Testament, qui ne voulurent pas entendre les Anges de Dieu, les prophètes et les justes, car eux, ils furent insolents envers les serviteurs du Maître, ceux [qui renoncent au Christ] sont insolents envers le Maître Lui-même.

Si l'histoire des 3 derniers siècles – 18ème, 19ème et 20ème – devait recevoir son véritable nom, alors on ne pourrait pas lui trouver de nom plus approprié que "Procès-verbaux du procès entre l'Europe et le Christ," car tous les événements d'importance en Europe au cours des 3 siècles passés sont reliés à notre Seigneur Jésus-Christ.

En réalité, voici ce qui s'échange dans le procès entre l'Europe et le Christ.

Le Christ rappelle à l'Europe qu'elle a été baptisée en Son Nom et qu'elle doit Lui être fidèle, ainsi qu'à Son Évangile. L'Europe répond pour se défendre:

- Toutes les confessions sont égales. Les Encyclopédistes Français nous ont enseigné cela, et c'est une erreur de vouloir forcer quiconque à croire en la moindre d'entre elles. L'Europe fait preuve de tolérance envers toutes les confessions en tant que coutumes nationales, car elle souhaite garder ses intérêts impérialistes, mais l'Europe elle-même n'est attachée à aucune d'entre elles. Mais quand elle sera parvenue à ses buts politiques, alors elle réglera rapidement les comtes avec ces vaines croyances populaires.

Alors le Christ demande avec tristesse :

- Comment vous autres, vous pouvez ainsi vivre uniquement pour des intérêts impérialistes, c'est-à-dire, matérialistes, pour l'unique désir animal de la nourriture corporelle? J'ai voulu faire de vous des dieux et des fils de Dieu, et vous voulez faire de vous-mêmes les égaux aux bêtes de somme.

Mais l'Europe répond:

- Tu es démodé. Au lieu de ton Évangile, nous avons découvert la zoologie et la biologie. A présent, nous savons que nous sommes les descendants d'orang-outangs et de gorilles – des singes, nous ne sommes pas à toi ni à ton Père Céleste. Maintenant, nous nous perfectionnons nous-mêmes afin de devenir des dieux, car nous ne reconnaissons pas d'autres dieux que nous-mêmes.

Le Christ répond :

- Vous êtes plus obstinés que les anciens Juifs. Je vous ai tirés hors des ténèbres de la barbarie pour vous porter à la lumière céleste, mais à nouveau, vous foncez tête baissée vers les ténèbres, comme des porcs se jettent dans la boue. J'ai versé mon sang pour vous, je vous ai donné Mon sang, lorsque tous les Anges s'étaient détournés de vous, car ils ne pouvaient plus supporter votre puanteur infernale. Lorsque vous vous êtes tournés vers les ténèbres et la puanteur, Moi seul Me suis levé afin de vous illuminer et vous purifier. Revenez-à moi, autrement vous vous retrouverez à nouveau dans une insupportable puanteur et ténèbre.

Mais l'Europe sourit, moqueuse :

- Laisse-nous tranquilles. Nous ne te connaissons pas. La philosophie grecque et romaine nous sont bien plus proches. Nous voulons la liberté. Nous avons des universités. La science est notre étoile qui nous guide. Notre devise, c'est liberté, égalité, fraternité. Notre raison est le dieu des dieux. Tu es d'Asie, nous te répudions. Tu n'es rien d'autre qu'un conte de fées raconté par nos grand-parents.

Les yeux pleins de larmes, le Christ dit alors:

- C'est bon, Je m'en vais, mais vous verrez et vous comprendrez que vous avez quitté le chemin de Dieu et prit le chemin du diable. La bénédiction et la joie vous sont enlevées. Votre vie et votre mort sont entre Mes mains, car Je Me suis Moi-même livré pour vous à la Crucifixion. Mais ce n'est pas Moi qui vous punirai; vos péchés et votre égarement loin de Moi, votre Sauveur, vous puniront. Je vous ai montré l'amour du Père pour tous les peuples, et voulu tous vous sauver par l'amour.

Mais l'Europe réplique:

- Quel amour? Sérieuse et courageuse haine pour tous ceux qui ne sont pas d'accord avec nous, tel est notre programme. Ton amour n'est qu'une fable. Nous préférons nationalisme et internationalisme, l'adoration de la science et de la culture, de l'esthétique, de l'évolution, et du progrès, plutôt que ton amour. Voilà où se trouve notre salut, et quant à toi, fiche le camp!


O mes frères, de nos jours, le progrès est complet. Le Christ a quitté l'Europe, comme autrefois le Christ avait quitté Gadara à l'insistance des Géraséniens. Mais à peine est-Il partit qu'ont commencé guerres, catastrophes, horreurs, destruction, anéantissement. La barbarie pré-Chrétienne est revenue en Europe, celle des Avares, des Huns, des Lombards, des Vandales; seulement, elle est revenue cauchemardesquement multipliée par cent. Le Christ a repris Sa Croix et Sa bénédiction et est parti. Les ténèbres et la puanteurs se sont répandues. Alors décidez avec qui vous voulez être : avec les ténèbres et la puanteur de l'Europe, ou avec le Christ. Amen.

saint Nicolas Velimirovic, icone orthodoxe serbe
Note de traduction
[1] Il est nécessaire de resituer ce préambule dans son contexte historique. La véritable identité de l'auteur de ce faux que sont ces "Protocoles" n'a été connue qu'en 1992, et les mobiles appartiennent encore et toujours au domaine de l'hypothèse. Le Times avait bien publié en 1921 un démenti quant à l'authenticité, démenti limité donc au monde anglo-saxon; et il manquait donc des preuves formelles, sinon il n'aurait pas fallu encore attendre 71 ans de plus pour que l'auteur soit connu avec certitude. Personne ne peut donc reprocher de nos jours à un auteur de 1945 d'avoir pu croire, comme quasiment tout le monde, que le texte était réel.
Cfr : http://fr.wikipedia.org/wiki/Protocoles_des_Sages_de_Sion



Pierre Breughel l'Ancien : la Tour de Babel


le parlement européen à Strasbourg

quelle étonnante ressemblance, non?...


HT: Handmaid Leah

Les "vertus" de l'athéisme occidental :



28 février 2008

Les Pères du Jura, ou l'Athos de l'Occident Orthodoxe

Saint Romain et saint Lupicin construisant leur monastère.
Missel de Saint-Claude,
Bibliothèque de l'Assemblée Nationale (France)


En 460, alors que saint Léon le Grand dirigeait l'Église du Christ qui était à Rome (imparfait de rigueur), dans les froids sommets du Jura s'éteignait un des 2 fondateurs des monastères du Mont Jura, saint Romain, l'abbé de Condat. Dans cette Burgondie où l'arianisme était la norme de bien des rois, et qui avait alors Gundioc pour souverain, le Jura devint le "bastion spirituel" de la Foi en Christ. Voici un bref rappel de la vie de saint Romain, et une évocation de son frère et successeur, saint Lupicin.

Saint Romain et saint Lupicin sont nés dans une honnête famille vers la fin du 4ième siècle, dans cette partie de l'ancienne province des Séquanais qu'est l'actuel Haut-Bugey, peut-être à Izernore, ville considérable à l'époque.
Romain devint moine avant son frère cadet. Ils n'avaient pas fait beaucoup d'études, car les Gaules étaient sans cesse bouleversées par les guerres et invasions barbares, et le système scolaire n'était pas encore rétablit. Par contre, leur vie Chrétienne était déjà modèle de vertu. Romain était le plus doux.
Avant de s'engager dans les pratiques de la vie monastique dont il n'existait point encore de maitre dans les montagnes du Jura, il alla se mettre quelque temps sous la conduite de l'abbé Sabin, qui gouvernait à Lyon le monastère d'Ainay, bâti au confluent du Rhône et de la Saône, proche du lieu où avaient souffert les martyrs de Lyon, en 177. Romain y étudia toutes les pratiques de la vie cénobitique, et obtint de cet abbé un exemplaire de la "Vie des Pères", et un autre des "Institutions" de saint Jean Cassien, qui étaient alors tout récemment écrites. Avec ces secours et les leçons qu'il avait reçues, il se retira à l'âge de 35 ans dans les forêts du mont Jura qui séparent aujourd'hui la Franche-Comté du pays de Gex, et se fixa, vers l'an 425, dans un lieu nommé Condat, ce qui veut dire "confluent" en langue celtique. Le Tacon et la Bienne se réunissent en effet dans cet endroit. Entre 3 montagnes, il trouva un espace de terre cultivable, une fontaine qui lui offrait une eau limpide, et des arbres qui lui fournissaient des fruits sauvages. Son temps était partagé entre la prière, la lecture et le travail manuel. Il passa ainsi quelques années dans cette solitude, au milieu des bêtes sauvages, oublié du monde qu'il avait oublié le premier. Cependant voici que Dieu, après l'avoir formé Lui-même dans le silence et la retraite, va le mettre à la tête de la nation sainte qu'Il s'est choisie dans les montagnes du Jura, pour en être le guide et le modèle.
Romain avait laissé dans le monde un frère nommé Lupicin, qui avait comme lui été élevé dans la crainte de Dieu, mais que son père avait engagé dans le mariage. Cependant, sa femme et son père vinrent à mourir, et il n'avait dans le monde que sa mère et sa soeur. Un jour, il vit son frère Romain en songe, lui demandant de le rejoindre, et il quitta ainsi le monde. Ils s'animèrent l'un l'autre par leur exemple mutuel à la pratique des vertus, et plus unis encore par la désir de se sanctifier que par les liens du sang, leur seule compétition était à qui serait
fibule merovingienne du Jura le plus humble.
L'ennemi ordinaire du Salut tâcha de détruire une si sainte communauté, et il s'en fallut de peu que par la violence des tentations il ne réussit à leur faire abandonner leur solitude et leurs premières résolutions (voir la vie de saint Lupicin, 21 mars). Dieu les ayant enfin délivrés des insultes secrètes et humiliantes de l'Ennemi, ils marchèrent avec plus d'ardeur qu'auparavant dans la voie étroite et pénible qui conduit à la Vie éternelle. Leur renouvellement devint une source de grâces et de bénédictions pour beaucoup d'autres; car l'odeur de leurs vertus, s'étant répandue au loin en peu de temps, attira dans leur désert plusieurs personnes voulant quitter le monde pour venir se mettre au service du Christ sous leur conduite. Les premiers qui découvrirent avec beaucoup de peine la retraite de nos Saints furent 2 jeunes ecclésiastiques de cette partie de la Bourgogne qui forme aujourd'hui le pays de Gex; d'autres les y suivirent, et le nombre de leurs disciples s'accrut de telle sorte qu'ils se virent obligés de bâtir un monastère régulier. On commença dès lors à leur amener des malades et des possédés: et les merveilles qu'ils opéraient sur le corps de ces malheureux en produisaient de plus grandes encore sur leurs âmes, car nombre d'entre ceux qui se trouvaient guéris par la vertu de leurs prières restaient ensuite au monastère, pour s'exercer sous leur discipline dans les veilles, les jeûnes et les autres pratiques de la vie spirituelle. Voilà quels furent les commencements de la célèbre abbaye de Condat.

La stérilité des montagnes qui environnaient le vallon, et le grand nombre de solitaires qui augmentaient tous les jours, contraignirent les 2 frères à s'étendre au delà et à bâtir un monastère dans un lieu voisin nommé Lauconne. Ils gouvernaient conjointement ces 2 communautés avec une union et une concorde que l'on pouvait regarder comme l'ouvrage particulier du Saint-Esprit, qui sait allier les choses opposées entre elles et former comme Il lui plaît un mélange salutaire des humeurs contraires des hommes pour l'exécution de ses desseins. Dieu semble quelquefois en effet prendre plaisir à varier Ses ouvrages et à diversifier les fruits de sainteté que cela produit.

Romain et Lupicin, quoique frères et animés du même esprit, étaient d'un caractère diamétralement opposé. Le premier était naturellement doux, paisible et accommodant; le second, au contraire, était ferme et rigide; la sévérité présidait toujours à ses conseils, et cela aurait semblé excessif, si Lupicin n'eût été encore plus dur envers lui-même qu'envers les autres. Mais la grâce qui avait, encore plus que la fraternité, associé ces 2 Saints, tempéra si heureusement la faiblesse de l'un par la rigidité de l'autre, qu'il en résulta une conduite excellente pour le Salut de ceux qu'ils gouvernaient. Romain prévenait toujours de sa clémence ceux qui se trouvaient en faute, sans même attendre qu'ils aient avoué et demandé pardon. Lupicin, sans s'opposer absolument à l'indulgence de son frère, la contrebalançait tant qu'il pouvait, de crainte qu'elle n'ouvrît la porte au relâchement et n'autorisât les rechutes. Romain ne croyait pas devoir imposer à ses disciples un joug plus pesant que celui qu'ils paraissaient volontairement disposés à porter; Lupicin, estimant que les moines doivent tendre à la perfection, ne jugeait pas que ce fût trop exiger d'eux de les presser par des discours qui n'étaient qu'une exposition simple de ce que lui-même et son frère pratiquaient pour leur donner l'exemple. Romain ne faisait aucune acception de personnes, et recevait indifféremment tous ceux qui se présentaient; Lupicin se montrait difficile dans le choix de ceux qu'il s'agissait d'admettre, et usait d'une grande circonspection envers les novices. Mais comme cette contrariété, qui aurait pu produire de la division entre des personnes moins unies, était toujours accompagnée d'une parfaite intelligence dans ces 2 Saints qui agissaient par un même principe et pour une même fin, on trouvait toujours dans l'un de quoi
fibule merovingienne suppléer à ce qui manquait dans l'autre. Saint Romain, quoique l'aîné, cédait souvent à saint Lupicin, soit par raison, soit par tempérament, soit par vertu; mais Dieu ne laissait pas de se déclarer de temps en temps par des effets sensibles en faveur de sa mansuétude, et l'on vit des conversions admirables de moines sortis plus d'une fois du monastère et qu'il avait reçus aussi souvent qu'ils avaient demandé à rentrer.
Un des anciens moines de sa communauté, de l'esprit et du caractère de saint Lupicin, le reprit un jour assez fortement pour cette facilité à recevoir les postulants, et de ce qu'ayant rempli le monastère de gens qui paraissaient plutôt ramassés que choisis, il ne restait pas de place pour des sujets plus dignes quand il s'en présenterait; il l'engageait même à renvoyer tous ceux en qui se trouvait le moindre défaut, et à ne garder que ceux qui donnaient les preuves d'une vertu solide et d'une vocation bien éprouvée. Saint Romain, sans témoigner qu'il trouvait déplacée cette remontrance adressée ainsi au père abbé, se contenta de lui répondre qu'il n'était pas aisé de faire le discernement qu'il souhaitait; que Dieu seul connaissait le fond et la disposition des coeurs; que parmi ses disciples il s'en était trouvé qui avaient commencé avec ferveur et qui ensuite étaient tombés dans le relâchement; que d'autres l'avaient quitté 2 ou 3 fois, et qu'étant rentrés dans le monastère, ils y avaient servi Dieu le reste de leurs jours avec une piété exemplaire; qu'entre ceux mêmes qui s'étaient tout à fait séparés pour retourner dans le monde, quelques-uns, loin de s'abandonner au vice, avaient religieusement pratiqué les maximes qu'ils avaient apprises au monastère; que d'autres même, élevés à la prêtrise, gouvernaient actuellement des églises et des monastères avec édification.

Une année que les fruits furent plus abondants, les moines de Condat en prirent occasion de se relâcher de leur abstinence, et ils s'élevèrent avec orgueil contre saint Romain qui les en reprenait avec sa douceur ordinaire. Le saint abbé appela à son secours son frère Lupicin qui, pour rétablir la première austérité, ne fit servir d'abord que de la bouillie faite avec de l'orge, sans sel et sans huile. Une nourriture aussi insipide ne fut pas du goût des moines relâchés : ils murmurèrent, et quand ils virent leurs murmures inutiles, 12 prirent le parti de quitter le monastère, y laissant par leur fuite la paix et la régularité.
Saint Romain, affligé de voir que la sévérité de son frère avait obligé ces religieux à quitter leur état, ne put s'empêcher de lui en faire quelques plaintes. L'austère abbé de Lauconne lui expliqua qu'il ne devait pas s'attrister de la sortie de ces individus, puisque l'aire du Seigneur avait été purgée, et que la paille légère ayant été soufflée dehors par le vent de l'orgueil, il n'était resté que le bon grain. Cette réponse, toute conforme qu'elle paraissait à l'esprit de l'Évangile, ne put consoler saint Romain de la perte de ses frères, parce qu'il ne pouvait éteindre dans son coeur cette tendre charité qui lui faisait craindre pour leur Salut; il les pleura, mais avec la confiance que Celui qui avait daigné mourir pour eux les ferait revenir à la vie : en effet, il obtint leur conversion par l'ardeur et par la persévérance de ses prières; tous revinrent, les uns plus tôt, les autres plus tard, et touchés d'un repentir salutaire, ils firent une pénitence édifiante.

Depuis que l'empereur Honorius y avait transporté le siège de la préfecture du prétoire, après la ruine de Trêves par les Barbares, le primat des Églises des Gaules était le métropolite d'Arles, et à leur époque c'était saint Hilaire. Ce dernier s'était rendu à Besançon l'an 414, pour juger Célidoine, évêque de cette ville, accusé d'avoir épousé une veuve, et qui fut déposé. Saint Hilaire entendit parler des vertus qui rendaient célèbres les 2 abbés du Jura; il envoya des clercs à saint Romain, pour le prier de venir le trouver à Besançon. L'humble moine s'y rendit, et le saint évêque l'ordonna prêtre, malgré sa résistance. Cet honneur ne produisit nul changement dans la conduite de saint Romain, qui était alors âgé d'environ 54 ans, mais donna un nouvel éclat à son humilité et à la judicieuse simplicité de sa conduite. Il ne crut pas que la dignité du sacerdoce dût le distinguer de ses frères, hors du Sanctuaire et du service sacramentel; il resta toujours simple, familier avec eux, et ne chercha jamais à les surpasser qu'en régularité et en ascèse.
La réputation de saint Romain se répandit de jour en jour plus au loin, et lui attira un si grand nombre de disciples, qu'il fut obligé de bâtir d'autres monastères, dans les Vosges et jusqu'en Germanie. L'un des plus célèbres fut celui qu'il fonda dans le diocèse de Lausanne, et qui donna naissance à un bourg, connu aujourd'hui sous le nom de Romain-Moutier, dans le pays de Vaud.
croix merovingienne vendue au Canada
Dans le monde, nos 2 Saints avaient une soeur, et elle finit par vouloir imiter leur genre de vie; ils lui bâtirent un monastère sur une roche voisine de Lauconne, pleine de cavernes, ce qui fit appeler ce couvent la Baume, nom qui signifie "caverne" en langue celtique, et qui a passé dans le patois du pays, où l'on appelle Balmes ces grottes qui se trouvent en grande quantité dans les montagnes du Bugey (le village qui se forma auprès de ce monastère porte aujourd'hui le nom de Saint-Romain-de-Roche). Cette nouvelle communauté devint si nombreuse, qu'à la mort de saint Romain en y comptait 105 moniales, qui ne sortaient de l'enceinte du monastère que pour être portées en terre. Quoique plusieurs d'entre elles eussent leurs frères ou même leurs fils dans le monastère de Lauconne qui en était si proche, elles ne leur parlaient jamais : les uns et les autres se regardaient déjà comme ensevelis, à la manière des Pères du Désert d'Égypte et de Palestine.
Saint Romain avait tiré la Règle qu'il établit dans ces monastères, des "Observances" de Lérins et des "Institutions" de saint Jean Cassien. Il avait aussi pris des moines orientaux, et surtout de la Règle de saint Basile et de celle de saint Pacôme, les usages qui pouvaient convenir au climat et au tempérament des Gaulois. Ses moines cultivaient la terre pour vivre; ils ne mangeaient jamais de chair, à moins d'être malades; mais ils mangeaient des oeufs et du laitage.
Tous les monastères établis par saint Romain et saint Lupicin les reconnaissaient pour leurs pères et leurs maîtres, et la maison de Condat pour leur mère et la source de leur origine. Aussi la Règle s'y conserva beaucoup plus longtemps qu'ailleurs dans sa pureté et son exactitude.

Les 2 frères visitaient fréquemment et tour à tour les maisons éloignées; et souvent ils profitaient de ces voyages pour faire des pèlerinages dans de saints lieux voisins.
A cette occasion, citons un fait rapporté par saint Grégoire de Tours; c'est le bouquet spirituel que nous présentons à nos lecteurs, en terminant cette notice.
Saint Romain, allant visiter le tombeau de saint Maurice, à Agaune, avec Pallade, son compagnon, fut surpris par la nuit près de Genève. Il se retira dans une cabane de lépreux qui lui donnèrent l'hospitalité, avec d'autant plus d'empressement qu'il ne témoigna pas la moindre répugnance en voyant l'affreuse maladie dont l'horreur les avait fait tenir éloignés de la société. Mais quelle ne fut pas leur surprise le lendemain en s'éveillant de se voir entièrement guéris! Leur bienfaiteur avait quitté la chaumière de très grand matin: sachant qu'il avait pris le chemin de Genève, ils lui coururent après pour lui exprimer leur reconnaissance; ils ne purent l'atteindre, mais cette reconnaissance s'exprima par des démonstrations publiques, et bientôt toute la ville de Genève, où ces 2 lépreux étaient connus, fut instruite du miracle qui venait de s'opérer en leur faveur.
A son retour d'Agaune, saint Romain fut accueilli en grande pompe par le clergé, par les magistrats et le peuple de Genève qui le conduisirent en triomphe, suivi des 2 lépreux guéris que l'on regardait comme sa victoire. La confusion que lui causaient tous ces honneurs fut grande, mais elle ne l'empêcha pas de profiter de cette occasion pour exhorter les Génevois à demeurer fermes dans la Foi, si fertile en miracles. Saint Romain ne pouvant supporter les louanges des hommes, alla promptement se renfermer dans son monastère de Condat, où il mourut saintement quelque temps après, âgé de 70 ans, en présence de saint Lupicin, son frère, et de sa soeur, abbesse de la Baume, auxquels il recommanda, au Nom de Jésus-Christ, tous les moines et les moniales des maisons qu'il avait fondées. L'on place sa mort au 28 février 460.

Son corps fut porté dans le monastère de la Baume, comme il l'avait accordé à sa soeur. Dieu continua de l'honorer du don des miracles après sa mort, pour attester sa sainteté et faire éclater sa gloire. Ses reliques furent conservées avec soin en ces lieux jusqu'en 1522, époque à laquelle elles furent en partie consumées dans un incendie avec celles de saint Lupicin. Aujourd'hui on conserve les derniers restes du saint abbé dans l'église de Saint-Romain-de-Roche qui a remplacé l'ancien monastère de la Baume; ils sont renfermés dans une belle châsse qui a la forme d'un mausolée du 13ième siècle. L'église (du 14ème?), est construite sur les bords d'un effrayant précipice et isolée sur la roche de la Balme. Chaque année, à certains jours de fête, les habitants de Saint-Lupicin se rendent processionnellement à ce temple solitaire. Adon et Usuard, hagiographes du 9ième siècle, l'ont mentionné au 28 février dans leur Martyrologe. Quant aux moniales que saint Romain avait établies à la Balme, elles se dispersèrent quelque temps après sa mort. Dès lors, la Balme ne fut plus qu'un simple prieuré dépendant de Condat, et qui fut appelé vulgairement Saint-Romain-de-Roche, parce que saint Romain y avait choisi sa sépulture.
Pour ce qui est de l'abbaye de Condat, première fondation de saint Romain, elle prit le nom de Saint-Oyend, lorsque cet abbé y eut été enseveli; elle le garda jusqu'au 13ième siècle. A cette époque, le culte de Saint Claude fut mis en avant, plus que probablement pour des raisons financières puisque c'est ainsi que l'Occident déchristianisé voyait alors le rôle des saints d'avant le Schisme. Dès lors, l'abbaye hétérodoxe l'abbaye qui possédait son corps ne fut plus appelée que l'abbaye de Saint-Claude; la ville qui s'était formée autour prit aussi ce nom. Le monastère passa à l'ordre des Bénédictins, mais on ne sait pas si cela eu lieu encore pendant la période Orthodoxe.
La ville de Saint-Claude fut entièrement détruite le 19 juin 1799, par un incendie affreux qui n'épargna que la maison où était caché l'avant-bras de saint Claude, retiré du feu par une femme quand le corps du saint fut livré aux flammes par les "révolutionnaires", en février 1794.
boucle de ceinture merovingienne

On représente saint Romain et saint Lupicin à genoux et en prière, pendant que le démon fait pleuvoir sur eux une grêle de cailloux. Découragés, ils quittent le lieu de leur retraite; une pieuse femme, à laquelle ils demandent l'hospitalité après une journée de marche, leur reproche de céder le terrain à l'ennemi. La scène du départ, de la halte dans la chaumière de cette villageoise, et de leur retour, peut fournir d'autres motifs.
On les figure encore en abbés, avec une crosse à la main et une petite église; lavant les pieds à des pèlerins ou à des malades; travaillant à la terre. La Vie de saint Romain et de saint Lupicin, son frère, a été écrite par saint Grégoire de Tours et par un moine de Condat. Cette dernière version est plus complète, plus tardive aussi, tout en reprenant probablement nombre d'éléments de tradition locale inconnus de saint Grégoire. Cependant, si cette version originale a sûrement dû avoir été écrite par un disciple de saint Oyend, au 6ème siècle, il est flagrant qu'elle a été "réécrite" en une période où l'Occident commençait déjà sa chute, car telle qu'en l'état, elle comporte des éléments étrangers à la Foi ("mérites surérogatoires" et autres hérésies), éléments totalement absents dans les textes religieux antérieurs aux Carolingiens... même "en germe."



actuelle ville de Saint-Claude


saint Romain de Condate, le père fondateur des "Pères du Jura", donc fondateur de notre "Athos d'Europe occidentale", dont l'essentiel des sources, comme pour presque tout notre monachisme, sera puisé en Égypte, via saint Jean Cassien et Lérins, est disponible dans la collection "Sources Chrétiennes", réédition 2004 de cette traduction de 1968.
http://www.editionsducerf.fr/html/fiche/fichelivre.asp?n_liv_cerf=812


C'est surtout dans la Vita Patrum de Condate qu'on trouve le récit de la vie de nos 2 saints pères. Voici in extenso le bref récit que donne saint Grégoire de Tours :

Vie des Pères ou de quelques bienheureux

I. Des abbés Lupicinus et Romanus
[a]. - C’étaient 2 frères qui, lorsque la mort de leurs parents les rendit libres, se retirèrent dans les solitudes du mont Jura entre la Bourgogne et la Germanie, proche de la cité d’Avenche. Ils y rassemblèrent un grand nombre de moines et fondèrent l’abbaye de Condate [b], puis une maison succursale, puis un troisième monastère sur le territoire allemand. Lupicinus, homme sévère pour lui et pour les autres, en fut l’abbé ; Romanus, plus doux d’esprit, se livrait uniquement aux bonnes œuvres. Un jour il visita une maison de lépreux et commença par leur laver les pieds à tous. Ils étaient neuf. Puis il ordonna qu’on fit un large lit, où ils couchèrent tous ensemble et lui avec eux. Le matin ils étaient tous guéris. Lupicinus, déjà vieux, alla trouver le roi Chilpéric auquel obéissait alors la Bourgogne[c], et qui, à ce qu’il avait appris, habitait la ville de Genève (Januba). Lorsqu’il passa la porte, le roi, qui à cette heure était à table, sentit sa chaise trembler et dit aux siens tout effrayé : Il y a eu un tremblement de terre… On lui amena cet homme couvert de vêtements de peau et qui lui demanda de donner de quoi vivre aux brebis du Seigneur. Prenez, répondit le roi, ce qu’il vous faut de champs et de vignes. Le moine, reprit : Nous ne recevrons point de champs et de vignes, mais s’il plaît à votre Puissance, assignez-nous quelques revenus, car il ne convient pas que des moines s’enorgueillissent des richesses du monde. Alors le roi leur donna un diplôme pour qu’ils eussent chaque année trois cents muids de blé et autant de vin, plus cent sous d’or pour l’habillement des frères ; ce qu’ils touchent encore aujourd’hui, dit-on, sur les revenus du fisc. Romanus, Lupicinus ensuite, moururent pleins de jours.

[a] Mort, le premier en 480, le second en 460.

[b] Condatiscone ; appelée plus tard abbaye de Saint-Ouyan de Joux (saint Eugendi), puis abbaye de Saint-Claude.

[c] Chilpéric, frère de Gondeuch et oncle de Gondebaud, plutôt que Chilpéric fils de Gondeuch, frère de Gondebaud et père de la reine Clotilde.

source traduction
http://remacle.org/bloodwolf/historiens/gregoire



nb : les illustrations de bijoux ne font que représenter l'époque mérovingienne.. le descriptif de la visite de saint Lupicin au roi de l'époque, parlant de sa "tenue monastique," suffit à montrer à quel point nos saints étaient éloignés du clinquant, des beaux vêtements, des tiares (même d'archiprêtre), etc... On est avec saint Colomba d'Iona ou saint Antoine le Grand ou saint Cosma d'Etolie, pas avec de faux moines...
Quelques autres photos des rarissimes représentations des 2 saints fondateurs de cet Athos occidental:
http://stmaterne.blogspot.com/2007/02/
on remarquera qu'on ne dispose hélas toujours pas dans l'Église d'une représentation Orthodoxe, même pas byzantine, de nos 2 saints. Alors une représentation fidèle au canon iconographique orthodoxe occidental... dans 10 siècles peut-être?...


source