"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

22 mars 2008

Faire du Carême une grande période pour votre famille

http://www.antiochian.org/book/export/html/699

Par Philip Mamalakis, PhD

Nos voisins sont rentrés d'une fin de semaine passée dans un lieu de villégiature avec leurs 2 adolescents. Ils nous ont décrit l'énorme buffet de l'hôtellerie. Le buffet en libre-service pour le grand déjeuner avait de tout, disaient-ils, les viandes, les oeufs brouillés, toutes sortes de fruits, plein de crêpes et autant de sortes de sauces que vous ne pourriez l'imaginer, 10 sortes de plats différents, du saumon, des croissants, oui, on peut le dire, ils étaient ravis. Ils n'ont pas pu cacher leur consternation en nous racontant comment leurs 2 gamins étaient revenus du buffet avec... un bol de céréales "Captain Crunch"! "Ils peuvent en avoir quand ils veulent à la maison," se sont-ils exclamés. Là, ils pouvaient avoir ce qu'ils voulaient, un festin de roi, et ils se contentèrent d'un bol de céréales soufflées.

Le Grand Carême est un temps où nous sommes invités à changer notre style de vie quotidienne comme préparation de Pâques. Comme tout le restant dans la vie, au plus nous comprenons ce qui se passe, au plus nous nous laissons aller au banquet, au plus nous expérimenterons la présence guérissante de Dieu en nos vies. Je ne serais pas à même de mettre en évidence tous les mets fins qui nous sont présentés en cette période de Carême, dès lors je vais mettre en exergue 3 plats que la famille sait partager, d'une manière à relier le banquet à nous-mêmes et à enseigner à nos enfants à y prendre part. Notez cependant le premier rapport. La manière la plus efficace d'enseigner à nos enfants la joie de la vie liturgique de l'Église, c'est de l'adopter dans nos propres vies.

Prenez un engagement sur la manière dont vous jeûnerez durant le Grand Carême.

Comme Orthodoxes, nous jeûnons de la nourriture afin d'être à même de jeûner du péché. Et c'est notre péché qui nous empêche de pleinement expérimenter Dieu en nous. Cette relation entre la manière dont nous mangeons et celle dont nous péchons, les Pères de l'Église l'affirment clairement. Cette relation est aussi quelque chose de perdu dans la société contemporaine. Dans l'Occident d'aujourd'hui, nous n'entendons pas beaucoup dire comment le jeûne peut aider un mariage à perdurer, ou comment une famille peut apprendre à aimer Dieu par le jeûne. Comme thérapeute, je vois des mariages échouer parce que les gens ne savent pas contrôler comment ils agissent l'un envers l'autre. En gros, au plus nous cédons nous-mêmes à ce que nous voulons, au plus nous devenons esclaves de nos désirs, plutôt que libres pour aimer. Jeûner n'est pas magique, mais quand nous festoyons au banquet de nos âmes par le jeûne, nous voyons Dieu transformer nos désirs matériels en aspirations après Son Royaume. Ouvrir nos mariages et nos familles au jeûne, cela ouvre nos coeurs à être remplis de la Grâce de Dieu et à être vraiment libres.

Les règles du jeûne pour les familles sont une chose personnelle. Chaque famille vivra cela différemment. En relation avec votre prêtre ou votre père spirituel, réfléchissez à suivre les conseils de jeûne de l'Église. Réfléchissez à ce que vous avez fait l'année dernière, et faites un pas de plus cette année. Pour certains, cela peut vouloir dire jeûner de viande et de laitages les premières et dernières semaines du Grand Carême. Pour d'autres, c'est un temps pour s'abstenir des produits laitiers toutes les semaines du Carême, ou les mercredis et vendredis. Apprendre à prendre part au jeûne par le festin de l'Église durant le Grand Carême signifie cesser de garder le contrôle sur notre régime alimentaire et donner ce contrôle à Dieu. Jeûner, ce n'est pas seulement une question alimentaire, mais aussi question de guérison de nos âmes. C'est un défi pour nous aujourd'hui, mais comme tous les sacrifices que nous accomplissons dans la Foi, les bénédictions de Dieu qui en découlent sont indénombrables.

Avant que ne commence le Grand Carême, décidez en famille de quel programme d'offices à l'église vous allez suivre. Les familles font cela tout le temps au début des saisons de football, ping-pong, judo, etc. Les familles prévoient de consacrer leurs soirées et leurs fins de semaines au calendrier sportif. Les entraîneurs et professeurs l'exigent et les familles s'y soumettent. Nous faisons cela pour des récompenses terrestres : un championnat, ou pour aider nos enfants à développer leurs aptitudes sportives. Prévoyez à l'avance que vous irez chaque mercredi soir à la Liturgie des saints Dons Présanctifiés, ou chaque vendredi soir à l'office de Salutations à la Mère de Dieu, ou aux vêpres du samedi soir, comme engagement pour parvenir aux récompenses célestes de paix et de guérison. Planifier à l'avance à quels Offices vous participerez, c'est une manière d'installer le périple de Carême de votre famille au sein de la vie de la paroisse; précisément là où se trouve sa place.

Que faire à présent si nos enfants ne veulent pas y aller? Ou peut-être que nous-mêmes avons des sentiments mitigés à cet égard. Participer aux Offices requiert un engagement de notre temps qui sera payant, transformant nos coeurs et nos vies afin d'accueillir la Grâce de Dieu. La Grâce de Dieu guérit les maladies de nos âmes, mais les Offices n'ont pas à être lassants. Passer du temps en famille leur donne du sens. Apprenez à comprendre les Offices. Demandez à votre prêtre de vous enseigner ce qui se passe et le pourquoi. Participez aux Offices en apprenant les hymnes et les prières. Suggérez d'organiser pour les familles une petite agape ou un groupe de discussion à l'église après l'Office. Cela pourrait signifier coordonner des activités pour les enfants et des discussions pour les adultes. Faites quelque chose en famille après l'Office, quelque chose que chacun aimera, comme une soirée familiale à la maison. Comme bien des bonnes choses dans la vie, avant que nous n'ayons appris à aimer le médicament qu'est le culte liturgique dans nos vies, un petit morceau de sucre aidera à le faire passer. Il y a peu de choses aussi ennuyeuses qu'un Office de l'Église Orthodoxe où vous ne vous sentez pas concerné, et il n'y a rien de plus transformant que de vivre une vie liturgique.

Engagez-vous pour la prière familiale à domicile durant le Grand Carême.

Les enfants seront plus à l'aise et se sentiront chez eux à l'église si leur maison a une atmosphère comme à l'église. Bien que je ne sois pas à suggérer de marcher lentement et de parler à voix basse à la maison, le Grand Carême est une période appropriée pour construire le coin à Icônes de la famille, ou pour se rassembler en prière devant votre coin à Icônes. Maman et papa doivent prendre les choses au sérieux lorsqu'ils allument une bougie devant les Icônes et baissent la tête pendant la prière. Si nous chantons des hymnes de l'Église à la maison, nos enfants les trouveront familiers lorsque ces hymnes sont chantées en église. Le Grand Carême est un temps pour réfléchir à se rassembler en famille devant les Icônes plutôt que devant la télévision. Si vous ne pensez pas savoir comment faire cela, parlez-en à votre prêtre, pour apprendre comment commencer à prier, ou trouvez quelqu'un qui pourra vous en parler.

En particulier, envisagez d'incorporer la Prière de Carême de saint Ephrem dans la prière familiale. Chaque soir, après le repas ou avant d'aller au lit quand tout le monde est là, rassemblez la famille au coin à Icônes et dites la prière tous ensemble.

Seigneur et Maître de ma vie, éloigne de moi l'esprit de paresse, d'abattement, de domination et de vaines paroles. (prosternation)

Mais donne à Ton serviteur un esprit de sagesse, d'humilité, de patience et d'amour. (prosternation)

Oui, Seigneur Roi, donne-moi de voir mes péchés et de ne pas juger mon frère, car Tu es béni dans les siècles des siècles. Amen. (prosternation)


Après chaque verset, accomplissez une prosternation complète, ou courbez-vous devant l'Icône du Christ. C'est la même prosternation que le prêtre accomplit au début des Offices. Rien ne change autant un temps de prière familiale que d'accomplir les prosternations ensemble. Le Christ est présent quand nous nous rassemblons, et à travers les Icônes. Nous prosterner devant Lui rend cela réel, et requiert d'avancer dans la Foi. Paradoxalement, cela renforce notre Foi, ce qui est nécessaire alors que nous tentons d'orienter nos vies vers Lui.

Ainsi donc, le banquet du Grand Carême est dressé devant nous, afin de nourrir nos âmes et de nous préparer à recevoir le Christ à Pâques. Nous pouvons participer au jeûne, aux Offices à l'église, et à la prière à la maison. Je n'ai pas mentionné les nombreux autres "plats" qui sont disponibles, tels que la confession, le pardon, l'aumône, la lecture des Écritures et des vies des saints, les pèlerinages, ou mémoriser des prières ou des passages des Écritures. Le banquet est servi, à nous d'y prendre part autant que nous le désirons.

Le but ou la raison d'être du Grand Carême n'est pas de jeûner ou de prier. Le but du Grand Carême, c'est de parvenir à une connaissance directe de Dieu. Aider nos enfants à tirer meilleur parti de leur vie en Église signifie les aider à parvenir à cette connaissance directe de Dieu. Le Grand Carême est un temps pour les familles afin de se réorienter vers Dieu, mais cela demande un engagement afin d'ouvrir nos familles à la vie en Christ, et d'ouvrir nos maisons à la Grâce salvifique de Dieu. La fête est là, pour que nous y participions, mais nous pouvons aussi y passer et nous contenter d'un bol de céréales. Souvenez-vous cependant qu'après un bol de céréales, d'ici une heure, vous aurez à nouveau faim. Mais Dieu a promis à ceux qui prennent part que "Bienheureux les affamés et les assoiffés de justice, car ils seront rassasiés."



P. Schmemann: Carême & prière de saint Ephrem le Syrien, explications liturgico-théologiques & méditation

21 mars 2008

Grèce: l'Église dit non au contrat d'union civile ("mariage civil" ou pacs)

L'Église de Grèce s'oppose à la loi d'union matrimoniale civile
http://www.religiousintelligence.co.uk/news/?NewsID=1773


mercredi 19 mars 2008. 12:54pm
Par: George Conger.

L'Église de Grèce a dénoncé les plans du gouvernement visant à introduire une loi d'union matrimoniale civile, disant que le soutien du gouvernement à une loi de mariage civil équivaudrait à une "prostitution" approuvée par l'État.

Les 13 évêques du comité permanent de l'Église de Grèce ont déclaré lundi que la proposition de loi d'union matrimoniale civile serait une "bombe catastrophique" logée dans les fondements même de la société grecque, minant le mariage et la vie de famille.
La déclaration vient aussi comme un désaveu pour l'archevêque d'Athènes nouvellement élu, Ieronymos, qui avait signalé la semaine dernière que l'Église de Grèce ne s'opposerait pas au projet de loi.

Le 13 mars, le ministre de la Justice, m. Sotiris Hatzigakis, avait informé Ieronymos des intentions du gouvernement pour permettre aux couples non-mariés de faire enregistrer leur union auprès de notaires civils, plaçant
aux yeux de l'État cette relation à niveau d'égalité avec le mariage. La loi ne serait pas étendue aux couples de même sexe.
Dans une déclaration rendue publique après la rencontre avec le ministre de la Justice, l'archevêque d'Athènes avait dit "les membres de l'Église suivent ce que dictent la Bible, les règles de l'Église, l'ordre des Conciles oecuméniques et la sainte tradition."
"Par conséquent, il y a des limites claires, et à cet égard, l'Église n'a pas le droit de demander que cela soit édulcoré ou qu'une autre demande soit acceptée," rapporta le quotidien Kathimerini d'Athènes.
"L'Église ne sait pas surveiller de près" la fornication et la cohabitation en faisant "imposer des mesures par la police," dit-il.
Cependant, lundi, les 13 membres du comité permanent de l'Église de Grèce ont repoussé la loi proposée comme étant immorale et socialement destructrice.
"L'Église accepte et bénit le mariage établit selon les traditions Orthodoxes, et considère tout autre type de relation semblable comme étant de la prostitution," a déclaré le Synode de la part de l'Église de Grèce ce 17 mars.
Interrogé à propos de l'apparent volte-face de l'Église concernant cette loi, l'évêque Anthimos de Thessalonique a répondu à un journal d'Athènes que les commentaires de l'archevêque Ieronymos étaient "l'opinion d'une seule personne, tandis que ceci, c'était celle de 13."

Élu le 7 février pour succéder à feu l'archevêque Christodoulos d'Athènes, l'archevêque Ieronymos l'emporta face à l'évêque Anthimos et à 3 autres candidats pour l'élection du primat de l'Église de Grèce, qui compte comme membres approximativement 90% des Grecs.

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Le site officiel de l'Église de Grèce :
http://www.ecclesia.gr/


Sachant fort bien qu'à cause de l'Union Européenne et de ses lois abjectes et immorales, même si le gouvernement civil affirme le contraire, ce contrat d'union civile ne sera qu'une étape vers les débordements contre nature "légalisés" et remboursés par la sécu' sur le compte de tous, prélude à la destruction de la société.. Le plus fou étant qu'en Europe, seuls les partis populistes semblent s'en rendre compte. Ou les autres le savent et c'est bien ce qu'ils cherchent?...


Dieu merci, le Saint-Synode de l'Église de Grèce réagit à temps pour préserver le fondement même de la société, à savoir la vie de couple marié pouvant éventuellement donner naissance à une famille, seule union dont la fécondité (physique et spirituelle) soit bénie de Dieu.
icone orthodoxe du mariage de saint Joachim et sainte Anne

20 mars 2008

Saint Cuthbert de Lindisfarne, le saint Séraphim de Sarov Anglais

icone orthodoxe de saint Cuthbert de Lindisfarne
source & (c) Aidan Art - icône en vente sur le site:
http://www.aidanharticons.com/western_orthodox_saints_2.html


Saint Cuthbert de Lindisfarne, le saint Séraphim de Sarov Anglais
http://orthodoxengland.org.uk/stcuth.htm

"Je sais que bien qu'ils m'aient méprisé durant ma vie,
cependant après ma mort ils verront que mes enseignements
ne sont pas à écarter à la légère"
Saint Cuthbert de Lindisfarne

Saint Cuthbert de Lindisfarne, appelé le "Thaumaturge de Grande-Bretagne," fut un ermite et évêque Anglais du 7ième siècle, et saint Séraphim de Sarov, prêcheur de l'acquisition du Saint Esprit, un moine et prêtre Russe du 19ième siècle. Il pourra sembler extraordinaire à ceux qui sont hors de l'Église Orthodoxe de comparer 2 personnages pareils, de nationalité différente et ayant vécu à 12 siècles de différence, et pourtant ce n'est pas le cas.

Car saint Cuthbert et saint Séraphim ont vécu et oeuvré dans le même esprit monastique, qui a ses racines dans les Évangiles et les Apôtres, et les Pères du Désert guidés par saint Antoine le Grand. Dès les 3ième, 4ième et 5ième siècles, l'influence de ces Pères se répandit vers les 4 points cardinaux. Vers le sud, leur style de vie se répandit le long du Nil vers l'Ethiopie et le Soudan. Vers l'est et le nord, leurs enseignements ascétiques et pratiques se répandirent vers la Palestine, dans ce qui est à présent la Turquie et la Grèce, l'Arménie, la Géorgie, l'Irak et l'Iran, par la suite dans les Balkans et la Russie, et pour finir, par-delà la Volga en Sibérie, Japon, Chine et Alaska. Vers l'ouest et le nord, cela se répandit en Afrique du Nord, Italie et Gaules, vers l'Irlande et le restant des Iles Britanniques, puis l'Islande et toute l'Europe Occidentale.

Dès lors la comparaison entre cette sainteté Russe et Anglaise ne devrait pas sembler étrange : saint Séraphim et saint Cuthbert, tous 2 parmi les plus grands saints de leurs pays respectifs, partageaient le même esprit, celui des Pères du Désert. Si en effet l'Angleterre était restée du côté Orthodoxe, de nous jours nous connaîtrions mieux la vie de saint Cuthbert que celle de saint Séraphim. Et alors aujourd'hui nous ne serions pas à écrire sur saint Cuthbert le saint Séraphim Anglais, mais plutôt sur saint Séraphim le saint Cuthbert Russe.
Qui donc était saint Cuthbert?

Il est né vers 634 dans le nord de l'Angleterre, dans la région de l'actuelle frontière Écossaise. De noble naissance Angle, à l'âge de 8 ans il fut remis à une nourrice, Kenswith, veuve et moniale. A 17 ans, il devint novice au monastère de Melrose (à présent dans le sud de l'Écosse). Avec d'autres moines, il suivit son Abbé et partit pour Rippon dans le Yorkshire pour fonder un nouveau monastère. Par la suite, il revint à Melrose, et de là à Lindisfarne, une île au large de la côte nord-est de l'Angleterre. Il devait y vivre comme ermite, sur des petits îlots proches, appelés Saint Cuthbert's Isle et Inner Farne. Les visiteurs répandirent au loin sa réputation de sainteté et à York, le dimanche de Pâques 685, contre sa volonté, il fut sacré évêque par le Grec saint Théodore, archevêque de Canterbury, et 6 autres évêques. Deux ans plus tard, il s'endormait dans la mort, âgé de 53 ans, le 20 mars 687. Ceci est l'histoire extérieure de saint Cuthbert, mais qu'en est-il de sa vie intérieure?

Dès le départ, la vie de Cuthbert est imprégnée par son contact avec les autres réalités, l'autre monde. Réprimandé à 8 ans pour ses jeux et farces enfantins, "inconvenants pour un saint évêque," il devint dès lors sérieux et "l'Esprit lui parla dans les profondeurs de son coeur." Il fut gratifié de visions. Une fois, il fut guérit d'une claudication par un Ange. Une autre fois, alors qu'il était encore jeune berger sur le mont Lammermuir Hills et pas encore moine, il vit des Anges emmener au Ciel l'âme du grand saint Aidan. Et comme moine, Cuthbert aura des visions et des visiteurs de l'autre monde. Comme hôtelier au monastère de Ripon, il reçut un Ange. Ce miracle ne le rendit pas fier, mais humble, et accrut son zèle. Dès lors, les Anges lui apparurent régulièrement et conversèrent avec lui. La vertu et la grâce grandirent en lui, et à 30 ans, il devint prieur ou assistant-abbé, à Lindisfarne. Après nombre d'années, accomplies dans l'obéissance de la vie monastique et la renonciation à sa volonté propre, il reçut la bénédiction pour vivre comme ermite sur Inner Farne. Là aussi il eut les contacts avec l'autre monde, mais pas celui des Anges, plutôt celui des anges déchus, les démons qui hantaient cette petite île. Souvent ils tentèrent de le faire chuter d'un rocher dans l'océan, ou jetèrent des pierres, ou cherchèrent à le tenter ou le décourager. Une fois que ces diables eurent été chassés de l'île, les Anges vinrent et aidèrent l'ermite à bâtir une cellule et une chapelle. Une autre fois, vers la fin de sa vie, Cuthbert vit les Anges emmener l'âme d'un pieux serviteur monastique vers le Ciel.

Ces visions du monde réel, le monde de l'esprit qui vit en parallèle avec ce monde d'illusion, furent accordés à Cuthbert en raison de son humilité et piété, exprimées en son ascétisme. Sans la prière et le jeûne et son esprit d'humilité, rien ne lui aurait été accordé. Dès lors pendant que les autres dormaient, au monastère de Coldingham on le vit une fois se tenir toute la nuit plongé dans l'eau froide de la mer du Nord, jusqu'à la poitrine, chantant de manière priante le Psautier, rentrant au monastère tôt le matin pour le premier Office de la journée. Il vécut la vie des Pères de l'Église des Débuts, comme saint Grégoire le Grand, Apôtre des Anglais, avait recommandé à saint Augustin. La première Vie de Cuthbert, rédigée peu d'années après son repos, rapporte : "Il était magnifiquement indulgent et son courage à supporter les épreuves de corps et d'esprit était sans égal... Son zèle pour la prière était tel qu'il lui arrivait parfois de passer 3 ou 4 nuit de veilles sans jamais dormir dans son lit. Qu'il soit seul à prier dans un coin caché, ou récitant les Psaumes, il pratiquait toujours le travail manuel pour lutter contre la lourdeur du sommeil."

Il passait le Grand Carême et le Carême de l'Avent, tous 2 de 40 jours, en prière, jeûne strict et larmes. Son esprit modeste est résumé par son attitude face à la prédiction, que lui avait faite saint Boisil (Boswell), l'abbé de Melrose, concernant le fait qu'il deviendrait un jour évêque. Cuthbert répondit : "Si je pouvais vivre dans une minuscule demeure sur un rocher sur l'océan, balayé par la houle, coupé de la vue et de la connaissance de tous les hommes, je ne serais pour autant pas encore libre des soins de ce monde qui passe, ni de la crainte que l'amour de l'argent pourrait cependant arriver à me faire chuter." C'est la vie que Cuthbert mènera lorsqu'il emménagera sur Inner Farne, 4km en mer au large de Lindisfarne. Là, ayant bâtit une cellule et une chapelle, il l'entoura d'un mur haut et circulaire, fait de pierres brutes et de tourbe, afin que tout ce qu'il puisse voir soit le ciel - c'est à dire la seule chose qui était nécessaire à son esprit.

La grâce que Cuthbert acquit par son ascèse fut révélée par son activité pastorale. En termes théologiques, son amour de Dieu fut suivit par l'amour de son prochain. Comme prieur à Melrose, Cuthbert ne conseilla pas uniquement les moines à l'intérieur du monastère, mais aussi les gens vivant à l'entour. Souvent il visitait ces villages avoisinants, généralement à pied, prêchant. Les gens se rassemblaient autour de lui pour écouter ce moine pareil à un Ange, lui confessant tout péché, n'osant rien lui cacher, puisque de toute manière il savait ce qui se trouvait en leurs coeurs. Il était tout peiné du péché et il ne pouvait pas servir sans larmes. Pendant que les pénitents exprimaient leurs péchés, il fondait en larmes de compassion à leur souffrance et faiblesse. En vrai père spirituel, il prenait sur lui leur pénitence. Dans son oeuvre d'amour, il partait en recherche jusque dans les endroits les plus sauvages dans les collines, et vivait jusqu'à un mois parmi les gens rustres, montrant un exemple de piété et prêchant parmi eux. A Lindisfarne, il fera la même chose, prenant le rôle d'Ancien. Par son attitude, il inspira tout le monde à vivre comme un Chrétien le devrait. Déjà ermite, le peuple vint à lui, pas seulement de Lindisfarne, mais de toute la Grande-Bretagne, ayant entendu parler de ses miracles. Ils se confessaient à lui, parlant de leurs tentations, cherchant la consolation. Il est écrit que nul ne repartait non-consolé. Il réchauffait les coeurs des faibles, rendait espoir aux anxieux, parlait de joie céleste aux désespérés. Il expliquait les ruses et oeuvres du démon aux tentés, expliquait que ce monde est transitoire, tout passe et que l'âme manquant d'amour pour Dieu ou l'homme était toujours une proie facile pour le Démon.

Et lorsqu'il fut fait évêque, il suivit les enseignements et les pratiques des Apôtres, priant pour son troupeau spirituel, lui donnant en premier son propre exemple. Il donna du réconfort à tous et amena les pécheurs à la repentance. Il maintint la rigueur du monastère au milieu des tentations de la gloire mondaine : "Il nourrit l'affamé, habilla le nécessiteux, et eut toutes les marques du parfait évêque." Comme résultat de son humble ascèse, Cuthbert acquit nombre de dons du Créateur. D'abord, voyant son obéissance au Créateur, le Créateur rendit la Création obéissante à Cuthbert : en ce saint fut restaurée l'obéissance de la Création à Adam, Création qui lui avait obéit à l'origine, du fait de l'humilité sans péché d'Adam : "Bienheureux sont les doux, car ils hériteront la terre." Ce don transparu dans la puissance de Cuthbert sur les 4 éléments, terre, air, feu, eau, et sur le monde animal. Une fois il arrêta un incendie en priant pour un changement dans la direction du vent; en 2 occasions il calma des tempêtes en mer, et une autre fois la mer lui obéit, lui amenant le bois dont il avait besoin. Nombre de fois les oiseaux et les animaux lui obéirent. Une fois, jeûnant un vendredi jusque tard l'après-midi, comme il en avait l'habitude, un cheval lui trouva une demi-miche de pain dans la chaume d'un toit de maison. Il donna la moitié au cheval et prit l'autre pour lui. Une autre fois, après avoir prié toute la nuit durant dans la mer, 2 loutres de mer vinrent pour réchauffer ses pieds et les sécher avec leur fourrure; elles reçurent sa bénédiction. Une autre fois encore, après le jeûne, un grand poisson lui fut apporté par un aigle. Le poisson fut coupé en 2, moitié pour l'aigle, moitié pour une famille et lui. "Apprenez à avoir constamment foi et espoir dans le Seigneur. Celui qui sert Dieu ne mourra jamais de faim," disait Cuthbert. Une autre fois, alors qu'il venait d'ordonner de partir à des oiseaux venant de manger de l'orge qu'il avait semé, ils lui obéirent aussitôt. Il fit des reproches à des corbeaux, et par la suite, ils lui apportèrent du lard comme signe de repentance. "Quel soin l'homme ne devrait-il pas avoir pour apprendre l'obéissance et l'humilité," disait-il, "lorsque même les oiseaux se hâtent de laver leurs fautes."

icone orthodoxe de saint Cuthbert de Lindisfarne, dans une barque, apaisant la tempetesource & (c) Aidan Art - icône en vente sur le site:
http://www.aidanharticons.com/western_orthodox_saints_2.html

Un second don fait à la douce humilité de Cuthbert fut le don de prophétie, et son don de double-vue, connaissance à distance de ce qui se passait ailleurs au même moment. Il était si proche de l'Éternel qu'il franchissait temps et espace. Un jour, naviguant vers l'Écosse, lui et d'autres moines furent menacés par une tempête et n'avaient plus rien à manger. Cuthbert resta confiant, prévoyant que Dieu pourvoirait. En effet, ils trouvèrent 4 morceaux de dauphin à manger, comme si cela avait été préparé pour eux. Une autre fois, il chassa à distance des démons hors de l'épouse d'un juge. Fort avec l'esprit de prophétie, il prédit à l'abbesse Elfleda que son frère le roi Ecgfrith mourrait, que le prochain roi serait Aldfrith et que lui-même deviendrait évêque, mais seulement pour 2 ans. Par la suite, il verra en esprit la mort du roi Ecgfrith. A son ami spirituel, l'ermite Herbert de Derwentwater, il prédit sa propre mort, disant que leurs âmes quitteraient leurs corps en même temps, "qu'ils s'en iraient ensemble et contempleraient la gloire de la Miséricorde de Dieu au Ciel."

Une autre preuve de la grâce gagnée par Cuthbert se trouve dans ses miracles, qui ont guérit quantité de malades et d'affligés, y compris ceux infectés par les démons. Comme ermite, il trouva de l'eau sur une roche nue, il guérit l'abbesse Elfleda avec sa ceinture, il guérit avec de l'eau bénite, avec de l'huile sainte, avec du pain bénit. Par la prière, il guérit un jeune homme qui lui avait été amené mourant, et un garçon mourant de la peste. Sa puissance sur les démons n'était pas de moindre importance. Un jour il arrêta un feu fantôme que les démons utilisaient pour effrayer les timorés, il bannît les démons d'Inner Farne, et les combattit encore avant sa mort lorsqu'ils le tentèrent durant 5 jours qu'il gisait malade. Une fois il changea de l'eau en vin. Et même sur son lit de mort, il guérit un servant monastique. Et ce n'était que le début de ses guérisons et miracles, qui continuèrent après sa mort, jusqu'à nos jours. De même que saint Séraphim, né à Kursk, sauva la Russie par ses intercessions lors de la célèbre bataille des chars à Kursk en 1943, ainsi en 1942 saint Cuthbert, ses reliques reposant dans la cathédrale de Durham, sauva cette ville des bombes de la Luftwaffe en répandant sur la ville un épais brouillard anglais (fog) la nuit de leur raid.

Cette grâce que saint Cuthbert avait gagnée ne quitta pas son corps avec son âme. Après son repos, tout ce qui lui avait appartenu fut touché par la grâce, que ce soient ses chaussures ayant guérit un paralytique, un vêtement de cuir ayant guérit l'ermite Saint Felgild, voire même le sol où avait été déposées les reliques du saint de Dieu. Onze ans après son repos en 698, lorsque les moines de Lindisfarne furent invités à ouvrir le cercueil de saint Cuthbert, ils trouvèrent la relique intacte, le corps semblait vivant, même les vêtements du saint semblaient neufs. Les moines reçurent pour instruction de l'évêque Edbert d'habiller de nouveaux vêtements la reliques, à la place de ceux qui s'y trouvaient, disant : "Voyez comment est honoré la forme d'un corps terrestre, prémice de plus grandes gloires à venir! Tu as, Seigneur, fais rejaillir la puissance hors des chères reliques de Cuthbert, remplissant l'Église avec le véritable air du Paradis."

Ayant ainsi relaté quelques aspects de la vie de saint Cuthbert, le lecteur pourrait bien se demander comment tout cela fut possible. Pourquoi de tels dons extraordinaires accordés à Cuthbert? La réponse, nous la trouvons dans la Vie du saint écrite peu après son repos. Parlant de la guérison à distance de la femme du juge, possédée d'un démon, il est écrit que Cuthbert était "remplit de l'Esprit Saint" et c'est pourquoi, percevant la prière de Cuthbert, le démon fut forcé de quitter la femme, étant incapable de soutenir l'approche du saint. De même, dans toutes les difficultés que Cuthbert rencontra pendant la vie cénobitique avec les autres moines, il est écrit que, "il était clair à tous que c'était l'Esprit Saint en lui qui lui donnait la force pour sourire face aux attaques subies." Comme saint Séraphim, saint Cuthbert aussi avait "acquis le Saint Esprit," le même Saint-Esprit, porté par l'Église de Dieu, Qui demeure dans tous les fidèles, unissant toutes les époques, cultures et pays.

"Sauvez-vous et des milliers autour seront sauvés," disait saint Séraphim de Sarov. Il n'est pas difficile d'entendre saint Cuthbert dire la même chose. En Angleterre et Écosse, quelque 83 églises furent dédiées à saint Cuthbert, en faisant le saint local le plus populaire. Et après saint Cuthbert, Lindisfarne sera appelée 'Ile Sainte', devenant l'Athos d'Angleterre. Ses saints Abbés se succéderont l'un après l'autre : saint Aidan, saint Finan, saint Colman, saint Eata, saint Cuthbert, saint Edbert, saint Edfrith, saint Ethilwald. C'est ici qu'en l'honneur de saint Cuthbert, saint Edfrith rédigera les Évangiles de Lindisfarne, que l'ermite saint Billfrith enluminera, magnifique trésor de la Chrétienté, avec le portrait des 4 Évangélistes, leurs noms écrits en grec en lettres latines (1). Et quand en 1104 les reliques de saint Cuthbert furent transférées, on retrouva une copie du 7ième siècle de l'Évangile de saint Jean, sur un couvercle intérieur du cercueil - il a pu avoir été celui de saint Cuthbert. Lorsqu'en 1827, les reliques de saint Cuthbert furent à nouveau examinées, on découvrit que le couvercle du cercueil dépeignait le Christ avec les 4 Évangélistes. Les côtés du cercueil étaient ornées avec les 12 Apôtres, 5 Archanges, et la sainte Mère de Dieu. A l'intérieur se trouvaient les saintes reliques, avec une table d'autel en bois, un peigne en os, des soies de Constantinople et de Perse, une étole brodée par de pieuses Anglaises dans le style Romain oriental utilisé au 10ième siècle, et la propre croix pectorale de saint Cuthbert, avec en son centre une coquille de l'Océan Indien.

La vie monastique ne sera jamais restaurée à Lindisfarne après le massacre par les Vikings en 794. Et aujourd'hui, l'Ile Sainte avec l'île Saint Cuthbert's Isle et Inner Farne, à présent sanctuaire ornithologique, avec leurs cormorans et leurs falaises, leurs phoques et fous de Bassan, mers déchaînées et canards eider que l'on appelle encore de nos jours canards de saint Cuthbert, sont les seuls restes visibles de ce lieu où autrefois saint Cuthbert pria et jeûna, guérit et prêcha, conseilla et consola, chassa les hordes de démons, faisant pénitence pour l'humanité, jusqu'à ce que, "renforcé par le Corps et le Sang du Seigneur, et préparé pour la mort qu'il savait toute proche, il leva ses yeux au ciel, éleva ses bras vers le haut et avec son esprit en extase, loua le Seigneur, envoyant son esprit vers les délices du Paradis."

Saint Père Cuthbert, prie Dieu pour nous!


-oOo-

(1) L'évêque Edfrith oeuvra près de 2 ans sur ces Évangiles, icônes de la Parole de Dieu. Bien que le saint homme utilisa de simples matériaux comme de la suie, de la colle et de l'eau pour faire de l'encre, et du blanc d'oeuf pour faire tenir, il fit usage de 45 couleurs différentes pour enluminer le manuscrit. Ces couleurs venaient du jaune d'oeuf, d'animaux, insectes, baies, fruits, fleurs, plomb rouge et blanc, vert-de-gris, indigo (réalisé avec une plante orientale), et des lapis-lazuli bleus - qu'on ne sait obtenir que de l'Himalaya. Comment au début du 8ième siècle, cette pierre précieuse Himalayenne était parvenue sur les rivages de Northumbrie, c'est une de ces histoires non-résolues mais fabuleuses de la Chrétienté Orthodoxe de ces îles.

Plus de détails, voir le livre "The Lighted Way", sur la page 'The English Orthodox Trust'.
http://orthodoxengland.org.uk/trust.htm#lway

Prêtre Andrew Phillips,
paroisse saint Jean Maximovitch ("Saint Felix et saint Edmund," à l'époque de ce texte)
Église Orthodoxe Russe Hors Frontières
Felixstowe, Angleterre.

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"Life of saint Cuthbert"
http://www.bl.uk/

Manuscrit enluminé "Yates Thompson MS 26", British Museum, photos des splendides pages illustrant le texte de saint Bède le Vénérable : "Vie de saint Cuthbert de Lindisfarne" (en prose), extraits de l'Historia Ecclesiastica. Copie de la fin du 12ème ou début du 13ème siècle, Durham, Angleterre


icone orthodoxe de la consecration episcopale de saint Cuthbert de Lindisfarnesource & (c) Aidan Art - icône en vente sur le site:
http://www.aidanharticons.com/western_orthodox_saints_2.html

Office byzantin à saint Cuthbert de Lindisfarne, en grec, par le protopsaltis Panagiotis Somalis
"Chers pères et frères bien-aimés,
soyez bénis.
Voici un office festif à notre père parmi les saints, Cuthbert, évêque de Lindisfarne et thaumaturge de toute l'Angleterre. Puissent ses prières être avec nous!
Saint Cuthbert a été guéri d'une tumeur au genou par un Ange. Cet office est donc offert en supplique pour la guérison de ma tante Katharine, qui a subit récemment (fin 2005) une opération chirurgicale majeure au genou. J'ai moi-même longtemps souffert de mes genoux, à cause de mes longues heures de bureau, et j'ai demandé l'aide à saint Cuthbert.
Un nouvel office est en cours de rédaction, pour la fête de la translation de saint Cuthbert.
Bien à vous dans le Christ,
Lecteur Panagiotis

Il est demandé à celles et ceux qui célébreront cet Office de bien vouloir y commémorer pour Panagiotis les personnes suivantes :
a. son défunt père Michael, partit pour le Royaume Eternel le 21/2/2005
b. l'évêque de Telmessos, mgr Hristoforos, qui a été 8 ans évêque auxiliaire à Londres et son père spirituel durant leur séjour commun en Angleterre."


Reliquaire de Saint Cuthbert
http://www.cushnieent.force9.co.uk/WebSitePhotoGallery/cuthbert.htm

Croix pectorale de Saint Cuthbert
http://www.cushnieent.force9.co.uk/WebSitePhotoGallery/cuthbertcross.htm




photo Nina Aldin Thune/wikimedia

Cathédrale de Durham, fresque de saint Cuthbert, scène et détail


Photo Robin Widdison/wikimedia



Tropaire de saint Cuthbert de Lindisfarne, ton 3
Étant encore jeune tu laissa les soucis de ce monde de côté, et tu te chargea du léger joug du Christ, ô pieux Cuthbert, et tu montra que tu étais véritablement un noble luminaire de la grâce du Saint Esprit. Dès lors, Dieu t'a établit comme règle de Foi et berger sur Son troupeau humain, ô toi qui parlais avec les Anges et intercède pour les hommes.

Kondakion de saint Cuthbert de Lindisfarne, ton 1
Ayant surpassé tes frères en prières, jeûnes et veilles, tu fus trouvé digne de servir un Ange pèlerin; et ayant brillé par l'humilité tel un lampadaire placé sur la hauteur, tu reçus le don d'accomplir des miracles. Et à présent que tu demeure dans le Royaume céleste, ô notre juste père Cuthbert, intercède auprès du Christ Dieu afin que nos âmes soient sauvées.


L'Évangile de Stonyhurst ou de Saint Cuthbert
(traduit d'après en.wikipedia.org)
evangile de saint Cuthbert, anciennement appele evangile de StonyhurstL'évangile de saint Cuthbert, anciennement appelé "évangile de Stonyhurst," est un petit évangéliaire anglo-saxon format poche, qui a appartenu à saint Cuthbert de Lindisfarne. Le livre fut découvert en 1104, lorsqu'on ouvrit la tombe de saint Cuthbert afin d'effectuer une translation de ses reliques vers un nouveau cercueil derrière l'Autel de la cathédrale de Durham. Il fut conservé avec les autres reliques jusqu'à la "réforme" protestante, puis il passa à des collectionneurs. Le 3ème Lord Litchfield le donna aux jésuites.
Il ne mesure que 9 x 13cm, ce qui fait de cet évangéliaire un des plus petits manuscrits anglo-saxons survivants. Le texte est l'Évangile de saint Jean. Il a été écrit au monastère de Monkwearmouth-Jarrow durant l'abbatiat de Ceolfrith. La couverture-reliure en peau de chèvre est originale, et c'est la plus ancienne reliure occidentale survivante en Europe, et elle est virtuellement l'unique survivante de l'art insulaire du travail du cuir.

couverture et reliure de l'evangile de saint Cuthbert, anciennement appele evangile de Stonyhurst
Détenu par les jésuites depuis 1769, au départ dans la bibliothèque de Stonyhurst College, Lancashire, il est en prêt au British Library de Londres depuis 1970 et presque toujours en exposition, dans le nouveau site Saint-Pancras de la Library.
evangile de saint Cuthbert, anciennement appele evangile de Stonyhurst, folio 27folio 27

Le cap des 200.000 visiteurs est dépassé!


Ce blogue "Saint Materne" a ouvert ses portes le 28 mars 2006. J'ai pris du temps à trouver mes marques, j'ai finit par ouvrir d'autres blogues pour y concentrer certains sujets qui me touchent mais semblaient poser problème pour certains visiteurs (chiens, marine, etc).
Après un fort passage personnel à vide l'été 2007, j'ai changé vers des articles plus directs. Je constate que c'est ce qui semble être recherché. Dont acte.

Si en Europe occidentale, l'Orthodoxie traditionnelle semble hélas être peu appréciée au niveau officiel, j'ai par contre eu la joie de voir qu'il n'en était rien outre Atlantique et en Océanie, deux zones d'où j'ai la joie d'avoir quantité de lecteurs francophones ou francophiles, ou tout simplement intéressés par les diverses références d'articles pas toujours faciles à trouver. Jusqu'à voir les séries catéchétiques du p. Schmemann ou du p. Hopko reprises en lien sur des sites Orthodoxes diocésains tout ce qu'il y a de plus officiel. Comme si en Europe on avait suffisament d'outils et de matériau spirituel en français... Mais à discuter avec les toilemestres d'autres sites Orthodoxes traditionnels européens, la maladie semble répandue, je ne m'en fais donc plus.

Sans se faire d'illusion, vu qu'un site genre X ou gros fabriquant de logiciel enregistre ça sur quelques jours voire quelques heures, vu qu'ici, tout le travail, je le réalise solo, je suis content de voir que ça a bien repris côté fréquentation.

Ce 20 mars 2008, peu avant son 2ème anniversaire, selon le logiciel de statistiques "statcounter," ce blogue a dépassé les 200.000 visites. Le 15 mars 2007, après presque un an d'existence, il en était à 50.000 visites :

"50.000 visites! - le "blogue" des Chroniques Saint-Materne est à peine ouvert depuis un an, compte déjà 627 articles de diverses longueurs, dont certains font l'équivalent plusieurs dizaines de pages A4. Deo gratias."

Il y a donc une belle augmentation de l'intérêt et j'adresse 200.000 mercis aux visiteurs.
Il y a déjà 1027 articles, dont certains d'une longueur en faisant de véritables petits livres, et plusieurs centaines d'articles en attente de traduction..
Si Dieu le permet, on continue!

IC XC NI KA, Jesus-Christ, Fils de Dieu, Sauveur

19 mars 2008

Saint Joseph: vie, prière, iconographie, ... (p. Serfes)


Dans le calendrier liturgique du vicariat de Rite Orthodoxe Occidental de l'archidiocèse d'Amérique du Nord du patriarcat Grec-Orthodoxe d'Antioche, ils ont repris saint Joseph pour ce jour. Bien qu'il ne soit pas repris dans le moindre de nos calendriers de R.O.O., je poste cet intéressant article sur saint Joseph réalisé par l'archimandrite Demetrios (Serfes)
Voir p.ex. le calendrier de la paroisse Saint-Gregory the Great WR mission.



Saint Joseph, dans le réfectoire du monastère de Maldon, Essex

Le juste Joseph l'époux et son repos
compilé par le p. Demetrios
http://fr-d-serfes.org/lives/stjoseph.htm


La sainte Église célèbre le repos de saint Joseph le 1er dimanche après la sainte Nativité du Christ.

Introduction par le p. Demetrios (Serfes)

En toute humilité, je vous présente les Fiançailles de saint Joseph (aussi appelé le Joseph le Juste), de même que son repos dans le Seigneur notre Dieu. Je vous recommanderais spirituellement de poursuivre l'étude et d'en apprendre plus encore propos de saint Joseph avec le livre (en anglais) "The Life Of The Virgin Mary, The Theotokos", qui est examinée dans le cadre des saintes Écritures, de la sainte Tradition, de la patristique et des autres anciens écrits, ainsi que les traditions liturgique et iconographique de la sainte Église Orthodoxe. Cet ouvrage est publié par:
Holy Apostles Convent,
P.O. Box 3118 Buena Vista,
Colorado 81211, USA
Saint Joseph, prie Dieu pour nous!


Sainte Nativité de notre Seigneur Jésus-Christ: saint Joseph se trouve au bas
Sacramentaire de Robert de Jumièges, 10ème siècle


JOSEPH LE FIANCÉ

Qu'en est-il du bien-aimé et juste Joseph? Quelles étaient ses pensées?

Joseph, observant les merveilles sublimes, * crut d'abord voir un homme dans ses langes de nouveau-né, * mais en présence de la réalité, * il comprit que c'était le vrai Dieu, * Celui qui accorde à nos âmes la grâce du Salut. (Lucernaire de l'avant-fête, ton 1, tel que chanté dans l'Église Orthodoxe de rite byzantin).

Plein de feu, saint Ephrem le Syrien écrivait que Joseph caressa le Fils en tant que bébé; il Le servit en tant que Dieu. Il se réjouit en Lui comme étant le Très Bon, et cependant, il fut perplexe et effrayé face à Lui comme étant le Juste (Hymnes sur la Nativité, hymne 4,chantée dans l'Église Orthodoxe).

Poursuivant, saint Ephrem dépeint Joseph tenant le Christ Enfant, et disant, "Qui m'a donné le Fils du Très Haut pour être mon fils? J'étais jaloux de Ta mère, et je pensais la répudier, et je ne savais pas que dans son sein se trouvait caché un puissant trésor, qui soudainement allait enrichir mon pauvre état. David le roi sortit de ma race, et porta la couronne; et j'en suis arrivé à être très pauvre, moi qui au lieu d'un roi ne suis que charpentier. Cependant, une couronne est venue à moi, car en ma famille se trouve le Seigneur des couronnes!" (idem).

Saint Jérôme dit : "Dans Son insondable sagesse, Dieu utilise les moyens les plus simples. Quelle était la meilleure manière d'accomplir l'Incarnation du Fils de Dieu? Révéler ouvertement l'état virginal de la toute sainte Vierge aurait amené prématurément l'attention sur le Seigneur Jésus, sans préparation adéquate. Un triple effet fut atteint par les fiançailles de Joseph avec la Vierge : une paisible obscurité fut assurée pour le Christ jusqu'au moment prévu, une défense impénétrable fut apportée tant pour elle que pour le divin Enfant. Tout ceci fut accomplit par les saintes fiançailles de saint Joseph avec la Vierge-Mère." (Vies des Saints, 8, Munich, monastère Saint-Job de Pochaev, 1956, 110-113).

Que voulons-nous affirmer par le rôle multi-face que Joseph aurait à tenir? L'Israël biblique avait une forme de vie familiale patriarcale ou centrée sur le père. Depuis les temps bibliques, en père et en époux, un homme aurait à défendre les droits de sa famille devant les juges lorsque nécessaire (Deut. 22,13-19). Nous savons aussi que "l'orphelin et la veuve," qui n'avaient pas un homme pour défendre leurs droits, se voyaient souvent victimes de dénis de justice (cfr. Deut. 10,19). La marque d'un enfant illégitime aurait contrarié le plan divin. De plus, Marie avait à présent un mari responsable et respectable qui apporterait repas, habillement et abri pour elle et son Fils bébé. Dieu a ordonné l'unité familiale comme partie vitale de la société humaine. Et quel grande récompense et grand honneur attendaient Joseph et toute sa maisonnée! Un de ses fils deviendrait un des Douze Apôtres (Jude); un deviendrait le premier évêque de Jérusalem (Jacques), et sa fille Salomé, la Myrophore, donnerait naissance à 2 Apôtres. Ensuite ce fut le fils de Cleopas, Syméon, le second évêque de Jérusalem, martyrisé lui aussi, comme nous le rapportent Hegésippe, Nicéphore Callistos (+ vers 1335) et saint Nicolas Velimirovic (+ 1956), saint Syméon, le Grand Synaxaire de l'Église Orthodoxe (en grec, 5ème ed. Vol 4, Athènes 1979, p.559-562). En tout cas, que Syméon ait été le fils de Joseph ou son neveu, il est clair que Salut, honneur et gloire vinrent sur leur maison.

Lorsque les Mages furent présents, saint Romanos le Mélode développe l'explication de Marie aux mages au sujet de la présence de Joseph dans la maison.

Theotokos: "Je vais vous rappeler, ô mages, pour quelle raison j'ai Joseph en ma demeure. C'est pour la réfutation de tous ceux qui doutent. Il racontera lui-même ce qu'il a entendu à propos de mon enfant. Car dans son sommeil, il vit un saint Ange lui rapporter comment j'ai conçu (Mt 1,20). Un être divin, radieux comme le feu, le rassura durant la nuit et chassa ses doutes épineux. Dès lors Joseph est avec moi pour révéler qu'ici se trouve un jeune bébé, le Dieu pré-éternel. Il rapportera clairement les choses qu'il a lui-même vues auprès des êtres célestes et des mortels sur terre – comment les bergers chantèrent des hymnes, et les êtres de lumière chantèrent avec les hommes de glaise; comment une étoile s'avança au devant de vous afin d'éclairer votre chemin et de vous guider." (Sur la Nativité (Marie et les mages), strophes 11-12, p.7.)

Saint Basile le Grand (vers 330-379) confirme cette explication et description de Joseph comme témoin de la pureté de la Théotokos, et que sa présence la préserverait de la calomnie. Le saint fait aussi remarquer que "la virginité de Marie serait cachée au prince de ce monde." (Homélie sur la Nativité, PG 31, 1464B)

Saint Bède le Vénérable (vers 673-735) résuma l'enseignement patristique sur leur mariage, écrivant : "La bienheureuse Marie avait dès lors un mari qui serait le plus fiable témoin de son intégrité et le plus fidèle gardien de notre Seigneur et Sauveur. Pour l'Enfant Jésus, Joseph apporterait au Temple les victimes du sacrifice prescrit par la Loi; à l'heure de la persécution, il L'emmènerait avec Sa mère en Égypte, puis les en ramènerait; et pour finir, il leur rendit bien d'autres services requis par la fragilité de la nature assumée." Homélie 3 sur l'Avent, Corpus Christianorum, Series Latina, Turnhout (1953), 122, 15. (CCSL). Ailleurs, Bède fait la liste d'autres raisons pour le mariage : "La garantie apportée par la généalogie de Joseph, la protection de Marie contre la lapidation comme adultère, et la dissimulation de la naissance virginale pour le démon." (In Lucan 1, in CCSL, 120, 3031).

Saint Ignace d'Antioche (avant 110) fit une précieuse remarque : "Le prince de ce monde (Jn 12, 31 ; 14, 30) a ignoré la virginité de Marie, et son enfantement, de même que la mort du Seigneur, trois mystères retentissants, qui furent accomplis dans le silence de Dieu." (épître aux Ephésiens, ch. 19)

(Source: The Life Of The Virgin Mary, The Theotokos., pp.218-220 écrit et compilé par le Holy Apostles Convent, and Dormition Skete, Buena Vista, Colorado., 1989).

Le Repos de Saint Joseph

Le récit apocryphe, "L'histoire de Joseph," un document du 4ème siècle, décrit les dernières années de Joseph: Finalement, l'ancien parvint à un âge très avancé. Cependant, il ne travailla pas sous le poids d'une faiblesse physique, ni n'eut ses yeux affaiblis, ni aucune de ses dents perdues. Son esprit était toujours clair et ne s'égarait pas, et, comme un jeune homme, il faisait preuve de la vigueur de la jeunesse en son travail. Ses membres restèrent intacts et libres de douleur. Mais son vieil âge se prolongea beaucoup.

Lorsque saint Joseph apprit qu'il allait bientôt reposer, il se leva et partit pour Jérusalem, au Temple du Seigneur, et y éleva sa prière devant le sanctuaire. Il supplia le Seigneur de lui envoyer le grand Michel, le prince des saints Anges, afin de rester avec lui quand son âme partirait. Il implora le pardon pour ses péchés et la compassion du Seigneur.

Ensuite il repartit pour Nazareth et fut soudain prit d'un malaise, le forçant à garder le lit. La maladie s'abattit fortement sur lui. Selon la plus ancienne tradition, remontant à l'époque des Apôtres, le Christ Lui-même entendit la confession du juste, un récit de toute sa vie. Venant ensuite auprès de son lit, Jésus dit, "bonjour, mon Joseph mon père, toi l'homme juste." Et Joseph lui répondit : "bonjour, mon fils bien-aimé. En effet, l'agonie et la peur m'ont envahit. Mais aussitôt que j'ai entendu Ta voix, mon âme se trouva en paix. O Jésus de Nazareth! Jésus, mon Sauveur! Jésus, ô Nom si doux à mes lèvres, et sur la bouche de tous ceux qui l'aiment! O Oeil qui voit et Oreille qui entendu, écoute-moi! Je suis Ton serviteur; ce jour, je Te vénère très humblement et devant Ta face, je verse mes larmes. Tu es complètement mon Dieu."

L'âme de Joseph partit alors en paix vers ses ancêtres, où il rendit témoignage de la joyeuse nouvelle du Messie si longtemps attendu. Selon saint Épiphane de Salamine (Chypre, vers 315-403), l'ancien Joseph vécu fort âgé, étant entré dans le repos à l'âge de 110 ans. Il reposa juste avant que le Christ n'entama Son ministère public pour commencer à prêcher l'Évangile.

La vertu de saint Joseph est résumée dans les mots de l'Évangéliste Mathieu : c'était "un homme juste" (deeakos). Tel fut l'éloge rendu par la Sainte Écriture.

(Source: The Life Of The Virgin Mary, The Theotokos., pp. 322-323., écrit et compilé par le Holy Apostle Convent, Dormition Skete, Buena, Vista, Colorado, 1989, utilisé avec autorisation du monastère)


Saint Joseph, prie Dieu pour nous!

18 mars 2008

La vie spirituelle en ce monde dans les pas de saint Patrick et saint Grégoire de Tours (p. Seraphim Rose)



Une homélie du p. Seraphim Rose de Platina
http://www.orthodoxinfo.com/praxis/rose_tours.aspx


La cellule du bienheureux père Séraphim Rose (1934-1982) au monastère Saint-Germain-d'Alaska de Platina (Californie, EUA).
tuyau



Note de l'éditeur: à titre d'exemple de l'approche simple et terre-à-terre de la vie spirituelle par le p. Seraphim, nous présentons ici une fidèle retranscription de l'enregistrement d'une de ses discussions "improvisées." Il a donné son exposé le jour de la saint Patrick, 17 mars 1977, aux moines et pélerins présents au monastère St. Herman of Alaska.

1. UNE PERSPECTIVE SUR SAINT PATRICK


LA CONFESSION DE SAINT PATRICK est un document très simple expliquant comment il a planifié de servir Dieu et quelques unes des épreuves et souffrances qu'il a dû traverser. De ce que saint Patrick écrit, nous voyons que durant sa vie terrestre, il n'a pas joui de la gloire universelle qui l'entoure aujourd'hui. Il a apparemment accomplit des miracles, et nombre de gens avaient un grand respect pour lui, mais il avait bien des difficultés avec des évêques et des hommes d'église, et il y avait une controverse quant à savoir s'il faisait les choses comme il aurait dû les faire. Cela nous montre que même ceux qui plus tard acquièrent notoriété, ont eu à traverser – durant leurs propres vies – les mêmes luttes que chacun d'entre nous doit traverser; et on ne sait pas avant la fin si une personne en parvient à sauver son âme.

Il est extrêmement important que nous ne regardions pas saint Patrick du point de vue de la gloire aux yeux des hommes, mais pour ce que lui est : à savoir, sa valeur spirituelle. C'est absolument sans importance que de nos jours tout le monde porte du vert en ce jour. Quand j'étais à l'école, vous aviez à faire quelque chose à quiconque ne portait pas de vert – l'attacher ou quelque chose du genre. De toute évidence, ceux qui faisaient ça n'avaient pas idée de ce que saint Patrick signifie, ou de quelle sorte de saint Orthodoxe il était; c'était juste que l'opinion générale dans la société, c'était qu'il était quelqu'un de très important. Progressivement, il est privé de toute signification religieuse, et à la fin, honorer sa mémoire devient quelque chose relevant de la superstition, une sorte de rituel totalement vide de sens. Bien entendu, ce n'est pas pour ça que nous devrions considérer saint Patrick. Il était un brûlant apôtre du Christ, et parce qu'il était si proche de Dieu, et parce que Dieu l'avait choisit, il fut capable de convertir tout le peuple d'Irlande.

Tous, nous sommes fort inspirés par des vies comme la sienne, et cela donne envie de soi-même faire quelque chose. Mais que peut-on faire? Le converti inexpérimenté a une idée : "Oh! Je vais aller en Irlande et faire quelque chose." Bien entendu, ça ne marchera pas. Il ne sera pas comme saint Patrick parce cela n'a pu exister qu'une seule fois. Il est possible d'un petit peu l'imiter, mais en général une telle imitation littérale ne marchera pas. Nous devrions regarder vers des vies comme celle de saint Patrick pour trouver de l'inspiration ou des conseils sur ce que nous pourrions faire nous-mêmes dans nos conditions de vie.

Qu'est-ce qui est réaliste? Que pouvons-nous faire pour être brûlants de ce même apostolat dans les conditions dans lesquelles nous vivons aujourd'hui? Nous regardons à l'entour et nous voyons qu'il ne semble pas y avoir beaucoup de ces phénomènes inspirants de l'ère de saint Patrick: des pays entiers étant convertis, de grands renouveaux monastiques, de grands élans vers l'Orthodoxie. Au contraire, nous regardons à l'entour et nous voyons des choses qui pourraient très facilement nous décourager. L'on se demande pourquoi il n'y a plus de grands Apôtres comme saint Patrick de nos jours. Bien sûr, historiquement, c'est très réaliste. Il y a eu un âge des Apôtres, il y a eu un âge où des peuples entiers étaient non-convertis et des Apôtres leur furent envoyés. De nos jours, c'est virtuellement la terre entière qui a entendu parler du Christ, et il y a bien peu de peuples totalement païens à qui l'on ne prêche l'Évangile. En Afrique, comme nous continuons à l'entendre, l'Évangile orthodoxe est prêché à ces sauvages tribus, d'un pays à l'autre, dans l'Est et le Centre de l'Afrique. Mais dans la plupart des endroits, les peuples du monde sont devenus plutôt des peuples blasés, fatigués, lassés, qui ont autrefois entendu parler du Christianisme, et que ça ennuie à présent. Il est très difficile d'inspirer quelqu'un avec ça. Ici et là, il y a bien quelques convertis qui trouvent que le Christianisme est quelque chose de rafraîchissant, que ce n'est pas la même chose que l'idée ordinaire qu'on s'en fait. Néanmoins, du point de vue de l'Orthodoxie, il n'y a pas grand chose de très inspirant quand vous regardez le monde à l'entour.

2. LES CONDITIONS DE LA VIE MODERNE

Il y a bien entendu des raisons précises à cela. Les conditions du monde actuel sont plutôt différentes de ce qu'elles ont été dans le passé. Le phénomène entier de l'apostasie, de l'éloignement par rapport à la vérité, signifie que les gens ne savent pas comment accepter l'Évangile de manière neuve. Ils en ont déjà entendu parler et ont été inoculés contre lui. Dès lors, très peu d'entre eux viennent, quand ils entendent le message de l'Orthodoxie.

Il y a autre chose dans l'air de nos jours, qui est différent des temps plus anciens, c'est cette atmosphère "mickey mouse." C'est le manque de sérieux que l'on voit régner, jusque dans toutes les coutumes au quotidien. Par exemple, quand les gens se quittent, ils disent "t'en fais pas" – comme pour dire "à l'aise, t'en fais pas, il n'y a rien d'important dans tout ça. Accepte, quoi qu'il advienne." Nous avions l'habitude de dire des choses comme : "que Dieu soit avec toi." Même "adieu" vient du mot "Dieu."

Les jeunes d'aujourd'hui sont très absorbés par le monde de fantaisie de la télévision. Le lieu de "mickey mouse" est même appelé disneyland, disney world. Toute notre apparence spirituelle et sobre en est affectée – même les points de vue religieux. Il y a un fondamentaliste Protestant très sincère en Floride qui a une grande propriété près de Disney World, et qui va y fabriquer une réplique du Temple de Jérusalem, afin d'y attirer les gens qui vont à Disney World, pour qu'ils viennent y voir quelque chose de spirituel, au même niveau. Ils diront des "ah!" et des "oooh!" - ça sera la même chose que tous les châteaux féériques qu'ils virent à Disney World. Toute cette atmosphère – cette atmosphère irréelle, de type cinématographique, elle est très présente, non seulement autour de nous, mais dans maisons mêmes. Elle affecte tout le sérieux de la vie, la manière dont les enfants sont élevés – quoique de toute évidence, les enfants ne soient plus du tout élevés. L'idée même de les élever, des les éduquer selon un certain moule, elle a disparu à présent. Ils s'élèvent eux-mêmes, se mettent à suivre n'importe quelle influence à l'entour, et le résultat est tout sauf sérieux. C'est la raison principale pour laquelle, lorsque les jeunes deviennent indépendants, tant d'entre eux deviennent dingues et sont impliqués dans diverses religions sauvages et drogues, pourquoi ils se livrent au crime et à toutes sortes de folies. Dans leur enfance, ils n'ont jamais eu de contact terre-à-terre, que ce soit avec la vie spirituelle, ou simplement avec le sérieux que représente vivre l'aujourd'hui et le lendemain. C'est une des raisons principales qui rend notre époque si différente et si difficile pour les efforts spirituels.

Une autre chose, ce sont toutes les facilités modernes qui nous entourent et qui, sans aucun doute, dépersonnalisent et font que les gens se sentent moins concernés les uns avec les autres, et plus concernés avec les biens matériels, les gadgets. L'idée même du téléphone signifie que vous pouvez avoir instantanément contact avec quelqu'un pour le simple principe de l'appel – rien de personnel avec ça. Si vous avez à parcourir une grande distance pour le rejoindre, vous aurez votre âme dans un autre état d'esprit que si vous n'avez qu'à composer un numéro. Tout cela rend notre époque différente et très inconfortable pour toute sorte d'activité spirituelle telle que l'apostolat, l'activité missionnaire, mener simplement une vie spirituelle ordinaire, une vie monastique, et le restant.

Il y a aussi quelque chose dans l'air auquel nous, Chrétiens Orthodoxes, devons être soucieux, et c'est le poids de la tradition. Si nous acceptons tout ce que l'Église nous transmet simplement comme étant quelque chose de déjà accomplit, quelque chose qui nous est donné sans effort, comme si c'était déjà là et que nous pouvions le tenir pour acquis – cela, déjà, nous endormirait spirituellement, parce que tout ce qui est élevé, il faut le conquérir de haute lutte, il faut se battre pour l'avoir. C'est une raison pour laquelle les facilités modernes ne font que dépersonnaliser. Tout l'effort pour rendre tout plus pratique enlève l'élément de la lutte, qui est l'étoffe, la fibre de la vie.

Avec toutes ces choses en vue, l'entièreté de la vie moderne devient extrêmement oppressante. Depuis un bon bout de temps déjà, depuis l'époque de William Butler Yeats, il y a quelque 75 ans, tout a été accomplit et fait dans l'époque moderne, toutes les graines ont été semées. Le 20ème siècle n'a presque rien à se rajouter. Il n'a fait que rendre effectif ce qui avait déjà été semé au cours des 18ème et 19ème siècles. Le résultat est qu'il n'y a plus rien eu à faire. Tout est accomplit, c'est sans espoir. Comme le sensible poète Irlandais William Butler Yeats l'exprime dans son poème "La Seconde Venue" :

Tournant, tournant dans le cercle toujours s'élargissant,
Le faucon ne peut plus entendre le fauconnier;
Tout se disloque; le centre ne peut tenir.
L’anarchie se déchaîne sur le monde
Comme une mer noircie de sang : et partout
On noie les élans de l’innocence.
Les meilleurs ne croient plus à rien, les pires
Se gonflent de l’ardeur des passions mauvaises.

Assurément, quelque révélation va survenir.
Assurément, la Seconde Venue, c’est pour bientôt.
La Seconde Venue! A peine ces mots prononcés,
Qu'une immense image du Spiritus Mundi
Trouble ma vue : quelque part dans les sables du désert,
Une forme avec corps de lion et tête d’homme
Et le regard blanc vif et impitoyable comme le soleil
Se meut, glissant les pattes, tandis qu’autour
Tournoient les ombres d’une colère d’oiseaux…
La ténèbre, à nouveau; mais je sais, maintenant,
Que vingt siècles d’un sommeil de pierre,
Furent fâchés par un bruit de berceau, cauchemardant,
Et quelle bête sauvage, son heure enfin venue,
Traine la patte vers Bethléem, afin d'y naître?


C'est une sorte de vision factuelle de la vie : les pires gens sont simplement immergés dans les mauvais actes, et les meilleurs deviennent désespérés, car il n'y a plus de spiritualité, il n'y a plus rien qui vaille la peine, tout a été enlevé, le matérialisme est triomphant, il n'y a plus d'espérance pour le monde, et "la bête sauvage traine la patte vers Bethléem, afin d'y naître" – la vision de l'Antichrist. Le monde s'effondre désespérément et il n'y a nul espoir d'en sortir.

3. LA VIE SPIRITUELLE INTEMPORELLE

Tout cela, ce sont les côtés négatifs que nous voyons nous entourer aujourd'hui, et c'est une partie très réelle de l'atmosphère que nous respirons chaque jour. D'un autre côté, nous avons la révélation Chrétienne Orthodoxe; c'est-à-dire la révélation de Dieu à Son Église. Elle nous a été transmise tout au long de ces 2.000 ans, très riche, avec nombre de témoignages des Écritures et des saints Pères, nous donnant une perspective spirituelle définie, une loi de vie spirituelle définie. La vie spirituelle et son but ne changent pas d'une époque à l'autre. En fait, nous savons que depuis les tous débuts, depuis le temps où l'Évangile fut prêché pour la première fois jusqu'à nos jours, des citoyens d'un royaume sont rassemblés hors du monde, allant vers le Royaume céleste. Tous ces citoyens parleront la même langue, et chacun connaîtra chacun, parce qu'il auront mené chacun la même vie Orthodoxe, le même combat spirituel, selon les lois de la vie spirituelle.

Les saints Pères ont parlé des derniers temps comme des temps de grande faiblesse, au cours desquels il n'y aurait plus ces grands signes qui furent accomplis aux temps anciens des Apôtres et dans le désert par les premiers moines, lorsque des milliers de miracles furent accomplis, que les grands Pères relevaient des gens d'entre les morts, que nombre d'événements surnaturels avaient lieu; et ces mêmes saints Pères ont dit que cet éblouissant âge des miracles finirait par s'évanouir, et qu'à la fin, il n'y aurait presque plus rien de semblable. En fait, ceux qui se sauveraient eux-mêmes sembleraient totalement impossible à distinguer de n'importe qui d'autre, sauf qu'ils auraient quelque part gardé vivante la lutte contre toutes ces tentations. Rien qu'avoir préservé intacte l'étincelle de la vraie Foi Chrétienne, sans avoir accomplit de miracles, sans avoir rien fait d'autre que des choses ordinaires, s'ils persévèrent jusqu'au bout, cela les rendrait déjà aussi grands voire même plus que ces grands Pères qui accomplirent des miracles.

Dès lors, à notre époque, il semble que l'activité apparente est grandement limitée pour les Chrétiens Orthodoxes en comparaison avec les temps passés. Tel semble bien être le cas. Cependant, l'activité spirituelle intérieure doit être aussi juste que possible pour ceux qui veulent lutter. Et, en fait, nous regardons autour de nous, et nous voyons quelques exemples plutôt spectaculaires à notre époque : saint Jean de Cronstadt, qui accomplit des milliers de miracles, probablement plus que quiconque dans l'histoire de l'Église; saint Nectaire en Grèce, une personne très humble, en complète disgrâce comme évêque, mais particulièrement thaumaturge après sa mort; et notre propre archevêque Jean [saint Jean Maximovitch, glorifié en 1994], qui vécut et parcouru notre propre sol, et passa à moins de 25km d'ici à plusieurs reprises, bénissant sans aucun doute toute cette région, en particulier avec l'icône Kursk de la Mère de Dieu. Et il est ainsi évident, en regardant vers ces gens-là et réalisant à quel point ce sont des géants spirituels, qu'il est possible de faire quelque chose, même en notre époque mauvaise.

4. CONSCIENCE

Cela nous amène à quelque considérations pratiques concernant les qualités requises pour être spirituellement créatif et porter fruit. Il y a quelques points importants qui viennent à l'esprit. D'abord, c'est que nous devons voir les choses telles qu'elles sont; à savoir ne pas s'avancer aveuglément, agir aveuglément sans savoir ce qui se passe dans le monde. Nous devons être conscients qu'il y a cette apostasie, qu'il y a nombre de différentes sortes de gens qui s'appellent eux-mêmes chrétiens, qu'ils agissent de manières différentes, et certains d'entre eux sont sans aucun doute en conflit les uns avec les autres et contre nous, et il n'est pas possible qu'ils aient tous raisons et sont sur la bonne voie. Historiquement, nous voyons combien de sortes de différentes erreurs, de vues erronées, de sortes d'actions erronées ont été mêlées avec la foi chrétienne. Nous voyons le terrifiant mouvement révolutionnaire moderne; à savoir le mouvement qui est totalement éloigné de la religion, qui a pour but d'aller vers un grand empire mondial d'athéisme, dont nous voyons la préfiguration dans le communisme. Ce n'est pas seulement parmi les incroyants ou ceux qui ne croient pas selon la manière Orthodoxe, mais même parmi les Orthodoxes. Nous regardons à l'entour et nous voyons nombre d'Orthodoxes qui sont simplement, totalement mondains, et ne pensent même pas aux aspects élevés de leur Foi. Ils la prennent pour acquise. "Tout est automatique. Ca a été transmis. Il y a toujours un prêtre quelque part. Et s'il n'est pas dans cette ville-ci, il l'est dans la ville d'à côté. Il a les sacrements et la sainte Communion. On va comme ça chez lui, on va y chercher ce dont on a besoin, et c'est tout.. On rentre chez soi et on est satisfait..."

En lisant et acquérant un recul historique, nous voyons que dans le temps, cela n'était pas considéré comme suffisant, même par des laïcs ordinaires. Ils s'efforçaient sans cesse de faire des choses hors de l'ordinaire. Ils se levaient très tôt le matin. Chaque village avait ses Offices quotidiens. A 4 ou 5 heures du matin, les Matines commençaient. Les gens se réveillaient et allaient à l'église chaque matin, et à nouveau le soir pour les Vêpres. Nous prenons beaucoup, beaucoup de vies de saints, et nous y lisons qu'ils entendaient la cloche sonner, quand ils étaient enfants. Si l'enfant était très zélé pour Dieu, c'est lui qui aurait été le premier à se lever au matin, puis à aller lever ses parents, afin qu'ils soient prêts pour aller à l'église. Si le père ne savait y aller parce qu'il devait travailler aux champs, l'enfant réveillait sa mère et ils allaient ensemble à l'église. Parfois, il y allait de lui-même. C'était une ambiance empreinte de vie en église. Et à présent, nous voyons le matérialisme à la place. Très rarement, nous arrivons à trouver un endroit où les Offices quotidiens sont encore célébré, dans ce monde. Les gens ont grandit sans être habitués à l'idée qu'il est censé y avoir tous les jours célébration à l'église, tous les jours des Offices.

C'est donc une des très nombreuses choses que nous voyons devant nous : cette attitude mondaine de gens qui sont eux-mêmes dans l'Église. Nous devons regarder ça avec réalisme, et voir les choses telles qu'elles sont : apostasie, erreur, mal, activité démoniaque, et matérialisme, tel que cela n'a jamais existé auparavant dans l'histoire du monde. Ces choses sont anti-spirituelles, anti-Orthodoxes. Elles font chuter; et si quiconque suit ces chemins, ils ne mènent personne au Salut.

Dès lors, après avoir accomplit cela – c'est-à-dire avoir regardé les choses telles qu'elles sont et être réaliste à leur égard – il faut apprendre à se battre sur les bons champs de bataille. Toute la vie spirituelle est une lutte. On doit apprendre où il faut se battre, ce qu'il faut faire. C'est extrêmement important, car il est très facile dans l'étape du débutant de s'égarer totalement, en prenant et lisant un livre qui parle de spiritualité, hésychasme, etc.

5. SPIRITUALITÉ DE L'IMITATION

Le saint évêque Théophane le Reclus (+ 1894), lorsqu'il citait quelque saint Père, omettait délibérément nombre des passages qui parlaient des aspects physiques de la prière. Il fit cela en sachant que – même à son époque, le 19ème siècle – nombre de gens prendraient ces aspects physiques comme une fin et commenceraient à imiter sans parvenir à l'essence de la prière. Dès lors, il laissait ces parties des écrits hors de ses oeuvres. Mais à présent, nombre d'entre eux sont publiés dans nos langues, et vous pouvez lire comment vous êtes supposé vous asseoir sur une chaise avec la tête penchée vers le bas, etc. Les gens commencent à imiter; ils commencent à penser : "ça y est, j'y suis!" - et c'est un fait que si vous jeûnez pendant une longue période et faites certaines sortes d'exercices, vous commencerez à avoir toutes sortes de choses vous arriver. Mais ce n'est pas la vie spirituelle. Au contraire, c'est presque garanti qu'il s'agit de l'activité des démons. La vie spirituelle est une chose bien plus sérieuse, bien plus terre-à-terre, et dès lors ce n'est pas là que vous êtes supposés avant tout la trouver.

Habituellement, on sait repérer des gens qui ne sont pas sérieux et qui imitent. Nous avons même une histoire à ce sujet, qui vient des débuts de notre communauté... A San Francisco, il y en avait un qui s'était enflammé à propos de la Prière de Jésus. Il commença à ajouter prière sur prière, et pour finir, il arriva au matin avec 5.000 prières. Là, en plein milieu du monde, au milieu de la ville, au matin, avant de faire quoi que ce soit d'autre, avant de manger, il était capable de dire 5.000 fois la Prière de Jésus sur le balcon, et il se sentait admirablement revigoré et inspiré. Il advint un matin que quelqu'un vint travailler sous le balcon, s'y occupant pendant que la personne était là à dire son dernier millier de prières, et il advint que cette personne s'énerva tant de cette perturbation qu'il finit par jeter des assiettes à celui qui travaillait! Comment pouvez-vous faire face à quelqu'un qui s'occupe lui-même de vie spirituelle, avec la Prière de Jésus, quand soudain, alors qu'il est occupé à la réciter, il est capable de se mettre à balancer des assiettes?

Ca signifie qu'à l'intérieur de lui, les passions étaient libres, parce qu'il avait quelque fausse idée ou opinion sur sa capacité de discernement sur ce qui était spirituellement bon pour lui. Il agit selon sa propre opinion, mais sans discrétion, pas selon la connaissance; et lorsque l'opportunité se présenta, les passions s'exprimèrent. Dans ce cas, il est plus profitable de ne pas ces 5.000 Prières de Jésus, mais de faire quelque chose d'autre qui soit spirituel.

Dès lors, ce n'est pas là que nous devrions livrer le combat. Nous devrions livrer le combat au niveau de l'état de conscience, en étant conscient que nous sommes entourés de forces matérialistes. Nous devons les combattre en gardant nos esprits constamment élevés plutôt qu'abattus; c'est-à-dire en ayant les choses célestes à l'esprit (j'expliquerai brièvement ce que cela implique). Pour tous les aspects pratiques, à notre époque, cela signifie que nous aurons à être un peu fous; c'est-à-dire que nous ne serons pas en phase avec ce que les paroissiens ordinaires font. Nous serons un peu considérés, au moins un petit peu, comme hors de l'ordinaire, ou même fous. C'est une chose absolument essentielle. J'y reviendrai.

6. REGARDER VERS LÀ HAUT

Les Saintes Écritures, les écrits des saints Pères, les exemples des vies des Saints, les Offices de l'Église – toutes ces choses n'ont rien à voir avec le matérialisme dans notre vie quotidienne, mais avec notre guidance pour nous amener au Ciel. En regardant ces choses, nous sommes amenés à avoir du zèle; c'est-à-dire à voir qu'il y a quelque chose au dessus de cette routine matérialiste, qui est très lassante, décourageante, et qui ne mène nulle part. Mais toutes ces choses plus élevées – ces Offices, ces récits de gens qui sont revenus de la mort, ces vies de saints, écrits des saints Pères, saintes Écritures, les interprétations des passages de l'Écriture par les saints Pères, qui sont parfois très profonds – toutes ces choses nous rendent toujours très zélés, si nous avons une étincelle d'amour pour Dieu en nous. Nous voulons nous-mêmes vivre dans un tel état, et aller au Ciel. Mais ce zèle, en lui-même, doit être d'une autre sorte que celui qui jaillit soudain et finit par s'effacer. Il doit être de la sorte qui durera. Cela signifie un zèle qui doit être tempéré par quelque chose de plus profond, et ce quelque chose de plus profond, c'est ce que saint Seraphim de Sarov appelle la détermination; c'est-à-dire un zèle qui est constant et qui continue – une sorte de point constant pour votre vie toute entière. Il vous amène à toujours aller de l'avant, même quand vous êtes découragés, car vous voyez qu'il y a quelque chose d'autre au-dessus, après lequel vous aspirez, et qui ne dépend pas de vos humeurs ou de vos opinions. C'est quelque chose qui doit être votre possession constante. C'est votre détermination d'aller au Ciel. Et cette détermination, ou plutôt ce zèle qui devient détermination, elle doit être constante, de sorte qu'elle n'aura pas des hauts et des bas au risque de s'épuiser.

En tout ce qui survient, nous devons regarder vers le côté le plus haut, à savoir le côté spirituel; parce que si nous regardons parfois vers le plus haut, et parfois vers le plus bas, nous aurons des hauts et des bas. Et le côté le plus bas est si puissant, à l'oeuvre même à travers ce que nous avons vu dans la vie de saint Patrick, à l'âge d'or du Christianisme: même à travers des évêques, à travers ceux qui sont supposés être ceux-là même qui guident le troupeau vers le Ciel. Ils peuvent bien se révéler faisant le contraire, parce qu'ils sont aussi humains. Ils peuvent être vraiment découragés, gardant le peuple éloigné de ce but, à notre époque, bien sûr, c'est pire encore.

Dès lors, si nous sommes parfois à regarder vers le haut et parfois vers le bas, si nous allons un pas en avant, un pas en arrière, et un pas en avant, et deux pas en arrière, nous ne parviendrons tout simplement pas à la porte du Ciel. En tout temps, là où nous nous trouvons, nous devons être d'une manière ou d'une autre à contempler la réalité spirituelle. J'ai une intéressante citation d'abba Dorothée de Gaza, que nous avons récemment lue à l'église, et qui donne un petit conseil à cet égard. Il dit : "Il est bon, ô frères, comme je vous le dit tout le temps, de placer en tout acte votre espoir en Dieu, et de se dire que rien n'advient sans la volonté de Dieu. Bien entendu, Dieu savait que cela était bon et utile et profitable, et dès lors, Il l'a fait, quand bien même cela a aussi eu quelque cause externe. Par exemple, je pourrais dire que vu que j'ai mangé avec les pèlerins et me suis forcé un peu afin de jouer l'hôte convivial avec eux (c-à-d qu'il a trop mangé), dès lors mon estomac fut surchargé, et j'en ai subit un engourdissement dans mes pieds, et de cela, je suis tombé malade. Je pourrais aussi citer diverses autres raisons pour celui qui en cherche. Pour celui qui en veut, il n'en manque jamais. Mais la manière la plus sûre et profitable, c'est de dire : en vérité, Dieu savait que cela serait plus profitable pour mon âme, et dès lors, c'est advenu ainsi. Car en tout ce que Dieu crée, il n'y a rien qui puisse être dit qu'il ne soit pas bon. Car au commencement, Il créa tout, et voyez, tout fut très bon. Et dès lors, c'est ainsi que nul ne devrait se lamenter sur ce qui se passe, mais en tout il devrait placer son espoir en la Providence de Dieu, et être en paix." *


7. TROUVER LES VRAIES CAUSES

Il y a un très intéressant livre datant de la période d'abba Dorothée (6ème siècle), écrit par saint Grégoire de Tours, c'est l'Histoire des Francs, qui rapporte toute la vie à la court à l'époque et la vie religieuse. On y trouve vraiment beaucoup d'intéressantes vies de saints, de même que les vies des rois. Les rois de de cette époque offraient un spectacle particulièrement peu édifiant. Ils s'empoisonnaient sans cesse les uns les autres. Les femmes étaient pires encore.. Il y avait cette Brunehilde et sa soeur Frédégonde. Elles tentaient de faire accéder leurs fils et petit-fils sur le trône, et que n'ont-elles pas fait pour y parvenir! Faisant traîner des gens par des chevaux et les tuant, et mentant, et trichant, et d'autres tas de choses folles – vraiment peu inspirant. Mais cet évêque, saint Grégoire, était là, et il écrivait l'histoire de ce peuple, écrivant de telle manière que cela en devienne très inspirant. Il y a une signification derrière chaque chose. Saint Grégoire est sans cesse à l'affut de comètes, tremblements de terre, etc. Quand un roi fait quelque chose de mal, on voit un tremblement de terre dans le coin, ou s'il part et tue une personne ou tout un village injustement, survient une famine: et saint Grégoire voit toujours Dieu qui veille. Il y a toujours quelque chose de spirituel lorsqu'un événement se produit – on voit une comète, le roi meurt, etc. Il y a toujours une relation entre ce qui se passe dans le monde et l'état moral du peuple. Même quand l'état moral est très mauvais, tous les incessants tremblements de terre et famines et tout le restant, cela nous rappelle que c'est la mauvaise manière de se comporter, et cela inspire le peuple à changer de comportement. De nos jours, les historiens disent que c'est une manière terriblement démodée que de regarder les choses ainsi, que c'est très "vieillot" et naïf" et simpliste, et que bien entendu plus personne ne saurait penser ainsi de nos jours. Ils trouvent que c'est mièvre de regarder après ça après tous ces siècles et de voir comment les gens d'alors pensaient. "Mais bien entendu," disent-ils, "nous les historiens sérieux, nous cherchons les véritables causes." Par véritables causes, ils entendent ce qu'une personne a mangé et ce que ça a causé à ses pieds et ainsi de suite. Cependant, le point de vue Chrétien est que tout ça, ce ne sont pas les véritables causes, mais les causes secondaires. La véritable cause, c'est l'âme et Dieu: tout ce que Dieu fait et tout ce que l'âme fait. Ces 2 choses réalisent toute l'histoire, et tous les événements externes – quel traité fut signé, ou les raisons économiques du mécontentement des masses, etc – sont totalement secondaires. En fait, si vous regardez l'histoire moderne, tout le mouvement révolutionnaire, il est évident que ce ne sont pas les questions économiques qui sont le facteur dirigeant, mais les diverses idées qui pénètrent l'âme des gens pour chercher à bâtir un paradis sur terre. Une fois que l'idée s'y est installée, alors des choses incroyables sont accomplies, parce que c'est une chose spirituelle. Quand bien même elle vient du diable, elle se situe au niveau spirituel, et c'est là que l'histoire réelle est accomplie; toutes les choses externes n'ont aucune signification.

C'est pourquoi saint Grégoire regarde en fait l'histoire de la manière correcte, parce qu'il voit qu'il y a une première cause, qui est ce que Dieu fait dans l'histoire et comment l'âme y réagit, et que la cause secondaire, ce sont des événements ordinaires. Dès lors, à chaque fois qu'il voit un grand événement tel qu'une comète ou une éclipse, il tente d'y donner un sens. A un endroit, nous rapportant un étrange signe qui avait été vu dans le ciel des Gaules, il dit en toute simplicité : "je n'ai pas la moindre idée sur tout ce que cela signifie" **. Bien sûr, d'un point de vue scientifique, nous savons qu'on sait prédire ces choses, qu'elles sont causées par l'ombre de la lune, etc; mais du point de vue de saint Grégoire, pourquoi Dieu choisit donc de nous effrayer de la sorte? Quelle est la signification morale de cela? Il cherchait toujours vers là haut, jamais vers ici bas.

8. GAIETÉ CONSTANTE

Notre conception moderne est de regarder ici bas pour trouver les causes, les causes secondaires. Toute la conception Chrétienne est de regarder là haut, et c'est pourquoi des gens tels que saint Grégoire, comme nous pouvons le voir en lisant leurs oeuvres et leurs vies, sont toujours gais. Cela ne veut pas dire qu'ils sont excessivement joyeux, mais plutôt qu'ils sont dans un état de profonde joie, parce qu'ils regardent toujours vers là haut et gardent à l'esprit, avec détermination et constance, qu'il faut parvenir en un endroit précis, qui est le Ciel, et dès lors ils voient les détails dans le monde sous cette lumière. Si ce qu'ils voient a rapport au mal, avec les filets des démons, avec le matérialisme, l'ennui, le découragement, ou de simples détails ordinaires de vie, tout ça est secondaire et ne se voit jamais autorisé à prendre la première place. En fait, les saints Pères nous disent que nous sommes censés voir en tout quelque chose pour notre Salut. Si vous parvenez à faire cela, vous pouvez être sauvés.

D'une manière terre-à-terre, vous pouvez regarder cela comme une presse à imprimer qui ne fonctionne pas. Vous êtes à côté et vous êtes content, regardant les belles pages bien propres qui en sortent imprimées, qui vous apportent une très agréable sensation de satisfaction, et vous rêvez d'une activité missionnaire, d'aller distribuer d'autres copies dans un tas de pays différents. Mais tout d'un coup elle commence à vous causer des soucis, elle sort ses pages en pagaille. Les pages commencent à coller les unes aux autres, à se déchirer en prime. Vous constatez que toutes ces copies supplémentaires que vous avez tirées sont perdues, se détruisant les unes les autres, et à la fin vous êtes si énervé que tout ce que vous parvenez à faire, c'est de vous tenir planté là et commencez à dire la Prière de Jésus tout en tenant de ramener les choses en ordre. Bien que cela n'apporte pas de sentiment de satisfaction (comme le faisait la vision des belles copies sortant automatiquement), spirituellement, cela apporte probablement beaucoup plus, car cela vous rend nerveux et vous offre la chance de lutter. Mais si au lieu de ça, vous vous découragez au point d'en démolir la machine, alors vous avez perdu le combat. La bataille, ce n'est pas combien de copies sont produites à l'heure: la bataille, c'est ce que fait votre âme. Si votre âme sait se sauver et produire des paroles qui peuvent en sauver d'autres, c'est très bien; mais si vous produisez des paroles qui peuvent sauver d'autres personnes et êtes tout le temps occupé à détruire votre propre âme, ce n'est pas si bon.

9. INJECTIONS SPIRITUELLES QUOTIDIENNES

A nouveau, en tout, il faut regarder là haut, et non vers ici bas, vers le Royaume des Cieux, et non pas en bas vers les détails de la vie terrestre. C'est-à-dire que les détails de la vie terrestre doivent être au second plan, et cette contemplation des choses célestes doit être faite avec zèle, détermination et constance. La constance est quelque chose qui se travaille par un régime spirituel basé sur la sagesse reçue des saints Pères – non pas par une simple obéissance à la tradition pour l'amour de la tradition, mais plutôt une consciente assimilation de ce que les sages en Dieu ont vu et écrit. Pour l'aspect extérieur, cette constance se travaille par une petite prière, et nous avons cette petite prière basique dans les Offices de l'Église qui nous ont été transmis. Bien entendu, en différents lieux, ils sont accomplis selon la force de chacun, plus ou moins.

La constance implique aussi la lecture régulière de textes spirituels, par exemple lors du repas, parce que nous devons être constamment sous perfusion de ce qui va contre le matérialisme. Cela signifie nous nourrir constamment nous-mêmes avec ces textes, que ce soit dans les Offices ou les lectures, afin de combattre contre l'autre côté, contre le matérialisme qui nous ronge constamment. Si nous arrêtons ne fut-ce qu'un jour cette injection, il est évident que le matérialisme commencera à reprendre le dessus. Lorsque nous laissons un jour passer sans cela, le matérialisme nous envahit – pour deux jours, c'est pire encore. Nous découvrons que bien vite nous pensons de plus en plus selon la manière mondaine, au plus nous nous exposons nous-mêmes à cette manière de penser et au moins nous nous exposons nous-mêmes à la pensée non-matérialiste.

Ces injections – des injections quotidiennes de nourriture céleste – sont le côté extérieur, et le côté intérieur, c'est ce qui est appelé la vie spirituelle. La vie spirituelle ne signifie pas être dans la nuages et réciter la Prière de Jésus ou se passer à travers différents états. Cela signifie découvrir les lois de cette vie spirituelle telles qu'elles s'appliquent à chacun dans son état personnel, dans sa situation propre. Cela vient avec les années d'attentive lecture des saints Pères avec un carnet de note à la main, notant les passages qui semblent les plus marquants pour nous, les étudiant, cherchant à voir comment ils s'appliquent à nous, et, si besoin, révisant des points de vue les concernant que nous avons eu dans le passé, quand nous les avons un peu approfondis, découvrant ce qu'un Père a dit à cet égard, ce qu'un autre Père à dit à ce même sujet, et ainsi de suite. Il n'existe nulle encyclopédie qui vous donnera tout cela. Vous ne savez pas décider tout ce que vous voulez trouver à propos d'un sujet donné et commencer à lire les saints Pères. Il y a bien quelques index dans les écrits des Pères, mais vous ne savez tout simplement pas aborder la vie spirituelle de la sorte. Vous devez y aller pas à pas, prendre l'enseignement tel que vous êtes capables de l'assimiler, revenir à ces mêmes textes des années plus tard, les réassimiler, en découvrir plus, et graduellement, découvrir comment ces lois spirituelles s'appliquent à vous. Lorsque quelqu'un fait cela, il découvre qu'à chaque fois qu'il lit le même saint père, il découvre de nouvelles choses. Il l'approfondit sans cesse.

10. ZÈLE PERSÉVÉRANT

Si quelqu'un garde tout cela à l'esprit, ayant la possibilité de la constante nourriture spirituelle, alors il doit se dire que ce n'est pas vrai que la situation de toute l'Église est désespérée aujourd'hui, et qu'on ne sait rien faire. En fait, les activités possibles pour aujourd'hui sont plutôt surprenantes et inattendues. Ce qui pourrait en sortir, nous n'en savons rien, mais il y a toutes sortes de possibilités. Nous devrions toujours apprendre à attendre l'inattendu, être préparés pour quelque chose qui pourrait bien ne pas avoir été pareil il n'y a pas si longtemps, mais qui est encore dans les possibilités du véritable Christianisme. Cela ne sait être accomplit qu'en regardant vers le Ciel et pas vers ici bas. Nous avons juste en face de nous un exemple de quelqu'un qui fut constamment ainsi, et c'est notre archevêque Jean. Il est évident qu'il fut constamment dans un monde différent. Je me souviens que lui-même, un jour, donna un sermon sur la vie spirituelle, la vie mystique, dans lequel il dit : "nous n'avons rien de semblable à quelques uns de ces saints postérieurs de l'église latine, qui planaient en quelque sorte dans les nuages – une sorte de royaume de douceur et de lumière et de nuages roses – ça c'est la "prelest" [illusion spirituelle]. Toute notre sainteté se passe avec les pieds bien au sol, et tout en étant de la terre, ayant constamment l'esprit élevé vers le haut." Il est évident que l'archevêque Jean était lui-même comme ça. Il lui arrivait de venir de temps à autres à notre magasin à côté de la cathédrale (à San Francisco), et avait toujours quelque chose de neuf et d'inspirant à dire. Arrivant par exemple avec une petite farde, il l'ouvrait et disait "regardez! Voici une image de saint Alban et voici sa Vie." Il l'avait trouvé quelque part. Il collectionnait ce genre de choses : les vies des saints Roumains et toutes sortes de divers choses qui étaient très inspirantes et qui n'avaient rien à voir avec avec les affaires quotidiennes ou l'administration du diocèse. En fait, certains disaient qu'il était un mauvais administrateur, mais je n'en sais rien. J'en doute, parce que je sais qu'à chaque fois que quelqu'un lui écrivait une lettre, cette personne recevait toujours une réponse dans la langue qu'il avait employée, et endéans un très bref délai; par conséquent, pour ce genre d'affaires, il était très très soigneux. Mais la première chose pour laquelle il s'appliquait, c'était d'être constamment dans l'autre monde, constamment inspiré et vivant constamment de cela. Le comportement opposé, c'est de faire même de l'Église une sorte de société d'affaires, de ne regarder que les aspects administratifs ou économiques, à savoir la partie basse, matérialiste. Si vous faites cela suffisamment longtemps, vous perdrez l'étincelle, vous perdrez le côté élevé. L'archevêque Jean nous donna l'exemple de constamment regarder vers là haut, de constamment penser aux choses célestes. A la fin, au plus profond vous vous y avancerez, au plus vous verrez qu'il n'y a pas d'alternative. Si vous êtes un Chrétien Orthodoxe, vous pouvez faire cela et avoir les gens qui vous taxent de fou ou disent que vous êtes un peu dérangé, ou quelque chose du genre; mais cependant vous avez votre propre vie – vous la menez et vous allez au Ciel. L'alternative, c'est d'être enlisé dans ce monde ennuyeux, qui est totalement dominé par les machines et les conforts et les opinions. Concernant ces dernières, vous seriez surpris de savoir à quel point les opinions sur ce qui est juste et faux, sur ce qui est la manière d'agir et ainsi de suite, n'ont en fait aucun contact avec la réalité. Il y a même une opinion qui court – je dirais qu'elle est universelle parmi les gens qui vont à l'église s'ils n'y ont jamais réfléchit – opinion qui dit que bien entendu, quand vous venez à l'église, vous devez vous y trouver bien au chaud, car il est impensable de penser à des Offices religieux et se préparer pour la Communion quand vous avez à penser à vos pieds froids. Les gens nous disent ça. "C'est un grand pas en arrière," disent-ils. "Vous ne savez pas y venir et avoir les pieds gelés et penser que quelque spiritualité pourrait en sortir." Il se fait que c'est une opinion, ce n'est pas du tout exact. Les saints Pères ont vécu tout au long des siècles dans diverses conditions; et bien qu'il ne s'agisse pas ici de planifier de s'auto-infliger une torture avec des pieds glacés – néanmoins, c'est quelque chose qui peut aider à rendre un peu plus modéré pour la vie spirituelle, peut-être en aidant à apprécier ce que l'on possède, et non pas à le considérer comme un dû, et qu'on va se retrouver là comme étant bien au chaud et à l'aise et tout et tout. A notre époque, si quelqu'un entreprend quoi que ce soit dans l'Église, et n'a pas en même temps l'esprit constamment fixé sur le Royaume céleste, il perdra la flamme du zèle, l'intérêt pour les choses spirituelles, et il deviendra matérialiste. Et matérialiste signifie mort, spirituellement mort.

11. L'ESPRIT DES PÈRES

De nos jours, il est très difficile de regarder vers le Ciel, à cause du poids, du poids mort du matérialisme qui pèse sur nous. Si quelqu'un s'y applique constamment, cependant, il pourra commencer à le faire. Même avec un petit peu de lutte, si c'est avec constante application, il commencera à se former un point de vue totalement différent, une manière d'envisager la vie totalement différente, une toute autre possibilité pour l'action. Toute espèce d'activité spirituelle qui doit sortir de notre monde aujourd'hui, toute sorte d'activité missionnaire Orthodoxe, d'apostolat, etc, doit être basée sur une telle vision des choses. Elle doit être basée sur la vision première de ce que Dieu veut, à savoir en premier lieu sur le côté élevé, d'abord sur ce que les saints Pères pensent, et seulement ensuite regarder vers le bas, vers les moyens pratiques qu'il faudra utiliser, les problèmes d'argent, et même vers des choses telles que les maladies, parce que tout cela est envoyé pour notre bien, et nous avons à trouver comment faire sortir le bien hors de tout ça. Si quelqu'un ne fait pas cela, c'est qu'il est accablé, en particulier de nos jours. Si quelqu'un est dans une place directrice, tel un prêtre dans une paroisse, et qu'il regarde en arrière et en premier lieu vers les gens, il verra que 99% d'entre eux vont l'entraîner vers le bas, parce qu'ils ont leurs problèmes et passions, les confessions vont lui peser, et ainsi de suite. Si ce côté devient trop important pour lui, cela va tout simplement l'écraser et il ne saura pas les guider vers le Ciel. Bien entendu, un pasteur ou tout autre sorte de guide spirituel doit d'abord se guider lui-même vers le Ciel, et puis ensuite les autres, en regardant d'abord vers l'autre monde. Nous n'avons pas à imagier que cet autre monde est, ou avoir des opinions à son sujet, parce que nous avons tout le trésor des écrits des saints Pères. Récemment, nous avons eu un bien grand parmi les Pères, l'évêque Ignace Brianchininov (+ 1867), qui fut un des plus tranchants pour parler de l'apostasie, et aussi un des plus grands pour parler des saints Pères. Nous devons entrer dans leur langage, dans leur manière d'envisager les choses, parce que c'est ça l'Orthodoxie.
L'Orthodoxie, bien entendu, ne change pas d'un jour à l'autre, ou d'un siècle à l'autre. En regardant le monde protestant et catholique-romain, nous pouvons voir que certains écrits spirituels y deviennent dépassés. Parfois ils reviennent à la mode, parfois ils en sortent. Il est évident qu'ils sont liés aux choses matérielles, qui plaisent aux gens un temps durant, ou plutôt à l'esprit de ces temps. Il n'en est pas ainsi avec nos saints écrits Orthodoxes. Une fois que nous avons acquis toute la conception Chrétienne Orthodoxe – à savoir la conception Chrétienne, tout simplement – qui nous a été transmise depuis le Christ et les Apôtres jusqu'à notre époque, alors tout devient contemporain. Vous lisez les paroles de quelqu'un comme saint Macaire, qui vécut dans les déserts d'Égypte au 6ème siècle, et il vous parle à vous maintenant. Ses conditions de vie étaient un peu différentes, mais c'est à vous qu'il parle maintenant, dans la même langue; il va au même endroit, il utilise le même esprit, il a les mêmes tentations et mêmes échecs, et il n'y a rien de différent en lui. Il en est de même avec tous les autres Pères de l'époque jusqu'à notre siècle, tel que saint Jean de Cronstadt (+ 1908). Ils parlent tous le même langage, une sorte de langage, le langage de la vie spirituelle, que nous devons acquérir. Quand nous faisons cela, nous pouvons nous sauver; et comme dit saint Seraphim, "lorsque tu acquiers l'Esprit de Paix, le Saint Esprit, tu peux sauver des milliers autour de toi." Il ne nous revient pas de calculer si des milliers autour de nous seront sauvés. Ce qui est de notre ressort, c'est d'acquérir le Saint Esprit, et ce que fera Dieu appartient à Dieu.

Nous avons encore à nous attendre à notre époque à nombre de choses surprenantes, dès lors nous ne devrions pas être de l'opinion qu'il serait trop tard pour faire quoi que ce soit, que tout serait fichu, que tout le monde s'en moque, que le monde s'effondre... Tout cela ce n'est qu'opinion, et l'opinion est la première étape vers l'illusion spirituelle. Dès lors, nous devrions nous libérer de toutes ces opinions qui nous frappent, et regarder les choses avec un regard neuf, c-à-d selon la vie spirituelle. Le p. Nicolas Deputatov, qui est visiblement quelqu'un qui a beaucoup d'amour pour les saints Pères, a lu leurs écrits, a souligné ce qui marquait et en a fait des livres. Il dit : "quand je me retrouve avec un coup de cafard, très découragé et abattu, alors j'ouvre un de mes carnets de notes, et je commence à relire quelque chose qui m'avait inspiré. Il est presque garanti que lorsque je lis quelque chose qui autrefois m'avait inspiré, je me retrouverai à nouveau inspiré, parce que c'est ma propre âme qui avait été autrefois inspirée, et à présent je fois que c'est quelque chose qui m'a alors inspiré, et que cela peut me nourrit maintenant. C'est comme une sorte d'inspiration automatique, ouvrir quelque chose qui m'avait inspiré auparavant."

Dès lors, quand nous pensons à quelqu'un comme saint Patrick, nous attitude ne devrait pas être simplement : "Ahh oui, mais tout ça c'était il y a bien longtemps, c'était inspirant; mais à présent, à quoi ça peut bien servir?" Au contraire, dans l'activité de saint Patrick, nous devrions voir l'activité d'une personne contemporaine, d'une âme qui était brûlante de zèle et d'amour pour Dieu. Il est parti vers ce Pays dont nous sommes tous appelés à devenir citoyens, si seulement nous luttons pour y parvenir. Nous sommes tous de la même nationalité, la race Chrétienne. La vie de saint Patrick devrait être pour nous une chose contemporaine, quelque chose qui s'applique à nous, aujourd'hui. Quelle que soit l'inspiration que nous pourrons en tirer, c'est pour nous, maintenant. Et les fruits que cela portera dépendront de notre amour pour Dieu et des opportunités. L'inspiration est à nous, gratuitement.



Notes finales
* Conseils d'Abba Dorotheos, ch. 12 (traduits de la version russe par le p. Seraphim Rose).
** Histoire des Francs, V, 23.



Beannachtaí na Féile Pádraig duit - joyeuse fête de Saint Patrick!
Saint Patrick, évêque Celtique du 5ème siècle, Apôtre de l'Irlande, saint Orthodoxe Occidental, son rôle et héritage dans l'Église, et comment il vécut le Grand Carême de 439. Photos de pèlerinage à la montagne de saint Patrick et de la colonne de Westport, Irlande.
statue de saint Patrick en haut de la colonne de Westport, Irlande
(statue en haut de la colonne)




source & (c) (icône en vente sur le site d'Aidan Hart)



http://www.youtube.com/watch?v=H7oYGhivIq8
Le hiéromoine Seraphim (Rose), né Eugene Dennis Rose (13 août 1934 – 2 Septembre 1982) fut un hiéromoine de l'Église Orthodoxe Russe Hors Frontières vivant aux États-Unis d'Amérique; ses écrits ont aidé à diffuser le Christianisme Orthodoxe dans l'Amérique moderne et en Occident, et sont aussi plutôt populaires en Russie. Bien que non officiellement glorifié (canonisé), il est (certains disent que c'est prématuré) célébré par certains Chrétiens Orthodoxes comme un saint dans l'iconographie, la liturgie, et la prière..
http://orthodoxwiki.org/Seraphim_Rose
Added: January 17, 2008

source tuyau:
http://orthodoxie.sosblog.fr/Premier-blog-b1/Video-sur-Pere-Seraphim-Rose-b1-p380.htm