"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

27 juin 2008

Tiède et Orthodoxe? Les foules évanescentes de la nuit de Pâques - p. Vasile Tudora



("The Vanishing Pascha Night Multitudes")
http://www.orthodoxytoday.org/articles8/Tudora-The-Vanishing-Pascha-Night-Multitudes.php


Il est toujours très enthousiasmant de voir les foules remplissant l'église durant les splendides Offices de la Semaine Sainte et de Pâques. A cette époque-là, la plupart des églises semblent trop petites pour accueillir tous ces gens voulant recevoir la bénédiction de Dieu. Cependant, une question surgit tout naturellement : mais où donc ces gens sont-ils pendant le restant de l'année?

Aussi gênante puisse-t'elle être pour certains, je pense que cette question est légitime, car en tant que membres responsables de nos communautés, nous avons besoin de comprendre les raisons qui font que des gens qui sont Chrétiens, et même Chrétiens grecs-orthodoxes, de participer plus souvent à l'église.

Si il nous fallait demander à n'importe lequel des participants enthousiastes au début de l'Office de Pâques s'il croit en Christ, tous répondraient sans hésitation : oui, nous croyons! Mais si nous approfondissons la question, et demandons aussi pourquoi ils ne viennent pas plus à l'église, nombreux répondrons : "j'ai le Christ dans mon coeur et je n'ai pas besoin de venir à l'église pour être Chrétien."

Ces gens sont techniquement Chrétiens, ils sont baptisés et portent le nom de certains de nos plus grands saints; mais sans réaliser qu'ils ne vivent en fait pas leur Foi. Ils sont satisfaits avec une Foi théorique, avec une Foi qui est mentalement admise, mais n'est pas exprimée de manière concrète, sous la moindre de ces formes telles que venir à l'église ou participer à la diaconie.

Les racines de ce syndrome se trouvent dans une grosse mécompréhension de ce qu'est la Foi Chrétienne. Pour beaucoup, la Foi est réduite à reconnaître intellectuellement l'existence de Dieu, et, parvenu à ce stage, ils croient qu'ils connaissent vraiment Dieu. Ils vivent avec l'idée que le Christianisme est une sorte de philosophie, ou un concept théorique qui, une fois compris, nous pouvons nous contenter de le laisser de côté, et peut-être y revenir une ou deux fois par an, par amour pour nos grands-mères. Dans leur perspective, Dieu peut être n'importe quoi : un être suprême générique, une énergie, un champs de force, ça n'a pas vraiment d'importance puisque c'est de toute manière si distant.

Mais il n'y a rien de plus faux que tout cela. Le Christianisme n'est pas une philosophie stérile s'intéressant à la vie, mais l'accomplissement même du potentiel maximal de la vie. Le Christianisme est vécu, pas seulement admis. Notre Dieu n'est pas un concept ou une obscure énergie païenne, mais c'est un Dieu personnel, par dessus tout.

Dieu est une Trinité de Personnes: Père, Fils et Saint-Esprit. Ces 3 Personnes sont liées l'une à l'autre, et s'aiment les uns les autres dans la plus parfaite des harmonies que l'on pourrait imaginer. Comme humains, nous sommes appelés à participer à cette relation, à prendre part à l'amour de la Trinité, et à l'adopter comme modèle pour nos propres vies. Nous sommes dès lors appelés à participer activement à la vie, et à nous rapporter à Dieu et aux autres, et non pas simplement conceptualiser passivement un code bien sec de lois qui nous serait imposé du dehors.

Jésus-Christ est la plus grande illustration de ce fait, parce qu'Il est Celui Qui, dans Son grand amour pour l'humanité, S'est vidé de Lui-même, de Sa gloire céleste, et est devenu l'un d'entre nous, s'incarnant et vivant dans le monde. Il est venu ici bas, à notre niveau, pour vivre comme nous, de sorte que nous puissions développer une véritable relation avec Lui, de sorte que nous puissions L'appeler notre Ami et notre Frère.

Il n'a pas voulu rester au Ciel, contemplant implacablement le sort prédestiné de l'humanité; Il a voulu nous offrir l'opportunité de Le connaître, de Le comprendre, et pour finir, de L'aimer en retour. Il a marché sur terre pour être avec nous, et sera pour toujours avec nous. Il a fondé l'Église qui garde Ses Mystères, les Sacrements, qui nous garde proches de Lui et du Père par l'Esprit Saint.

C'est ainsi que Dieu S'est Lui-même rendu facilement accessible pour nous. Une chose nous est cependant laissée à accomplir : simplement venir et Le rencontrer. Si nous choisissons de rester à la maison toute l'année durant, comment parviendrions-nous à développer une véritable relation avec le Christ? Saurions-nous devenir amis avec quelqu'un que nous ne voyons qu'une fois par an, à Pâques, avec tant de gens tout autour? Au mieux, nous pourrions en être au courant qu'Il est là, mais nous sommes alors très loin d'être Sa famille. Nous avons besoin de beaucoup plus d'occasions de rencontre avant de parvenir à cette étape.

Si nous voulons que le Christ soit notre ami, nous avons besoin de Lui rendre régulièrement visite, Lui offrant ce que nous avons de mieux, à savoir nos vies, car Il a déjà fait la même chose pour nous : Il a donné Sa vie afin que nous puissions vivre à jamais.

Christos Anesti! Le Christ est Ressuscité!

Vasile Tudora est le prêtre de l'église orthodoxe grecque St. John the Baptist à Euless, Texas.
http://stjohndfw.info/
Posted: 16-Jun-08

24 juin 2008

Saint Jean le Baptiste et le Québec


Le 24 juin est la fête de saint Jean le Baptiste et Précurseur. Dans l'hémisphère nord, c'est "inscrit" dans le calendrier de la nature, qu'on suive un calendrier civil ou religieux différent n'y changeant rien. C'est en effet en la "saint Jean d'été" que le jour va commencer à diminuer, jusqu'au soir de Noël, où il reprendre le chemin inverse - le soleil nous offrant une belle image de la phrase du Baptiste, parlant du Christ : Jean 3,30:
"Il faut que Lui grandisse
et que moi je décroisse"

"Je me souviens" - devise du Québec (source)

De ce côté-ci de la "Grande Flaque", comme nos cousins du Québec appellent poétiquement l'océan Atlantique nord, on ignore la plupart du temps qu'au Québec, c'est la fête nationale. Aussi, après une homélie de saint Maxime de Turin et quelques liens sur divers articles concernant saint Jean Baptiste publiés sur ce blogue-ci (reliques, miracles actuels, iconographie, etc), nous allons nous faire plaisir avec quelques images et souvenirs du grand Québec à l'époque contemporaine...


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"MAXIME DE TURIN : JEAN LE PRECURSEUR

1. Nous avons dit, dimanche dernier, en demandant pardon pour notre silence, que même si les prêtres se taisent, pour le salut de tous, l'enseignement de l'Évangile ne se tait pas, la Parole de Dieu pallie le silence. L'Écriture divine, en effet, parle et crie toujours, comme il est écrit à propos de Jean: "Je suis la voix de celui qui crie dans le désert" (Jn 1,23). Jean n'a pas seulement parlé en son temps, en annonçant le Seigneur aux Pharisiens, en disant: "Préparez le chemin au Seigneur, rendez droits ses sentiers" (Mt 3,3). Aujourd'hui il crie en nous, et le tonnerre de sa voix ébranle le désert de nos péchés; même enseveli dans le sommeil du martyre, sa voix retentit encore. Il nous dit aujourd'hui: "Préparez les chemins du Seigneur, rendez droits ses chemins."
L'Ecriture parle et crie en tout temps. Ainsi Dieu dit à Caïn: "La voix de ton frère crie vers moi" (Gn 4,10). Le sang n'a pas de voix, mais il est dit que le sang innocemment versé crie. Ce n'est pas la voix qui crie mais la cause, elle en appelle au Seigneur, non pas en s'appuyant sur son éloquence, mais en s'indignant du crime commis. Au lieu d'accuser le coupable par paroles et discours, il l'enchaîne plutôt par l'accusation de sa conscience. Quel que soit le mal commis, des mots peuvent l'excuser, mais la chose est impossible à la conscience : celle-ci, sans mot dire, sans contradiction, convainc et juge.

2. Aujourd'hui Jean nous crie: Préparez les voies du Seigneur. Il nous demande de préparer la route du Seigneur, non pas en traçant un chemin, mais par la pureté de notre Foi. Le Seigneur ne prend pas les chemins de la terre mais pénètre dans le secret du coeur. Si cette route présente quelque chose de rugueux dans les moeurs, de dur dans notre cruauté, de souillé dans notre conduite, il nous est demandé de le nettoyer, de l'aplanir, de le niveler. Ainsi, à sa venue, le Seigneur, au lieu de trébucher, trouvera un chemin balisé par la chasteté, aplani par la Foi, paré de nos aumônes. Le Seigneur a coutume de marcher sur pareille route, puisque le prophète dit: «Frayez la route au Chevaucheur des nuées, son nom est le Seigneur.» (Ps 67,5)

3. Jean-Baptiste a ordonné de préparer la voie au Seigneur. Voyons quelle route il a préparée au Sauveur. De bout en bout, il a parfaitement tracé et ordonné sa voie pour l'arrivée du Christ, car il fut en tout point sobre, humble, économe et vierge. C'est en décrivant toutes ces vertus qui sont les siennes que l'évangéliste dit: «Ce Jean avait son vêtement fait de poils de chameau et un pagne de peau autour des reins; sa nourriture était de sauterelles et de miel sauvage.» (Mt 3,4) Quelle plus grande marque d'humilité chez un prophète que le mépris des vêtements moelleux pour se vêtir de poils rugueux? Quelle plus profonde marque de Foi que d'être toujours prêt, un simple pagne autour des reins, à tous les devoirs de la servitude ? Quelle marque d'abstinence plus éclatante que le renoncement aux délices de cette vie pour se nourrir de sauterelles bruyantes et de miel sauvage?
Tous ces comportements du prophète étaient à mon avis prophétiques en eux-mêmes. Quand le messager du Christ portait un vêtement rugueux, en poils de chameau, cela ne signifiait-il pas simplement que le Christ, à sa venue, revêtirait notre corps humain, au tissu épais, rugueux par ses péchés, comme s'il portait la défroque d'une bête immonde, ce qui désigne le peuple des gentils dont il assumerait la laideur? La ceinture de peau signifie que notre fragile chair, orientée, avant la venue du Christ, sur le vice, il la mènerait à la vertu. En écartant les excès de graisse, le jeûne finit par détendre la peau.

4. Qu'elle est heureuse sa mort telle que nous la lisons (cfr Mt 14,6-11)! La fille d'un roi, "une joueuse de cithare" en échange du plaisir funeste qu'elle avait procuré à celui-ci, a demandé sa tête. Qu'y a-t-il d'étonnant à ce qu'une danseuse tue un prophète? Nous savons bien que la débauche est toujours l'ennemie de la justice, et que l'injustice persécute sans cesse la vérité. Or cet événement recèle un grand mystère. Cette danseuse représente la synagogue dont la lascivité a tué le Christ. Le Christ lui-même fit ce rapprochement quand il dit aux juifs: «Nous avons chanté et vous n'avez pas dansé!» (Lc 7,32). Il est facile de comprendre pourquoi on a tranché la tête de Jean. Comme le disent les Écritures, le Précurseur est la figure de la Loi ; du Christ il est écrit: "Le chef de l'homme c'est le Christ". (1 Co 11,3) Quand donc la tête de Jean est coupée de son corps, le Christ est en quelque sorte coupé des juifs, sectateurs de la Loi. Privés du Sauveur, il ne leur reste qu'une Loi mutilée et sans vie. Privés de leur tête, ils perdent le sens des choses divines.

5. Il prépare les chemins du Seigneur celui qui, entre autres pratiques vertueuses, dictées par la continence, ne transgresse pas les frontières du mariage, ne souille pas, par une union adultère, la borne qui lui est fixée. Nombre de gens ont pris femme, selon la loi; puis se commettent avec des concubines, à l'encontre de la loi divine, oubliant qu'en contractant mariage ils sont liés par les liens qui lui sont propres. Qui prend femme selon la loi s'engage à respecter la loi. Celui qui se livre à l'adultère se rend coupable et trahit sa promesse.
Quelqu'un objectera: Je n'ai pas de femme, voilà pourquoi j'ai pris une petite servante. «Ecoute ce que l'Ecriture dit à Abraham: Chasse cette servante et son fils. Il ne faut pas que cette femme hérite avec le fils de la femme libre.» (Gn 21,10). Si donc le fils de la servante ne peut pas hériter, il n'est pas fils. Pourquoi chercher pareille union si le fils qui en naît ne peut hériter ni biens ni sang? Celui qui ne peut se targuer d'une naissance légitime ne peut pas revendiquer l'héritage. Pourquoi alors contracter pareille union si les fils qui naissent ne sont pas les enfants d'un mariage mais les témoins d'un adultère? Pourquoi mettre au monde des rejetons qui ne font pas honneur mais honte à leur père? L'Écriture dit, en effet: «Fils adultérins!» (Sg 3,16). Si ta compagne par sa conduite ne mérite pas de partager ta vie, elle ne mérite pas le nom d'épouse. Affranchis ta concubine, épouse-la, tu ne seras plus adultère mais mari.

6. Le Chrétien qui s'est engagé à garder la chasteté dans son âme comme dans son corps, en servant le Seigneur, prépare lui aussi le chemin du Sauveur. Ils sont nombreux, en effet, ceux qui mènent une vie solitaire. Ne pouvant vivre seuls, ils cherchent la société de frères. Il s'en trouve même parmi les moines chrétiens qui préfèrent s'associer à une soeur. Au lieu de suivre un frère aîné, qui pourrait leur prodiguer de sages conseils, ils cherchent la compagnie d'une jeunesse papoteuse. Même en demeurant chaste de corps, leur âme est souillée.
Il prépare également le chemin du Seigneur, le prêtre qui vit selon l'Évangile et obéit en tout à son évêque. Il en est qui sont moins dociles, ils ont du mal à accueillir les réprimandes de leurs supérieurs et disent: «L'évêque se met dans des colères noires; il devrait être plus patient.» Ecoute un peu, excellent prêtre, tu exiges d'un évêque la patience et, de toi, tu n'exiges pas la discipline? Tu ne sais pas que, pour ton salut, il m'est permis de te réprimander quelquefois, mais il ne t'est jamais accordé de pécher? En effet l'Apôtre dit: «Insiste à temps et à contretemps, réfute.» (2 Tim 4,2). Sois donc toujours soumis à l'évêque, si tu veux qu'il soit toujours indulgent.

in : Sermon 88 sur Jean le Précurseur, saint Maxime de Turin, Pères dans la Foi n° 64, p.33-37, ou PL 57,733-736




Miracle de saint Jean le Baptiste à Kiev

Rostov-sur-Don : Icône myroblite accompagnant la main droite de saint Jean le Baptiste


Moscou : main droite de saint Jean-Baptiste


De plus grand que Jean parmi les enfants des femmes, il n'y en a pas (Jn 1,19-23) - Synaxe de saint Jean le Baptiste, explication du p. Thomas Hopko


Saint Jean-Baptiste en tant que Précurseur (DYNAMIS) - méditation sur Saint Matthieu 4,12-17 et le rôle de saint Jean le Baptiste dans l'économie divine du Salut


Synaxe de Saint Jean le Baptiste (Prologue d'Ochrid), méditation, homélie, iconographie


Découverte d'une rare icône du maître iconographe Emmanuel Tzanes (1646)


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Le 24 juillet 1967, un mois après la fête "nationale," le général Charles De Gaulle, président de la république française, au cours d'une étape incroyable à Montréal, porté d'ovations en ovations par la foule québecoise en délire, une foule ivre de joie devant cette première visite officielle d'un représentant de l'État français depuis bientôt 2 siècles, prononce un discours non-prévu devant la foule. Le protocole ne le prévoyait pas, il improvisera...


"C'est une immense émotion qui remplit mon cœur en voyant devant moi la ville de Montréal française. (ovation du public) Au nom du vieux pays, au nom de la France, je vous salue. Je vous salue de tout mon cœur ! Je vais vous confier un secret que vous ne répèterez pas. (rires) Ce soir ici, et tout le long de ma route, je me trouvais dans une atmosphère du même genre que celle de la Libération." (longue ovation)

Et tout le long de ma route, outre cela, j'ai constaté quel immense effort de progrès, de développement, et par conséquent d'affranchissement" (ovation) "vous accomplissez ici et c'est à Montréal qu'il faut que je le dise, (ovation) parce que, s'il y a au monde une ville exemplaire par ses réussites modernes, c'est la vôtre ! (ovation) Je dis c'est la vôtre et je me permets d'ajouter c'est la nôtre. (ovation)

Si vous saviez quelle confiance la France réveillée, après d'immenses épreuves, porte maintenant vers vous. Si vous saviez quelle affection, elle recommence à ressentir pour les Français du Canada." (ovation)

"Et si vous saviez à quel point, elle se sent obligée de concourir à votre marche en avant, à votre progrès ! C'est pourquoi elle a conclu avec le gouvernement du Québec, avec celui de mon ami Johnson (ovation) des accords, pour que les Français de part et d'autre de l'Atlantique travaillent ensemble à une même œuvre française. (ovation)

Et, d'ailleurs, le concours que la France va, tous les jours un peu plus, prêter ici, elle sait bien que vous le lui rendrez, parce que vous êtes en train de vous constituer des élites, des usines, des entreprises, des laboratoires, qui feront l'étonnement de tous et qui, un jour, j'en suis sûr, vous permettront d'aider la France. (ovation)

Voilà ce que je suis venu vous dire ce soir en ajoutant que j'emporte de cette réunion inouïe de Montréal un souvenir inoubliable. La France entière sait, voit, entend, ce qui se passe ici et je puis vous dire qu'elle en vaudra mieux.

Vive Montréal ! Vive le Québec ! (ovation)

Vive le Québec libre ! (très longue ovation)

Vive le Canada français ! Et vive la France !" (ovation)
"
source




Au 6ème siècle, les moines Orthodoxes d'Irlande avaient apporté l'Évangile du Salut en Amérique du Nord, et plus particulièrement sur les rives du Canada.
Les Vikings, devenus Orthodoxes, suivirent. Puis des siècles de disparition de la Foi, avant l'arrivée des grands missionnaires venus de Russie, comme saint Innocent d'Alaska, etc.



Aujourd'hui, il y a un peu partout des paroisses Orthodoxes au Québec, et ailleurs au Canada. Les graines semées par saint Brendan et ses hommes ont été plantée très profond, mais ça vient à la surface, et l'arbre n'en sera que plus vigoureux!
Aussi donc, je souhaite une très bonne fête à la paroisse saint Benoît de Nursie, à Montréal, et à tout le Québec.

23 juin 2008

P. Denis (Guillaume) n'est plus de ce monde... (rip 18.6.2008)


Grâce à Philippe, de Bruxelles, et à Jean-Serge, le blog Saint-Materne avait pu relayer l'appel à l'aide du p. Denis (Guillaume):

Père Denis Guillaume: S.O.S & catalogue des publications (02/04/2008)

L'archimandrite Denis, vivant dans l'indigence extrême malgré les services phénoménaux qu'il avait rendus à l'Église - ayant en prime quitté les ténèbres du vatican et de son officine uniatiste "Chevetogne" pour la vraie Lumière, celle du Christ, quel exemple! - avait sa santé sans cesse défaillante. Les trahisons autour de lui ont achevé de le miner. Pour Pâques, il est rentré au monastère du patriarcat de Serbie, à Lectoure (Gers, France) pour aller y achever son richissime parcours terrestre dans la paix, la prière et donnant exemple jusqu'au bout de son engagement pour la vie et de sa confiance en Dieu.

Bien des médiocres, bien des lèches-bottes, bien des portes-valises épiscopales, tournant dans ces officines officielles ou en faisant promotion virtuelle, sont soutenus par les finances diocésaines, voire carrément par les caisses noires de certains diocèses - j'en sais quelque chose de cet argent noir, clandestin, pour avoir moi-même reçu une telle proposition, bien concrète, en échange d'un alignement au garde-à-vous derrière un évêque plutôt qu'un autre, et je sais par des personnes de confiance que ça existe dans plusieurs diocèses présents chez nous.. Là, on aide le larbin, l'apparatchik, le nuisible, mais pas le fidèle serviteur du Christ. Le p. Denis, lui, a servi l'Église; pas eux. Lui, on l'a laissé crever. Il n'y a pas d'autres mots. Enfin, là il est parti rejoindre tous les saints traducteurs et hymnographes, auprès du Christ, pour l'éternité. Toutes ces médiocrités d'ici bas, à présent, il est au dessus.
A côté de ma pitoyable rancoeur face au sort de l'innocent et aux souffrances que lui infligeaient ses "frères", il y a la belle oraison funèbre du père abbé de son monastère.
La voici (source)
Et pour les photos des funérailles, voyez cette page-ci.
http://www.monasteresaintgeny.fr/photos_des_funerailles_du_pere_denis_619.htm
merci au hiéromoine Laurent (patriarcat de Serbie, fraternité Saint-Jean Cassien, France) pour avoir communiqué la nouvelle du repos éternel de l'archimandrite Denis.
Coordonnées du monastère où s'est endormi le p. Denis :
Fraternité Orthodoxe Saint Benoît
Congrégation saint Jean Cassien.
Monastère saints Clair et Maurin
Eglise saint Gény
BP n°65 - Route de Fleurance
32700 Lectoure en Lomagne
Tél/ Répondeur 24h/24h : +335 62 68 52 94
Télécopie: +335 62 68 52 09
Courriel: fosb.oc@orange.fr



archimandrite Denis Guillaume, traducteur et hymnographe de l'Eglise Orthodoxe, rip 18 juin 2008

ORAISON FUNEBRE DE L'ARCHIMANDRITE DENIS

21 Juin 2008 LECTOURE


Mes Bien Chers Frères,

"Pour moi, la vie c'est le Christ et la mort m'est un gain"

Par ces paroles, l'apôtre Paul a fait son propre panégyrique mais aussi l'éloge de notre Archimandrite Denis, Abbé émérite du Monastère St Gény, où ce moine vécut au IVème siècle, prêtre selon le coeur de Dieu.


En toute vérité, Jésus-Christ dont il fut le prêtre a été pendant le cours de son laborieux et fécond ministère, la respiration de sa bouche, le battement de son coeur, le grand ressort de son âme, l'hymnographe qui servit la sainte Eglise orthodoxe et qui permit aux Francophones de prier et de chanter sur de beaux textes et d'harmonieuses mélodies les Louanges de Dieu.

Né le 23 juillet 1933, à Nice, d'un père catholique Maurice GUILLAUME et d'une mère protestante Adrienne de MONDENARD il fut le cinquième et dernier enfant.

Toujours premier de sa classe, avec les prix d'Honneur et d'Excellence, et obtenait à 15 ans le baccalauréat. Après le concours d'entrée à Santé militaire, à Lyon, il se rendit en pélerinage à Ars et se sentit appelé à la vie monastique, mais avant de suivre sa vocation il obtint, en quatre ans, la licence ès Lettres, tout en apprenant les Langues: l'anglais, l'italien, le néerlandais, le suédois, le russe, le grec moderne et le slavon.

C'est en 1954 qu'il fit un premier séjour au Monastère bénédictin oriental de Chevetogne (Belgique), avant de commencer son service militaire au Liban, comme professeur de français, latin, grec et allemand à l'Université St Joseph de Beyrouth. Dès 1957 il entre au monastère et prend l'habit sous le nom de Frère DENIS. Après ses Premiers Voeux en 1961 il est envoyé à Rome pour étudier la théologie et apprend l'hébreu, le grec biblique, l'arménien classique et l'arabe. En 1962 il fait sa Profession solennelle et définitive.

Ordonné Diacre le 15 avril 1963, selon le rite byzantin, en l'église St Athanase des Grecs à Rome par le métropolite de Lvov S.E. Mgr Joseph SLIPYJ puis nommé Archidiacre par le Patriarche Maximos V d'Antioche, il se mit à traduire les offices byzantins en français et à les adapter aux musiques liturgiques, puis il publia plus d'une centaine de livres toujours utilisés et des milliers de pages. Il concélébra avec le Pape Jean-Paul 1er, qui l'appelait son diacre orthodoxe, puis assista Jean-Paul II à l'autel.

A Rome puis à Parme il continua son travail d'érudition avant de devenir l'archidiacre de l'Evêque grec orthodoxe Mgr Stéphanos de Nice qui l'ordonna prêtre en 1996, en Camargue, avant d'être nommé, par le Patriarche de Constantinople, Primat d'Estonie. De son côté le Moine-Prêtre Denis servit aux paroisses d'Avignon et Marseillë, puis San Rémo et Nîmes où après avoir célébré en diverses chapelles, nommé Archimandrite en 2004 par le métropolite grec Emmanuel, il put trouver une église et y implanter la Paroisse St Antoine - La Pêche miraculeuse qu'il avait fondée.

Dans cette paroisse cévenole, travaillant jour et nuit, il tomba malade, peu soutenu, au milieu d'intrigues de civils qui le minaient, hospitalisé à plusieurs reprises. Heureusement sa Foi, sa vie de prière et ses activités intellectuelles lui permirent de tenir. Pendant plus de 20 ans, à Rome, à Parme, à Nîmes il correspondit régulièrement avec notre Fraternité et composa, comme il le fit pour des centaines de Saints occidentaux, l'0ffice complet de St Gény en 2001 et celui des Saints Clair et Maurin, et le dernier composé par lui, avec son âme poétique, le fut sur notre demande, en avril 2008 où il édita l'Office de Saint Andéol du Vivarais, diacre martyrisé en 208, ayant eu le crâne fracassé en forme de Croix, avec un sabre, et dont le sang se déversa dans le Rhône.

En 2007 sa santé s'aggrava avec des dialyses trois fois par semaine, une artérite galopante, une vue qui baissait mais, avec l'ordinateur, qui grossissait ses textes, il continua à oeuvrer pour la Gloire de Dieu comme toujours. Cependant il ne pouvait rester longtemps debout et il fut obligé d'arrêter de célébrer les Divines Liturgies de sa paroisse. Il fit des demandes pour le seconder mais sans résultat. Il nous écrivit fréquemment pour lui venir en aide et ses lettres étaient de plus en plus pathétiques, jusqu'à ce que, au retour de Lyon, nous nous arrêtions, en mai 2007 à Nîmes où je le rencontrai pour la première et dernière fois dans sa ville et où il me conduisit en son église. Nous attendions dans l'espoir qu'une solution serait trouvée dans sa région. En décembre ce sont des Fidèles de sa paroisse, qui nous suppliaient de venir, avec la bénédiction de leur Recteur. Nous ne pouvions laisser ces âmes abandonnées, sans office depuis des mois, prêtes à tout, même aux pires choix. C'était un cas de conscience et nous proposions, après avoir prié et demandé conseil, de venir une fois par mois, étant déjà très pris par nos sept Paroisses, pour assurer la Divine Liturgie et les Sacrements car le bien des âmes était une priorité ecclésiale, en attendant qu'une autre solution soit trouvée. Le Père Laurent, de décembre à avril dévorait les kilomètres, en sept heures de route, aller et retour, en mission d'assistanat, assurant l'Eucharistie tandis que le Père Denis prêchait et chantait, réunissant en avril le Conseil paroissial qui se renouvela pour le bien de l'église. Courant avril il apprit qu'un sucesseur était nommé dans l'église qu'il avait fondée, aménagée avec ses deniers, et sans Concertation ni dialogue.

Ces nouveaux soucis ne firent qu'aggraver ses ennuis de santé mais aussi sa détermination. Il régla tous ses problèmes sur place, en toute lucidité et il trancha, comme un couperet de guillotine ce passé gardois qui l'avait, en partie, détruit. Et comme il disait, libéré de cette ambiance paroissiale qui n'était pas sa vocation première, qu'il secoua la poussière de ses souliers, selon les conseils évangéliques. Il demanda alors, tous les jours par téléphone, de rejoindre au plus vite le Monastère de Lectoure afin de vivre en Communauté pour se préparer à rencontrer le Seigneur, avec cette fougue du lion qui va toujours de l'avant et qui ne reste pas sur un échec. Il s'organisa et comme il n'avait pas fait l'école diplomatiquè vaticane il dit ce qu'il pensait, car toute sa vie il eût en horreur la langue de bois.

Abandonné de tous, avec un quarteron de fidèles assidus et sur qui il pouvait compter, et qui sont ici aujourd'hui, il s'organisa, prit ses dispositions post mortem, et comme le cormoran, quitta la Paroisse de la Pêche miraculeuse, s'envola jusqu'en Gascogne, après avoir obtenu notre accord de l'accueillir. Il arriva en ambulance, pour ne pas trop se fatiguer, avec son cercueil qui suivait, car il venait au Monastère pour se préparer à la mort et non pour créer des problèmes à la Communauté. C'est pendant la Grande Semaine Sainte Orthodoxe qu'il nous rejoignait, avec armes et bagages, pour chanter avec nous Christ est Ressuscité, et retrouver paix et sérénité. Quelle joie pour lui de vivre comme au commencement de son engagement monastique, de parler de longues heures avec les jeunes Pères, dans le cloître, de transmettre son savoir, raconter des histoires et toujours avec humour, malice et joie. Il revivait, préparait trois nouveaux livres et son bulletin "Tibériade" avec l'icône de Notre-Dame Source de Vie sur la couverture.

Mais cette retraite spirituelle ne devait durer que 50 jours puisque la Semaine de l'Esprit Saint, il rendait son âme à Dieu à 7h45 le mercredi 18 juin 2008.
En effet son état physique avait des hauts et des bas, même si intellectuellement sa lucidité fut complète jusqu'à son dernier souffle. Quatre infirmières, très dévouées et compétentes, le visitaient deux fois par jour, à tour de rôle, et le matin elles prolongeaient leur passage pour parler avec lui tant le dialogue était enrichissant, avoir un tel malade était si précieux et réconfortant pour une vocation difficile à vivre. La gangrène poursuivait son oeuvre horrible et destructrice mais comme à Nîmes, pendant des mois, il refusa la moindre amputation malgré les conseils ou les pressions qu'il subissait, parfois les menaces apocalyptiques dont il recevait les anathèmes ! Il restait serein, ferme et disant: "Non, et non, et ce sera mon dernier mot". Un docteur maladroit lui rétorqua: "vous avec votre foi et votre philosophie", ce qui toucha son coeur de prêtre. A partir de ce jour il s'enferma sur ce problème, ne voulant plus répondre sur ce sujet, et faisait semblant de dormir, lors des visites du praticien, pour avoir la paix. Il continuait à prier, à dire le Chapelet du Nom de Jésus, en dialyse ou au monastère, à implorer, sans cesse, la Mère de Dieu, Source vivifiante. Il réfléchissait toujours, faisait des projets et quelques jours avant de nous quitter il voulait se rappeler l'étymologie du mot "Parvis", devant de la basilique, et nous demanda de lui trouver son dictionnaire. La réponse trouvée confirmait son souvenir. Il s'agissait du "Jardin du Paradis". Depuis ce jour quand il partait pour Auch il empruntait le parvis qui va vers le monde mais au retour il flânait dans "le Jardin du Paradis" pour humer le parfum des fleurs !

Le dimanche 1er juin le presbyterium de la Fraternité se rénissait en la Basilique St Gény, avec la participation de nombreux fidèles car le Père Denis recevait, avec piété, le sacrament des malades. Il nous avait demandé, avec malice, de faire une catéchèse de rappel que ce sacrement n'est pas celui des mourants mais des volontaires à la Viè et au renouveau.
Après l'Office il prit possession de son trône, dans la basilique, comme Abbé émérite du Monastère St Gény et où chaque clerc et fidèle vint solliciter sa bénédiction.

Pour terminer revenons à cette dernière semaine. Lors des Vêpres de la Pentecôte il demanda aux Pères de prier Dieu pour qu'Il vienne le chercher pendant son sommeil. Le dimanche il se trouvait ailleurs, allongé sur son lit médicalisé ayant accepté la veille de quitter sa couche monastique, il priait, et reçut avec dévotion, la sainte Communion. Il se préparait au grand départ, lui qui avait mis sur sa porte une affiche: "Non à l'acharnement thérapeutique, non à l'euthanasie, oui aux soins palliatifs !", suite à un nouveau conseil médical de lui amputer les deux jambes et où il avait répondu tout simplement et avec douceur: "mais tout va très bien, Docteur, j'ai fait seul, hier, le tour du cloître avec mes deux pieds, alors vraiment ce n'est pas utile", ce qui était exact. Les nuits devinrent difficiles et il appelait fréquemment le Père de garde près de lui, car l'angoisse le prenait, les dém6ns rôdaient, les cauchemards le hantaient et il croyait tomber du lit. Le lundi se passa très bien, il nous parla en Provençal et de Pétrarque, puis en gavôt nissard, puis en italien en citant Dante, avec bonhommie, finesse. Il était surprenant dans ses répliques. Pour ne pas le fatiguer les pères le nourrirent au lit alors que jusque là il se rendait seul au réfectoire. La nuit du mardi au mercredi fut calme mais à 1 heure du matin il appela le Père de garde, ce 18 juin, et lui déclara: "Je vais mourir, je vous remercie tous pour tout ce que vous avez fait pour moi, je vous demande pardon et donnez moi votre bénédiction. Si c'est la Volonté du Christ consolateur qu' Il vienne me chercher". Après avoir sollicité sa bénédiction le Père resta près de lui. Il ouvrit les yeux de temps en temps pour voir s'il n'était pas seul et il s'assoupit. Vers 5h30 il se sentit plus mal, le médecin de garde ne put que constater la fin très proche. La Communauté se réunit pour commencer la Prière des Agonisants. Il regardait les moines puis ses yeux montaient insensiblement vers le ciel et quelques minutes à la fin de l'office il rendait son âme à Dieu, sans bruit ni mouvement, dans un très grand calme et avec abandon à la Divine Providence. Son Chemin de Croix s'achevait au-milieu de ses Frères, comme il l'avait demandé, en dormant.

Aucune vie, MBCF, si sage, si sainte soit-elle, vous le voyez, pas plus celle du prêtre que celle du fidèle, n'est à l'abri de l'épreuve et de la maladie ; Notre vénéré Archimandrite DENIS en est un exemple. Mais, de grâce, que la sérénité de son caractère, pourtant fougeux, sa confiance en Dieu, son amour de Marie, sa résignation souriante sous les étreintes de la souffrance, vous soient à tous dans les peines de la vie et dans la maladie, une leçon, un encouragement, un modèle!
Autant notre Cher Père DENIS fut un bon moine, un bon diacre pendant 33 ans, un bon prêtre, un bon hymnographe, autant il nous apparaît un prêtre admirable dans la souffrance, ne se plaignant jamais. N'en perdons jamais le souvenir, MBCF. Redites-le à vos enfants, à vos petits-enfants, et puisez-y pour vous-mêmes la fidélité et le courage qui font les bons chrétiens.

Merci, Très Honoré et Cher Père Denis pour ces leçons de courage nous qui nous nous effondrons à la moindre peccadille, nous qui gémissons à la moindre contrariété, vous avez tenu, droit, jusqu'à la fin, face aux épreuves des hommes, des soucis et de la maladie.

En fin d'après-midi nous chanterons les Vêpres de la Fête de Tous les Saints, ces Saints dont vous avez traduit ou composé les multiples offiées en plus de 20 tomes, que ces Bienheureux viennent vous accueillir à la suite de la Très Sainte Mère de Dieu, et qu'en la Jérusalem céleste vous puissiez nous aider et intèrcédez en notre faveur.

Oui, Père DENIS nous vous disons A DIEU et allons vous conduire au caveau du Monastère sis à l'antique cimetière du Saint Esprit de Lectoure, où vous attendrez la Résurrection et nous pourrons venir prier près de Vous.

MÉMOIRE ÉTERNELLE !


+ Père Abbé ANTOINE