"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

02 août 2008

Ils ont appelé "mal" ce qui est bien, et "bien" ce qui est mal, et s'étonnent que tout.. va mal (cfr Isaïe 5,20)

Pour nos hérauts occidentaux de la libre pensée obligatoire et nécessairement anti-Orthodoxe, toute pensée qui ne se conformerait pas à leur credo athée est à détruire. Y compris le (rare) humain qui la soutiendrait. Et les medias sont là pour aider à changer le mode de pensée des gens. Enfin, quand pensée il y a encore, et plus simplement "vie selon l'estomac," panem et circenses, etc..

(nb : N'allons pas nous imaginer que dans l'Orthodoxie, nous serions à l'abri de ces horreurs. J'ai déjà rencontré du clergé oecuméniste qui, ouvertement, défendait l'avortement, et faisait référence à d'autres qui ont officiellement charge d'enseignement dans l'Église pour justifier leur position. Le vers est dans la pomme...)

Un site américain conservateur nous apporte des informations sidérantes en provenance des médias officiels, et nous illustre la signification réelle de ces infos. Restez assis et accrochez-vous, c'est dingue
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Associated Press : les "pro-vie" sont une plus grande menace que les musulmans
http://www.moonbattery.com/archives/2008/02/ap_prolifers_gr.html

[..] Depuis le 9/11/2001, quand les musulmans ont tué près de 3.000 Américains sur notre propre territoire, les "pro-vie" ont tué zéro personne. Mais ils sont révoltés par les millions de bébés Américains tués par leurs propres mères. Cependant, selon l'AP, quelle est la plus grande menace terroriste?

"Quand il s'agit des craintes d'attaque terroriste, les gens aux USA pensent habituellement à Osama Ben Laden et aux groupes radicaux basés à l'étranger. Cependant, les chercheurs disent que les extrémistes locaux qui commettent des actes violents au nom de leur cause - par exemple l'avortement ou l'environnement - représentent le plus haut pourcentage de dommages pour de tels événements dans ce pays."

Depuis la jurisprudence Roe contre Wade, 7 avorteurs ont été tués par des pro-vie, qui ont été arrêtés. Pour resituer en contexte, 5 de ces cas ont eu lieu en 1993-1994. Durant cette période, deux fois plus de coiffeurs que d'avorteurs ont été tués sur leur lieu de travail, d'après le NewsBusters. Si vous êtes un peu désorientés par la propagande officielle, peut-être qu'en voir les images vous permettra de comprendre un peu :

***

Aussi donc pour eux, ceci n'est pas une menace :



et cette manipulation monstrueuse d'enfants est aussi un "bien" :


Ces sales trucs-là, il faudrait applaudir :



tandis qu'être pour la vie, ce serait un mal absolu :




La phrase de la prophétie d'Isaïe (5,20) commence bien par la promesse sans ambage de "malheur" pour tous ceux qui appeleraient "bien" ce qui est un mal réel. Et on s'étonne que ce monde tourne fou?

Kyrie eleison (x 40)
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28 juillet 2008

Saint Samson, évêque de Dol en Bretagne (+ 565)

icone orthodoxe de saint Samson de Dol
source icône


Saint Samson est un des grands héros de l'évangélisation de l'Occident. Son importance n'est pas limitée à sa personne ou ses exploits, mais aussi au fait d'avoir servi de modèle aux hagiographes postérieurs. Cela confère à la Vita Samsonis , la Vie de saint Samson, un rang unique dans les sources de l'histoire de Bretagne, car le document est de la plus haute antiquité et très proche de la vie du saint. C'est cependant un document aussi ardu à décrypter, l'imagerie et la poétique de la langue d'alors ne faisant pas bon ménage avec notre aridité spirituelle et notre peu d'ouverture à la poésie.
L'hagiographe dolois a écrit sous la dictée du vénérable octogénaire Hénoc, cousin du saint. L'oeuvre est donc du 7ième siècle, une proximité avec la personne concernée qui est rarissime en matière d'hagiographie. Il n'est qu'à reprendre les écrits de Syméon Métaphraste ou d'Adon de Vienne et la distance les séparant des nombreuses personnes dont ils parlent pour voir à quoi mène cette méthodologie où le romantisme remplace les faits; quand il n'y a pas de trace de vénération populaire, c'est pire encore, on est face à une invention. Avec saint Samson, rien de tel. Voici les grandes lignes de sa vie palpitante, riche et sainte à la fois.

Saint Samson naquit dans le sud du pays de Galles, aux environs de Dyved. Son père, Ammon, et sa mère, Anna, étaient au service du chef de la région. Longtemps stérile, sa mère pria et reçut la faveur divine, qui lui donnait un fils, et décida de le consacrer à Dieu. Après avoir veillé jalousement sur ses premiers ans, elle le conduisit avec le consentement de son mari, au monastère voisin de Llantwit Major. L'abbé était le célébrissime saint Iltut, renommé pour sa sainteté et son érudition. Autour de lui s'était rassemblé un groupe nombreux d'élèves qu'il préparait à aller semer l'Évangile par delà les mers. Par son application au travail et par sa vertu, le jeune Samson attira vite le regard du maître et conquit son affection. Celle de ses condisciples lui vint aussi, pour sa simplicité et sa gaieté.
Tous pourtant n'étaient pas conquis, au monastère, car deux moines ambitieux, deux neveux d'Iltut, voyaient de mauvais oeil se lever cet astre naissant. Aussi résolurent-ils de s'en débarrasser par le poison. L'un d'eux, qui était infirmier du monastère, lui prépara une tisane. La sachant empoisonnée, le jeune Samson lui dit néanmoins avec un sourire "Mon frère, la tisane que vous m'avez préparée est délicieuse. Puisse Dieu, en retour, vous guérir du mal qui vous fait souffrir." Cette charitable exhortation produisit son effet et le coupable se convertit. L'impénitence de l'autre fut sévèrement châtiée par Dieu.
Promu d'abord au diaconat, il fut 2 ans plus tard ordonné prêtre par l'évêque Dubric, qui aperçut une blanche colombe posée sur l'épaule du saint. Dès lors, il brilla par une plus grande austérité et fut un modèle pour tous. Malgré son affection pour saint Iltut, il résolut de quitter son monastère, peut-être par simple nostalgie du voyage et de l'aventure, qui hante volontiers l'âme de nos saints Bretons et insulaires, ou peut-être pour avoir plus de solitude. Samson gagna donc l'île de Caldey. Il y avait là déjà un monastère, dont il fut d'abord économe, puis abbé. Il l'était depuis peu, quand des Irlandais de passage vinrent l'enthousiasmer par leurs récits et le décidèrent à gagner leur patrie avec eux. Il y alla, conquit tous les coeurs, mais n'y resta pas.
Il revint au contraire en Galles, où il avait fait déjà une apparition, pendant son séjour à Caldey, lors d'une grave maladie de son père. Cette visite lui avait fourni l'occasion de "convertir" tous les siens et de les entraîner dans la vie monastique. Cette fois, il revenait au pays chercher la solitude. Il pratiqua quelque temps la vie érémitique près de l'embouchure de la Severn; mais sa retraite fut découverte et il fut promu à l'épiscopat. Depuis de nombreux jours déjà, le désir lui était venu de passer en Armorique pour l'évangéliser. Il alla donc faire ses adieux à sa mère et aux siens, passa dans la Cornouaille britannique, mais s'y attarda dans les monastères, prêcha et convertit assez pour y laisser un souvenir durable. Il s'embarqua enfin avec ses disciples et le mobilier indispensable et débarqua à l'embouchure du Guyoult. Privatus, un Gallo-romain qui résidait non loin de là, lui fit cadeau d'un terrain : Samson choisit une clairière et y bâtit un monastère. Émergeant des marécages, facile à défendre, l'emplacement était bon. A l'entour du monastère naîtrait la petite ville de Dol, qui devait tenir, dans l'histoire religieuse de la Bretagne, un rôle de premier-plan.
A peine installé, Samson commença à rayonner dans tout le nord de la presqu'île, la Domnonée - de l'embouchure du Couesnon jusqu'à l'Élorn - semant partout la parole évangélique. De nobles âmes lui vinrent en aide et lui concédèrent des terres. Samson les organisa à la manière celtique, dans un cadre tout monastique : évêque et abbé tout à la fois, il établit, un peu partout dans le pays, des monastères chargés de desservir spirituellement les populations d'alentour, mais ne relevant que du monastère-évêché de Dol. Plus tard, ces dépendances de Dol formeront de curieuses enclaves dans les diocèses voisins et vaudront à Dol assez de prestige pour revendiquer le titre de Métropole de Bretagne. Le renom du fondateur y contribuera aussi.
Dès son arrivée, en véritable Apôtre, le saint s'est posé en protecteur des faibles. Dans le pays, Conomor a usurpé le trône après avoir assassiné le roi Iona, mais sa tyrannie le rend impopulaire. Samson embrasse la cause de Judwal, fils du roi légitime, et, pour cela, gagne Paris, où le jeune prince s'est réfugié auprès de Childebert - erreur historique possible de l'auteur, facile à comprendre vu les chevauchements de règnes chez les mérovingiens, il est probable qu'il s'agissait de Chilpéric et de la reine Frédégonde.
Samson a vite aperçu la nécessité d'obtenir la protection et le concours du roi Franc pour ses entreprises. Grâce à l'appui de saint Germain de Paris, il conquiert sa faveur et se voit concéder un territoire à l'embouchure de la Seine. Prédicateur infatigable, Samson l'évangélise et fonde un monastère - un peniti, dont, selon m. Duine (La Vie de S. Samson, Annales de Bretagne, 1914-1915), les Normands auraient fait Pental, commune de S.-Samson-sur-Risle, Eure. Le monastère subsista jusqu'en 851, époque de sa destruction par les Normands. Duine rapporte 2 autres épisodes : dans les marécages voisins pullulaient oies et canards, dont le ramage assourdissait les moines et troublait leur office. Le saint leur infligea une pénitence exemplaire en les enfermant pour une nuit au monastère, avec ordre de s'y tenir tranquilles. Ils partirent, paraît-il, en promettant de ne plus recommencer et tinrent parole. Le saint n'en était d'ailleurs pas à son coup d'essai : déjà au monastère de saint Iltut, il avait contraint une bande de moineaux pillards, qui s'étaient abattus, sans permission, sur le blé du monastère, à venir demander pardon à son abbé. Iltut les avait bénis et exhortés à respecter le bien d'autrui. Ce qu'ils firent, nous dit-on. Ces faits sont moins austères que les histoires de fauves et de serpents qui remplissent la vie du saint.
Son voyage à Paris et en Neustrie semble avoir duré plusieurs années. On ne sait si ses démarches auprès du roi mérovingien furent couronnées de succès, car il accomplit un autre voyage à Paris, vers la fin de ses jours, et il figure parmi les évêques qui assistèrent au 2ième concile de Paris, au temps de Caribert (561-567). En tout cas, il obtint gain de cause, fit reconnaître Judwal pour roi de Domnonée. Le roi Franc confirmait aussi l'autorité du saint sur les îles de la Manche, appelées depuis lors "îles anglo-normandes" et qui, à cette époque, étaient bretonnes. On y passa en rentrant. Le retour de Judwal et la protection des Francs lui rallièrent de nombreux partisans : Conomor fut vaincu et tué. Samson ne survécut guère à son deuxième voyage à Paris : brisé de vieillesse, il ne tarda pas à mourir. Mais la mort ne fut pas pour lui l'ensevelissement dans l'oubli. En Grande-Bretagne, son culte demeurait vivace. En France, Normands et Bretons, pour une fois unis, rivalisaient à l'étendre; aventuriers infatigables, ils le propagèrent jusqu'en Italie. La France seule compte encore aujourd'hui 16 lieux de cultes hétérodoxes qui portent son nom, sans compter de nombreux lieux-dits. Dol se montra, évidemment, la plus ardente à défendre son souvenir. Durant plusieurs siècles, elle revendiqua même, en face de Tours, le titre de métropole de la Bretagne. La soumission de Tours à la nouvelle religion née en Germanie (le catholicisme-romain), la résistance des Bretons, restés Orthodoxes jusqu'au début des années 800, vaudra la chute et la déchéance à Dol... mais était-ce vraiment une déchéance que de ne pas apostasier?...
Les principaux disciples de Samson furent saint Magloire, son diacre et son successeur à Dol; saint Budoc, successeur de saint Magloire; saint Similien, abbé du monastère de Taurac; saint Ethbin et saint Guénolé le Jeune (à ne pas confondre avec saint Guénolé de Landevennec), tous 2 moines du même monastère de Taurac; le fameux saint Méen (Mewan), fondateur de celui de Gaël; outre le père, l'oncle, la mère, la tante, les frères, les cousins du saint et plusieurs grands mérovingiens & bretons, dans l'une et dans l'autre Bretagne, qui ont porté partout le nom et la gloire de Samson.
On le représente, tantôt avec une colombe planant sur sa tète, et quelquefois chassant devant lui un dragon.
Le nom de Samson est le premier dans les litanies anglaises du 7ième siècle, entre les saints confesseurs de la nation. Sa fête est marquée à 9 leçons dans les anciens bréviaires de Dol, de Léon et de Saint-Brieuc, au 28 juillet, et au 12 dans celui de l'abbaye de Saint-Méen. Sa mémoire est aussi célébrée dans les bréviaires de Nantes, de Quimper, de Rennes, de Tréguier, d'Orléans, et dans les martyrologes romains d'Usuard (9ème s.) et autres. L'église-cathédrale de Dol-de-Bretagne, aujourd'hui bâtiment touristique et cultuel hétérodoxe, porte le nom de Saint-Samson. Son corps fut enlevé de l'église de Dol du temps des Normands, et porté à Paris, sous le roi Lothaire, par Salvator, évêque de l'ancien siège d'Aleth, avec plusieurs autres corps saints, et depuis une partie fut rapportée en Bretagne. L'Église de Dol possédait un fémur, un tibia, quelques fragments d'autres ossements et quelques vertèbres de son saint patron. Ces saintes reliques furent transférées dans une châsse neuve, le 24 décembre 1579, par m. Charles d'Epinal. À l'époque de la Révolution, elles étaient placées à côté du maître-autel de la cathédrale, dans un très grand reliquaire; mais elles sont maintenant détruites. Quant au reste du corps de saint Samson, laissé à Paris, il fut partagé entre l'église de Saint-Barthélémy et la ville d'Orléans. Dans cette dernière, on bâtit en l'honneur du saint évêque, depuis lors détruite. Ils n'y possédaient pas les reliques de saint Samson : elles avaient été si bien cachées, du temps des ravages des Protestants, au 16ième siècle, qu'on n'a jamais pu les retrouver. Peut-être furent-elles l'objet de la fureur des frères ennemis du vatican. Les ossements, conservés à Paris, étaient dans l'église de Saint-Magloire; ils se trouveraient dans l'église hétérodoxe de Saint-Jacques du Haut-Pas. La châsse qui contenait ces reliques ayant été ouverte le 19 janvier 1547, on y trouva la quantité d'ossements exprimée dans le procès-verbal, avec cette inscription " C'est ici la plus grande partie du corps de saint Samson" – mais aucun évêque Orthodoxe n'était là, ni aucun Orthodoxe n'a pu vérifier depuis, et les faux en la matière étant légion, vu l'usage financier des reliques, on ne sait donc pas s'il existe encore de vraies reliques de saint Samson de Dol, ni où elles se trouveraient.
J. Loth, La Vie la plus anc. de S. Samson de Dol, Paris, 1914, et La vie la plus ans, de S. Samson, abbé-évêque de Dol, Paris, 1923, toutes 2 extraites de la Revue Celtique
C.-G.-H. Doble, S. Samson in Cornwal (Cornish Saints), s. 1. n. d.


Tropaire de saint Samson de Dol
Athlète de la grâce et maître de tempérance,
Tu as illuminé les îles par ta vertu, tel un phare spirituel.
Imitateur des apôtres, tu as répandu la semence de la connaissance du Dieu trine.
Saint pontife Samson, prie le pour qu'Il accorde à nos âmes le salut
.

Bel Office byzantin à saint Samson de Dol, en grec, par le protopsaltis Panagiotis Somalis.
Il est demandé à celles et ceux qui célébreront cet Office de bien vouloir y commémorer pour Panagiotis les personnes suivantes :
a. son défunt père Michael, partit pour le Royaume éternel le 21/2/2005
b. l'évêque de Telmessos, mgr Hristoforos, qui a été 8 ans évêque auxiliaire à Londres et son père spirituel durant leur séjour commun en Angleterre.



Le Christ entouré des 4 Évangélistes, Livre de Kells (Bible du 8ème siècle)



Vita Samsonis

Source: éditions Fawtier 1912, Taylor 1925
Texte numérisé par: Jonathan M. Wooding (2003, université de Lampeter, Pays de Galles).
Traduction FR : M. Dossogne

nb : le terme "catholique," dans les pays Orthodoxes, avait alors et a toujours le sens du terme dans le Credo ou Symbole de la Foi : selon la plénitude. Il ne visait pas à l'époque ce groupe religieux qui n'existait pas encore, connu aujourd'hui sous le nom de "catholicisme-romain." Catholique était donc tout simplement synonyme d'Orthodoxe et n'avait pas de connotation confessionnelle. On ne peut comprendre les textes d'une époque qu'en utilisant la signification du vocabulaire de l'époque en question; ça semble logique, mais il est bon de le rappeler.

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ICI COMMENCE LE PROLOGUE DE LA VIE DE SAINT SAMSON

(Prologue) I. Pressé par les nécessités des hommes de religion et par mon fors intérieur, et pour autant qu'un très grand nombre parmi les pères, dans leur compréhension et perception, tant dans leur vie active et en particulier dans leur vie contemplative, brillent comme des étoiles du ciel pour nous aider, j'ai réalisé une étude de leur vie, tant physique que spirituelle, de manière aussi approfondie qu'il est possible pour un homme quelconque. Et lorsque j'eu considéré ma propre pauvreté et insuffisance, espèce d'ignorant des derniers temps, homme de peu de compréhension et d'encore moins précise connaissance de la grande étendue des Saintes Écritures, à ce récit, je tremblai d'être indigne d'une tâche que tu m'as confiée, O très béni Tigernomalus, évêque d'un siège apostolique, toi dont le jugement spirituel est illuminé d'En Haut. C'est dès lors avec le témoignage d'une conscience déformée devant moi, et en présence du Dieu Tout-Puissant, que je reconnais mon indignité et mon incompétence pour cette oeuvre; sachant que, comme c'est la nature de l'infirmité humaine de faire grand étalage et de se laisser aller au fil de la fierté, nombre d'hommes agissent présomptueusement et à la légère, et au milieu des vagues de ce monde tentent de nager imprudemment vers ce qu'ils ne peuvent atteindre, et sont jetés à la dérive de ci de là, livrés à l'inconstance de leurs esprits; mais quand ont été dévoilés leurs chemins pervers, alors ils sont ramenés à ce qu'ils peuvent atteindre. Et ainsi ces créatures ailées, dont nous lisons la vision du saint prêtre Ezechiel, ayant 4 ailes, avec une paire s'élevant au-dessus d'eux, et les autres couvrant le corps, représentent sans aucun doute toutes les saintes personnes qui, bien que prises par le cours de leurs activités humaines, sont élevées par habitude vers les hauteurs, cependant que, connaissant leurs faiblesses en face de l'immense majesté du Dieu Tout-Puissant, recouvrent ces vertus qu'ils ont avec le manteau de la modestie et de la crainte. Moi donc, enflammé par la promesse du Saint Esprit et par quelqu'étincelle d'une connaissance éclairée, bien que je sois indigne de cette tâche, cependant, déchiré par tes appels, je vais faire de mon insuffisance une offrande volontaire à ton plaisir et ta suggestion. Et ainsi tu commande, ô homme très cher, que je fournisse un bref récit en termes vrais et catholiques de l'histoire et des paroles de saint Samson. Bien que redoutant le travail et la profondeur de la recherche nécessitée par le travail, cependant pour me préserver de la désobéissance, je vais certainement aborder ce à quoi tu m'as invité par tes saintes paroles sous l'inspiration du Dieu Tout-Puissant.

(Prologue) 2. Et avant tout je souhaiterais qu'on comprenne que ces mots ne sont pas couchés sur les lignes d'une vaine conjecture, ou de ces rumeurs confuses et non-autorisées; mais sur ce que j'ai reçu d'un homme religieux et vénérable dont la maison au-delà de la mer fut fondée par Samson lui-même. Il menait une vie catholique et religieuse là depuis près de 80 ans. Dans les temps proches de ceux du précité saint Samson, la mère de saint Samson rapporta ces actions à son oncle, un très saint diacre (lui-même cousin de saint Samson); de ce qu'il ressort [le vénérable vieillard] m'assura fidèlement, me rapportant nombreuses parties de la merveilleuse carrière du saint. Et pas seulement cela, mais il y a aussi de très nombreux et magnifiques récits des incroyables actions qu'il a accomplies de ce côté de la mer, en Bretagne et Romania [?], qui furent excellemment écrites dans un style élégant et emmenées par delà la mer par le précité saint diacre, Henoc était son nom. Le vénérable vieillard, dont nous avons déjà parlé, qui vivait dans ce monastère, les fit sans cesse pieusement et attentivement lire devant moi. Et c'est ainsi que j'ai pensé inadéquat de chercher à laisser tomber dans l'oubli l'incomparable travail de détermination accomplit par le saint, illustre et même très saint homme Samson.

(Prologue) 3. Cependant, pour deux raisons je n'avais pas osé fournir un récit de ces miracles si saints, non, plutôt si glorieux et transcendants, accomplis par le sus-mentionné homme sur ordre de Dieu, si ton saint et prudent conseil n'avait apporté un encouragement à ma faible capacité. La première raison est que je m'étais clairement reconnu indigne, étant empêché par mes péchés, et pas à la hauteur pour traiter une histoire si importante que celle-ci; et du fait que je suis le plus âgé de tous, je souhaitais entièrement échapper aux détracteurs parmi les autres frères et les opinions de ceux qui pensent différemment, comme il advient souvent, concernant le traitement de tant de choses jamais entendues - de choses pour lesquelles je pourrais être accusé d'avoir mal rapporté, [accusé] pas seulement par quelqu'expérimentés, mais aussi, comme c'est plus souvent le cas, par ceux qui sont ignorants, présomptueux et impolis. Et la seconde raison, c'est que dans cette brève période de la dernière partie de ma vie, je craignais d'entamer cette tâche, croyant qu'il me serait difficile d'arriver au bout, parce que ce qu'elle rapportait, comme je l'ai déjà dit, serait tenu par certains pour incroyable. Mais, ô très béni père, ayant en toi quelqu'un qui soutien mon entreprise et quelqu'un qui en effet souhaite être un lecteur et un auditeur, je ne pouvais pas refuser de rapporter ce que dans mon souvenir, je tenais pour être vrai concernant cet homme illustre et saint.

(Prologue) 4. Et, de crainte que ces choses que j'ai vouées à être écrites puissent être mises en doute par certains, j'en appelle au Christ notre Sauveur à tous de témoigner que je n'ai pas entrepris de rapporter cette brève narration à la postérité en la tirant de quelqu'hypothèse faillible, erronée ou incertaine de sa vérité, mais des affirmations des plus saints et intégralement compétents des hommes, et aussi des plus précis et élaborés récits que j'ai trouvés dans ce même monastère, écrits dans un esprit vraiment catholique par le sus-mentionné diacre, rassemblant des petits détails auprès de beaucoup de gens, veillant à ce qu'ils ne soient pas lassants à lire mais utiles, et cela étant, avec l'aide de Dieu, puissent être exposés avec profit. Au début de notre oeuvre, cependant, prions afin que l'aide de notre Seigneur Jésus-Christ puisse être nôtre, Lui dont les mérites et les puissantes oeuvres sont manifestes et magnifiques en Ses saints à travers le monde entier, afin que pour le pauvre, indigne et plus encore pécheur que je suis, Il daigne accorder un voyage doux et agréable vers ce Rivage que j'espère atteindre, non parce que je le mérite, mais pour l'amour d'un homme d'une telle renommée.


FIN DU PROLOGUE.

ICI COMMENCE LA VIE DE SAINT SAMSON LE CONFESSEUR DE JÉSUS-CHRIST, QUI EST COMMÉMORÉ LE 28 JUILLET.

Livre 1 Chapitre 1. SAINT SAMSON,
alors, était du pays de Demetia, et aux regards du rang de ce monde, était né de parents distingués et nobles. Mais afin que les générations à venir puissent avec certitude l'admirer comme prêtre de Dieu, je ne pense pas qu'il faudrait garder le silence sur ce miracle que le Dieu Tout-Puissant daigna montrer à son égard avant qu'il ne fut conçu dans le sein de sa mère. Car ce premier signe de l'honneur qui fut posé sur lui, ou plutôt avant qu'il ne naquit, fut en effet un signe merveilleux. Le père de ce même saint Samson était, comme je l'ai dit, de la lignée Demetienne, Amon était son nom, et sa mère, de Gwent, la province contiguë à Demetia, s'appelait Anna. Dans la Providence du Dieu Tout-Puissant, ils étaient honorablement mariés par un accord mutuel, et avec le consentement commun de leurs pères, qui étaient de la même génération d'âge. De plus, nous savons de source sûr que les parents de ce même couple marié étaient des membres de la cour des rois de leurs provinces respectives, comme nous le trouvons rapporté de manière indubitable dans les enregistrements d'autres actes de ce même saint Samson, et plus encore dans des oeuvres similaires. De plus, j'ai entendu en plusieurs occasions lors du chant de la Messe le nom individuel des 2 parents être lus à l'Autel de saint Samson, parmi les noms de ceux pour qui l'offrande était offerte. Amon en effet, le père de ce même saint Samson, avait un frère, Umbraphel, et de plus Anna, la mère du précité saint, avait une soeur, Afrella était son nom, tous 2 bons frères, toutes 2 bonnes soeurs, nés, comme il en ressort, de bons parents. De plus, Umbraphel, le frère cadet d'Amon, avec le consentement et l'approbation de leurs parents, prit Afrella pour femme, soeur de la sus-mentionnée Anna; et Afrella était elle-même plus jeune que la soeur sus-mentionnée.

Livre 1 Chapitre 2. De plus, pas longtemps après qu'ils soient ensembles, comme ils le méritaient, ladite Afrella conçut et porta un fils en paix. Mais quel serait le besoin de cacher la vérité? Elle eut 3 fils avant sa soeur. Anna était alors considérée par tous ses voisins et amis comme étant sans fruit, stérile. Alors, lorsque l'espoir d'un enfant pour la femme avait été abandonné, non par raison d'une quelconque disparité d'âge comparée à celui de sa soeur, mais à cause de la nature, pendant que les parents s'affligeaient et que la mère se lamentait dans les larmes, le réconfort du Dieu Tout-Puissant était proche; car Anna donnait souvent des aumônes et jeûnait fréquemment, et son mari avec elle. Alors il advint qu'un jour de fête, ils allèrent ensemble à l'église, et là, parmi les nombreux à être occupés à discuter, ils entendirent une conversation concernant un certain Librarius qui vivait dans un coin reculé au nord du pays, un homme recherché dans de nombreuses provinces parce que tous ceux qui avaient fait appel à lui considéraient comme certain ce qu'il leur avait dit. Dès lors comme nombre de gens de l'église avaient décidé ce jour-là de l'attendre afin de le consulter, Amon lui-même, entendant ces choses-là, avec un coeur joyeux, décida d'entreprendre le voyage vers le maître en question avec sa femme Anna.


Les 22 pages suivantes, c'est pour plus tard. Comme j'ai fait avec la vie de saint Photios le Grand, ce sera publié par épisodes sur cette même page.


nouveau vitrail à la chapelle hétérodoxe Saint-Samson, à Pleumeur-Bodou (Trégor, Bretagne). Il a été inauguré le 07 avril 2007 et est dû à Emmanuel Putanier, verrier et peintre sur verre à l'entreprise Vitrail-France du Mans (72 - Sarthe).
source


27 juillet 2008

Sainte Nathalie et saint Aurèle de Cordoue et leurs compagnons de martyre (+ 852)



Le calendrier liturgique du Rite Orthodoxe Occidental comporte bien des noms de saints ignorés en Orient, même aujourd'hui où pourtant une partie non-négligeable de l'Orient de l'Église vit installée en Occident. Nous continuerons donc à apporter modeste correction à cet oubli.

Au 8ième siècle, les Chrétiens espagnols n'avaient guère été inquiétés par les conquérants musulmans, à condition qu'ils restent tranquilles. A vrai dire, la majeure partie des Chrétiens d'Espagne n'avait déjà plus de Chrétien que le nom, et ils dérangeaient fort peu les occupants musulmans. Les plus fervents et convaincus pratiquaient essentiellement en cachette, les prêtres non-apostats ne devaient pas avoir beaucoup de paroissiens.. Des siècles d'arianisme jamais guéri, des siècles d'hérésie du "filioque" (invention wisigothique de 460, par l'évêque Turibe d'Asturga et contre l'avis de saint Léon le Grand à Rome) et d'autres aventurismes théologiques, tout cela avait éloigné une bonne partie de la population du Christ. Mêmes causes, mêmes effets, voyez le restant de l'Occident de nos jours. Dans l'Espagne mozarabe, la religion Chrétienne n'était plus qu'un ensemble de coutume culturelle, ce qui a toujours été toléré par les occupants musulmans, où que cela se passe dans le monde. Normalement, les Chrétiens de l'Espagne occupée auraient pu continuer à vivre en bons dhimmis pendant des siècles sans problèmes.
Cette situation changea lorsque Cordoue eut un émirat indépendant : il y eut alors une véritable persécution. Saint Euloge, archevêque de Tolède, y fut massacré en 859. Mais avant d'être décapité, le saint conta par écrit la fin héroïque des Chrétiens qui l'avaient précédé dans le martyre. Il a consacré des pages émouvantes, dans son "Memoriale sanctorum" (2,10), aux saints que nous fêtons aujourd'hui. Parmi ces martyrs de Cordoue que nous fêtons tout au long de l'année, voici donc ce groupe important.

Aurèle était fils d'un Arabe et d'une Espagnole de la haute société. Ces derniers moururent quand il était encore jeune et le confièrent à une tante qui l'éleva Chrétiennement. Devenu grand, il se crut autorisé à faire preuve d'un certain conformisme aux usages des autorités occupantes, mais il n'abandonnait pas sa religion secrète. Mieux, il confirma dans sa Foi sa jeune épouse Sabigothe, nommée aussi Nathalie (ou Noéle), née de parents musulmans, mais qu'un beau-père Chrétien avait de très bonne heure amenée au Christianisme. Aurèle avait un parent, Félix, qui avait cru prudent d'abandonner toute profession extérieure de la Foi, mais qui la pratiquait dans l'intimité avec sa femme Liliose, fille de Chrétiens cachés. Un jour, Aurèle croisa sur sa route ce cortège tragique : un Chrétien, nommé Jean, à califourchon sur un âne, tourné vers la queue, précédé de crieurs, suivi de sbires. Son torse sanglant était fouetté par la valetaille mauresque. Aurèle voulut racheter ses petites compromissions en imitant ce saint. Il se prépara au sacrifice suprême en adoptant avec Nathalie une vie toute vouée à la pénitence et à la charité. Ils mirent de côté le strict nécessaire à l'entretien d'une fillette qu'ils laisseraient après eux.
Nathalie et Liliose parurent dans la rue sans le voile habituel aux musulmanes. Bientôt les 2 ménages durent comparaître devant le cadi, le responsable musulman local. Avec eux fut arrêté un moine quêteur venu de Palestine, nommé Georges. C'était un homme d'une égalité d'humeur parfaite, sobre, polyglotte, qui ne s'était jamais lavé depuis quelque 30 ans. Quiconque ne connaît pas l'ascèse des fols-en-Christ sera surpris de ce détail. Cependant, Georges partageait ainsi l'opinion de saint Augustin d'Hippone (Confess., 9, 30, 32) et de saint Isidore de Séville (Etym., 15,2,40; P. L., t. 82) que "balneum" venait du grec "balaneion", et signifiait "ce qui bannit l'ennui, la peine". Or la peine convient au pénitent, et il se considérait comme pénitent permanent. D'où..
Craignant d'avoir la vie sauve, en qualité d'étranger, le moine Georges fit une violente déclaration contre Mahomet, "fidèle du diable, ministre de l'anti-Christ, labyrinthe de tous les vices." C'en était trop : il fut condamné à partager le sort des autres. On tua d'abord Félix, puis Georges, puis Liliose, et enfin Aurèle et Nathalie. C'était le 27 juillet 852.
En 858, Usuard rapporta des reliques d'Aurèle et de Georges à Saint-Germain-des-Prés. Il commémora ces 2 saints dans son martyrologe au 27 août; leur translation est marquée au 20 octobre.


Note sur sainte Nathalie : Il ne faut pas la confondre avec une autre sainte Nathalie, fêtée le 26 août avec son mari saint Adrian, martyrs à Nicomédie au tout début du 4ème siècle.