"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

04 octobre 2008

Sainte Aurore (Aure, Aurea), abbesse de Paris, fille spirituelle de saint Éloi et saint Colomban


SAINTE AURORE, VIERGE ET ABBESSE À PARIS (+ 666)
(Aure, Aurée)
Après avoir fondé et solidement établi son monastère de Solignac en Limousin, saint Éloi, encore laïc, songea à transformer en hospice pour les voyageurs une maison qu'il possédait à Paris. Après avoir mûrement réfléchi, il changea d'avis et y installa un monastère de vierges où il rassembla jusqu'à 300 jeunes filles de nations diverses, choisies parmi ses servantes ou les nobles franques. Il mit à leur tête Aurore ou Aure, fille de Maurinus et de Quiria, en leur donnant "la sévère discipline d'une règle" qu'il faut sans aucun doute identifier avec celle de saint Colomban de Luxeuil, monastère où saint Éloi avait été formé. Saint Éloi veilla soigneusement sur sa fondation qu'il dota richement et voulut travailler lui-même à l'emménagement. Ceci se passait en 633.
Quand le monastère fut achevé, saint Éloi édifia une basilique en l'honneur de l'apôtre saint Paul pour recevoir la sépulture des servantes de Dieu. Cette église Saint-Paul, paroissiale au moins depuis le 12ième siècle, fut fermée à la Révolution et détruite en 1798.
Saint Éloi restaura un autre oratoire et, en souvenir de son origine limousine, le mit sous le patronage de saint Martial de Limoges : c'était là que la communauté venait chanter l'Office.
Parlant de sainte Aurore, saint Ouen a fait son éloge en disant qu'elle était une fille digne de Dieu. Elle fut en effet le modèle de ses soeurs qu'elle forma par son exemple et par de sages instructions puisées dans la lecture de l'Évangile, à toutes les vertus Chrétiennes et monastiques.
Dieu fit se manifester sa vertu par des miracles : elle entra dans un four ardent, et en tira des charbons tout rouges avec ses mains sans en être brûlée. L'oraison perpétuelle était sa pratique habituelle; quand elle voyait quelqu'un dans la peine ou dans la misère, elle s'empressait aussitôt, avec une charité infatigable, de le consoler ou de le secourir.
Sept ans après sa mort, alors qu'une terrible peste ravageait Paris, saint Éloi apparut dans l'église Saint-Martial à un jeune homme qui, terrifié, voulait se cacher quand l'évêque lui ordonna d'aller dire à l'abbesse qu'il l'attendait. Elle se hâta, mais il avait déjà disparu quand elle arriva: elle comprit qu'il l'invitait à quitter ce monde. Elle mourut en effet peu après, avec 160 moniales, le 3 octobre 666, et fut ensevelie à Saint-Paul. C'est en s'occupant des pestiférés et soulageant les affligés qu'elles avaient contracté la terrible maladie.
Cinq ans après, ses reliques furent transportées dans la ville et déposées dans l'église de Saint-Martial, qui changea son vocable en Saint-Éloi-et-Sainte-Aure. Cette élévation et translation de ses saints restes est la manifestation de sa canonisation à l'époque Orthodoxe de l'Église en France.
Tombé en pleine décadence, le monastère fut donné aux moines hétérodoxes de Saint-Maur-des-Fossés en 1107.
Le 3 avril 1402, on fit une translation solennelle de ses précieux restes; on les renferma dans une nouvelle châsse, et on les porta à l'église Saint-Paul, d'où ils furent rapportés au monastère de Saint-Martial. La châsse était découverte et exposée à la vénération des fidèles, à la fête de sainte Aure et aux 2 fêtes de saint Eloi. Le prieuré subsista jusqu'à la Révolution qui détruisit tout. La châsse fut enlevée par les révolutionnaires en 1792 mais les reliques de sainte Aure qui y avaient été conservées furent sauvées mais dispersées en divers lieux, nottament en Normandie. Fin du 19ème siècle, un lieu de culte hétérodoxe parisien en possédait quelques fragments (Saint-Paul-Saint-Louis).

Comme pour tous les saints de l'Occident Orthodoxe, sainte Aurore a vu sa vie accaparée par la nouvelle religion, avec transformations et amplifications tardives. C'est dans la vie de saint Colomban de Luxeuil écrite par son disciple saint Jonas et celle de saint Éloi écrite par saint Ouen, que l'on trouve les informations les plus concrètes et sûres concernant sainte Aure et ses moniales à Paris :
a. Vie de S. Colomban, liv. 2, chap. 10 (Biblioth. hag. lat., n. 2773) : fondation par saint Éloi d'un monastère de femmes à Paris sous la direction de sainte Aure.
b. Vie de saint Éloi, liv.1, chap. 15 et liv. 2, chap. 49 (Biblioth. hag. lat., n. 2474), donnent chiffres et détails, mais ayant été réécrite au 11ème siècle, c'est sujet à caution. Ces réécritures sont démontrées par la science paléographique, ce ne sont donc pas de vaines remarques d'urticaire anti-hétérodoxe, mais une saine prudence face à des falsifications prouvées. Même les Bénédictins hétérodoxes mettent ces réécritures en évidence.


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"(17) De leur côté, Abelin et les autres évêques gaulois s'emploient désormais à soutenir les institutions du bienheureux Colomban. Nombreux, dès lors, sont ceux qui, pour l'amour de Colomban, construisent des monastères observant sa Règle, réunissent des communautés, rassemblent des troupeaux du Christ. Parmi eux, un homme qui portait alors le titre d'Illustre et qui gouverne à présent, comme évêque, l'Eglise de Vermand - puisqu'il est encore en vie, je dois m'abstenir de faire son éloge, sous peine d'être accusé de flatterie - Eloi, donc, construisit près de Limoges, au bord de la rivière de Vienne, le fameux monastère de Solignac, à 4 milles de la cité, ainsi que plusieurs autres moutiers dans la même région. De plus, il bâtit à Paris un monastère de femmes, que lui avait octroyé la munificence royale, et il mit à sa tête la vierge du Christ Aurea."
"Vie de saint Colomban et de ses disciples", par saint Jonas de Bobbio,
abbaye de Bellefontaine, collection Vie Monastique n°19,(extraits)


Évangéliaire dit de sainte Aure, milieu du IXe siècle, école de Reims. Reliure d'ivoire et d'orfèvrerie.

source : gallica.bnf.fr

03 octobre 2008

Saint Gérard de Brogne, abbé bénédictin, Orthodoxe et réformateur (+ 959)


source & (c) Aidan Hart icons

Tropaire de saint Gérard de Brogne Ton 3
Fidèles, en ce jour célébrons la mémoire
Du vénérable prêtre Gérard.
Apôtre de Brogne et réformateur de monastères,
Il fit briller sur nos régions ses grandes vertus
Et parcourut le pays pour la gloire du Sauveur.
Il a prouvé par ses étonnants miracles
La gloire et la puissance de Celui qui l'a couronné
Et qui opère en nous, par ses prières, le Salut.




SAINT GÉRARD, ABBÉ DE BROGNE (+ 959)

Bien que l'Église d'Occident tombée au pouvoir des laïques ait vécu au 10ième siècle une des périodes les plus sombres de la fin de son histoire, préfigurant sa toute proche chute, des saints purent s'épanouir dans ce milieu particulièrement ingrat et arrivèrent à la perfection malgré les abus innombrables et la propagation sans cesse plus forte des hérésies de la nouvelle religion catholique-romaine, religion adoptée par la plupart des princes au pouvoir dans nos régions, pour le malheur général.

Gérard naquit sur la fin du 9ième siècle, à Stave, au canton de Florennes, au coeur de l'Entre-Sambre-et-Meuse (Belgique), de parents appartenant à la haute noblesse. Son père Santio aurait été "de la race d'Haganon, duc d'Austrasie"; sa mère, "Plectrude, soeur de l'évêque de Liège, (saint) Étienne." Gérard entra au service du comte de Lomme, Béranger, qui l'honora de sa confiance. A la lisière de la forêt de Marlagne (près de Namur), au milieu d'un vaste domaine que Gérard possédait de plein droit en qualité d'alleu, s'élevait un oratoire dont on attribuait la fondation à Pépin 2 et la dédicace à saint Lambert. Il était assez délabré et le pieux propriétaire voulut le reconstruire et l'agrandir aux dépens d'une maison voisine habitée par un prêtre nommé Anselme, qui refusa de la quitter. Un dragon sorti du clocher vola sur son toit et se mit à cracher des flammes : le lendemain, un incendie détruisait sa demeure et les maçons arrivés aussitôt entreprenaient la construction de la nouvelle église; ils se rappelaient encore longtemps après que pas une goutte de pluie n'était venue contrarier leur travail (914).
Cependant Gérard, qui ne pouvait se contenter des quelques reliques honorées dans l'ancien oratoire, obtint de Leutger, abbé de Deuil (Seine-et-Oise), une
partie des ossements de saint Eugène, puis poussant jusqu'à Saint-Denis, il réussit à se faire donner le reste du corps. A son retour il déposa son trésor sous la garde de 2 moines à Couvin, qui dépendait alors de la future principauté de Chimay, et alla solliciter de l'évêque de Liège, Étienne, la permission de le transférer à Brogne. La translation eut lieu vers le 18 août 914, en présence d'une immense foule, sous la présidence de l'archidiacre Adelhelm. Des clercs jaloux se plaignirent à l'évêque, qui les débouta au synode suivant. Par un acte du 2 juin 919, Gérard donna à son église, placée sous le patronage de saint Pierre et de saint Eugène, diverses propriétés, en manifestant son désir d'y remplacer les clercs par des moines bénédictins. Transformation accomplie le 18 décembre 923, Gérard paraît alors dans une charte en qualité d'abbé. On ignore où il fit son noviciat; son biographe prétend qu'il passa 9 ans à Saint-Denis, ce qui est historiquement impossible. Le monastère de Brogne connut une calme prospérité : conformément aux principes du vrai bénédictisme, les moines n'y furent jamais nombreux suivant le désir du fondateur, soucieux seulement de vie intérieure, désireux d'échapper aux convoitises des seigneurs que la richesse attirait infailliblement.
Pourtant les princes usurpateurs de biens ecclésiastiques, féodaux brutaux et souvent cruels, étaient vaguement chrétiens et quand ça les arrangaient, parfois, ils se considéraient comme responsables de l'observance des monastères dont ils avaient accaparé la direction. Séduit par la réputation de sainteté de Gérard, le duc Gislebert de Lotharingie le chargea vers 934 de rétablir l'observance à l'abbaye de Saint-Ghislain en Hainaut.
L'évêque de Noyon et Tournai, Transmar, qui s'inquiétait fort du sort des monastères de son diocèse, invita le comte de Flandre Arnoul 1er à prendre l'initiative de la réforme. Celui-ci fit appel à Gérard et lui confia d'abord Saint-Bavon de Gand dont les bâtiments furent reconstruits à partir de 937, puis le Mont-Blandin. Par une charte du 8 juillet 941, le comte rendit à cette abbaye une partie des biens saisis par ses prédécesseurs, mais en se réservant explicitement ainsi qu'à ses successeurs le droit de confirmer l'abbé élu par les moines. Ce droit, Arnoul eut soin de le revendiquer dans tous les monastères de ses États et en usa toujours, l'outrepassant même fréquemment en nommant directement ses candidats. Gérard ne semble pas avoir protesté contre cette usurpation passée dans les moeurs – il n'avait de toute manière aucun moyen de pression pour s'y opposer, une partie de l'épiscopat étant d'ores et déjà hérétique et corrompu, quand pas simplement des laïcs en costume clérical! Un siècle plus tard les réformateurs repousseront avec force une telle sujétion et - détail piquant - les moines du Mont-Blandin saliront de taches d'encre, pour les rendre illisibles, les passages de la charte mentionnant les droits des comtes. Les libertés que l'évêque Transmar rendit à son tour à l'abbaye (942) étaient loin d'équivaloir à une exemption.
Gérard n'était donc pas en avance sur son temps, il était compris et estimé du comte et de l'évêque qui l'invitèrent à continuer son oeuvre. Le 15 avril 944, Arnoul l'envoyait à Saint-Bertin dont il venait de chasser les moines réfractaires, mais la population prenant parti pour les exilés, le comte dut les rappeler. Ils se montrèrent aussi indisciplinés, et finirent par s'enfuir en Angleterre. Rapidement l'observance refleurit et Gérard put remettre son titre d'abbé de Saint-Bertin à son neveu, dont les maladresses ne ruinèrent pas l'esprit qu'il avait apporté. Le comte maintenant lui confiait Mouzon et Saint-Amand, tandis que ses disciples gagnaient la Normandie: Saint-Wandrille, le Mont-Saint-Michel, Saint-Ouen de Rouen, et que saint Dunstan, le futur archevêque de Canterbury réfugié au Mont-Blandin, apprenait à estimer le monachisme continental.
D'après son biographe, Gérard aurait effectué un voyage à Rome. Nous ne savons exactement ni la date, ni les motifs, ni
les résultats, ni même s'il a eu lieu, le biographe ayant bien inventé un noviciat parisien.. De plus, les notions de "rattachement" et de "sujétion" ne sont jamais absentes des arrières-pensées de ces affirmations de biographes postérieurs, appartenant à une période où l'Église n'était déjà plus. Quoi qu'il en soit, il ne saurait être assimilé à une démarche préparant une nouvelle législation; un pèlerinage était plus dans la manière du saint, qui dut sans doute juger que l'incident le plus important avait été celui que rapporte son biographe : le sauvetage miraculeux d'une charrette qui aurait roulé dans un ravin des Alpes, entraînant son conducteur et de précieuses pierres de porphyre destinées à embéllir l'église de Brogne.
En 953, Gérard renonça à son titre d'abbé du Mont-Blandin et rentra dans son petit monastère de Brogne, uniquement désireux de se sanctifier dans le silence. Il avait cumulé plusieurs abbayes, sans avoir d'autre idéal que d'y rétablir et d'y maintenir la régularité. Il n'avait jamais songé à les fédérer et, en les quittant, il ne voulait pas garder sur elles d'autre autorité que celle que lui valait son renom d'ascète et de saint. Il exigeait seulement des moines la ferveur et, comme aucun coutumier écrit sous son inspiration ne nous est parvenu, on ignore sa conception de la vie bénédictine; peut-être dérivée de celle de saint Benoît d'Aniane, elle était certainement assez éloignée de l'idéal clunisien qu'il ne semble pas avoir connu. Son influence ne doit pourtant pas être minimisée : en relevant l'idéal monastique, Gérard a permis à plusieurs saints de naître en nos terres, malgré la chute toute proche.
La mort de Gérard fut celle de l'homme doux et conciliant qu'il avait toujours été: sentant sa fin approcher, il ordonna de sonner la cloche de l'abbaye et s'éteignit doucement le 3 octobre 959.
A la fin de 1131 l'évêque hétérodoxe de Liège, Alexandre de Juliers, vint procéder à l'élévation du corps de saint Gérard en présence du comte Godefroid de Namur, de la noblesse locale et d'une grande foule. Depuis le 17ième siècle, Brogne a changé son nom en Saint-Gérard.
Bibliographie - Vita (Biblioth. hag. lat., n, 3423), écrite entre 1050 et 1070 Mabillon, Acta sanct. ord. S. Bened., saec. 5, p. 252-276; Acta sanctorum, 3 octobre, t. 2, p. 300-318; Mon. Germ. hist., Script., t.15, p. 655-673. La Vita est un remaniement d'une autre, perdue, composée entre 959 et 976; sa valeur est médiocre. - Translatio S. Eugenii (Biblioth. hag. lat., n. 2689), écrite entre 935 et 937 : Anal. boll., t.3, 1884, p- 29-54; variantes et commentaires de dom G. Morin, ibid.; t. 5, 1886, p. 385-394;. extraits dans Mon. Germ. hist., Script., t. 15-2, p. 646-652. La Translatio est une des sources de la Vita, mais a une tout autre valeur et son témoignage doit toujours être préféré, puisqu'il émane d'un contemporain. - Sermo de adventu et transiatione (Biblioth. hag. lat, n. 2692), composé aussi au 10ième siècle, la fin seule éditée dans Anal. boll., t. 5, 1886, p. 395. - Acta sanct., 3 octobre, t. 2, p. 220-320. - U. Berlière, Monasticon belge, t. 1, p. 28-32; Etude sur la "Vita Gerardi Broniensis", dans Rev. bénéd., t. 9, p. 157-172. - A.-M. Zimmermann, Kalend. bened., t. 3, Metten, 1937, p. 132-135. - F. Baix, dans Dict. d'hist. et de géogr. eccl., t. 10, 1938, col. 81 8-819. - E. Sabbe, Deux points d'hist. de l'abbaye de S.-Pierre du Mont-Blandin, 1, A propos d'un passage inédit d'une charte d'Arnoul 1er, comte de Flandre, dans Rev. bénéd., t. 47, 1935, p. 52-62. - P. Schmitz, Hist. de l'ordre de S. Benoît, t.1, 1942, p. 150-151. - E. de Moreau, Hist. de l'Église en Belgique, t.2, 1945, p. 142-154. - S. Couneson, La canonisation de S. Gérard de Brogne en 1131, dans Rev. liturgique et monastique, t. 16, 1931, p. 298-302. - Le petit nombre des documents, parmi lesquels on compte bien des faux, empêchera toujours de cerner précisément la personnalité de Saint Gérard. Les faux sont devenus la maladie par "excellence" de l'Occident "religieux" et ça n'a hélas pas changé d'un iota depuis.


Christ en majesté
évangéliaire de Godescalc, vers 762


Vieille prière populaire à Saint Gérard
Saint Gérard, toi qu'on n'invoque jamais en vain, écoute ma prière. Quand la belle-mère de Simon-Pierre était alitée, notre Seigneur Jésus-Christ ordonna à la fièvre de la quitter, et celle-ci obéit sur-le-champ. Je te demande, bienheureux Gérard, de faire injonction à la fièvre qui s'est emparée de moi, quelle qu'elle soit, quels que soient son principe et sa nature, de déguerpir immédiatement et de ne plus jamais revenir. Saint Gérard, j'ai confiance en toi.


saint Gérard de Brogne, prie Dieu pour nous


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Miracles de saint Gérard
Voici quelques récits de miracles que nous transcrivons parce qu'ils sont intéressants à divers titres: ils ont eu lieu au début du 17ième siècle, ce qui prouve que le culte de saint Gérard était encore très vivant 7 siècles environ après la mort du saint [et malgré la chute de notre pays hors de l'Église]; plusieurs bénéficiaires de ces miracles habitaient des régions assez éloignées, ce qui montre la diffusion du culte de saint Gérard; enfin ces miracles sont particulièrement bien attestés.

"L'an de grâce 1602, Simon Anseau, pharmacien à Thuin, âgé de 32 ans, souffrant depuis 3 mois d'une fièvre tierce, quarte et quotidienne, était devenu jaune comme cire. Après avoir tenté toutes sortes de remèdes, après en avoir appelé à l'expérience des hommes de l'art, abandonné par eux sans aucune espérance, il voua à Dieu et à saint Gérard de visiter les reliques de notre Saint à Brogne; et à l'heure même il fut rendu à la santé. La chose arriva le 26 du mois d'août, et trois jours après, c'est-à-dire le 29, il se rendit de Thuin à Saint-Gérard sans le secours de personne. Les 2 localités sont distantes d'environ sept lieues.
Cette guérison avec ses circonstances fut attestée par Simon, ainsi que par sa mère Haverlant, en présence du prieur et de 2 autres religieux. Ce même témoignage, ledit Simon, sa mère et sa femme le renouvelèrent dans la suite à Thuin, en présence du prieur de Brogne, Gérard Souris, et de son compagnon Jean Clerc, ainsi qu'en présence de Pierre Dubois, prêtre, et de son père Georges Dubois, citoyen et échevin de Beaumont.
Tout ce qui vient d'être raconté, ledit Anseau l'attesta de nouveau le 25 août l'an 1618, en présence de la cour de Thuin, et il le confirma par serment solennel, selon le document authentique qui fut rédigé sur cette guérison et signé : Jacques Playoul, greffier de ladite cour."

* "Le 3 septembre 1611, François Deprez, originaire de Thuin et habitant cette localité, pour lors âgé de 29 ans, ayant souffert pendant 3 semaines d'atroces douleurs d'une fièvre aiguë et continue, ayant cherché des remèdes sans en trouver aucun qui pût lui procurer quelque soulagement, sur les conseils du susdit Simon Anseau, qui avait récupéré la santé par les mérites de saint Gérard, fit voeu de se rendre à Brogne pour vénérer le saint, et bientôt il fut délivré de la fièvre et rétabli en pleine santé. Ce que ledit François Deprez, visitant les saintes reliques le 16 septembre 1612, a déclaré en présence du prieur désigné plus haut et de quelques autres religieux. Ensuite il confirma le tout par serment le 24 août 1618, en présence de la cour de Thuin, ainsi que cela résulte d'une pièce authentique signée du greffier Jacques Playoul."

* "Au mois de février 1602, Noël Mathieu, natif de Mettet et pour lors âgé de 20 ans, faisait ses humanités dans la ville de Mons. Atteint d'une jaunisse par tout le corps, ayant souffert de très grandes douleurs pendant l'espace de 2 mois environ, sans trouver aucun soulagement dans les remèdes de la médecine, il fut renvoyé à ses parents. Ceux-ci le conduisirent à Saint-Gérard, afin qu'il y communiât et qu'il adressât ses prières au patron du lieu. Ils espéraient que le saint par son intercession et ses mérites viendrait au secours de leur fils. Leur espérance ne fut pas trompée. Car à partir de ce moment, le malade éprouva un mieux sensible, et, 1 jour ou 1 après, il était entièrement guéri. Ce que ledit Noél attesta par un écrit signé de sa main. Plus tard, c'est-à-dire le 22 août 1618, lui et sa mère Marie Buseau attestèrent le même fait par serment en présence du bailli de Mettet, notaire impérial. Acte authentique fut dressé et signé par Pierre Douillet notaire, le jour et l'an désignés."
"Vers la mi-juin 1610, un enfant de 8 ans, originaire de Rebecq, fils de Jean du Ray et de Martine Heue, appelé Jean comme son père, après une longue et grave maladie, fut abandonné de tous les médecins, qui n'avaient plus aucun espoir de le guérir. Pendant 8 jours, cet enfant demeura privé de connaissance et de l'usage de la parole. A chaque moment, on s'attendait à le voir rendre le dernier soupir. Poussés comme par une inspiration divine, ses parents promirent un pélerinage à Saint-Gérard. A l'instant, comme s'il se fût réveillé d'un profond sommeil, l'enfant revint à lui. Il demanda à boire et à manger. Le pélerinage ne tarda pas à s'accomplir et l'enfant recouvra entièrement la santé. Et maintenant encore, ajoute l'historien, il est vigoureux, il jouit d'une excellente santé et il exerce la profession de charpentier. Peu de jours après la guérison de leur fils, le père, la mère et un clerc de Rebecq, appelé Jean Rogerie, envoyèrent au prieur de Brogne le récit de ce miracle, signèrent cet écrit de leur main. Plus tard, le père attestà la vérité de ce fait en présence de la cour de Rebecq, comme cela résulte de la pièce authentique donnée le 10 septembre 1618 et signée : Sébastien Antoine, Jean du Ray, Guillaume Marsille et H. de Moitoimon, greffier."

* "Au mois de mai de l'an 1617, la fille du seigneur de Fumal, nommée Gertrude, âgée d'environ 10 ans, ayant été gravement atteinte d'un jaunisse universelle pendant 3 semaines, fut rendue à la santé par suite d'un voeu semblable que firent ses parents en son nom. Le 23 du mois de mai, elle put accomplir son pélerinage à Saint-Gérard."


autel de saint Gérard, abbaye hétérodoxe de Maredsous, 03/10/2004

LE PUITS SAINT-PIERRE
Bien des guérisons dues à l'intercession de saint Gérard ont été obtenues par l'utilisation d'une eau miraculeuse: l'eau du fameux "puits Saint-Pierre ".
Ce puits se trouvait autrefois dans l'église de l'abbaye, plus précisément dans la nef réservée aux fidèles, devant les escaliers qui montaient au choeur des moines. Il existe toujours, sous la route, en face de la petite chapelle Saint-Pierre; on y descend par un escalier situé sous la chapelle.
Pourquoi ce puits est-il dit "de saint Pierre"? Sans doute parce qu'il se trouvait dans l'église abbatiale, dédiée à saint Pierre; sans doute aussi parce que, dans un écrit du début du 13ième siècle, on affirme que saint Pierre, en apparaissant à Gérard de Brogne, lui aurait promis l'eau miraculeuse.
En réalité, l'histoire du puits de Brogne est très riche, car elle est liée à l'intervention de plusieurs saints.
Saint Pierre : On peut fort bien conserver l'appellation, certainement fort ancienne, de "puits Saint-Pierre". En effet le culte du prince des Apôtres enveloppe toute l'histoire de Brogne : la chapelle érigée par Pépin d'Herstal et consacrée par saint Lambert était dédiée à saint Pierre, dont le patronage passa ensuite à l'abbaye fondée par saint Gérard; l'église du village elle-même est dédiée à saint Pierre.
On comprend donc que saint Pierre ne soit pas étranger aux effets salutaires du puits de Brogne.
Saint Eugène : Cependant le document le plus ancien qui fasse mention du puits, et qui date du 10ième siècle - et remonte peut-être aux années mêmes de saint Gérard -, met le puits en relation avec saint Eugène. Le transfert à Brogne des reliques de saint Eugène avait été un événement considérable. Le glorieux martyr avait récompensé par de nombreux miracles la vénération dont il était devenu l'objet à Brogne et que les moines de l'abbaye s'appliquaient à propager. Or, dit notre vieux document, c'est à la demande de saint Eugène lui-même, que les religieux creusèrent le puits dans leur église et trouvèrent cette eau qui devait réaliser tant de guérisons : "Va dans l'église, avait dit une voix surnaturelle, et creuse entre l'Autel et le tombeau du saint martyr Eugène et tu trouvera une eau qui sera salutaire à beaucoup". Et le manuscrit, qui relate les miracles de saint Eugène à Brogne, ajoute : "Beaucoup, après s'être lavé, avec cette eau, ont recouvré la santé." Il est donc certain que, dès le 10ième siècle, le puits existe dans l'église abbatiale de Brogne, que l'on attribue à ses eaux un pouvoir de guérison et que l'on voit dans cette efficacité merveilleuse une faveur de saint Eugène.
Saint Gérard : de son vivant déjà saint Gérard avait accompli plusieurs miracles. Il ne cessat après sa mort, de couvrir de sa protection et de ses bénédictions le lieu où Dieu lui avait donné de se sanctifier et de faire tant de bien. Après sa canonisation [hétérodoxe, il était déjà reconnu saint par l'Église avant cela] en 1131, son culte ne fit que se développer, au point de devenir peu à peu prépondérant à Brogne sans que pour cela disparût la dévotion à saint Pierre et à saint Eugène.
Par l'intercession de saint Gérard, l'eau du puits de Brogne continua à opérer des guérisons, si bien que pour rappeler tant de bienfaits, les religieux firent tracer sur la margelle du puits cette inscription : "Que ceux qui sont malades, ou sains, ou dévorés d'une fièvre ardente accourent : je leur donnerai à tous un doux rafraichissement."
Ce puits est donc particulièrement vénérable, ayant été l'instrument de multiples guérisons obtenues par l'intercession de plusieurs saints."



reliquaire de saint Gérard, abbaye hétérodoxe de Maredsous



LES RELIQUES de saint Gérard [note : tous les termes religieux ci-dessous, vu les dates, doivent se comprendre dans le sens hétérodoxe du terme]
Le corps de saint Gérard, qui était vénéré dans l'église de l'abbaye, disparut à la révolution française. Malgré bien des recherches, il n'a pu encore être retrouvé.
Il reste heureusement plusieurs reliques importantes qui avaient été détachées du corps au 17ième siècle: la mâchoire inférieure que Jean Dauvin, évêque de Namur, avait fait enfermer dans un beau reliquaire d'argent et qui se trouve actuellement à la cure de Saint-Gérard; une côte donnée en 1646 par Engelbert Desbois, évêque de Namur, à m. de Houdion, évêque de Brugge; cette relique fut remise plus tard aux religieuses de Sainte-Godelieve, à Brugge, puis fut donnée à l'abbaye de Maredsous, le 23 mars 1910. A l'abbaye de Saint-Gérard, on conserve une partie de la côte, offerte aimablement aux Pères de l'Assomption par Dom Marmion, le 8 septembre 1921. Il convenait hautement, en effet, que l'antique abbaye, redevenue une maison religieuse, possédât une relique de son saint et illustre fondateur.



abbaye saint Gérard, une des plus anciennes gravures
connues, dessinée par Grammay, fin 16e s.



Description du monastère de Saint-Gérard qu'on trouve dans les écrits de dom Massart, religieux de l'abbaye et curé de la paroisse au début du 18ième siècle.
"L'abbaye de Saint-Gérard est située sur le déclin d'une très agréable colline qui descend petit à petit d'occident en orient et finit aux murailles des jardins de la dite abbaye. La face du quartier abbatial et de tous les lieux claustraux regarde le midi, et comme la situation est naturellement élevée et que les bâtiments sont assez hauts, cela fait voir des charmants paysages éloignés à perte de vue, spécialement entre l'orient et le midi. Et, d'occident hiémal, on voit une très spacieuse plaine de terrain labourable qui se borne à l'occident équinoxal par le bois de l'Abbé, distant de l'abbaye de 1.000 pas, et, du septentrion, il se borne par le bois de Marlagne, éloigné de 2.000 pas.
Le monastère est situé à mi-chemin de Philippeville à Namur, le grand chemin passant à 200 pas au septentrion de l'abbaye. Cette situation entre 2 villes de guerre est fort désavantageuse à l'abbaye et à ses sujets, qui, à cause des passages continuels, sont souvent contraints de fournir des logements aux troupes de guerre et sert aussi souvent de campement aux armées. L'abbaye a la Meuse à son orient équinoxal, éloignée de 6.000 pas, et la Sambre à son septentrion, distante de 8.000 pas. L'abbaye est éloignée de 4 lieues de Philippeville, et 3 de Namur, et 3 de Dinant, et de 4 de Charleroy, étant au centre de ces 4 villes.
L'abbaye de Saint-Gérard n'est pas seule, mais elle est environnée d'un gros village qui ressent bien le bourg, ayant une église paroissiale séparée d'un jet de pierre de celle de l'abbaye, de laquelle dépendent 600 âmes. Ce lieu était ci-devant fort bocageux et peu habité, mais sa belle situation et l'abondance de ses fontaines, de même que la fertilité de son terrain, y a attiré les habitants qui, petit à petit, ont dérôdé les forêts. Cette situation forestueuse et abondante en fontaines parut autrefois si agréable à Pépin, qu'il y fit bâtir un oratoire pour y entendre la Messe lorsqu'il y viendrait pour le divertissement de la chasse. Saint Lambert, évêque de Liège, en fit la bénédiction l'an 677, et pour lors le lieu s'appelait Broigne, et ce nom lui a été donné par suite de l'existence d'une fontaine, distante de l'abbaye de 800 pas vers l'occident équinoxal, qui se nomme Brogniau, qui veut dire "brune-eau", qui vient rendre ses eaux dans le jardin de l'abbaye et forme avec les eaux des autres fontaines de ce lieu un étang de 3 arpents, qui sert de clôture aux jardins des religieux et fournit les eaux au moulin banal de l'abbaye. La place du lieu est belle et assez régulière, et la principale entrée de l'abbaye, qui y aboutit, regarde le septentrion, mais le reste de l'abbaye envisage le midi."



Sequentia
[Séquence que l'on chantait à la messe du saint, dans l'ancien rite orthodoxe romain]

D'une voix mélodieuse faisons retentir les louanges de Dieu et réjouissons-nous en Lui à jamais.

Il nous donnera certainement ce que nous espérons, si nous persistons à frapper et à demander avec constance.

Que la gloire du Créateur s'accroisse, ainsi que la mémoire de l'illustre confesseur Gérard.

Lui dont la vertu éprouvée et l'esprit affermi dans la Foi ont rendu gloire à Dieu.

Méprisant l'éclat de la naissance, foulant aux pieds la vanité des honneurs du sièce, il a choisi par inspiration divine la règle de la vie étroite qu'élargit la force de l'amour.

Déjà parvenu à l'âge viril, il s'applique comme un enfant à l'étude des lettres.

Il fut instruit en perfection, lui qui recevait l'intelligence par l'abondance de la grâce divine.

Perfectionné de la sorte, il s'éleva par degrés jusqu'au point où s'arrête la souveraine Sagesse.

Il devient ministre et convive de la Table divine, prêtre vivant il devient hostie vivante.

Donné comme guide au troupeau du Christ, il montra d'abord en lui-même le modèle de la sainte continence.

Comme le veut la Loi divine, il forma ses inférieurs d'abord par sa vie, puis par sa doctrine.

Il fut le père d'un grand nombre de moines et de monastère par son admirable vigilance.

Il guérit les aveugles, rend la santé aux malades : cette abondance de guérisons coule d'une source du Paradis.

Après les souffrances de ses labeurs, l'homme de Dieu termina sa vie par une sainte mort.

Son âme est ornée de la couronne de justice dans l'assemblée des bienheureux.

O Gérard, bon pasteur, fais-nous parvenir aux vraies joies de la couronne éternelle, afin que nous puissions jouir du fruit de notre espérance, en contemplant clairement la face de Dieu.


extraits du livre "saint Gérard de Brogne", édition locale réalisée pour le millénaire du grand saint (1959)

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saint Gérard a vécu en cette période si troublée, où les derniers saints Orthodoxes d'Occident ont tenté de faire tenir à flots la barque prennant eau de toutes parts.


Charte de Charles le Simple pour l'abbaye de Brogne (anno 921)
en traduction anglaise de Geoffrey G. Koziol : ishi.berkeley.edu/history155/translations/brogne.html
en latin : MGH
en livre commercial : http://www.amazon.fr/Recueil-Charles-dipl%C3%B4mes-relatifs-lhistoire/dp/B000X6EB4C
bibl. : Recueil des actes de Charles III le Simple, roi de France (893-923), ed. Ferdinand Lot and Philippe Lauer (Paris, 1940-49), no. 127, pp. 298-300; Daniel Misonne, "Le diplôme de Charles le Simple accordant l'immunité à l'abbaye de Brogne," Revue Bénédictine 73 (1963): 57-72.

Au Nom de la sainte et indivisible Trinité. Charles, par divine miséricorde roi des Francs. Si nous acquiesçons aux requêtes de nos fidèles, nous les amenons plus facilement à nous rester fidèle. Dès lors, que soit connu de tous les fidèles de l'Église de Dieu et de nous, tant présent et à venir, que venant devant notre sérénité, les vénérables comtes Hagano et Ermenfrid ont amené avec eux le serviteur de Dieu, le vénérable Gérard, qui a reconstruit et agrandit pour le mieux le monastère de Brogne, dans le pagus de Lomme, situé sur les rives de la Borne, où Pépin fils d'Anségise avait ordonné de faire construire un petit oratoire par ses fidèles et, à sa pieuse demande, l'avait fait dédicacé par saint Lambert, évêque de l'Église de Liège, en l'honneur de la toujours Vierge Marie, de saint Jean le Baptiste et de Pierre, le porteur des clés du Christ et prince des Apôtres. Ayant achevé la construction au lieu dit, l'homme de Dieu était partit pour le territoire de Paris, au monastère du saint martyr Denis et de ses amis. Il les implora disant qu'il avait longtemps désiré ce trésor, à savoir le très saint corps du martyr Eugène, évêque du siège de Toledo; et avec nombre de reliques d'autres saints et avec grande exaltation, il le ramena au lieu dit. Nos fidèles précités nous supplient humblement afin que, par amour pour Dieu et par respect pour ledit lieu, nous confirmions que ledit monastère par notre autorité, de même que nos ancêtres, à savoir les rois des Francs et des Germains, avaient auparavant concédé et confirmé par précepte les monastères qui étaient construits par les fidèles de l'Église de Dieu, et donnèrent aux serviteurs de Dieu et à leurs abbés la tranquillité permanente avec défense complète et protection d'immunité. Laquelle pétition nous avons librement reçue, et concédée afin qu'il en soit ainsi en tous aspects, et nous le confirmons par notre décret. Dès lors, nous ordonnons et commandons que nul évêque ni nul juge public, ni personne n'exerçant le pouvoir judiciaire, que ce soit de notre temps ou en toute époque à venir, n'ose entrer dans l'église ou dans les domaines, champs et autres possessions dudit monastère, que ce dernier peut légitimement et raisonnablement posséder en notre époque au sein de la juridiction de notre royaume, ou en ces lieux où dorénavant la divine piété voudrait augmenter le droit du lieu dit par des hommes catholiques, que ce soit pour y entendre les affaires légales, réclamer des compensations légales ou taxes, réquisitionner de fermes ou bois ou récoltes, enlever des garanties, saisir injustement les hommes du monastères, qu'ils soient libres ou serfs, qui vivent en ses terres, ou réclamer des exactions dues ou illicites, ou avoir la présomption de commettre n'importe laquelle des exactions précitées. Aussi, par amour de Dieu et par respect pour les saints précités, et pour le bien de la stabilité du dit petit lieu, nous ordonnons et commandons que nul Chrétien, laïc ou clerc, ne s'avis de faire reposer ou paître ses chevaliers dans circuit dudit monastère, dans le village de Brogne, ou en quelque lieu près du monastère, où les hommes qui y vivent sont habitués à payer la dîme à Dieu dans ledit lieu pour le salut de leurs âmes, ni dans les fermes ou champs extérieurs ou prés; ni personne n'aura la présomption de faire usage de la force pour appréhender un homme, une femme, du bétail ou des chevaux sans la permission des serviteurs de Dieu qui se trouvent là.
Au contraire, le précité serviteur de Dieu, Gérard, et l'abbé à qui il remettra la direction du lieu précité, et leurs successeurs, possèdent la propriété dudit monastère, sous la défense de notre immunité en règne tranquille. Et ainsi, nous supplions avec ferveur tous nos futurs successeurs en ce royaume que ce que nous avons fait pour le salut de nos âmes dans une dévotion salutaire et nécessaire pour l'amour de Dieu et des saints précités, qu'ils s'efforcent de l'observer sans l'enfreindre et perpétuellement. Apprenez aussi que quiconque observe ce décret pour l'amour de Dieu et de Ses saints recevra la récompense de l'éternelle béatitude, du fait de son zèle. Et si, plaise à Dieu que cela n'advienne, quelque malfaisant agissant par envie mondaine ou pressé par quelque maléfique conseiller se portait contre cette oeuvre de piété concernée par notre décision, qu'il se retrouve devant le tribunal de notre Seigneur Jésus-Christ au jour du terrible et juste jugement, qu'il se retrouve face à Lui, et la pure et toujours Vierge Mère du même Dieu tout-puissant, de toutes les puissances célestes, de saint Jean le Précurseur du Seigneur, du prince des Apôtres Pierre, et de tous les saints dont les reliques ont été rassemblées ici depuis plusieurs lieux; et privé de leur amitié, qu'il soit réuni à jamais à la compagnie des démons. Et si ce menteur sacrilège et contumace refuse de s'amender ouvertement, qu'il soit amené à donner 12 livres d'or au trésor du roi et payer à ce lieu-ci 30 livres d'argent; et s'il refuse de le faire, qu'il se rachète de lui-même ou compose avec sa propre vie, par justice royale. Nous ordonnons que ce décret soit rédigé pour ledit monastère, avec validité éternelle, sur base de quoi nous ordonnons que les propriétés qui ont été données au saint lieu par le précité Gérard, ou qui par la suite lui seront données par des fidèles Chrétiens, eux [les moines] les conservent fermement dans une parfaite tranquillité, et qu'ils en aient usage et propriété, et nous supplions avec ferveur la miséricorde de notre Seigneur pour notre salut et pour la stabilité de tout notre royaume. Dès lors, afin que ce décret soit tenu en meilleure considération et observé plus attentivement, nous sommes désireux de le confirmer de notre propre main, et nous ordonnons qu'il soit scellé de notre bague.

Signature et sceau du très glorieux roi Charles

Guarlin, notaire, comme témoin en remplacement de l'archevêque Roger

Donné le 6ème des calendes de septembre, en la 2ème indiction, 29ème année du règne du glorieux roi Charles, 24ème année de sa restauration, 10ème année de son accession à son plus grand héritage. Donné au palais d'Aix-la-chapelle, en l'an 914 de l'Incarnation du Seigneur.


Otton 1er accorde à l'évêque Fulbert le droit de battre monnaie. Saint Gérard vécu à l'époque d'Henri 1er "l'oiseleur" et de son fils Otton 1er

article d'encyclopédie anglo-saxone sur saint Gérard, avec bibliographie :
http://www.ccel.org/s/schaff/encyc/encyc04/htm/0477=461.htm


Christ en majesté
évangéliaire de Lorsch, vers 810


29 septembre 2008

Uniatisme & papisme en Grèce: mgr Seraphim de Piraeus dénonce la duplicité de Benoît 16


La grosse artillerie que le président de l'État-cité du Vatican, m. Joseph Ratzinger (surnommé Benoît 16 par ses afficionados), a lancée contre l'Église du Christ, suivant en cela les sulfureuses méthodes & buts de ses prédécesseurs, est nettement moins rigolote mais tout aussi peu chrétienne que la soeur Marie-Thérèse des Batignoles dessinée par l'inénarrable Maëster dans "fluide glacial." Il est dès lors "surprennant" qu'une majorité des hiérarques de l'Église continue à frayer et même à se "pacser" avec tout ce qui vient du vatican. C'est la souris qui se couche dans le lit du crotale. Je préfère la BD de Maëster à la fréquentation du crotale, même de loin! Heureusement, le Seigneur a finit par susciter de bons pasteurs, comme ce jeune archevêque de Piraeus, en Grèce. Ils sont rarissimes pour le moment, l'appareil ayant créé un système lui permettant de s'auto-choisir et prolonger les erreurs (voire pire), mais le temps viendra où la tendance s'inversera. Deo gratias!


mgr Seraphim de Piraeus dénonce la duplicité de Benoît 16
http://www.oodegr.com/english/papismos/serafeim_kata_papa1.htm

Mgr Seraphim accuse le vatican d'utiliser les Uniates grecs comme "cheval de Troie" contre l'Église de Grèce, et demande qu'elle se retire du dialogue inter-églises.

Extrait du journal quotidien "Paron", du 01-06-08.
http://www.paron.gr

Avec sa lettre adressée à l'archevêque et au Saint-Synode, le métropolite Seraphim de Piraeus pose le problème du départ de l'Église autocéphale de Grèce du "Conseil Mondial des soi-disantes églises", de même que de tous les autres cercles de dialogue avec les hétérodoxes, suite à la récente nomination de m. Demetrios Salahas comme nouvel évêque des Uniates grecs, sur suggestion du pape Benoît 16 de Rome.

Percevant évidemment cet événement particulier comme une provocation directe contre l'Église de Grèce, le pontife de Piraeus a insisté que "ceci révélait l'hideux visage du papisme" et faisait remarquer "qu'enfin, le temps est venu de réagir contre la tentative de violation de la dignité de l'Église Indivise, Orthodoxe Catholique, chose que la Rome déchue tente de manière éhontée de faire."

Ci-dessous, le texte intégral de la lettre du métropolite Seraphim de Piraeus, datée du 23 mai 2008:
.......................................................................
Votre Béatitude,


Suite à la récente élection du nouvel évêque des Uniates de Grèce sur décision du pape de Rome m. Benoît 16, il est à présent démontré, sans que le doute le plus naïf ne soit encore possible, que la parasynagogue hérétique papiste (l'ecclésiole) – comme feu notre père spirituelle de bienheureuse mémoire l'archevêque Seraphim avait l'habitude de la qualifier – n'a pas le moins du monde dévié de son affreuse position contre l'Église Indivise Orthodoxe Catholique – dont elle s'était d'elle-même séparée, avant d'ensuite mener et causer des milliers d'autres chutes – déformant volontairement et méthodiquement à la fois le dogme et le fonctionnement et l'ethos de l'Église Indivise.

L'intronisation à Athènes même, le 24 de ce mois de mai, de m. Demetrios Salahas comme évêque des inexistants "Uniates de Grèce" a intégralement jeté bas le masque de leurs prétendues "relations amicales" et de la théorie des "Églises-soeurs," révélant la véritable et hideuse face du papisme, qui a, au moment opportun, porté un coup à la vérité de la Foi en persévérant sataniquement dans son intolérable méchanceté.

Dès lors, je crois à juste titre que nous avons le devoir de ré-évaluer (conformément aussi au texte de Ravenne qui est une honte pour l'Église Indivise Orthodoxe Catholique) la continuation de notre participation en tant qu'Église autocéphale – ayant été frappé de manière directe par la Rome déchue – dans les dialogues en cours avec cette dernière, et à en même temps ré-évaluer ce qu'est vraiment notre contribution, au sein de la masse de ramifications hérétiques de ce Conseil oecuménique des soi-disantes "églises", de même qu'à examiner l'utilité ou non de notre participation dans les autres dialogues avec les hétérodoxes, car je crains que la seule chose qui sera "accomplie", ce sera de fournir à leurs dirigeants un alibi qui prouverait prétendument leur équivalence spirituelle avec l'Église fondée par Dieu, Indivise, Orthodoxe Catholique.

L'élection et l'intronisation du nouvel évêque Uniate à Athènes nous place chacun d'entre nous devant ses responsabilités historiques, et je crois humblement que le temps est enfin venu de réagir contre la tentative de violation de la dignité de l'Église Indivise Orthodoxe Catholique, chose que la Rome déchue tente de manière éhontée de faire. Bien évidement, vous vous souviendrez de cette image tragique qui fut présentée par les médias télévisuels, lors des funérailles du pape Jean-Paul II de Rome, quand une troupe d'Uniates internationaux chantèrent en grec, dans le but évident de montrer l'oecuménicité du trône papal, en présence des chefs des Églises Orthodoxes autocéphales.

C'est pourquoi je vous suggère très respectueusement que, par une décision qui reste vôtre, cette affaire toute actuelle soit incluse dans les sujets qui seront discutés dans l'agenda du Synode hiérarchique à réunir en octobre prochain, avec notre grand et docte théologien et prodige auteur et bien-aimé frère en Christ, le métropolite Hiérotheos de Nafpaktos et Saint Vlasios comme porte-parole proposé; étant à remarquer qu'il n'est pas au courant de notre proposition en la matière.

Avec ce qui précède, je vous assure de mon indéfectible dévouement et reste,

Avec l'amour fraternel et l'honneur dû

Le moindre de vos frères en Christ,

+Seraphim de Piraeus
...................................................................


Note: Pour ceux qui ne sont pas familiers de la dogmatique, Uniate (du mot "unita", pour "unité") est le nom donné aux anciens Chrétiens Orthodoxes d'Orient qui ont accepté les dogmes de l'église catholique-romaine et se sont unis à elle, suivant en cela les décisions du concile de Ferrara-Florence de 1439. L'hérésie d'uniatisme est accusée de s'efforcer, par tous les moyens possibles, d'amener les Chrétiens d'Orient à l'union avec l'église catholique-romaine, voire à la soumission complète au pape de Rome. Il y a quelques groupes d'Uniates en Grèce, mais ils sont numériquement très faible. Cependant, ils préservent leur autonomie avec détermination.




saint Marc d'Ephèse, dont le métropolite Seraphim est le digne successeur


Le métropolite Seraphim de Piraeus
http://www.impantokratoros.gr/FB35B1C5.en.aspx


Par le protopresbytre Theodoros Zisis
professeur à l'institut de Théologie de l'université Aristote à Thessalonique

La Voix de l'Orthodoxie.

Depuis des décennies, la pan-hérésie qu'est l'oecuménisme infecte la vie et la Foi Orthodoxe. Les pasteurs, les gardiens du troupeau qui devraient être sur le qui-vive et éloigner les loups des hérésies papiste et protestante, dans de trop nombreux cas, gardent le silence et se cachent, soit par crainte et lâcheté, soit afin de ne pas perdre la faveur des potentats, alors que d'autres encore ont succombé à ces hérésies, et tels des loups vêtus d'une peau de mouton, dévorent le troupeau. Nombre de prêtres et de moines ont assumé la protection de la Foi, mais aussi le troupeau lui-même, avec une candeur spectaculaire. Cependant, ce n'est pas la première fois dans l'histoire de l'Église que le troupeau s'est montré plus prudent que ses bergers, étant invisiblement gardé par le chef des Pasteurs, le Christ, qui installe les pasteurs non pour dévorer mais protéger le troupeau, non pour usurper la grâce hiérarchique pour leur bien propre mais pour l'utiliser jusqu'au sacrifice d'eux-mêmes, comme le Christ l'a fait pour le Salut des brebis. Le bon pasteur ne s'enfuit pas lorsqu'il voit le loup approcher, de même qu'il ne se joint pas aux loups, mais "il livre sa vie pour ses brebis."

Le prototype sacrificiel du Grand Pasteur, le Christ, a été suivit par les Apôtres et les saints Pères de l'Église, qui se consacrèrent à la lutte soit contre les hérésies de leurs temps, soit contre les déformations internes et falsifications de l'éthos ascétique évangélique, et furent pour cela martyrisés, comme par exemple le grand et saint père Jean Chrysostome, docteur de la Foi, dont nous fêtons cette année le 1600ème anniversaire de son héroïque repos en martyr, en chemin vers son second exil (407-2007).

Cet enseignement de ces saints évêques, lutteurs et antiques combattants de la Foi ne s'est jamais interrompu au cours des quelque 2 millénaires de marche de l'Église, afin de manifester de manière remarquable qu'il y a ici une succession apostolique ininterrompue, non pas seulement en terme de fonction et d'administration, mais en particulier dans la Foi et dans la vie, comme nous le chantons dans l'hymne de congé pour les saints hiéromartyrs : "Devenus héritiers des voies et successeurs des trônes apostoliques, la tâche que vous avez accomplie, ô inspirés de Dieu, élève jusqu'à Dieu. C'est pourquoi vous avez véritablement maintenu la vérité, et pour la Foi, vous avez lutté jusqu'à répandre votre sang de hiéromartyrs..."

Suivant le silence naturel, dû au grand âge, du métropolite Augustin Kontioti de Florina, dans cette nature apostolique et patristique de nos temps, nous nous étonnons tous de l'absence quasiment complète d'évêques courageux et agissants. Il n'y a plus de Kontiotis. Quand donc, enfin!, pourra-t'on entendre la voix puissante, courageuse et forte de l'Orthodoxie, afin d'effrayer les crapauds vautrés dans les eaux saumâtres, infectées et stagnantes de l'hérésie oecuménique? Certes, il y eut bien quelques évêques élevant la voix, nourrissant l'espoir qu'ils allaient devenir plus pugnaces, de sorte qu'ils pourraient même être entendus des loups, et les faire fuir, et qu'ainsi le troupeau en soit encouragé. Alors les ardentes et profondes prières de milliers de fidèles aspirant à ce que ce climat de silence et de crainte change, climat dans lequel la crainte écrasait tout et réduisait en esclavage, ces prières furent enfin entendues de Dieu. Il rend possible l'impossible, même quand à vue humaine, la situation est inextricable. "La flèche du fort s'affaiblit, et les malades étaient limités dans leurs forces." Le puissant s'affaiblit, mais il fut prescrit par Dieu qu'une forte voix Orthodoxe se ferait entendre, et même qu'elle serait d'un jeune évêque. Le métropolite de Piraeus, son éminence Seraphim, nous a tous surpris et touchés par tout ce qu'il a écrit et rapporté à l'archimandrite Marko Manoli, l'inébranlable combattant de l'Orthodoxie, père spirituel et ancien de "L'Union Panhellénique Orthodoxe," union qui supervise par ailleurs la publication de "Orthodox Typos." Quoiqu'il écrive, quoiqu'il proclame, c'est la Foi, la voix et l'enseignement des saints Pères, et la profonde conscience de l'Église.

Il reconnaît et déclare que "l'épreuve de mélange des genres qu'est l'oecuménisme tel qu'exprimé aujourd'hui par le Conseil Oecuménique des prétendues Églises de même que par diverses assemblées nationales, falsifie et abâtardit la Révélation Chrétienne, et affadit le message du Salut pour en faire quelque chose de mondain, en faisant une sorte de morale privée de la vie, de la Grâce et de la puissance de Dieu. A la fin, cet effort est une tentative désespérée de plus de la part du dragon des abysses afin de neutraliser le message de vie de la Crucifixion et de la Résurrection proclamé par l'Église Catholique Apostolique." Cette pan-hérésie colorée, c'est l'oecuménisme, les églises du Conseil Oecuménique sont appelées églises alors qu'elles n'en sont pas, montrant que tout l'effort oecuménique surgit bien du démon. Avec un patronyme séraphique, l'opposition aux oeuvres de ténèbres est angélique.

A propos de l'hérésie du papisme, toutes les déclarations de la puissante voix de cet évêque Orthodoxe sont apostoliques et patristiques, puissantes et véridiques. Il écrit que puisqu'il s'est séparé de l'Église, le papisme a perdu la grâce divine, ce qui l'a amené à tomber dans de multiples hérésies, menant à la falsification et à la défiguration du Christianisme, et ainsi devenant la cause et le fondement de l'athéisme en Europe. Le métropolite démonta la déclaration papiste de juillet 2007, prétendant que "l'église" papiste était la seule église authentique, et il soutien que ça, ça ne s'applique en réalité qu'à la seule Église Orthodoxe, et pour la première fois au cours des récentes années, de la bouche d'un évêque Orthodoxe, notre départ des dialogues théologiques avec la pan-hérésie oecuméniste est recommandé.

Il écrit : "humblement, je suis de l'opinion que notre mère, la sainte Église Orthodoxe, en tant qu'unique véritablement Église indivise et de continuité historique, devrait proclamer "urbi et orbi" la vérité et la certitude de sa conscience par le moyen de ses positions et textes connus. Suite à cela, elle devrait se retirer des dialogues en question, qui fournissent hélas un alibi aux dirigeants et à ceux qui leurs sont subordonnés dans l'hérésie, et à ceux qui vivent dans les ombres de la mort. Et ainsi, les attirer par des paroles et des actes et une vie évangélique, de sorte que ceux qui se trouvent hors de la Foi salvatrice en reviennent à la vérité commune et pluriséculaire reçue apostoliquement, et que d'autres puissent redécouvrir le Salut, et vaincre la mort par la résurrection, la plus éminente bénédiction qui émane de notre sainte Tradition.

Une si salutaire déclaration et solution qui, si adoptée et mise en application par la hiérarchie de l'Église de Grèce, guérirait aussitôt la blessure du Vieux Calendarisme, apaiserait les lutteurs quant au progrès de la barque de l'Église et dans la bonne compréhension des évêques, et amènerait les hétérodoxes à réfléchir sérieusement à leur Salut.

Nous savourons le fait que cette voix a résonné si fort que les pertes que le papisme en aurait souffert auraient été si nombreuses, si le changement d'attitude de l'Église de Grèce sur l'oecuménisme avait été adopté, que le pape de Rome déclara juste après que le papisme était l'unique église authentique, et que les Églises Orthodoxes avaient quelques éléments d'ecclésiologie, mais qu'elles étaient incomplètes, défectueuses et déficientes parce qu'elles ne reconnaissaient pas la suprématie du pape de Rome, et à cause de cela, elles ne pouvaient apporter le Salut. La réflexion et l'importance des positions du métropolite de Piraeus indiquent aussi que même les papistes en Grèce en furent perturbés, puisqu'à travers leur "évêque" "catholique" de Syros, le franciscain Papamanoli, tentèrent par une lettre de ce dernier, adressée au métropolite de Piraeus, d'exprimer leur tristesse et de repousser ce qu'il avait écrit.
Cette lettre est très intéressante, car elle expose la pensée papiste, et l'absence de repentance des hérétiques. Plus intéressante encore, c'est la réponse du métropolite de Piraeus à "l'évêque" papiste, dans laquelle, avec une franchise toute apostolique et patristique, il appelle le papisme une simple "communauté religieuse" qui n'a absolument pas le moindre rapport avec l'Église du Christ, du fait de ses innombrables hérésies et falsifications, et d'un point de vue personnel de même que fraternel, il lui fait remarquer qu'il n'est pas un évêque de l'Église, mais quelqu'un de "spirituellement responsable pour les fidèles de votre communauté qui restent dans le schisme et l'hérésie," et pour conclure, après avoir brillamment réfuté toutes les prétentions du papiste, il l'exhorte à revenir à l'Église Orthodoxe Catholique. "Je voudrais refermer ce courrier en vous demandant de quitter la cacodoxie latine, et à revenir à l'Église Catholique Indivise des 1.000 premières années, celle dont la Foi, la théologie, l'ascèse, la spiritualité, l'organisation, la Vérité et la Tradition ont été continuée à travers le temps par son extension historique : l'Église Orthodoxe Catholique. Chassez de votre vue ce brouillard d'un millénaire de vie cacodoxe, et rentrez dans l'Église Une, Sainte, Apostolique, Indivise, Catholique et Orthodoxe, contre laquelle "les portes de l'Hadès ne prévaudront jamais," de sorte que vous puissiez être ainsi rentré dans l'Unique Corps du Christ, et ainsi trouver la miséricorde et le pardon."

Quelqu'un a-t'il déjà entendu une voix plus authentique, patristique, audacieuse et courageuse de la part d'un évêque au cours des dernières décennies? Récemment, nombre de clercs et de moines ont réfléchit à exhorter les évêques par une lettre pour qu'ils assument leur responsabilité, et qu'ils déclarent par un Synode si le papisme est une église ou une hérésie, si l'oecuménisme est ecclésiologiquement justifié, et de leur demander de faire sortir l'Église de Grèce hors du Conseil Oecuménique des prétendues églises. Le texte a déjà été composé par le métropolite de Piraeus. C'est avec joie que nous y avons apposé notre signature, aux côtés de celles de milliers de clercs, moines et laïcs, et nous croyons que parmi elles, on trouvera aussi des évêques. Nous attendrons après cette confirmation synodale des positions indiscutables et vraiment Orthodoxes qu'elle exprimera. Quoi qu'il advienne cependant, nous sommes vraiment heureux et joyeux parce que nous avons des évêques Orthodoxes, nous n'en sommes pas privés comme le prétendent les oecuménistes. Eux sont sans évêques, car ils n'ont pas de véritables évêques Orthodoxes. Nous remercions et glorifions le Dieu trinitaire pour avoir suscité de nouveaux Confesseurs de la Foi, et nous répétons la supplique de la Divine Liturgie :
"En premier lieu, souviens-Toi, Seigneur, de l'évêque Seraphim de Piraeus, accorde à Ta Sainte Église qu’il vive de longs jours en paix, en bonne santé, dans l’honneur, et qu’il soit fidèle dispensateur de Ta parole de vérité."

Publié dans le magazine "Theodromia".


original en grec :
http://www.impantokratoros.gr/E736B98A.el.aspx

On remarquera en effet que le métropolite Seraphim de Pireaus est parfaitement en accord avec les saints Pères, d'aujourd'hui comme d'hier. Illustrations avec un texte du p. Païssios l'Athonite et une encyclique des patriarches d'Orient de 1895. Le comparatif sera nettement moins favorable à la plupart de ses confrères dans l'épiscopat, qui n'ont de cesse de se presser dans les lieux de culte des religions humaines (surtout ceux du vatican, des anglicans et autres protestants). Mais la roue tourne..


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"lettre du moine Paisios l'Athonite (1924-1994) datant de 1969 qui est intéressante. Je l'ai traduite de l'anglais à partir de la revue "Orthodox Heritage" du mois de mai-juin 2008.
Tanios
http://www.forum-orthodoxe.com/~forum/viewtopic.php?p=15859

Lettre privée de Paisios l’Athonite concernant l’oecuménisme


La Sainte Montagne
Le 23 janvier 1969


Révérend Père Haralambos

Considérant la grande agitation qui a lieu dans notre Eglise à cause des différents groupes qui oeuvrent pour l’union [des églises] ainsi que les échanges entre le Patriarche Oecuménique et le Pape, je suis profondément attristé en tant qu’enfant de l’Eglise. Aussi j’ai pensé qu’il serait bon qu’en plus de mes prières j’écrive ces quelques mots qui viennent au pauvre moine que je suis afin qu’ils servent à recoudre les différentes parties du vêtement de notre Mère [l’Eglise]. Je sais que vous ferez preuve d’amour et que vous allez les partager avec vos amis religieux. Merci.

Tout d’abord je demande pardon à chacun pour l’audace que je fais en écrivant ces mots car je ne suis ni un saint ni un théologien. Je souhaite que chacun comprenne que ce que j’écris est l’expression de ma profonde tristesse qui résulte de l’attitude infortunée montrant un amour pour le monde de la part de notre père le Patriarche Athénagoras.

Il semble qu’il aime une autre femme moderne qui s’appelle l’église du pape, parce que notre Mère Orthodoxe ne l’impressionne plus du tout car Elle est tellement modeste.
Cet amour de la part de Constantinople provoque de grandes impressions parmi les orthodoxes de nos jours, qui vivent dans un environnement où l’amour est dénué de sens et qui sont éparpillés dans des villes partout dans notre monde. De plus cet amour est conforme à l’esprit de notre temps : la famille perdra sa signification divine avec cette sorte d’amour dont le but est la désintégration et non l’union.

C’est avec un tel amour mondain que notre Patriarche nous prend vers Rome. Pourtant il devrait nous aimer en premier, nous ses enfants, ainsi que notre Mère l’Eglise ; hélas il a envoyé son amour très loin. Le résultat, il est vrai, fait plaisir à ses enfants séculiers qui aiment le monde ( qui ont cet amour mondain ) mais il nous a complètement scandalisés à nous qui sommes les enfants de l’Orthodoxie, jeunes ou vieux, et qui avons la crainte de Dieu.

Je dois avouer avec une grande tristesse que parmi tous les unionistes [oecuménistes] que j’ai rencontrés, je n’ai jamais vu un seul qui avait une goutte de spiritualité. Cependant ils savent parler d’amour et d’union alors qu’ils ne sont pas eux-mêmes unis à Dieu car ils ne L’ont pas aimé.

C’est avec tendresse que je supplie tous les frères unionistes : puisque l’union des églises est une affaire spirituelle et que nous avons besoin d’un amour spirituel, laissons cette question à ceux qui ont un très grand amour de Dieu et qui sont de véritables théologiens comme les Pères de l’Eglise, qui ne sont pas des légalistes mais qui continuent à se donner en service pour l’Eglise (au lieu d’acheter de grands cierges) et qui sont allumés par le feu de Dieu au lieu de l’être par le briquet du sacristain…

Nous devons reconnaître qu’il n’ y a pas que des lois naturelles mais qu’il y a également des lois spirituelles. Par conséquent la colère à venir de Dieu ne pourra être évitée par une réunion de pêcheurs (et alors nous recevrons une colère double) mais par la repentance et l’adhésion aux commandements de Dieu.

C’est pourquoi nous devrions savoir que notre Eglise Orthodoxe n’a même pas un seul défaut. Les insuffisances apparentes proviennent du fait que nous n’avons pas suffisamment d’hiérarques et de pasteurs ayant une solide base patristique. « Les élus sont peu nombreux ». Cela ne doit pas nous troubler. L’Eglise est l’Eglise du Christ et Il la dirige. L’Eglise n’est pas un bâtiment de pierres, de sable et de ciment qui peut être détruit mais l’Eglise est le Christ Lui-même. « Et tout homme qui tombera sur cette pierre sera brisé ; celui sur qui elle tombera elle les pulvérisera » (Mathieu, 21 :44-45).

Lorsqu’ il le faudra, Notre Seigneur suscitera un Marc d’Ephèse ou un Grégoire Palamas, pour rassembler nos frères scandalisés, confesser la foi Orthodoxe, renforcer la Tradition et combler de joie notre Mère l’Eglise.

Dans le passé, de nombreux fidèles, moines ou laïcs, se sont détachés de l’Eglise à cause des unionistes. A mon avis chaque fois que des gens se séparent de l’Eglise à cause des fautes du Patriarche ils ne font pas bien du tout. C’est du dedans, tout près de notre Mère l’Eglise, qu’il est du devoir et de l’obligation de chaque membre de lutter à sa façon. Cesser de commémorer le Patriarche, se séparer et créer sa propre église et de continuer à parler de façon blessante du Patriarche dénote un manque de sens.

Si pour cette (ou autre) déviation du Patriarche nous nous séparons de l’église et que nous fassions nos propres églises – que Dieu nous en préserve- nous dépasserons les Protestants ! Il est plus facile de se séparer que de se réunir à nouveau.

Malheureusement nous avons beaucoup « d’églises » créées par des groupes importants ou même par une seule personne. Il se peut que chacun fasse son église dans son skite (je parle de choses qui arrivent dans la Sainte Montagne) et se figure ainsi qu’il a crée son église indépendante.

Si les unionistes [oecuménistes] donnent à l’église sa première blessure, les groupes que je viens de mentionner lui donnent la seconde.

Prions afin que Dieu nous éclaire, y compris le Patriarche Athénagoras, afin que que l’union entre ces « églises » se fasse en premier, que la tranquillité revienne parmi les fidèles qui ont été scandalisés, que la paix et l’amour fraternel règnent entre tous les membres des Eglises Orthodoxes ; ensuite nous penserons à l’union avec les autres « confessions » si et seulement si elles désirent sincèrement embrasser la foi Orthodoxe.

Je dois ajouter qu’il y a un troisième groupe dans notre Eglise. Il s’agit des frères qui sont Ses enfants fidèles mais qui n’ont pas d’entente spirituelle entre eux. Ils passent leur temps à se critiquer les uns les autres et ce n’est pas pour le bon combat. Ils se surveillent mutuellement [au lieu de se surveiller] et font des critiques violentes à ce que les uns ou les autres disent ou écrivent…

Beaucoup de mal en résulte car ils se font mutuellement tort. Cela sème l’incroyance dans le cœur des faibles car le comportement de ces personnes les scandalise.

Malheureusement parmi nous il y en a qui font des réclamations insensées envers d’autres. Nous voulons qu’ils conforment leur caractère spirituel au notre. En d’autres termes, si quelqu’un n’est pas en harmonie avec notre caractère, ou bien s’il est un peu doux avec nous, ou même s’il est un peu tranchant, nous concluons immédiatement qu’il n’est pas une personne spirituelle. Or nous sommes tous nécessaires dans l’Eglise : tous les Pères, les doux comme les austères ont offert leur service à l’Eglise. C’est comme les herbes, elles peuvent être douces ou amères et dans tous les cas elles font du bien à notre corps. Il en est de même pour le Corps de l’Eglise. Tous sont nécessaires. Chacun complète la caractère spirituel de l’autre et tous nous sommes liés entre nous afin de supporter non seulement nos différences de caractères mais également nos faiblesses humaines.

A nouveau je vous demande pardon d’avoir écrit avec audace. Je ne suis qu’un pauvre moine et mon travail est de lutter à la mesure de mes moyens afin de me libérer du vieil homme et d’aider les autres dans l’Eglise avec l’aide de Dieu par la prière.

C’est parce que ces nouvelles qui fendent le cœur concernant notre Sainte Orthodoxie sont parvenues à mon ermitage m’ont grandement attristé que j’ai écrit ce que je ressens.

Prions afin que Dieu nous accorde Sa grâce et que chacun puisse contribuer à sa façon à la gloire de notre Eglise.

Avec mes respects pour tous.
Le moine Paisios.

Traduit de l’anglais à partir de la revue "Orthodox Heritage" Vol. 06 Mai-Juin 2008."



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LETTRE ENCYCLIQUE DES PATRIARCHES ORTHODOXES D'ORIENT DE 1895. (en réfutation des affirmations, falsifications et prétentions pluriséculaires vaticanes rappelées par Léon XIII en 1895)

A nos très saints et très aimés de Dieu frères en Christ les Métropolites et les Evêques, à leur clergé saint et vénérable et à tous les laïcs pieux et orthodoxes du saint trône apostolique et patriarcal de Constantinople.
"Souvenez-vous de vos conducteurs qui vous ont annoncé la parole de Dieu; considérez quelle a été la fin de leur vie et imitez leur foi. Jésus-Christ est le même hier, aujourd'hui et pour l'éternité." Hebr. 13,7.




1.- Toute âme pieuse et orthodoxe animée d'un zèle sincère pour la Gloire de Dieu ressent une tristesse et une douleur profonde de voir que l'ennemi du Bien, celui qui, dès l'origine, par jalousie du salut de l'homme, fut meurtrier, ne cesse jamais de semer l'ivraie dans le champ du Seigneur pour y étouffer le bon grain. C'est lui qui fut, dès les premiers temps, l'auteur de ces hérésies, semblables à de l'ivraie qui sont apparues dans l'Église de Dieu et qui toujours nuisent au Salut de l'humanité en Christ. C'est avec justice que ces hérésies, comme de mauvaises herbes ou des membres gangrenés ont été ôtées et séparées du Corps sain qu'est l'Église Orthodoxe universelle du Christ.
Ainsi en ces derniers temps le Malin a égaré, en Occident, loin de l'Église Orthodoxe du Christ, des nations entières pour avoir inspiré aux évêques de Rome des pensées d'une arrogance folle et des innovations contraires aux Canons de l'Église et à l'Évangile. Mais il a fallu encore que les papes de Rome aient cherché, par des tentatives d'union, déterminées mais sans jugement, à plier à leur fantaisie et à soumettre à leurs erreurs l'Église Catholique du Christ qui poursuit sa marche, inébranlable, dans l'orthodoxie de la Foi transmise par les Pères Saints.
2°- Ainsi S.S. le pape de Rome Léon XIII, pour son jubilé épiscopal, a publié au mois de Juin de l'an de grâce 1895 une lettre encyclique adressée aux chefs d'Etat et aux nations du monde entier où il invite en particulier notre Église Orthodoxe, Catholique et Apostolique à s'unir au trône papal. Il y soutient que la seule voie pour atteindre à une telle union est que l'Église Orthodoxe le reconnaisse comme souverain pontife, comme la plus haute autorité en matière spirituelle et temporelle, comme unique représentant du Christ sur la terre et comme dispensateur de toute grâce.
3°- Sans aucun doute, le cœur de tout Chrétien doit être rempli du désir de l'union des Églises; et le monde Orthodoxe tout particulièrement, inspiré du véritable esprit de piété et considérant le dessein divin de l'établissement de l'Église par le Dieu-Homme, notre Sauveur Jésus-Christ, souhaite vivement l'unité des églises dans la Foi une de la doctrine apostolique transmise par les Pères "Jésus-Christ Lui-même étant la pierre d'angle."
C'est pourquoi notre Église, dans ses offices, prie chaque jour le Seigneur de rassembler les dispersés et de réunir ceux qui sont égarés hors du chemin de vérité, de la seule voie conduisant au Salut de tous, le Fils Unique et Verbe de Dieu, notre Seigneur Jésus-Christ. C'est dans cette espérance que notre Église Orthodoxe du Christ est toujours prête à accueillir toute proposition d'union à la condition expresse que l'évêque de Rome abandonne définitivement et totalement toutes les nombreuses et diverses innovations contraires à l'Évangile que de sa seule autorité il a imposé à son église et qui ont provoqué la triste division des Églises d'Orient et d'Occident; ainsi qu'il revienne à l'enseignement fondamental des 7 saints Conciles œcuméniques dont l'autorité est universelle et perpétuelle dans l'Église du Christ parce qu'ils y ont été assemblés dans l'Esprit Saint, en présence des représentants de toutes les saintes Églises de Dieu, pour affirmer la règle de la foi Orthodoxe contre les hérétiques.
C'est ce que l'Église Orthodoxe, par ses actes et ses lettres encycliques, n'a cessé de demander à l'église papale, lui donnant à entendre clairement et fermement que toute discussion sur l'union serait vaine et vide tant que cette église persévérerait dans ses innovations et aussi tant que l'Église Orthodoxe serait fidèle aux traditions divines et apostoliques du Christianisme que l'Occident suivait lui aussi à l'époque où il était uni dans un même esprit avec les Églises Orthodoxes d'Orient.

On voit donc pourquoi, jusqu'à maintenant, nous avons préféré le silence et le refus de prendre en considération l'encyclique papale, estimant inutile de parler à ceux qui n'ont pas les oreilles pour entendre. Mais puisque récemment nous avons vu avec étonnement et inquiétude la papauté abandonner la méthode de la discussion et de la persuasion pour prendre aux pièges les fidèles Orthodoxes les plus simples et envoyer des ouvriers de mensonge déguisés en apôtres du Christ, revêtus des habits et des ornements des prêtres Orthodoxes, dans le but de faire, par toutes sortes de ruses, des prosélytes, nous avons cru de notre devoir sacré de publier cette lettre patriarcale et synodale pour la sauvegarde de la Foi et de la piété Orthodoxe, nous rappelant que "si l'observance des canons véridiques est un devoir pour tout homme de bien, elle l'est davantage encore pour ceux que la Providence a jugé dignes de gouverner les affaires des autres." (St. Photios, epist.3)

4°- Comme nous l'avons déjà proclamé, l'Église Orthodoxe du Christ, Une, Sainte, Catholique et Apostolique, souhaite vivement la réunion sainte, dans une même Foi, des églises qui se sont séparées d'elle; mais sans cette unité dans la Foi, l'union des églises est quelque chose d'impossible.
Puisqu'une telle unité, de l'aveu même du pape, n'existe pas entre les Orthodoxes et les catholiques-romains, on ne comprend pas comment S.S. Léon XIII peut affirmer que l'union véritable peut être réalisée et soutenir sans contradiction, comme il l'a fait dans son encyclique précédente du 30 Novembre 1894, qu'une fois l'union réalisée, chaque église pourra conserver ses propres définitions dogmatiques et canoniques même si elles diffèrent de celles de l'église de Rome. N'y a-t-il pas une contradiction manifeste, si dans une même église, quand l'un confesse que le Saint-Esprit procède du Père, l'autre croit qu'Il procède du Père et du Fils; quand l'un baptise par la triple immersion, l'autre asperge; quand l'un utilise le pain levé pour la sainte Eucharistie, l'autre du pain sans levain; quand l'un donne aux fidèles le calice et le pain, l'autre le pain seulement et ainsi de suite. Le sens même d'une telle contradiction nous est obscur : le pape agit-il pas esprit - de respect des traditions évangéliques et les reconnaît-il ainsi, fût-ce indirectement, par le biais d'une concession ? Ou agit-il pour d'autres motifs ?

5°- Quoiqu'il en soit, si l'on veut réaliser concrètement le pieux désir de l'union des Églises, il faut poser un principe et un fondement commun qui ne saurait être plus solide que l'enseignement de l'Évangile et des 7 Conciles Oecuméniques. Revenant à l'enseignement qui était commun aux Églises d'Orient et d'Occident jusqu'au schisme, il faut rechercher avec un désir sincère de vérité quelle était la Foi de l'Église Une, Sainte, Catholique et Apostolique, qui formait alors en Orient et en Occident un seul corps, afin de garder cette foi intacte et inaltérée. Celui qui préfère la gloire de Dieu à sa propre gloire n'a-t-il pas le devoir absolu et sacré de corriger avec piété ce qui a pu être ajouté et retranché à la Foi et ne doit-il pas songer qu'il devra répondre devant le juste tribunal du Christ d'avoir, avec arrogance, perpétué la déformation de la vérité? Nous ne parlons absolument pas ici des différences d'usage dans les saints offices ou dans la musique religieuse, ou dans les vêtements liturgiques, toutes choses qui ont toujours existé et qui ne portent pas atteinte à la substance et à l'unité de la Foi; mais il s'agit ici des divergences fondamentales qui engagent le divin dépôt de la Foi et les Canons transmis par Dieu pour le gouvernement des Églises. En effet saint Photios nous dit que "lorsque les divergences ne sont pas de Foi et ne contredisent pas des règles universellement admises dans l'Église, les rites et les usages peuvent varier parmi les peuples et sont laissés au jugement de ceux qui ont le discernement pour apprécier leur justesse et leur conformité aux canons."
6.- Dans cette perspective, pour la cause sainte de l'union, l'Église Orthodoxe et universelle du Christ en Orient est prête à accepter de tout cœur tout ce que les Églises d'Orient et d'Occident confessaient unanimement avant le neuvième siècle, si tant est qu'elle ait modifié ou abandonné quoi que ce soit par la suite. Si les Occidentaux parviennent à prouver en se fondant sur l'enseignement des Pères saints et des Conciles divinement rassemblés avant le neuvième siècle que l'Église de Rome, alors Orthodoxe, qui avait juridiction sur l'Occident, lisait avant cette date le Credo avec l'addition du FILIOQUE, utilisait le pain azyme, acceptait la doctrine du feu purgatoire, aspergeait au lieu de baptiser, croyait à l'immaculée conception de la Toujours-Vierge Marie, au pouvoir temporel, à l'infaillibilité et à l'absolutisme de l'évêque de Rome - nous n'avons plus rien à répondre. Mais si, au contraire, il est prouvé comme le reconnaissent certains Latins qui ont l'amour de la vérité, que l'Église orthodoxe et universelle du Christ garde les doctrines transmises et confessées depuis l'origine, que l'Orient et l'Occident professaient ensemble, jusqu'à ce que l'Église d'Occident les pervertisse par ses innovations diverses, il est clair même pour un enfant que le moyen le plus simple pour réaliser l'union est le retour de l'église occidentale à son ancienne situation doctrinale et canonique, car la foi ne saurait changer selon le temps et les circonstances, elle demeure la même, toujours et partout, comme l'écrit l'Apôtre: "Il y a un seul corps et un seul esprit, une seule Foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père de tous, et parmi tous et en tous." Eph.4,5.

7.- Ainsi l'Église Une, Sainte, Catholique et Apostolique des 7 Conciles Oecuméniques confesse et enseigne fidèlement à l'Évangile que le Saint-Esprit procède du Père, mais en Occident, à partir du IXe siècle, on falsifia le saint Credo rédigé et consacré par les Conciles Oecuméniques et on répandit arbitrairement l'idée que le Saint-Esprit procédait aussi du Fils (FILIOQUE). Et certainement le Pape Léon XIII n'est pas sans savoir que son prédécesseur et homonyme, le pape Orthodoxe Léon III, le Confesseur de l'Orthodoxie, fit condamner synodalement en 809 l'addition du FILIOQUE comme contraire à l'Évangile et parfaitement illégitime; et qu'ensuite il fit graver sur deux plaques d'argent, en grec et en latin, le saint Credo de Nicée-Constantinople dans son intégralité et sans altération, ajoutant seulement cette inscription: "Moi Léon, j'ai posé ces plaques par amour et pour la sauvegarde de la Foi Orthodoxe." Le pape ne peut pas ignorer non plus qu'au cours du Xème siècle ou au début du XIème, cette addition illégitime et contraire à l'Évangile fut insérée dans le Credo à Rome et que, l'Église romaine, en persistant uns ses innovations, et en refusant de revenir au dogme des Conciles Oecuméniques, est nécessairement la seule responsable du schisme aux yeux de l'Église Une, Sainte, Catholique et Apostolique du Christ qui garde ce qu'elle a reçu des Pères et conserve en toutes choses le dépôt de la Foi dans son intégralité selon l'injonction de l'Apôtre: "Garde le bon dépôt, par le Saint-Esprit qui habite en nous", "évite les discours vides et profanes et les disputes de la fausse science dont font profession quelques uns qui se sont ainsi détournés de la foi." 2Tim.1,14 ITim.6,20.



8°- L'Église, Une, Sainte, Catholique et Apostolique des 7 premiers Conciles Oecuméniques baptisait par triple immersion et le pape Pélage dit que la triple immersion est un "commandement du Seigneur". Au XIIIème siècle le baptême par immersion prévalait encore en Occident et les saints fonts baptismaux qui ont été conservés dans les églises les plus anciennes d'Italie l'attestent de manière éloquente. Mais plus tard la papauté admit de son propre chef l'aspersion et voulut s'y tenir, ce qui élargit encore le fossé qu'elle avait creusé. Mais nous Orthodoxes, fidèles à la tradition apostolique et à la pratique de l'Église des 7 Conciles Oecuméniques, "nous tenons bon, selon le mot de saint Basile, et nous luttons pour la confession commune, en gardant précieusement le trésor de la Foi droite légué par nos Pères."

9.- L'Église Une, Sainte, Catholique et Apostolique, des 7 Conciles Oecuméniques, suivant l'exemple même de notre Sauveur, a célébré la sainte et divine Eucharistie pendant près de mille ans en Occident comme en Orient avec du pain levé, comme l'attestent eux-mêmes les théologiens occidentaux aimant la vérité. Mais la papauté, à partir du XIème siècle, a fait aussi une innovation au sacrement saint et divin de l'Eucharistie en y introduisant du pain sans levain.

10.- L'Église Une, Sainte, Catholique et Apostolique des 7 saints Conciles Oecuméniques a toujours affirmé que les saints Dons sont consacrés après la prière d'invocation au Saint-Esprit par la bénédiction du prêtre, comme les anciens rituels de Rome et des Gaules peuvent en témoigner. Néanmoins la papauté a là encore innové en affirmant d'une façon arbitraire que la consécration des dons précieux se produisait lorsqu'on prononçait les paroles du Seigneur: "Prenez et mangez, ceci est mon corps" et "Buvez-en tous ceci est mon sang."

11.- L'Église Une, Sainte, Catholique et Apostolique des 7 Conciles Oecuméniques, fidèle au commandement du Seigneur "Buvez-en tous" fait communier également les fidèles au saint Calice, alors que la papauté, depuis le XIème siècle, a innové en privant les laïcs du saint Calice; elle a ainsi transgressé le commandement même du Seigneur et contrevenu à la pratique universelle de l'Église et aux nombreuses interdictions formelles des évêques anciens de Rome.

12.- L'Église Une, Sainte, Catholique et Apostolique des 7 Conciles Oecuméniques, marchant sur les traces des Apôtres, de la Tradition et de la Sainte Ecriture, prie et invoque la miséricorde de Dieu pour le pardon et le repos de ceux qui se sont endormis dans le Seigneur. Mais la papauté, à partir du XIIème siècle, a inventé et donné comme privilège particulier au pape, une multitude d'innovations, le feu purgatoire, la surabondance des vertus des saints et leur distribution à ceux qui en ont besoin etc…, soutenant encore qu'il existe une pleine récompense pour les Justes avant la Résurrection universelle et le Jugement Dernier.

13.- L'Église Une, Sainte, Catholique et Apostolique des 7 Conciles Oecuméniques enseigne que l'Incarnation surnaturelle du Fils et Verbe de Dieu, Son Incarnation du Saint-Esprit et de Marie la Vierge est SEULE pure et immaculée. Mais la papauté - il y a à peine 40 ans - a introduit une autre innovation et produit un nouveau dogme, celui de l’immaculée conception de la Mère de Dieu et Toujours Vierge Marie, inconnu dans l'Église ancienne et combattu même par la suite par de nombreux théologiens de la papauté.

14.- Le pape a passé sous silence dans son Encyclique ces différences considérables et fondamentales en matière de foi qui séparent les deux Églises et dont l'Occident fut pourtant l'inventeur; et il nous présente la question de la primauté du souverain pontife pour la principale et même pour la seule cause de la division; il nous renvoie aux sources afin que nous nous livrions à une recherche diligente et que nous déterminions ce que nos pères confessaient et ce que les premiers temps du christianisme nous ont légué. Or, si nous consultons les Pères et les Conciles Oecuméniques de l'Église durant les 9 premiers siècles, nous sommes certains que l'évêque de Rome n'a jamais été considéré comme l'autorité suprême et le chef infaillible de l'Église, mais que chaque évêque était, à la tête de sa propre Église, soumis uniquement aux ordonnances synodales et aux décisions de l'Église universelle, qui, elle seule, est infaillible. L'évêque de Rome ne faisait en aucune manière exception à cette règle, comme le montre l'histoire de l'Église. Seul notre Seigneur Jésus-Christ est le Maître éternel et le Prince immortel de l'Église, car "Il est la tête du corps de l'Église" (Col. 1,18), et qu'Il a dit à Ses divins disciples et apôtres lors de Son Ascension dans les Cieux: "Voici, Je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde." Dans la Sainte Ecriture, l'apôtre Pierre - dont les papistes font le fondateur de l'Église de Rome en se fondant sur les Pseudo-Clémentines, lettres apocryphes du deuxième siècle - lors du Concile Apostolique de Jérusalem parle en égal avec les autres Apôtres; ailleurs, il est sévèrement réprimandé par l'Apôtre Paul, comme en témoigne l'épître aux Galates, 2,II.
En outre les papistes savent très bien eux-mêmes que durant les premiers siècles, le passage de l'Évangile auquel se réfère le pape: "Tu es Pierre et sur cette pierre Je bâtirai mon Église", est interprété d'une façon toute autre par la Tradition et par l'unanimité des Pères saints. La pierre d'angle sur laquelle le Seigneur a bâti Son Église et contre laquelle les portes de l'Hadès ne prévaudront pas, c'est métaphoriquement la véritable confession de Pierre, selon laquelle le Seigneur "est le Christ, le Fils du Dieu Vivant." Sur cette confession et sur cette Foi repose, inébranlable, l'enseignement salutaire de la prédication évangélique transmise par les Apôtres et leurs successeurs. C'est manifestement ce passage ainsi interprété que l'Apôtre Paul, ravi aux cieux, avait en vue lorsqu'il déclara sous l'inspiration divine: "Selon la grâce que Dieu m'a donnée, j'ai posé le fondement comme un habile architecte, mais un autre bâtit dessus. Car personne ne peut poser un autre fondement que celui qui est en place, à savoir Jésus-Christ."
Dans un autre sens, l'Apôtre Paul dit, dans l'Epitre aux Ephésiens, que les prophètes et les Apôtres sont ensemble le fondement de l'édification des fidèles dans le Christ, c'est-à-dire les membres du Corps du Christ qu'est l'Église: "Ainsi donc vous n'êtes plus des étrangers, ni des gens du dehors, mais vous êtes des concitoyens des saints et membres de la famille de Dieu. Vous êtes établis sur le fondement des Apôtres et des prophètes, Jésus-Christ étant la pierre d'angle." Eph. 2,19.
Tel étant donc l'enseignement divinement inspiré des Apôtres en ce qui concerne le fondement et le chef de l'Église de Dieu, les saints Pères qui s'en tenaient fermement aux traditions apostoliques ne pouvaient imaginer une primauté absolue de l'Apôtre Pierre et des évêques de Rome; ils ne pouvaient pas donner de ce texte évangélique une autre interprétation, inconnue de l'Église, différente de celle qui est véridique et juste. Ils ne pouvaient non plus inventer de leur propre autorité une doctrine nouvelle accordant des privilèges excessifs à l'évêque de Rome comme successeur prétendu de saint Pierre; surtout si l'on sait que l'Église de Rome a été fondée non par Pierre - dont le ministère apostolique à Rome est inconnu - mais par Paul, l'Apôtre des Gentils ravi aux cieux, dont l'apostolat à Rome nous est parfaitement connu par ses disciples.


15.- Les divins Pères, honorant l'évêque de Rome au seul titre d'évêque de la capitale de l'Empire, lui ont donné une primauté d'honneur, le considérant comme premier parmi les égaux. Ils ont aussi attribué cette primauté à l'évêque de Constantinople, quand cette ville devint capitale de l'Empire romain, comme en témoigne le 28ème Canon du Concile Oecuménique de Chalcédoine, qui dit entre autres: "Nous décidons et décrétons les mêmes choses en ce qui concerne les prérogatives de la très sainte Église de Constantinople, la Nouvelle Rome. Les Pères ont à juste titre accordé cette prérogative au trône de l'ancienne Rome parce qu'elle était la capitale impériale. De même, mus par la même considération, les 150 évêques très pieux, ont conféré une prérogative égale au trône de la Nouvelle Rome." Ce Canon démontre donc que l'évêque de Rome est égal à l'évêque de Constantinople et à ceux des autres Églises : aucun Canon, aucun écrit des Pères de l'Église ne contient la moindre allusion à une éventuelle primauté de l'évêque de Rome sur l'Église universelle, à une juridiction infaillible sur les évêques des autres églises indépendantes et autonomes ou encore à une succession particulière de l'Apôtre Pierre comme vicaire de Jésus-Christ sur la terre.

16.- A l'époque des 7 Conciles Oecuméniques, chaque Église autocéphale d'Orient et d'Occident était totalement indépendante et s'administrait elle-même. Comme les évêques des Églises autocéphales d'Orient, les Églises d'Afrique, d'Espagne, des Gaules, de Germanie et de Grande-Bretagne dirigeaient elles-mêmes, en des conciles locaux, leurs propres affaires; l'évêque de Rome n'avait aucun droit d'intervenir et lui-même, comme les autres, était soumis avec obéissance aux décisions des synodes. Mais, pour les questions importantes nécessitant la sanction de l'Église universelle , on réunissait un Concile Oecuménique qui seul était et demeure l'instance suprême dans l'Église universelle. Telle était l'ancienne constitution de l'Église Universelle. Les évêques étaient indépendants les uns des autres et chacun entièrement libre à l'intérieur de sa juridiction, mais, ils devaient se conformer aux décrets des synodes où, tous, ils étaient égaux.
De plus, aucun d'eux n'a jamais prétendu à un pouvoir monarchique sur l'Église entière; si parfois certains évêques de Rome ambitieux ont exprimé des revendications excessives et ont aspiré à un absolutisme inconnu de l'Église, ils ont été blâmés par tous. L'affirmation de Léon XIII, selon laquelle avant Photios le Grand, le nom du trône de Rome était saint pour tous les peuples du monde chrétien, que l'Orient et l'Occident étaient absolument soumis à l'évêque de Rome comme successeur légitime de saint Pierre et comme vicaire de Jésus-Christ sur la terre, cette affirmation est donc une erreur manifeste.

17.- Pendant les 9 siècles des Conciles Oecuméniques, l'Église Orthodoxe d'Orient n'a jamais reconnu certaines prétentions excessives à la primauté avancées par les évêques de Rome ni ne s'est jamais soumise à ces derniers, comme l'histoire de l'Église en apporte le témoignage évident. L'indépendance de l'Orient à l'égard de l'Occident est clairement montrée parla lettre très significative de Basile le Grand à Eusèbe le saint évêque de Samosate: "Lorsqu'on fait appel à des gens à l'esprit hautain, ils n'en deviennent que plus méprisants. Si le Seigneur a pitié de nous, de quelle autre aide avons-nous besoin? Mais si la colère de Dieu est sur nous, quelle aide les Occidentaux arrogants pourront-ils nous apporter ? Les hommes qui ne connaissent pas la Vérité ne peuvent supporter de l'apprendre; leurs fausses suspicions les remplissent de préjugés et ils se conduisent aujourd'hui de la même façon que jadis pour Marcellus."
Le vénéré Photios, le saint hiérarque et luminaire de Constantinople, défendit cette indépendance dans la seconde moitié du IXème siècle et pressentant que bientôt l'Occident ne respecterait plus les constitutions apostoliques et se séparerait de l'Orient orthodoxe, il s'efforça d'abord d'éviter pacifiquement ce danger. Alors l'évêque de Rome, Nicolas 1er, se mêla, au mépris des Canons, des affaires de l'Orient et sortant des limites de son autorité, voulut soumettre l'Église de Constantinople. C'est ainsi qu'il amena les Églises au bord du schisme douloureux.
Voilà comment les germes de l'absolutisme papale, semés grâce aux Pseudo-Clémentines, furent cultivés, à l'époque précisément de Nicolas 1er, grâce aux pseudo-décrets isidoriens, mélanges de fausses décisions impériales et de fausses lettres des anciens évêques de Rome, qui visent à faire croire, au mépris de la vérité historique et de la constitution de l'Église, que dans les premiers temps du Christianisme, on accordait aux évêques de Rome une autorité sans limites sur l'Église universelle.

18.- Nous rappelons ces faits avec une tristesse dans notre cœur d'autant plus grande que la Papauté aujourd'hui, tout en reconnaissant que ces décrets outranciers étaient des faux, rédigés de propos délibéré, refuse pourtant de revenir aux canons et aux règles des Conciles Oecuméniques.
Elle a même, à la fin du XIXème siècle, accru encore le fossé qui sépare la papauté de l'Église orthodoxe, en proclamant que l'évêque de Rome est infaillible. L'Église du Christ en Orient, Orthodoxe et catholique, ne reconnaît personne infaillible sur cette terre, à l'exception du Fils et Verbe de Dieu qui S'est incarné d'une façon ineffable. L'Apôtre Pierre lui-même, dont le Pape se prétend le successeur, a renié 3 fois le Christ et a été 2 fois vivement réprimandé par l'Apôtre Paul pour ne pas avoir suivi correctement la voie de la vérité évangélique. Gal.2,11.
Au IVème siècle le pape Libère souscrivit une confession arienne et au Vème siècle Zosime approuva une confession hérétique niant les suites du premier péché. Au VIème siècle le pape Vigil fut condamné par le Cinquième Concile Oecuménique pour ses fausses opinions. Quant à Honorius au VIIème siècle, tombé dans l'hérésie monothélite, il fut condamné comme hérétique par le Sixième Concile Oecuménique et les papes qui lui ont succédé ont reconnu et accepté cette condamnation.



19.- Tous ces faits furent reconnus des peuples d'Occident, au fur et à mesure que la culture se répandait, et ils commencèrent à protester contre ces innovations et à exiger - comme ce fut le cas au XVème siècle au Concile de Bâle et celui de Constance - le retour à la constitution ecclésiastique des premiers siècles à laquelle, par la grâce de Dieu, les Églises orthodoxes d'Orient et du Nord, qui seules forment à présent l'Église Une, Sainte, Catholique et Apostolique du Christ, la colonne et le fondement de la vérité, sont et resteront fidèles.
La même protestation contre la papauté fut élevée au XVIIème siècle par les savants théologiens gallicans et au XVIIIème siècle par les évêques allemands. En notre siècle de science et de critique, la conscience chrétienne s'est dressée contre le nouveau dogme de l'infaillibilité pontificale et ce sont encore les théologiens allemands qui ont protesté en 1870. Il en a résulté la formation de la communauté religieuse indépendante des Vieux Catholiques qui ont désavoué la papauté et en demeurent séparés.

20.- C'est donc en vain que l'évêque de Rome nous renvoie aux sources pour que nous y cherchions attentivement ce que croyaient nos Pères d'autrefois et ce qu'est l'héritage des origines du Christianisme. C'est précisément dans ces sources que nous, les Orthodoxes, nous puisons les doctrines anciennes et divinement transmises que nous gardons précieusement jusqu'à aujourd'hui; nous n'y voyons nulle part les innovations que l'Occident a introduites tardivement, en des temps d'indigence spirituelle, et que la papauté a adoptées et conserve jusqu'à présent.
Ainsi l'Église Orthodoxe d'Orient se glorifie justement dans le Christ d'être l'Église des 7 Conciles Oecuméniques et des 9 premiers siècles du Christianisme et donc d'être l'Église du Christ, Une, Sainte, Catholique et Apostolique, "la colonne et le fondement de la vérité." Quant à l'Église Romaine moderne, elle est l'église des innovations, de la falsification des écrits des Pères de l'Église, de l'interprétation erronée de la Sainte Écriture et des décisions des saints Conciles. Ce pourquoi elle a été condamnée et le demeure tant qu'elle persiste dans son erreur, car, comme le disait saint Grégoire le Théologien, "une guerre louable vaut mieux qu'une paix qui sépare de Dieu."

21.- Telles sont, en résumé, les graves et arbitraires innovations sur la foi et la constitution canonique de l'Église que la papauté a introduites et que l'Encyclique de Léon XIII passe volontairement sous silence. Ces innovations qui touchent à des points fondamentaux de la foi et de l'administration de l'Église et qui sont manifestement contraires à la situation ecclésiale des 9 premiers siècles, rendent impossible l'union tant désirée des Églises. Toute âme pieuse et orthodoxe est remplie d'une douleur inexprimable en voyant la papauté persister avec orgueil dans ses erreurs, alors qu'en revenant à sa situation antérieure, celle de l'époque des 7 Conciles Oecuméniques, celle de l'Église Une, Sainte, Catholique et Apostolique du Christ, elle contribuerait à la réalisation de l'union.

22.- Qu'allons-nous répondre à ce que le pontife romain écrit aux glorieux peuples des Slaves? Personne n'a jamais nié que c'est par la vertu et l'œuvre apostolique de saint Cyrille et de saint Méthode que la grâce du Salut est venue à plusieurs peuples slaves : l'histoire témoigne qu'au temps de Photios le Grand, ces Apôtres grecs des Slaves, ces amis intimes de ce divin Père, partis de Thessalonique pour convertir les Slaves, étaient envoyés non par Rome mais par Constantinople, ville où ils s'étaient formés et avaient été moines, au Monastère de saint Polychrone. Ces faits contredisent absolument l'affirmation contenue dans l'Encyclique du pontife romain au sujet des relations amicales et de la profonde sympathie qui auraient existé entre les tribus slaves et les évêques de Rome. Même si S.S. le pape Léon XIII l'ignore, l'histoire nous apprend avec certitude que les saints Apôtres des Slaves ont rencontré une vive opposition dans leur œuvre et même des excommunications venant des papes et qu'ils furent plus cruellement persécutés par les évêques Francs partisans du pape que par les païens de ces régions. S.S. le pape sait très certainement qu'après la mort de saint Méthode, 200 de ses plus remarquables disciples, à la suite de nombreuse luttes suscitées par l'opposition papale, furent chasses de Moravie et conduits par la force des armes hors de ce pays, pour se disperser en Bulgarie et ailleurs. Il sait sans doute aussi qu'après l'expulsion du clergé slave le plus savant, le rite oriental et l'emploi de la langue slave, alors en usage dans la liturgie, furent supprimés et que peu à peu tout vestige d'Orthodoxie disparut de ces provinces, tout cela avec la bénédiction et la coopération honteuse des évêques de Rome, peu soucieux de la sainteté et de la dignité épiscopale.
Pourtant, malgré ces traitements arrogants, les Églises Orthodoxes Slaves, les filles bien-aimées de l'Orient orthodoxe, et en particulier la grande et glorieuse Église de Russie, ont été protégées et sauvegardées par la grâce de Dieu; elles ont gardé et garderont jusqu'à la fin des temps la Foi Orthodoxe et la liberté qui se trouve dans le Christ.
C'est donc en vain que l'Encyclique papale promet aux Églises slaves prospérité et grandeur, puisque, par la volonté de Dieu, elles jouissent déjà de ces bénédictions et se glorifient dans le Christ de leur fidélité à l'Orthodoxie de leurs Pères.



23.- Tels sont les faits, ils sont prouvés indubitablement par l'histoire de l'Église; et c'est guidés par le souci d'accomplir tout notre devoir que nous nous adressons maintenant aux peuples d'Occident qui avec crédulité, par ignorance de la véritable et impartiale histoire de l'Église, se sont laissés entraîner loin de nous et ont adhéré aux innovations anti-évangéliques et illégitimes de la Papauté schismatique et délaissé l'Église Orthodoxe du Christ, Une, Sainte, Catholique et Apostolique, qui est "l'Église du Dieu Vivant, la colonne et le fondement de la vérité", dans laquelle leurs glorieux ancêtres ont brillé par leur piété et l'Orthodoxie de leur Foi et dont ils ont été les membres fidèles et précieux pendant 9 siècles, suivant avec obéissance ses décisions et marchant sur les traces des Pères et des Conciles Oecuméniques.

24.- Peuples amis du Christ des glorieux pays d'Occident : d'une part nous nous réjouissons de voir que vous avez un zèle réel pour le Christ et que vous êtes guidés par cette juste conviction "que sans la foi du Christ on ne peut plaire à Dieu;" (Hebr. 11,6) mais d'autre part il est évident pour tout homme de bon sens que la Foi salutaire dans le Christ doit être en tout point conforme à l'Écriture Sainte et aux Traditions Apostoliques, sur lesquelles reposent l'enseignement des Pères divins et celui des 7 Conciles Oecuméniques divinement assemblés. Il est tout aussi manifeste que l'Église universelle qui seule garde en son sein, intégralement et sans changement, la Foi une, le divin dépôt prêché et transmis par les Pères théophores guidés par le Saint-Esprit, est une et identique pour l'éternité et non multiple et changeante au gré des temps. Car les vérités évangéliques ne sont pas susceptibles de modification ou de progrès selon les époques, comme le sont les divers systèmes philosophiques : "Jésus Christ est le même hier, aujourd'hui et pour l'éternité." Hebr. 13,18.
C'est ce qu'affirmait au Vème siècle le très saint Vincent, nourri du lait de la piété reçue des Pères au monastère de Lérins en Gaule, lorsqu'il caractérisait, avec grande sagesse et Orthodoxie, le véritable caractère de la Foi et de l'Église : "Dans l'Église Catholique, nous devons surtout nous soucier de conserver ce qui a été cru par tout, en tout temps et par tous. Car cela seul peut être dit vraiment et justement catholique, dans toute la force et la signification de ce mot, qui veut dire "qui comprend tout universellement". Et il en sera ainsi, si nous suivons l'universalité, l'antiquité et le consentement de tous."
Mais, comme nous l'avons dit, l'Église Occidentale, depuis le X° siècle et jusqu'à nos jours, a introduit du fait de la Papauté, des doctrines nouvelles, étrangères et hérétiques et s'est ainsi trouvée séparée et éloignée de la véritable et Orthodoxe Église du Christ. Combien donc, il vous est nécessaire de revenir et de retourner aux doctrines anciennes et inaltérées de l'Église afin d'obtenir le salut en Christ que vous désirez tant, vous le comprendrez facilement en lisant avec attention le commandement donné par l'Apôtre Paul qui fut ravi aux cieux, écrivant aux Thessaloniciens : "Frères, demeurez fermes et retenez les instructions que vous avez reçues, soit par notre parole, soit par notre lettre" 2 Thes. 2,15. Le même Apôtre saint dit aussi aux Galates: "Je m'étonne que vous vous détourniez si promptement de Celui qui vous a appelés par la grâce du Christ pour passer à un autre évangile. Non pas qu'il y ait un autre Évangile, mais il y a des gens qui vous troublent et qui veulent renverser l'Évangile du Christ" Gal. 1,6. Evitez cependant ces pervertisseurs de la vérité évangélique : "Eloignez-vous d'eux, car de tels hommes ne servent point le Christ notre Seigneur, mais leur propre ventre; et, par des paroles douces et flatteuses, ils séduisent les cœurs des simples." Rom.16,18.
Revenez donc maintenant dans le sein de l'Église Une, Sainte, Catholique et Apostolique de Dieu, qui comprend toutes les saintes Églises plantées par Dieu comme de riches vignes dans l'ensemble du monde Orthodoxe et qui sont inséparablement unies les unes aux autres par la même Foi salvatrice en Christ, dans la paix et dans l'Esprit Saint, afin que le Nom tout honorable et magnifique de notre Dieu et Sauveur Jésus-Christ, qui a souffert pour le Salut du monde, soit aussi glorifié parmi vous.

25.- Quant à nous qui, par la grâce et la volonté miséricordieuse de Dieu, sommes les membres précieux du Corps du Christ, c'est-à-dire de Son Église Une, Sainte, Catholique. et Apostolique, gardons fermement la piété de nos Pères telle qu'elle nous a été transmise depuis les temps apostoliques. Méfions-nous des faux apôtres déguisés en brebis qui tentent de séduire les plus simples d'entre les nôtres par de fausses promesses, autorisant tout pour obtenir l'union à la seule condition toutefois qu'ils reconnaissent le pape de Rome comme chef suprême et infaillible et souverain absolu de l'Église universelle, comme seul représentant du Christ sur la terre et source de toute grâce. Nous, au contraire, qui avons été par la grâce et la bonté de Dieu, établis évêques, pasteurs et docteurs des Saintes Églises de Dieu, "veillons sur nous-mêmes et sur tout le troupeau dont l'Esprit Saint nous a institués les surveillants pour paître l'Église de Dieu qu'Il S'est acquise par Son propre Sang" Act. 20,28, et conscients que nous devrons en rendre compte, "exhortons-nous réciproque-ment les uns les autres" 1 Thes. 5,11. "Et que le Dieu de toute grâce, qui nous a appelés dans le Christ Jésus à Sa gloire éternelle, nous rende parfaits, forts et inébranlables" 1 Pier. 5,10 et qu'Il fasse que tous ceux qui errent loin du troupeau un, saint, catholique et Orthodoxe de Ses brebis raisonnables, soient illuminés de la lumière de Sa grâce et de la connaissance de la Vérité.

A Lui la gloire et le règne aux siècles des siècles. Amen:

Fait dans le Palais Patriarcal de Constantinople, au mois d'Août de l'an de grâce 1895

ANTHIME de Constantinople, frère bien-aimé et intercesseur dans le Christ Notre Dieu.
NICODEME de Cyzique, frère bien-aimé
PHILOTHEE de Nicomédie
JEROME de Nicée
NATHANAEL de Pruse
BASILE de Smyrne
STEPHANE de Philadelphie
ATHANASE de Lemnos
BESSARION de Durazzo
DOROTHEE de Belgrade
NICODEME d'Elasson
SOPHRONIOS de Carpathe et Cassus
DENYS d'Eleuthéropolis

au Concile de Constantinople, août 1895


AXIOS !


source de la traduction : "L'encyclique des patriarches d'Orient de 1848"
http://www.forum-orthodoxe.com/~forum/viewtopic.php?t=850

version anglaise :
http://www.orthodoxinfo.com/ecumenism/encyc_1895.aspx

quantité de bons articles (en anglais) sur le sujet :
http://www.orthodoxinfo.com/ecumenism/ea_rome.aspx




épiscopat & apostasie: que doit faire le fidèle Orthodoxe? (Vladimir Moss / ROCIR)
http://www.orthodoxchristianbooks.com/articles/article.php?article_id=241