"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

22 novembre 2008

Bâtir pour Dieu ou pour sa propre renommée

http://thehandmaid.wordpress.com/2008/11/15/building/

Avec l'aide de Dieu
Alexander Matrehin, 1997


Qui construit une église pour Dieu, et non pour la gloire
Jamais n'y gravera son nom dans le marbre.

Who builds a church to God, and not to fame,
Will never mark the marble with his name.

Alexander Pope, poète anglais (18ème s.)

21 novembre 2008

Présentation de la Mère de Dieu au Temple – devenir un temple pour Dieu (Orthodoxwiki, etc)

Ваведење Богородице
Протат - Света Гора 1290.г
http://www.svetosavlje.org/riznice/freske/protat03.htm


Devenir un vivant temple de Dieu
Par le p. Steven Rogers
http://www.orthodoxresearchinstitute.org/articles/misc/rogers_living_temple.htm

Le 21 novembre, l'Église proclame avec joie "Préfiguration de la bienveillance de Dieu, annonce du salut des hommes, aujourd'hui dans le Temple la Vierge se manifeste aux yeux de tous et d'avance proclame le Christ au monde entier. Chantons-lui nous aussi d'une voix forte : "Réjouis-toi, qui accomplis le dessein du Créateur!"

C'est ainsi que le tropaire festif de l'Entrée de la très sainte Mère de Dieu dans le Temple proclame le rôle de Marie dans le plan de Dieu pour le Salut de l'homme – en elle, nous voyons ce que Dieu a rendu possible pour vous et moi.

Comme nous l'apprenons de la fête de la nativité de Marie (8 septembre), ses parents, Joachim et Anne, reçurent la bénédiction d'une fille après nombre d'années à rester sans enfant. L'hymnologie de la nativité de Marie révèle à quel point cette fille était spéciale, étant "destinée avant la conception pour devenir la Mère de Dieu." Marie est appelée "Temple et Trône de Dieu," et "Épouse de la Vie," le "vivant pavillon de la gloire de Dieu." Le sein de Marie allait devenir la demeure de Dieu, où l'union entre Dieu et l'homme en la Personne de Jésus-Christ allait avoir lieu.
La Fête de l'Entrée de la Théotokos rapporte l'histoire de la préparation de Marie pour devenir la Mère de Dieu. Lorsque Marie eu 3 ans, ses parents décidèrent que le temps était venu pour eux d'accomplir leur promesse d'offrir leur enfant au Seigneur. Escortée de jeune filles de son voisinage, Marie fut menée au temple. Elle y fut reçue par le grand prêtre Zacharie, le futur père de Jean le Baptiste – qui l'introduisit dans le Saint des Saints, où elle fut miraculeusement nourrie par un Ange. Elle demeura dans le temple jusqu'à ses fiançailles avec Joseph.
Que pouvons-nous voir dans cette fête? Quelle promesse s'y présente pour nous? Tant la Fête de la nativité de Marie que la Fête de son Entrée nous parle au sujet de sa préparation pour recevoir Christ en elle. Tout au long de son enfance, Dieu l'a préparée de corps et d'esprit pour devenir un tabernacle vivant, un vivant Temple du Christ. Le thème premier de la Fête de l'Entrée de Marie au Temple est celui de l'inhabitation du Saint Esprit en elle. Aux Grandes Vêpres précédant la Fête, l'Église proclame : "toutes les puissances des cieux étaient émerveillées, voyant le Saint Esprit demeurer en toi." Tout au long de sa vie dans le Temple, le Saint Esprit fut à l'oeuvre en Marie, afin de faire d'elle un temple dans lequel Dieu pourrait demeurer.
Quelle est la promesse de cette Fête? En se soumettant volontairement à la puissance de l'Esprit Saint vivant en elle, Marie reçu le Christ en elle. A l'Église à Corinthe, saint Paul proclame : "Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu, et que l'Esprit de Dieu réside en vous?" (1 Co 3,16). Dans l'épître aux Romains, saint Paul promet "si l'Esprit
de Celui qui a ressuscité Jésus d'entre les morts habite en vous, Celui qui a ressuscité le Christ Jésus d'entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par Son Esprit qui habite en vous" (Rom. 8,11).
En soumettant la volonté à Dieu, Marie devint une demeure pour Dieu. Notre assurance, c'est que ce même miracle nous attend. Marie, comme Porteuse de Dieu, est l'image et le prototype de ce que chacun d'entre nous peut devenir – porteurs de Dieu. C'est pour cela que lorsque nous entrons dans une église Orthodoxe, sur le mur derrière et au dessus de l'Autel, nous voyons une Icône de Marie avec le Christ en son sein. C'est l'Icône qui représente ce que nous devons devenir, à la fois en tant que porteurs individuels de Dieu, et ensemble en tant que Son Corps, l'Église.
Dieu, Qui a façonné et soutient toute la Création, vient demeurer en nous lorsque nous nous soumettons à Sa volonté et recevons Sa grâce. Dieu en nous! Il n'est pas étonnant que "toutes les puissances des cieux soient émerveillées!"
Alors que nous célébrons cette grande fête de l'Entrée de la très sainte Mère de Dieu dans le Temple, et à chaque fois que nous entrons nous-mêmes dans l'église et voyons l'Icône de Marie avec le Christ en elle, "confions-nous nous-mêmes et les uns les autres et toute notre vie au Christ notre Dieu," afin que nous aussi, nous puissions devenir de vivants temples du Dieu Très Saint.
Amen.
Paru dans "The Word Magazine," publication de l'archidiocèse grec-orthodoxe antiochien d'Amérique du Nord
Novembre 1998, p. 16


Présentation de la Théotokos
http://orthodoxwiki.org/Presentation_of_the_Theotokos

La Présentation de la Théotokos au Temple, aussi appelée l'Entrée, est une des Grandes Fêtes de l'Église Orthodoxe, célébrée le 21 novembre.
Selon la tradition, la Vierge Marie fut emmenée – présentée – par ses parents Joachim et Anne dans le Temple juif à Jérusalem, alors qu'elle était encore une petite fille, et elle y vécu et servit comme vierge du Temple jusqu'au moment de ses fiançailles avec saint Joseph. Une des plus anciennes sources de cette tradition, c'est le Protévangile de Jacques, non-canonique, aussi appelé l'Évangile de l'Enfance par Jacques.
Marie fut solennellement reçue par la communauté du temple, qui était dirigée par le prêtre Zacharie, le père de Jean le Baptiste. Elle fut introduite dans le lieu saint pour devenir elle-même le "Saint des Saints" de Dieu, le sanctuaire vivant et temple du Divin Enfant qui allait naître d'elle. L'Église voit aussi cette fête comme la fête qui marque la fin du temple physique à Jérusalem comme demeure de Dieu.

Célébration de la fête
La veille de la Fête, les Vêpres sont célébrées et comportent des lectures de l'Ancien Testament qui sont interprétées comme symboles de la Mère de Dieu, car elle devient le temple vivant de Dieu. Lors de chaque lecture, nous entendons "et la gloire du Seigneur emplit le temple du Seigneur Dieu Tout-puissant" (Ex. 40,1-5, 9-10, 16, 34-35; 1 rois 7,51, 8,1, 3-4, 6-7, 9-11; et Ez. 43,27-44).
Parfois, les Matines sont célébrées au matin de la Fête. L'Évangile est chez saint Luc 1,39-49, 56. Il est lu lors de toutes les fêtes de la Théotokos et il reprend le verset où la Mère de Dieu dit : "Mon âme magnifie le Seigneur et mon esprit se réjouit en Dieu mon Sauveur, car Il a regardé Son humble servante, et dès lors toutes les générations me diront bienheureuse."
La Divine Liturgie est célébrée le jour de la Fête. L'épître est en Hébreux 9,1-7, et elle parle du tabernacle de l'Ancienne Alliance. L'Évangile est Luc 10,38-42 et 11,27-28 lus d'affilée; cette lecture fait aussi partie de toutes les fêtes de la Théotokos. Le Seigneur y dit "bienheureux sont ceux qui écoutent la parole de Dieu et la mettent en pratique!"


Synaxaire: le 21 novembre, nous célébrons le fête de la Présentation de la Mère de Dieu au Temple.
Par l’ange dans le temple la vierge est nourrie, il reviendra bientôt pour la salutation lui portant l’allégresse de l’Annonciation. Au temple, un vingt et un, fait son entrée Marie. Par les prières de la Mère de Dieu, Seigneur, aie pitié de nous et sauve-nous, amen.



http://video.google.fr/videoplay?docid=-5155775348432169601&hl=fr


Tropaire de la Présentation au temple de la Mère de Dieu
Préfiguration de la bienveillance de Dieu, annonce du salut des hommes, aujourd'hui dans le Temple la Vierge se manifeste aux yeux de tous et d'avance proclame le Christ au monde entier. Chantons-lui nous aussi d'une voix forte : "Réjouis-toi, qui accomplis le dessein du Créateur.

Kondakion
Temple très pur du Sauveur,
Trésor sacré de la gloire de Dieu,
La Vierge est conduite dans la Maison du Seigneur
Et avec elle, la grâce du Saint Esprit.
Les Anges lui clament
Chantons le tabernacle de la Divinité.




"Révélation de Jacques"
ou "Protévangile de Jacques"


Le nom de "Protévangile" a été donné par Guillaume Postel, humaniste Français, qui le publia en 1552 en Occident, parce que le texte relate des événements antérieurs aux récits des Évangiles canoniques. Les érudits parlent d'un texte araméen sous-jacent au texte grec, puis à sa traduction latine ultérieure, celles conservées par les traditions.
Le texte grec étant daté par ces érudits du milieu du 2ème siècle, l'original en langue sémitique est nécessairement antérieur. Vu la manière de transmission à l'époque et la durée entre les traductions constatée pour les autres textes paléo-chrétiens (certains des 4 Évangiles exceptés), on peut raisonnablement admettre le premier siècle. Eusèbe de Césarée comme Flavius Josèphe mentionnent d'ailleurs très précisément la présence de Jacques le Mineur comme chef de la communauté Chrétienne à Jérusalem, l'Église-Mère, et sa mise à mort par le Sanhédrin au début des années 60, avant la première invasion-destruction de Jérusalem par Rome.

Si la totalité n'est pas de Jacques, il y a des bonnes probabilités pour que son milieu au moins en soit l'auteur. Le plus ancien manuscrit connu est le Papyrus Bodmer 5. Il porte le titre : "Nativité de Marie, Révélation de Jacques."

Le livre se dit écrit par l'Apôtre Jacques le Mineur, "frère" du Seigneur Jésus comme nous le rapporte le saint Evangile. Et ce texte nous explicite ce que tout orientaliste savait déjà, à savoir que le mot "frère" en Orient, comme en Afrique, ne concerne pas uniquement le frère né de même père et mère, mais aussi les demi-frères, les cousins, et même les membres de la même tribu.

Son statut n'a jamais été clairement définit par quelque concile que ce soit. Le mot "apocryphe" n'avait pas, dans l'Église ancienne, la signification péjorative que les Protestants lui donneront au .. 19ème siècle, y incorporant même une partie des livres que Luther reconnaissait.. Les divers anciennes Bibles complètes (4-5ème siècle) montrent d'ailleurs que d'autres textes célèbres de l'ère paléo-Chrétienne avaient le même statut que ce Protévangile : l'épître de saint Clément de Rome et la Didachè se retrouvent en effet incorporés, et les lettres de l'époque nous montrent qu'ils étaient lus en église. N'apportant rien à la Révélation salvatrice, mais bien au domaine ecclésiologique et cultuel, l'Église ne les a tout simplement pas incorporés au Canon - cfr Canon/liste de saint Athanase, Eusèbe, etc. Cela ne les a pas rendus "faux", au contraire bien sûr de nombre d'authentiques faux (sic) que vomiront en cadence les milieux gnostiques à partir de la fin du 2ème siècle, et dont les nouvelles sectes gnostiques modernes nous ressortent un nouveau remâché tous les ans à l'époque de Pâques et de Noël.
Certains disent que le Protévangile aurait inspiré un de ces écrits gnostiques postérieurs de plusieurs siècles, "l'évangile du pseudo-Matthieu" (6ème siècle).

Le Protévangile aura, dès le départ, servi de source pour l'iconographie Chrétienne, montrant que si sa place dans le Canon biblique n'était pas reconnue, les Chrétiens lui reconnaissaient plus que d'une place "informative". Cela reste un livre hors du Canon biblique, mais que la tradition nous rapporte comme suffisament informatif pour au moins s'y intéresser... comme les saints iconographes et hymnographes des temps passés, présents et à venir.

Ci-dessous, une traduction que l'on trouve un peu partout sur Internet - il y a aussi celle, plus "scientifique", de la collection "La Pléiade", mais elle est ©


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1.1. Les histoires des douze tribus racontent qu'un homme fort riche, Joachim, apportait au Seigneur double offrande, se disant : "Le supplément sera pour tout le peuple et la part que je dois pour la remise de mes fautes ira au Seigneur, afin qu'il me soit propice.
2. Vint le grand jour du Seigneur, et les fils d'Israël apportaient leurs présents. Or Ruben se dressa devant lui et dit : "Tu n'as pas le droit de déposer le premier tes offrandes, puisque tu n'as pas eu de postérité en Israël."
3. Joachim eut grand chagrin, et il s'en alla consulter les registres des douze tribus du peuple, se disant : "Je verrai bien dans leurs archives si je suis le seul à n'avoir pas engendré en Israël !" Il chercha, et découvrit que tous les justes avaient suscité une postérité en Israël. Et il se souvint du patriarche Abraham ; sur ses vieux jours, le Seigneur Dieu lui avait donné un fils, Isaac.
4. Alors, accablé de tristesse, Joachim ne reparut pas devant sa femme, et il se rendit dans le désert; il y planta sa tente et, quarante jours et quarante nuits, il jeûna, se disant : "Je ne descendrai plus manger ni boire, avant que le Seigneur mon Dieu m'ait visité. La prière sera ma nourriture et ma boisson."

2.1. Et sa femme Anne avait deux sujets de se lamenter et de se marteler la poitrine. "J'ai à pleurer, disait-elle, sur mon veuvage et sur ma stérilité !"
2. Vint le grand jour du Seigneur. Judith, sa servante, lui dit : "Jusqu'à quand te désespéreras-tu? C'est aujourd'hui le grand jour du Seigneur. Tu n'as pas le droit de te livrer aux lamentations. Prends donc ce bandeau que m'a donné la maîtresse de l'atelier. Je ne puis m'en orner, car je ne suis qu'une servante, et il porte un insigne royal."
3. Anne lui dit : "Arrière, toi ! Je n'en ferai rien, car le Seigneur m'a accablée d'humiliations. Et peut-être ce présent te vient-il d'un voleur et tu cherches à me faire complice de ta faute."
Et Judith la servante dit : "Quel mal dois-je te souhaiter encore, de rester sourde à ma voix? Le Seigneur Dieu a clos ton sein et ne te donne point de fruit en Israël!"
4. Alors Anne, malgré son désespoir, ôta ses habits de deuil, se lava la tête et revêtit la robe de ses noces. Et vers la neuvième heure, elle descendit se promener dans son jardin. Elle vit un laurier et s'assit à son ombre. Après un moment de repos, elle invoqua le Maître : "Dieu de mes pères, dit-elle, bénis-moi, exauce ma prière, ainsi que tu as béni Sarah, notre mère, et lui as donné son fils Isaac."

3.1. Levant les yeux au ciel, elle aperçut un nid de passereaux dans le laurier. Aussitôt elle se remit à gémir "Las, disait-elle, qui m'a engendrée et de quel sein suis-je sortie? Je suis née, maudite devant les fils d'Israël. On m'a insultée, raillée et chassée du temple du Seigneur mon Dieu.
2. Las, à qui se compare mon sort? Pas même aux oiseaux du ciel, car les oiseaux du ciel sont féconds devant ta face, Seigneur. Las, à qui se compare mon sort? Pas même aux animaux stupides, car les animaux stupides sont eux aussi féconds devant toi, Seigneur. Las, à quoi se compare mon sort? Non plus aux bêtes sauvages de la terre, car les bêtes sauvages de la terre sont fécondes devant ta face, Seigneur.
3. Las, à quoi se compare mon sort? A ces eaux non plus, car ces eaux sont tantôt calmes tantôt bondissantes, et leurs poissons te bénissent, Seigneur. Las, à qui se compare mon sort? Pas même à cette terre, car la terre produit des fruits en leur saison et te rend gloire, Seigneur."

4.1. Et voici qu'un ange du Seigneur parut, disant :
"Anne, Anne, le Seigneur Dieu a entendu ta prière. Tu concevras, tu enfanteras et l'on parlera de ta postérité dans la terre entière."
Anne répondit : "Aussi vrai que vit le Seigneur Dieu, je ferai don de mon enfant, garçon ou fille, au Seigneur mon Dieu et il le servira tous les jours de sa vie."
2. Et voici, deux messagers survinrent, qui lui dirent : "Joachim, ton mari, arrive avec ses troupeaux. Un ange du Seigneur est descendu auprès de lui, disant : "Joachim, Joachim, le Seigneur Dieu a exaucé ta prière. Descends d'ici. Voici que Anne ta femme a conçu en son sein"
3. Aussitôt Joachim est descendu, il a convoqué ses bergers, leur disant : "Apportez-moi ici dix agneaux sans tache ni défaut. Ces dix agneaux seront pour le Seigneur Dieu. Apportez-moi aussi douze veaux bien tendres et les douze veaux seront pour les prêtres et le Conseil des Anciens. Aussi cent chevreaux, et les cent chevreaux seront pour tout le peuple."
4. Joachim arriva avec ses troupeaux. Anne l'attendait, aux portes de la ville. Dès qu'elle le vit paraître avec ses bêtes, elle courut vers lui, se suspendit à son cou et s'écria : "Maintenant je sais que le Seigneur Dieu m'a comblée de bénédictions ! Voici: la veuve n'est plus veuve et la stérile a conçu !" Et Joachim, ce premier jour, resta chez lui à se reposer.

5.1. Le lendemain, il apportait ses offrandes : "Si le Seigneur Dieu m'a été favorable, pensait-il, la lame d'or du prêtre me le révélera." Il présenta ses offrandes, et scruta la tiare du prêtre quand celui-ci monta à l'autel du Seigneur ; et il sut qu'il n'y avait pas de faute en lui. "Maintenant, dit-il, je sais que le Seigneur Dieu m'a fait grâce et m'a remis tous mes péchés." Et il descendit du temple du Seigneur, justifié, et rentra chez lui.
2. Six mois environ s'écoulèrent ; le septième, Anne enfanta. "Qu'ai-je mis au monde?" demanda-t-elle à la sage-femme. Et celle-ci répondit : "Une fille." Et Anne dit : "Mon âme a été exaltée en ce jour !" Et elle coucha l'enfant.
Quand les jours furent accomplis, Anne se purifia, donna le sein à l'enfant et l'appela du nom de Marie.

6.1. De jour en jour, l'enfant se fortifiait. Quand elle eut six mois, sa mère la mit par terre, pour voir si elle tenait debout. Or l'enfant fit sept pas, puis revint se blottir auprès de sa mère. Celle-ci la souleva, disant : "Aussi vrai que vit le Seigneur mon Dieu, tu ne marcheras pas sur cette terre, que je ne t'ai menée au temple du Seigneur." Et elle apprêta un sanctuaire dans sa chambre et elle ne laissait jamais sa fille toucher à rien de profane ou d'impur. Et elle invita les filles des Hébreux, qui étaient sans tache, et celles-ci la divertissaient.
2. Quand l'enfant eut un an, Joachim donna un grand festin où il convia les grands prêtres, les prêtres, les scribes, les Anciens et tout le peuple d'Israël. Il présenta l'enfant aux prêtres qui la bénirent : "Dieu de nos pères, disaient-ils, bénis cette enfant, et donne-lui un nom, illustre à jamais, dans toutes les générations." Et tout le peuple s'écria : "Qu'il en soit ainsi ! Amen !" Et ils la présentèrent aux grands-prêtres, et ceux-ci la bénirent, disant : "Dieu des hauteurs, abaisse ton regard sur cette petite fille et bénis-la d'une bénédiction suprême, qui surpasse toute bénédiction."
3. Et sa mère l'emporta dans le sanctuaire de sa chambre et elle lui donna le sein.
Anne éleva un chant au Seigneur Dieu : "Je chanterai un cantique sacré au Seigneur mon Dieu, parce qu'il m'a visitée et m'a enlevé l'outrage de mes ennemis. Et le Seigneur mon Dieu m'a donné un fruit de sa justice, unique et considérable devant sa face. Qui annoncera aux fils de Ruben qu'Anne donne le sein? Ecoutez, écoutez, ô les douze tribus d'Israël : Anne donne le sein !"
Et elle reposa l'enfant dans le sanctuaire de sa chambre, sortit et servit ses hôtes.
Quand le banquet fut achevé, ils descendirent joyeux et ils glorifièrent le Dieu d'Israël.

7.1. Les mois se succédèrent : l'enfant atteignit deux ans. Joachim dit : "Menons-la au temple du Seigneur, pour accomplir la promesse que nous avons faite. Sinon le Maître s'irriterait contre nous et rejetterait notre offrande." Mais Anne répondit : "Attendons sa troisième année, de peur qu'elle ne réclame son père ou sa mère." Joachim opina : "Attendons."
2. L'enfant eut trois ans. Joachim dit : "Appelons les filles des Hébreux, celles qui sont sans tache. Que chacune prenne un flambeau et le tienne allumé : ainsi, Marie ne se retournera pas et son coeur ne sera pas retenu captif hors du temple du Seigneur." L'ordre fut suivi, et elles montèrent au temple du Seigneur. Et le prêtre accueillit l'enfant et l'ayant embrassée, il la bénit et dit : "Le Seigneur Dieu a exalté ton nom parmi toutes les générations. En toi, au dernier des jours, le Seigneur manifestera la rédemption aux fils d'Israël."
3. Et il la fit asseoir sur le troisième degré de l'autel. Et le Seigneur Dieu répandit sa grâce sur elle. Et ses pieds esquissèrent une danse et toute la maison d'Israël l'aima.

8.1. Ses parents descendirent, émerveillés, louant et glorifiant le Dieu souverain qui ne les avait pas dédaignés. Et Marie demeurait dans le temple du Seigneur, telle une colombe, et elle recevait sa nourriture de la main d'un ange.
2. Quand elle eut douze ans, les prêtres se consultèrent et dirent : "Voici que Marie a douze ans, dans le temple du Seigneur. Que ferons-nous d'elle, pour éviter qu'elle ne rende impur le sanctuaire du Seigneur notre Dieu?" Et ils dirent au grand-prêtre : "Toi qui gardes l'autel du Seigneur, entre et prie au sujet de cette enfant. Ce que le Seigneur te dira, nous le ferons."
3. Et le prêtre revêtit l'habit aux douze clochettes pénétra dans le Saint des Saints et se mit en prière. Et voici qu'un ange du Seigneur apparut, disant : "Zacharie, Zacharie, sors et convoque les veufs du peuple. Qu'ils apportent chacun une baguette. Et celui à qui le Seigneur montrera un signe en fera sa femme."
Des hérauts s'égaillèrent dans tout le pays de Judée et la trompette du Seigneur retentit, et voici qu'ils accoururent tous.

9.1. Joseph jeta sa hache et lui aussi alla se joindre à la troupe. Ils se rendirent ensemble chez le prêtre avec leurs baguettes. Le prêtre prit ces baguettes, pénétra dans le temple et pria. Sa prière achevée, il reprit les baguettes, sortit et les leur rendit. Aucune ne portait de signe. Or Joseph reçut la sienne le dernier. Et voici qu'une colombe s'envola de sa baguette et vint se percher sur sa tête. Alors le prêtre : "Joseph, Joseph, dit-il, tu es l'élu : c'est toi qui prendras en garde la vierge du Seigneur."
2. Mais Joseph protesta : "J'ai des fils, je suis un vieillard et elle est une toute jeune fille. Ne vais-je pas devenir la risée des fils d'Israël?"
"Joseph, répondit le prêtre, crains le Seigneur ton Dieu, et souviens-toi du sort que Dieu a réservé à Dathan, Abiron et Corê. La terre s'entrouvrit et les engloutit tous à la fois, parce qu'ils lui avaient résisté. Et maintenant, Joseph, crains de semblables fléaux sur ta maison !"
3. Très ému, Joseph prit la jeune fille sous sa protection et lui dit : "Marie, le temple du Seigneur t'a confiée à moi. Maintenant je te laisse en ma maison. Car je pars construire mes bâtiments. Je reviendrai auprès de toi. Le Seigneur te gardera."

10.1. Cependant, les prêtres s'étaient réunis et avaient décidé de faire tisser un voile pour le temple du Seigneur. Et le grand prêtre dit : "Appelez-moi les jeunes filles de la tribu de David, qui sont sans tache." Ses serviteurs partirent, cherchèrent et en trouvèrent sept. Mais le prêtre se souvint que la jeune Marie était de la tribu de David et qu'elle était sans tache devant Dieu. Et les serviteurs partirent et l'amenèrent.
2. Et l'on fit entrer ces jeunes filles dans le temple du Seigneur. Et le prêtre leur dit : "Tirez au sort laquelle filera l'or, l'amiante, le lin, la soie, le bleu, l'écarlate et la pourpre véritable."
La pourpre véritable et l'écarlate échurent à Marie. Elle les prit et rentra chez elle.
C'est à ce moment-là que Zacharie devint muet et que Samuel le remplaça jusqu'à ce qu'il eût retrouvé la parole.
Et Marie saisit l'écarlate et se mit à filer.

11.1. Or elle prit sa cruche et sortit pour puiser de l'eau. Alors une voix retentit : "Réjouis-toi, pleine de grâce. Le Seigneur est avec toi. Tu es bénie parmi les femmes."
Marie regardait à droite et à gauche : d'où venait donc cette voix? Pleine de frayeur, elle rentra chez elle, posa sa cruche, reprit la pourpre, s'assit sur sa chaise et se remit à filer.
2. Et voici qu'un ange debout devant elle disait : "Ne crains pas, Marie, tu as trouvé grâce devant le Maître de toute chose. Tu concevras de son Verbe."
Ces paroles jetèrent Marie dans le désarroi. "Concevrai-je, moi, du Seigneur, dit-elle, du Dieu vivant, et enfanterai-je comme toute femme?"
3. Et voici que l'ange, toujours devant elle, lui répondit : "Non, Marie. Car la puissance de Dieu te prendra sous son ombre. Aussi le saint enfant qui naîtra sera-t-il appelé le fils du Très-Haut. Tu lui donneras le nom de Jésus, car il sauvera son peuple de ses péchés." Et Marie dit alors : "Me voici devant lui sa servante ! Qu'il m'advienne selon ta parole."

12.1. Et elle reprit son travail de pourpre et d'écarlate puis l'apporta au prêtre.
Et quand le prêtre le reçut, il la bénit et dit : "Marie, le Seigneur Dieu a exalté ton nom et tu seras bénie parmi toutes les générations de la terre."
2. Pleine de joie, Marie se rendit chez sa parente Elisabeth et frappa à la porte. En l'entendant, Elisabeth jeta l'écarlate, courut à la porte, ouvrit, et là bénit en ces termes : "Comment se fait-il que la mère de mon Seigneur vienne à moi? Car vois-tu, l'enfant a tressailli et t'a bénie."
Or Marie avait oublié les mystères dont avait parlé l'ange Gabriel. Elle leva les yeux au ciel et dit : "Qui suis-je, pour que toutes les femmes de la terre me proclament bienheureuse?"
3. Et elle demeura trois mois chez Elisabeth. Et de jour en jour son sein s'arrondissait. Inquiète, elle regagna sa maison et elle se cachait des fils d'Israël. Elle avait seize ans, quand s'accomplirent ces mystères.

13.1. Son sixième mois arriva, et voici que Joseph revint des chantiers; il entra dans la maison et s'aperçut qu'elle était enceinte. Et il se frappa le visage et se jeta à terre sur son sac et il pleura amèrement, disant : "Quel front lèverai-je devant le Seigneur Dieu? Quelle prière lui adresserai-je? Je l'ai reçue vierge du temple du Seigneur et je ne l'ai pas gardée. Qui m'a trahi? Qui a commis ce crime sous mon toit? Qui m'a ravi la vierge et l'a souillée? L'histoire d'Adam se répète-t-elle à mon sujet? Car tandis qu'Adam faisait sa prière de louange, le serpent s'approcha et surprit Eve seule ; il la séduisit et la souilla. La même disgrâce me frappe."
2. Et Joseph se releva de son sac et appela Marie : "Toi la choyée de Dieu, qu'as-tu fait là? As-tu oublié le Seigneur ton Dieu? Pourquoi t'es-tu déshonorée, toi qui as été élevée dans le Saint des Saints et as reçu nourriture de la main d'un ange?"
3. Et elle pleura amèrement, disant : "Je suis pure et je ne connais pas d'homme." Et Joseph lui dit : "D'où vient le fruit de ton sein?" Et elle répondit : "Aussi vrai que vit le Seigneur mon Dieu, j'ignore d'où il vient."

14.1. Et Joseph, rempli de frayeur, se tint coi, et il se demandait ce qu'il devait faire d'elle. "Si je garde le secret sur sa faute, se disait-il, je contreviendrai à la loi du Seigneur. Mais si je la dénonce aux fils d'Israël, et que son enfant vienne d'un ange, ce dont j'ai bien peur, alors je livre à la peine capitale un sang innocent. Que ferai-je d'elle? Je la répudierai en secret."
La nuit le surprit dans ces réflexions.
2. Et voici qu'un ange du Seigneur lui apparut en songe, disant : "Ne t'inquiète pas à propos de cette enfant. Ce qui est en elle vient de l'Esprit saint. Elle t'enfantera un fils auquel tu donneras le nom de Jésus. Car il sauvera son peuple de ses péchés."
Joseph se réveilla et glorifia le Dieu d'Israël qui lui avait donné sa grâce. Et il garda la jeune fille.

15.1. Or le scribe Anne vint le voir et lui dit : "Joseph, pourquoi n'as-tu point paru à notre réunion?
- Mon voyage m'avait fatigué, répondit-il, et j'ai passé le premier jour à me reposer." Mais Anne se retourna et vit Marie enceinte.
2. Et il partit en courant chez le prêtre et lui dit : "Eh bien, ce Joseph dont tu te portes garant, a commis une faute ignoble. - Quoi donc?" demanda le grand-prêtre. L'autre reprit: "Il a déshonoré la jeune fille que le temple du Seigneur lui avait confiée et il l'a épousée secrètement, sans avertir les fils d'Israël !" Et le grand-prêtre lui dit : "Joseph a-t-il fait cela?" Et l'autre répondit : "Envoie tes gens et tu verras que la jeune fille est enceinte." Des serviteurs partirent et la trouvèrent dans l'état qu'il avait dit. Ils la ramenèrent au temple et elle comparut au tribunal.
3. Le grand-prêtre lui dit : "Marie, qu'as-tu fait là? Pourquoi as-tu perdu ton honneur? As-tu oublié le Seigneur ton Dieu, toi qui fus élevée dans le Saint des Saints et qui reçus nourriture de la main des anges? Toi qui entendis leurs hymnes et dansas devant eux? Qu'as-tu fait là?"
Et elle pleura amèrement et dit : "Aussi vrai que vit le Seigneur Dieu, je suis pure devant sa face et ne connais pas d'homme."
4. Et le grand-prêtre dit : "Et toi, Joseph, qu'as-tu fait?" Et Joseph répondit : "Aussi Vrai que vit le Seigneur et que vivent son Christ et le témoin de sa vérité, je suis pur vis-à-vis d'elle." Le grand-prêtre insista : "Ne rends pas de faux témoignage ! Dis la vérité ! Tu l'as épousée en cachette, tu n'as rien dit aux fils d'Israël et tu n'as pas incliné ta tête sous la puissante main qui eût béni ta postérité !" Et Joseph garda le silence.

16.1. Le grand-prêtre reprit : "Rends-nous la jeune fille que tu avais reçue du temple du Seigneur." Joseph fondit en larmes. Le grand-prêtre ajouta : "Je vous ferai boire l'eau de l'épreuve rituelle et votre faute éclatera à vos yeux."
2. Le grand-prêtre prit de l'eau, en fit boire à Joseph puis il l'envoya au désert. Or celui-ci revint indemne. Et il fit boire aussi la jeune fille et l'envoya au désert. Et elle redescendit, indemne. Et tout le peuple s'étonna que leur faute n'eût pas été manifestée.
3. Alors le grand-prêtre dit : "Puisque le Seigneur Dieu n'a pas révélé de péché en vous, moi non plus je ne vous condamne pas." Et il les laissa partir. Et Joseph prit Marie et rentra chez lui, heureux et louant le Dieu d'Israël.

17.1. Il parut un édit du roi Auguste qui invitait tous les habitants de Bethléem en Judée, à se faire recenser. Et Joseph dit : "J'irai inscrire mes fils. Mais que faire avec cette enfant? Comment la recenser? Comme ma femme? Je ne puis décemment. Comme ma fille? Mais les fils d'Israël savent que je n'ai pas de fille. Qu'en ce jour donc, le Seigneur en décide à son gré."
2. Et il sella son âne et la jucha dessus. Son fils tirait la bride et Samuel suivait. Et ils entamaient le troisième mille quand Joseph se retourna et la vit fort rembrunie. "L'enfant qu'elle porte, pensa-t-il, doit la faire souffrir." Il se tourna une nouvelle fois et vit qu'elle riait. Il lui dit : "Marie, qu'as-tu donc? Je vois tour à tour joie et tristesse sur ton visage." Et elle lui dit : "Joseph, deux peuples sont sous mes yeux. L'un pleure et se frappe la poitrine, l'autre danse et fait la fête."
3. Ils étaient à mi-chemin, quand Marie lui dit : "Joseph, aide-moi à descendre de l'âne. L'enfant, en moi, me presse et va naître." Il lui fit mettre pied à terre et lui dit : "Où t'emmener? Où abriter ta pudeur? L'endroit est à découvert."

18.1. Mais il trouva là une grotte, l'y conduisit et la confia à la garde de ses fils. Puis il partit chercher une sage-femme juive dans le pays de Bethléem. [Il en trouva une qui descendait de la montagne et il l'amena.]
2. "Or moi, Joseph, je me promenais et ne me promenais pas. Et je levai les yeux vers la voûte du ciel et je la vis immobile, et je regardai en l'air et je le vis figé d'étonnement. Et les oiseaux étaient arrêtés en plein vol. Et j'abaissai mes yeux sur la terre et je vis une écuelle et des ouvriers étendus pour le repas, et leurs mains demeuraient dans l'écuelle. Et ceux qui mâchaient ne mâchaient pas et ceux qui prenaient de la nourriture ne la prenaient pas et ceux qui la portaient à la bouche ne l'y portaient pas. Toutes les faces et tous les yeux étaient levés vers les hauteurs.
3. Et je vis des moutons que l'on poussait, mais les moutons n'avançaient pas. Et le berger levait la main pour les frapper, et sa main restait en l'air. Et je portai mon regard sur le courant de la rivière et je vis des chevreaux qui effleuraient l'eau de leur museau, mais ne la buvaient pas.
Soudain la vie reprit son cours.

19.1. Et je vis une femme qui descendait de la montagne et elle m'interpella : "Eh, l'homme, où vas-tu?" Je répondis : "Je vais chercher une sage-femme juive. - Es-tu d'Israël? me demanda-t-elle encore. - Oui", lui dis-je. Elle reprit : "Et qui donc est en train d'accoucher dans la grotte?"
[Et Joseph dit à la sage-femme : "C'est Marie, ma fiancée; mais elle a conçu de l'Esprit saint, après avoir été élevée dans le temple du Seigneur."]
Et je lui dis : "C'est ma fiancée. - Elle n'est donc pas ta femme?" demanda-t-elle. Et je lui dis : "C'est Marie, celle qui a été élevée dans le temple du Seigneur. J'ai été désigné pour l'épouser, mais elle n'est pas ma femme, et elle a conçu du Saint-Esprit." Et la sage-femme dit : "Est-ce la vérité?" Joseph répondit : "Viens et vois."
Et elle partit avec lui, 2. et ils s'arrêtèrent à l'endroit de la grotte. Une obscure nuée enveloppait celle-ci. Et la sage-femme dit : "Mon âme a été exaltée aujourd'hui car mes yeux ont contemplé des merveilles : le salut est né pour Israël." Aussitôt la nuée se retira de la grotte et une grande lumière resplendit à l'intérieur, que nos yeux ne pouvaient supporter. Et peu à peu cette lumière s'adoucit pour laisser apparaître un petit enfant. Et il vint prendre le sein de Marie sa mère. Et la sage-femme s'écria : "Qu'il est grand pour moi ce jour ! J'ai vu de mes yeux une chose inouïe."
3. Et la sage-femme sortant de la grotte, rencontra Salomé et elle lui dit : "Salomé, Salomé, j'ai une étonnante nouvelle à t'annoncer : une vierge a enfanté, contre la loi de nature." Et Salomé répondit : "Aussi vrai que vit le Seigneur mon Dieu, si je ne mets mon doigt et si je n'examine son corps, je ne croirai jamais que la vierge a enfanté."

20.1. Et la sage-femme entra et dit : "Marie, prépare-toi car ce n'est pas un petit débat qui s'élève à ton sujet." A ces mots, Marie se disposa. Et Salomé mit son doigt dans sa nature et poussant un cri, elle dit : "Malheur à mon impiété et à mon incrédulité ! disait-elle, j'ai tenté le Dieu vivant ! Et voici que ma main se défait, sous l'action d'un feu."
2. Et Salomé s'agenouilla devant le Maître, disant : "Dieu de mes pères, souviens-toi que je suis de la lignée d'Abraham, d'Isaac et de Jacob. Ne m'expose pas au mépris des fils d'Israël, mais rends-moi aux pauvres. Car tu sais, ô Maître, qu'en ton nom je les soignais, recevant de toi seul mon salaire.
3. Et voici qu'un ange du Seigneur parut, qui lui dit : "Salomé, Salomé, le Maître de toute chose a entendu ta prière. Etends ta main sur le petit enfant, prends-le. Il sera ton salut et ta joie."
4. Et Salomé, toute émue, s'approcha de l'enfant, le prit dans ses bras, disant : "Je l'adorerai. Il est né un roi à Israël et c'est lui." Aussitôt Salomé fut guérie, et elle sortit de la grotte, justifiée. Et voici qu'une voix parla "Salomé, Salomé, n'ébruite pas les merveilles que tu as contemplées, avant que l'enfant ne soit entré à Jérusalem."

21.1. Alors que Joseph se préparait à partir pour la Judée une vive agitation éclata à Bethléem de Judée.
Les mages arrivèrent, disant : "Où est le roi des Juifs? Nous avons vu son étoile en Orient, et nous sommes venus l'adorer."
2. Cette nouvelle alarma Hérode qui dépêcha des serviteurs auprès des mages. Il convoqua aussi les grands prêtres et les interrogea au prétoire : "Qu'est-il écrit sur le Christ? demanda-t-il. Où doit-il naître?" Ils répondirent : "A Bethléem en Judée. Ainsi est-il écrit." Et il les congédia.
Puis il interrogea les mages, leur disant : "Quel signe avez-vous vu au sujet du roi nouveau-né?" Et les mages répondirent : "Nous avons vu une étoile géante, parmi les autres constellations, si éblouissante qu'elle les éclipsait toutes. Ainsi avons-nous compris qu'un roi était né à Israël et nous sommes venus l'adorer."
Hérode leur dit : "Partez à sa recherche, et si vous le trouvez, faites-le moi savoir afin que moi aussi j'aille l'adorer."
3. Les mages partirent. Et voici, l'astre qu'ils avaient vu en Orient les conduisit jusqu'à ce qu'ils fussent arrivés à la grotte, et au-dessus de la tête de l'enfant, il s'arrêta.
Quand ils l'eurent vu là, avec Marie sa mère, les mages tirèrent des présents de leurs sacs, or, encens et myrrhe.
4. Mais comme l'ange les avait avertis de ne pas repasser par la Judée, ils rentrèrent chez eux par un autre chemin.

22.1. Alors Hérode, voyant qu'il avait été joué par les mages, se mit en colère et envoya des tueurs avec mission de faire périr tous les enfants jusqu'à l'âge de deux ans.
2. Quand Marie apprit ce massacre, saisie d'effroi, elle prit l'enfant, l'emmaillota et le cacha dans une mangeoire à bétail.
3. Elisabeth, qui avait appris que l'on cherchait Jean, l'emporta et gagna la montagne, et elle regardait à la ronde où le dissimuler mais elle n'apercevait point de cachette. Alors elle se mit à gémir, disant : "Montagne de Dieu, accueille une mère et son enfant !" Car la frayeur l'empêchait de monter. Aussitôt la montagne se fendit et la reçut en son sein, tout en laissant filtrer une clarté pour elle. Car un ange du Seigneur était avec eux et il les protégeait.

23.1. Mais Hérode cherchait toujours Jean, et il envoya des serviteurs à l'autel, auprès de Zacharie, pour lui demander : "Où as-tu caché ton fils?" Il répondit "Je suis le serviteur de Dieu et je demeure attaché à son temple. Est-ce que je sais où est mon fils?"
2. Les serviteurs repartirent et rapportèrent à Hérode ses propos. Celui-ci, furieux, s'écria : "Son fils va donc régner sur Israël?" Et il renvoya ses serviteurs pour l'interroger encore : "Dis-moi la vérité. Où est ton fils? Sais-tu que ma main a pouvoir de répandre ton sang?" Les serviteurs partirent et transmirent le message.
3. Mais Zacharie lui fit répondre : "Je suis le martyr de Dieu. Dispose de mon sang ; mais mon esprit, le Maître le recevra, parce que c'est un sang innocent qu'à l'entrée du temple tu t'apprêtes à faire couler."
Et vers l'aube, Zacharie fut assassiné, et les fils d'Israël ignoraient tout de ce meurtre.

24.1. A l'heure de la salutation, les prêtres partirent, et Zacharie ne vint pas, comme à l'accoutumée, au-devant d'eux, en prononçant les bénédictions. Les prêtres s'arrêtèrent, et attendirent Zacharie pour le saluer avec des prières et glorifier le Dieu très haut.
2. Son retard cependant les plongea tous dans l'angoisse. L'un d'eux s'enhardit et entra dans le sanctuaire ; près de l'autel du Seigneur, il aperçut du sang figé. Et une voix retentit : "Zacharie a été assassiné. Son sang ne s'effacera pas avant que vienne le vengeur." Ces paroles le remplirent d'effroi. Il sortit et annonça aux prêtres ce qu'il avait vu et entendu.
3. Résolument, ils entrèrent et constatèrent le drame. Et les lambris du temple gémirent et eux déchirèrent leurs vêtements du haut en bas. Ils n'avaient pas trouvé son cadavre, mais ils avaient vu son sang pétrifié. Ils sortirent effrayés et annoncèrent que Zacharie avait été assassiné.
A cette nouvelle, toutes les tribus du peuple se lamentèrent et menèrent le deuil trois jours et trois nuits.
4. Et après les trois jours, les prêtres délibérèrent pour savoir qui succéderait à Zacharie. Le sort tomba sur Syméon. C'était lui que le Saint-Esprit avait averti qu'il ne verrait pas la mort avant d'avoir contemplé le Christ dans la chair.

25.1. Et moi, Jacques, qui ai écrit cette histoire à Jérusalem, je résolus, lors des troubles qui éclatèrent à la mort d'Hérode, de me retirer au désert, jusqu'à ce que la paix fût revenue à Jérusalem. Et je glorifierai le Maître qui m'a donné la sagesse d'écrire cette histoire.
2. La grâce sera avec tous ceux qui craignent le Seigneur. Amen.

Nativité de Marie.

Révélation de Jacques.
Paix à celui qui a écrit et à celui qui lit !



20 novembre 2008

Saint Edmond le roi-martyr, saint patron originel de l'Angleterre (+ 870)


source: Saint John the Wonderworker Orthodox Church, Felixstowe
Wadgate Road, Felixstowe, Suffolk, IP11 2LP, ENGLAND


Le saint patron Orthodoxe de l'Angleterre, autrefois elle aussi terre du Christ comme la Belgique ou la France (e.a.), ou actuellement encore la Grèce ou la Russie (e.a.), c'était saint Edmond, le roi-martyr. C'est un souverain catholique-romain, Edouard III (+ 1377), bien entendu de très mauvaise réputation (voyez sa vie, associée à celle du terrible "chevalier noir" & la guerre de 100 ans), qui changera ce saint patronage pour saint Georges, associé hélas à l'Ordre de la Jarretière. Chez ces gens-là, rien n'est impossible, sauf ce qui est bien.. hélas..
En 2006, les politiciens du Suffolk relayeront une pétition populaire pour réinstaller saint Edmond à sa place légitime, pétition ayant atteint l'échelle nationale et diffusée par la BBC. Mais le premier ministre Tony Blair (anglican puis catholique-romain) la rejettera. Le Suffolk reprendra alors saint Edmond comme saint patron régional.
Voici quelques textes sur saint Edmond, où l'historique se croise avec le mythique, mais du légendaire portant des messages spirituels, pas simplement des histoirettes pour faire rêver.


Saint Edmund le Martyr, roi
(Edmond)
http://groups.yahoo.com/group/celt-saints/message/3245

Né en 841; mort à Hoxne, Suffolk, Angleterre, en 869 ou 870. Aussi fêté le 2 Novembre.

Le jour de la Noël 855, le jeune Edmund, âgé de 14 ans, fut acclamé roi de Norfolk par les dirigeants et le clergé de ce pays. Les années qui suivirent, les principaux dirigeants du pays l'acceptèrent aussi comme leur roi.

15 ans durant, Edmund régna sur les Est Angles, d'une manière qui démontrait une dignité et justice de Chrétien. Lui-même semble avoir modelé sa piété sur celle du saint roi David de l'Ancien Testament, étant devenu en particulier très compétent dans la récitation des Psaumes lors des Offices publics.

A partir de 866, son royaume fut de plus en plus menacé par les invasions des Danois. Durant 4 ans, les Est Angles s'efforcèrent de maintenir une paix assez relative, souvent rompue par les Danois. Puis les envahisseurs brûlèrent Thetford. L'armée du roi Edmund attaqua les Danois, mais elle ne vainquit pas ces pirates. Edmund fut fait prisonnier et devint une cible pour les archers Danois.

Dans un récit plus tardif, la "Chronique Anglo-Saxonne," réputée être le récit d'un témoin oculaire, Abbo de Fleury compare saint Edmund avec saint Sébastien, et lui aussi devint un saint invoqué contre la peste. Edmund fut capturé à Hoxne. Il refusa de partager son royaume Chrétien avec les envahisseurs païens, suite à quoi il fut attaché à un arbre et percé de flèches, jusqu'à ce que son corps soit "comme un chardon couvert de picots"; puis ils lui coupèrent la tête. Il mourut avec le Nom de Jésus sur ses lèvres.

Le récit continue en rapportant que les Danois "tuèrent le roi et envahirent tout le pays.. ils détruisirent toutes les églises qu'ils rencontrèrent, et en atteignant Peterborough, ils tuèrent l'abbé et les moines et brûlèrent et détruisirent tout ce qu'ils y trouvèrent."

Saint Edmund demeure le seul souverain Anglais jusqu'à Charles 1er à être mort pour sa Foi de même que la défense de son trône. Edmund fut vite vénéré comme martyr, et sa vénération se répandit largement à travers le Moyen-Age.

On dépeint généralement le roi Saint Edmund en roi barbu tenant son emblème - une flèche. Parfois on le représente attaché à un arbre et abattu, ou avec sa tête entre les pattes d'un loup.
Il est vénéré à Bury-Saint-Edmunds (arrondissement de Saint Edmund), où son corps fut enchâssé et une grande abbaye bâtie en 1020. On n'y possède plus que 3 dents. Son corps est dans le château d'Arundel Castle et sa tête à Toulouse.

Par les prières du saint martyr Edmund et de tous les saints de Grande-Bretagne,
Christ notre Dieu, fais-nous Miséricorde et sauve nous!

***********************************


même après le Schisme, il a continué à être vénéré, jusqu'à la Déforme, où on a détruit presque toutes ses saintes reliques.

Collecte pour la Liturgie de l'ancien rite romain orthodoxe, en la fête de saint Edmond
"Ô Dieu d'inexprimable miséricorde, Qui accorda la victoire sur l'ennemi à ton bienheureux roi Edmund en lui permettant de mourir pour Ton Nom: accorde miséricordieusement à Ta famille que par son intercession, nous puissions être dignes d'éteindre en nous-mêmes les provocations de l'ancien Ennemi, et d'ainsi le vaincre. Par notre Seigneur Jésus-Christ, Ton Fils, Qui vit et règne avec Toi et le Saint Esprit, Dieu Un, pour les siècles des siècles. Amen" (src: Sarum)

Saint Humbert d'Est-Anglie, évêque et Martyr
(Humbertus, Humbryct ou Hunbeorht)

Mort le 20 novembre 870. Il fut consacré évêque d'Elmham entre 816 et 824. Saint Humbert couronna roi Saint Edmund, le jour de la Noël en 855. Comme son seigneur séculier, Saint Humbert fut martyrisé par les envahisseurs Danois.

Sculpture d'un loup (fort approximatif!) tenant la tête de saint Edmund
banc d'église, 14 s.
Saint-Mary, Hadleigh, Suffolk


Tropaire de saint Edmond le roi-martyr, tron 4:
Dans ses souffrances, le roi-martyr Edmond
échangea sa couronne terrestre pour une céleste
et se réjouissant en Ta puissance, Ô Christ notre Dieu,
Il triompha de ses bourreaux et écrasa les vanités des démons.
Que tous les peuples de cette terre se réjouissent en lui,
afin que par ses prières, nos âmes soient sauvées.


Office (en anglais) à saint Edmond
http://www.orthodoxengland.org.uk/sersted.htm

Homélie pour la fête de saint Edmond, roi et martyr
http://www.orthodoxengland.org.uk/sermsted.htm

Au Nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit
Au 3ème siècle, Tertullien écrivit que "le sang des martyrs est semence de l'Église." Il savait cela d'expérience, car il avait été témoin de la fin de bien des martyrs du Christ. Ses paroles font écho au fait que l'Église a été fondée sur le sang du Christ, sur Sa Croix, sur Son sacrifice (*).
En effet, le progrès spirituel ne peut être réalisé que par la Croix, par le sacrifice. Cependant, il n'y a pas sacrifice là où l'Église ne devient qu'une simple institution, un rituel, une forme vide. Mais là où il y a sacrifice, martyre, la Croix, là est la vie spirituelle. Nous pouvons voir cela de manière très nette dans l'Ancien Testament. A l'époque du Christ, par exemple, la religion des Hébreux était devenue en grande partie une religion formelle, où on pinaillait et coupait les cheveux en 4, le pharisaïsme. De plus, tout au long de l'Histoire, certains Chrétiens sont souvent retombés dans cette sorte de religion vétéro-testamentaire. Cependant, la véritable religion et tout progrès spirituel, qui est le but de la religion, est toujours basé non pas sur une religion institutionnalisée, qui est la décadence spirituelle, mais sur le sacrifice, sur la Croix, sur les martyrs.
C'est pourquoi, afin de convertir l'immense empire romain au Christianisme, il fallut 3 siècles de martyrs dans tous les pays de cet empire. Le martyre fut la précondition de cette conversion. Sans lui, cette conversion n'aurait jamais eu lieu.
Cependant, les pays qui ne sont venus que plus tard à la Foi Orthodoxe n'ont que souffert de martyres, au moins au départ. Par exemple, entre les 10ème et 12ème siècles, en dehors de rares exceptions, la Conversion de la Russie a eu lieu pacifiquement. La Russie a commencé ses souffrances uniquement après cet âge d'or, avec l'invasion et les destructions par les Mongols. De la même manière que la Conversion de l'Angleterre (2) au Christianisme Orthodoxe, qui n'a commencé qu'à la fin du 6ème siècle, s'est déroulée dans une paix relative pendant quelque 200 ans. Cependant, ensuite, et pendant quelque 200 ans, l'Angleterre fut ravagée par les invasions de païens, les Vikings danois. De plus, ce fut cette région d'Angleterre, l'ancien royaume de l'Est Anglie, qui en souffrit le plus. Se trouvant sur la côte Est, faisant face à la patrie des Vikings danois, la côte Est souffrit plus que n'importe quel autre endroit.
A cette époque-là, l'Est Anglie était encore un royaume indépendant de la confédération anglaise. Il était dirigé par un jeune roi, encore célibataire, approchant de la trentaine. Il s'appelait Edmund, ce qui en Olde English (vieil anglais médiéval) signifie "noble protection." Et en effet, il vécut conformément à son nom, ayant une réputation de compassion et de protection, bon envers le pauvre, la veuve et l'orphelin. Son plus grand défi provenait de l'arrivée des destructeurs Danois. Il faut remarquer que les attaques et ravages des Vikings danois ne venaient pas d'une autre race. Les Danois et les Anglais étaient de la même race, de sorte qu'ils pouvaient grosso modo comprendre leurs langues respectives. Il n'y avait qu'une différence essentielle entre les Vikings danois et les Anglais – les premiers étaient païens, les derniers étaient Chrétiens.
Le roi Edmund engagea la résistance contre les attaques des Vikings, qui avaient détruit églises et monastères et maisons et villages un peu partout dans le pays. Se battant côte à côte avec le grand roi Chrétien Alfred, qui allait plus tard sauver l'Angleterre, Edmund fit de son mieux, mais pour finir, il fut submergé par la masse des Danois.
Le roi fut capturé à Hoxne, dans le nord du Suffolk. Là, les Danois lui firent une offre, devenir un roi fantoche, un collaborateur, sous leur tyrannie païenne, ou mourir. Edmund choisit de ne renoncer en rien à la Foi, et il choisit ainsi la mort. Un témoin oculaire de l'époque rapporte comment il fut tabassé et ligoté, puis lié à un chêne, et ensuite comment les Danois l'utilisèrent comme cible pour leur entraînement au tir à l'arc. Pendant tout ce martyre, le Nom du Sauveur ne quitta pas ses lèvres. Enfin, déchiré de douleur par ses innombrables blessures, le roi Edmund fut décapité. C'était vers 869.
Un des récits les plus connus de la région rapporte comment les Danois abandonnèrent le corps d'Edmund sans sépulture, avec sa tête jetée dans un buisson de ronces. Lorsque les hommes vinrent à sa recherche, ils ne trouvèrent que le corps, pas la tête; c'est un loup qui les appela, probablement le propre chien-loup de chasse d'Edmund qui leur indiqua le lieu où se trouvait la tête. C'est la scène que l'on voit sur l'Icône au centre de l'église.
Ils emportèrent le corps et la tête, les déposèrent dans une chapelle de branches construite à la hâte, et aussitôt les miracles commencèrent. Une lumière fut aperçue au dessus de la tombe, aveugles et malades furent guéris. La tête se rattacha miraculeusement au corps, ne laissant voir qu'une profonde cicatrice rouge à l'endroit de la cruelle coupure entre le torse et la tête. Les habitants du coin vinrent en pèlerins pour vénérer les reliques d'Edmund, qui restèrent intactes et incorrompues.
Trente ans passèrent, les enfants des Vikings s'étaient installés en Angleterre, et ils avaient été baptisés. Le corps d'Edmund fut transféré du petit village d'Hoxne vers la ville centrale du Suffolk, une ville qui allait bientôt être connue comme la Ville de saint Edmund – Bury St Edmunds. Les enfants des Danois et ceux des Danois encore en vie, ayant pris de l'âge, vinrent pour vénérer Edmund, et frappèrent des monnaies en l'honneur de Saint Edmund. Bien vite, il fut reconnu comme saint patron de toute l'Est Anglie. Son symbole des 3 couronnes, représentant sa royauté, son martyre et sa virginité, se rencontre encore de nos jours sur nombre d'emblèmes, d'écussons, de drapeaux, etc, dans toute l'Est Anglie.
Un peu plus tard, au 10ème siècle, le roi d'Angleterre de l'époque, Athelstan, construisit une grande route depuis le principal port d'Est Anglie, St Felix à Dunwich, jusque Bury St Edmunds. Cette route des pèlerins fut appelée "route du roi" et était l'équivalent d'une autoroute moderne. La vénération à saint Edmund se répandit dans toute l'Angleterre, et quelque 60 églises furent dédiées à sa mémoire, et il se vit proclamer premier saint patron de l'Angleterre. En entendant son nom, le cri qui suivait était "pour l'Angleterre et pour la liberté!"
Fait étrange, le dernier miracle rapporté auprès des reliques de saint Edmund semble avoir eu lieu au milieu du 11ème siècle. Au fur et à mesure que l'église à Bury St Edmunds devint de plus en plus riche, de plus en plus puissante, et de plus en plus institutionnelle et décadente, ainsi la vie spirituelle semble s'y être éteinte. Dès le 13ème siècle, lorsque l'abbaye à Bury St Edmund fut propriétaire de la moitié du Suffolk, son église était devenue la 3ème plus grande en taille, dépassée seulement par Sainte-Sophie à Constantinople et Saint-Pierre à Rome. C'est au début du 13ème siècle que les reliques de saint Edmund furent volées par des chevaliers français, et emmenées à Toulouse, dans le sud-ouest de la France. Bien que l'abbaye continua à être riche et puissante, elle finit par s'écrouler et fut détruite au 16ème siècle. Nous savons que de nos jours, il ne subsiste que de gros pans de ruines de murailles dans les jardins de l'abbaye.
Cependant, au 19ème siècle, à Hoxne, le chêne auquel, selon la tradition, Edmund avait été attaché plus de mille ans auparavant, s'abattit. Lorsqu'il eut été scié, on trouva en son creux une pointe de flèche danoise. On peut la voir de nos jours au musée à Bury St Edmunds, une relique de toutes ces flèches qui avaient été tirées contre saint Edmund il y a si longtemps d'ici. Ensuite, au début du 20ème siècle, la plupart des reliques survivantes de saint Edmund furent restituées de France à l'Angleterre. Elles se trouvent en sécurité, mais cachées, dans une église catholique-romaine à Arundel, dans le Sussex. Un minuscule fragment de ces reliques a été apporté à l'église catholique-romaine de Bury St Edmunds dans les années 1960. Il existe une ancienne prophétie disant que toutes les reliques du saint seront ramenées à Bury St Edmunds avant la fin du monde. Cependant, pour que cela puisse avoir lieu, il faudra au préalable que les gens du lieu apprennent à les vénérer d'une manière appropriée.

Que pouvons-nous apprendre aujourd’hui du sacrifice de saint Edmund?
Tout d'abord, qu'aucun sacrifice n'est jamais vain. Un sacrifice inspire toujours et triomphe, quand bien même l'inspiration et la victoire ne viennent que plus tard, ou au prix de nos vies humaines.
Deuxièmement, nous pouvons apprendre que de même que saint Edmund libéra les païens de leurs illusions à travers son sacrifice volontaire, nous aussi, aujourd’hui, nous pouvons nous libérer nous-mêmes de notre propre royaume païen, à savoir notre péché, et cela par notre propre sacrifice.
Et troisièmement, nous pouvons apprendre qu'en confessant notre confiance en saint Edmund, nous confessons notre foi en autre chose que les valeurs de ce monde, les richesses et puissance institutionnelles, nous confessons les valeurs éternelles, et cela, ce sont les uniques valeurs qui nous sauverons, comme elles ont sauvé il y a bien longtemps nos pères, et tout le pays d'alors.
Saint martyr Edmund, prie Dieu pour nous!
Amen.
p. Andrew Philips

*-*-*-*-*-*-*-*


ndt :
(1) "..ce ne sont pas les martyrs qui font l'Évangile, mais c'est l'Évangile qui fait les martyrs."
lettre 27, aux prêtres et diacres qui sont à Rome
saint Cyprien, évêque de Carthage, Père de l'Église et martyr
C'est en étant fidèle à l'Évangile jusqu'au bout que saint Edmund est devenu une balise pour notre vie, ici et maintenant. Sa paternité est spirituelle et éternelle, et n'a pas de frontières.

(2) à comprendre bien entendu dans le sens "pays des Angles & Saxons," puisqu'avant l'invasion des Saxons, il y avait déjà le Christianisme Orthodoxe bien implanté sur cette île, sous sa forme celtique. Entre les peu documentées mais bien réelles présences & actions d'évangélisation de saint Joseph d'Arimathie et saint Aristobule, puis le bien documenté martyre de saint Alban au 3ème siècle, et saint Gildas le Sage qui décrivit au 5ème siècle l'invasion des Saxons, la Chrétienté insulaire, Orthodoxe bien entendu, était fertile et nous a laissé quantité de témoignages historiques et liturgiques, et beaucoup de sainteté pour nous inspirer en nos temps si difficiles.


Martyre de saint Edmund, peinture murale à Saint-Mary, Troston.
"Les fresques les plus émouvantes de ce lieu sont un extrait de ce qui semble être une représentation du 14ème siècle du martyre de saint Edmund. Troston se trouve à mi-chemin du lieu probable du martyre, Hoxne, et du lieu final du repos, Bury Abbey. Ces peintures se trouvent sur le mur nord."



Belle suite historique en travaux!


19 novembre 2008

Saint Hilarion le Géorgien, moine et thaumaturge de Thessalonique



http://ocafs.oca.org/FeastSaintsViewer.asp?FSID=103336

Commémoré le 19 novembre
Saint Hilarion le Géorgien était le fils d'un aristocrate Kakheti. Il y avait d'autres enfants dans la famille, mais seul Hilarion fut consacré à Dieu dès sa naissance. Le père d'Hilarion construisit un monastère sur sa propre terre, et le garçon y fut élevé.
A l'âge de 14 ans, Hilarion quitta le monastère et la garde de son père, et s'installa dans une petite caverne, dans le désert de Davit-Gareji (*). Il y demeura 10 ans.
Bien vite, dans tout l'Est de la Géorgie, on apprit l'existence de l'angélique jeûneur et infatigable intercesseur en prière. Des foules s'amassèrent près de sa caverne pour recevoir instruction, bénédictions et conseils. Lorsque l'évêque de Rustavi vint visiter Hilarion, il l'ordonna prêtre. Peu après, il fut élu higoumène de la Laure de saint Davit de Gareji.
Après son ordination, le saint père fut plus que jamais loué par son peuple, et il décida de quitter sa patrie. Hilarion choisit un des frères pour le remplacer comme higoumène du monastère, et partit en pèlerinage à Jérusalem.
En chemin, le vénérable Hilarion fut attaqué par une bande de cruels brigands. Ils essayèrent de tuer le saint père, mais leurs mains se desséchèrent aussitôt. Lorsque les bandits terrifiés comprirent que Dieu les avait punis pour avoir osé lever la main et tenté de tuer le saint, ils tombèrent à genoux devant saint Hilarion et implorèrent son pardon. Le bienheureux père les bénit du Signe de la Croix, les guérit et les laissa repartir en paix.
Saint Hilarion vénéra les lieux saints à Jérusalem, puis s'installa dans une caverne dans le désert du Jourdain – selon la tradition, le saint prophète Élie avait séjourné dans la même caverne.
Une nuit, saint Hilarion eut une vision : il se tenait devant la très sainte Mère de Dieu, au milieu de 12 hommes, sur le Mont des Oliviers, à l'endroit de l'Ascension de notre Seigneur. La sainte Vierge lui dit : "Hilarion, rentre dans ta patrie, et prépare un repas pour le Seigneur, mon Fils!"
Se réveillant, Hilarion comprit cette vision tant avec son coeur qu'avec son esprit, il se leva et repartit aussitôt pour sa patrie.
A son retour en Géorgie, saint Hilarion apprit le décès de son père et de ses frères. Sa mère lui donna, comme unique fils, l'héritage familial.
Le bienheureux Hilarion fonda un couvent avec les ressources qu'il avait héritées, donna des terres à la communauté monastique, et lui donna ses règles. Il rassembla ensuite 76 ascètes fort dignes, et fonda un monastère pour hommes. Il distribua le restant de ses biens aux pauvres et nécessiteux.
Comme autrefois, les nouvelles des exploits spirituels de saint Hilarion se répandirent rapidement dans toute la Géorgie. Nombreux voulurent recevoir ses bénédictions et conseils, mais lorsque le clergé annonça son intention de le faire consacrer évêque, il quitta la Géorgie pour la seconde fois. Il prit 2 compagnons de voyage et partirent ensemble pour Constantinople.
Après le long voyage, Hilarion et ses compagnons parvinrent pour finir au Mont Olympe, en Asie Mineure, et s'installèrent dans une vieille petite église abandonnée. Lors des Vêpres du samedi de la tyrophagie, le responsable des veilleuses du monastère saint Joannice le Grand vint dans cette église pour allumer une veilleuse devant une Icône. Voyant que quelque personnes s'y étaient installées, il leur amena de la nourriture.
Le samedi suivant, lors de la fête de saint Théodore Tyron, le même moine revint dans cette église, et il vit que les frères avaient passé toute la semaine à n'avoir que quelques lentilles pour manger. Ils n'avaient pas touché à la nourriture qu'il leur avait apportée. Alors le moine demanda à saint Hilarion ce dont ils avaient besoin, et Hilarion demanda des prosphores et du vin pour le Sacrifice non-sanglant, l'Eucharistie. C'est ainsi que saint Hilarion put célébrer la Liturgie au moment approprié, recevoir la sainte Communion, et donner les saints Dons aux frères.
Lorsque l'higoumène de la Grande Laure apprit qu'une Liturgie avait été célébrée par un prêtre inconnu, dans une langue autre que le grec, il se fâcha et ordonna à son assistant de cellule et à plusieurs autres moines de chasser les étrangers de la propriété du monastère. Mais saint Hilarion répondit en grec au serviteur, et demanda la permission de passer la nuit dans l'église, promettant de partir au matin.
Cette nuit-là, la Mère de Dieu apparut dans une vision à l'higoumène de la Laure. Elle se tint au pied de son lit et lui adressa des reproches, disant "Espèce de fou! Qu'est-ce qui t'a poussé à chasser ces étrangers, qui ont quitté leur patrie par amour pour mon Fils et Dieu? Pourquoi as-tu enfreint le commandement de l'hospitalité, et de faire miséricorde à l'étranger et au pauvre? Ignores-tu qu'il y en a beaucoup qui vivent sur cette montagne et qui parlent la même langue que ces gens-là? Eux aussi louent Dieu ici. Celui qui manque de les accueillir, il est mon ennemi, car mon Fils m'a confié de les protéger et de veiller à ce que leur Foi Orthodoxe ne vacille pas. Ils croient en mon Fils et ont été baptisés en Son Nom!"
Le lendemain matin, l'Ancien tomba à genoux devant saint Hilarion, supplia son pardon pour son impertinence, et demanda qu'il veuille bien rester au monastère. Saint Hilarion consola l'ancien et accepta de rester.
Saint Hilarion resta 5 ans sur le Mont Olympe, puis repartit pour Constantinople, afin d'y vénérer la Vivifiante Croix de notre Seigneur. De là, il fit le voyage vers Rome afin de vénérer les tombeaux des saints Apôtres Pierre et Paul. En chemin pour Rome, il guérit par ses prières un homme paralysé. Après avoir passé 2 ans à Rome, saint Hilarion repartit pour Constantinople. En chemin, dans la ville de Thessalonique, le bienheureux Hilarion s'arrêta à la maison du préfet pour se reposer. A son arrivée, une servante portait hors de la maison un garçon de 14 ans, paralysé, et elle le déposa au soleil. Le saint demanda de l'eau à la femme, et lorsqu'elle la lui eu apportée, il bénit l'enfant avec le Signe de la Croix, et le guérit. Aussitôt le garçon courut vers sa maman, et saint Hilarion quitta vite l'endroit.
Mais le préfet, qui était le père de l'enfant, avait vu le miracle se produire, et il ordonna de rechercher le thaumaturge. Lorsqu'ils l'eurent trouvé, ils le lui amenèrent, et le préfet supplia saint Hilarion de rester à Thessalonique, et de se choisir lui-même un lieu pour demeurer et continuer son oeuvre miraculeuse.
Reconnaissant en ce préfet un véritable ami de Dieu, le saint donna suite à la supplique et accepta de rester. Le préfet bâtit une église au lieu choisit par Hilarion, et il ne fallut pas longtemps avant que toute la ville n'ait entendu parler de saint Hilarion et de ses miracles.
Saint Hilarion vécu le restant de ses jours à Thessalonique. Lorsque le Seigneur lui fit connaître le jour de son repos, il appela le préfet, le remercia, et lui donna instruction d'aimer les moines et tous les miséreux, et d'être juste et miséricordieux.
Le saint s'endormit dans le Seigneur le 19 novembre 875, et le préfet affligé lui fit préparer un tombeau de marbre. Ceux qui étaient malades et approchaient de la tombe de saint Hilarion avec foi furent guéris de leurs infirmités.
Le préfet et l'archevêque de Thessalonique informèrent l'empereur Basile le Macédonien (867-886) au sujet des miracles qui avaient lieu sur la tombe du saint père. L'empereur informa à son tour les moines du Mont Olympe venus le visiter, et parmi eux, il advint que se trouvait l'higoumène qui autrefois avait voulu chasser saint Hilarion de l'église. L'empereur Basile s'intéressa aux disciples de saint Hilarion et à ses compatriotes, suite aux récits des miracles d'Hilarion. Les 3 disciples de saint Hilarion lui furent présentés, et l'empereur fut frappé de leur sainteté, au point qu'il les envoya auprès du patriarche de Constantinople pour recevoir sa bénédiction. Reconnaissant aussitôt que les 3 anciens étaient remplis de la grâce divine, le patriarche recommanda à l'empereur de les combler d'honneurs.
Alors, l'empereur invita les 3 anciens à choisir pour eux et pour leurs compatriotes un des monastères de Constantinople. Les pères déclinèrent doucement la proposition, car ils ne voulaient pas vivre dans la grande ville si bruyante. Ils demandèrent plutôt de l'empereur de leur faire construire des cellules hors de la capitale. C'est ainsi que l'empereur fit construire une grande église dédiée aux saints Apôtres, en un lieu que les pères Géorgiens avaient choisit, dans un ravin, où tombait une cascade d'eau fraîche, en bas d'une petite colline, et il se creusa une cellule pour lui-même. Le monastère fut appelé "Romana," du nom du ruisseau.
Plus tard, l'empereur envoya ses 2 fils, Léon et Alexandre, afin qu'ils soient éduqués par les saints pères. L'empereur Basile chercha à ramener les saintes reliques de saint Hilarion dans la capitale, mais le peuple de Thessalonique ne le permit pas. A la fin, il fut nécessaire pour les envoyés de l'empereur de cacher le cercueil sacré et de l'emporter en secret à Constantinople.
L'empereur, le patriarche et tout le peuple se rassemblèrent pour l'arrivée des reliques de saint Hilarion et les reçurent avec des hymnes de gloire et des prières. Avant d'avoir pu construire un mausolée dédié, l'empereur conserva les saintes reliques de saint Hilarion dans sa propre chambre. Trois nuits après l'arrivée des reliques, Basile fut réveillé par un parfum inhabituel. Nul à la court ne pu en découvrir la source.
Lorsque l'empereur se réveilla à nouveau, saint Hilarion lui apparu dans ses appartements et lui dit : "Tu as fait un beau geste en voulant préparer une demeure pour mes restes. Mais le doux parfum que tu sens, il a été gagné dans le désert, pas dans la ville. Dès lors, si tu désires les bénédictions divines, rapporte-moi au désert!"
L'empereur expliqua cet événement merveilleux au patriarche et au préfet, et avec leur consentement, il amena les saintes reliques de saint Hilarion au monastère de Romana.



Temps de tempête sur une baie de Géorgie,
par Frederick Horsman Varley


(*) Le désert de Davit-Gareji se trouve dans le sud-est de la Géorgie. La région tire son nom d'un des 13 Pères Syriens, saint Davit de Gareji, qui s'y était installé. Quelques 20 monastères et sketes, dont la Laure Saint Davit (aussi appelée monastère Davit-Gareji) et le monastère de saint Jean le Baptiste se trouvent dans ce désert de Davit-Gareji. De nos jours, 3 sont encore actifs.

Excellente question SMS de Pieter : quelle relation avec "saint Hilarion d'Ibérie" mentionné (je présume) dans certaines autres traductions du calendrier liturgique pour ce 19 novembre?
Réponse : il s'agit du même saint. L'Ibérie est l'ancien nom d'une partie importante de l'actuelle Géorgie; on parle parfois d'Ibérie caucasienne pour ne pas la confondre avec la Péninsule Ibérique (Espagne & Portugal).

Voir aussi sur le site de Claude Lopez-Ginisty une section dédiée aux saints de Géorgie, aussi peu connus chez nous que nos propres saints Orthodoxes (ça situe..)
http://orthodoxologie.blogspot.com/search/label/Saints%20G%C3%A9orgiens

Quelques uns en anglais, et des notes techniques sur l'hagiographie géorgienne:
http://www.angelfire.com/ga/Georgian/index2.html

et le livre à acquérir (en anglais) :
"The Lives of the Georgian Saints," by Archpriest Zakaria Machitadze
http://www.sainthermanpress.com/catalog/chapter_five/Lives_of_the_georgian_saints.htm


Informations (en anglais) sur le livre, raisons de sa traduction & republication, extraits de diverses Vies :
http://www.pravoslavie.ru/english/7213.htm


mise à jour 20/11

Réponse à la question d'un lecteur (voir commentaires ci-dessous), à savoir quand la Géorgie a-t'elle commencé à recevoir le Christ Sauveur :
c'est sainte Nina, une esclave, qui a apporté le saint Évangile du Salut en Géorgie, dans les années 300 (4ème siècle). Voir ces divers articles en anglais & en français:

http://www.fatheralexander.org/booklets/english/saints/nina_georgia.htm

A pilgrimage to Orthodox Georgia

http://orthodoxie.sosblog.fr/Premier-blog-b1/Ste-Nina-ou-Nino-Egale-aux-Apotres-illuminatrice-de-la-Georgie-14-27-janvier-b1-p183.htm



L'erreur est humaine, aider à la corriger, c'est saint (Lao Tseu & l'erreur)


"Une grande nation, c'est comme un grand homme : lorsqu'il se trompe, il en prend conscience. L'ayant réalisé, il l'admet. L'ayant admit, il corrige l'erreur. Il considère ceux qui font remarquer ses fautes comme étant ses plus bienveillants maîtres."

"A great nation is like a great man: When he makes a mistake, he realizes it. Having realized it, he admits it. Having admitted it, he corrects it. He considers those who point out his faults as his most benevolent teachers."

Lao Tseu

Ne croirait-on pas lire de la patristique, quelque part, ou au moins une "méthodologie de sagesse"? Car au sujet du combat spirituel, les Pères de l'Église considèrent en effet que celui qui nous fait une remarque sur une de nos fautes est notre meilleur ami. En effet, il nous empêche de persévérer dans l'erreur. Même si ça fait mal comme le bistouri du chirurgien, c'est donc une bonne médecine..

17 novembre 2008

Saint Gennadios de Vatopedi et l'Icône Elaiovrytissa de la Mère de Dieu

Le monastère de Vatopedi, sur la sainte montagne de l'Athos, a certes été le "creuset spirituel" pour saint Savas de Serbie, saint Grégoire Palamas ou saint Maxime le Grec, pour citer 3 noms célèbres, il a aussi été celui de saints plus discrets et pourtant aussi importants aux yeux de Dieu et pour nous aider à vivre en confiance en la Providence divine. Nous en fêtons un ce jour. Grand merci à Pieter pour le rappel par SMS, sinon j'oubliais.. plongé que j'étais dans le livre sur la vie du monastère de .. Vatopedi.. ça ne s'invente pas :-)

Saint Gennadios de Vatopedi
http://ocafs.oca.org/FeastSaintsViewer.asp?FSID=103320



Saint Gennadios était le "dochiaris" (cellérier) du monastère de Vatopedi, sur le Mont Athos, au 14ème siècle, et il était donc en charge des approvisionnements. Lorsque l'huile commença à manquer, il essaya d'économiser ce qui en restait et de la réserver aux besoin liturgiques. Le responsable de la cuisine alla s'en plaindre auprès de l'higoumène, disant qu'il n'avait plus d'huile pour préparer les repas. L'higoumène ordonna à saint Gennadios de placer toute sa confiance dans la Mère de Dieu, et de donner toute l'huile nécessaire pour les besoins du monastère.
Un des jours suivant, saint Gennadios partit pour le cellier, et il découvrit la citerne débordante d'huile, qui coulait sur le sol jusqu'à la porte. Ce miracle fut attribué à la très sainte Théotokos et à son Icône Elaiovrytissa qui se trouvait à côté. Depuis lors, l'Icône pend dans le cellier, et elle émet un ineffable parfum.
L'Icône Elaiovrytissa ("débordante d'huile") de la très sainte Mère de Dieu est commémorée le Vendredi Radieux.

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Icône Elaiovrytissa de la Mère de Dieu
http://www.mountathos.gr/active.aspx?mode=en%7B1317b7b0-78b9-4960-9596-3ca8cd3aedcb%7DView

Cette Icône se trouve dans le "docheion" (cellier, pour huile et vin) du monastère. [...] Son autre nom, c'est la "Docheiarissa."

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Ce sont 2 antiques sarcophages qui servent de citerne pour l'huile. L'un porte l'inscription "de Dionysios," et l'autre, daté de l'an 321 après Jésus-Christ, "de Germanos Heraklas."

La façade actuelle a été réalisée sur commande de l'higoumène Théophanis, en 1627, le restant étant plus ancien. Le docheion a été restauré en 2005 grâce à l'aide de la Catalogne – avant sa chute, la péninsule Ibérique était Orthodoxe.. une telle aide annoncerait-elle enfin un début de bienheureuses relevailles?


Le hiéromoine Irénée, qui nous a reçu de longues heures pendant le récent pèlerinage au Mont Athos, célèbre très souvent dans le docheion. Les 2 fois où j'ai pu assister à l'Office, il était assisté d'un vieux moine perclus d'arthrose, qui lançait les réponses de l'Office comme un cri sorti du coeur avec la douleur. Et d'un autre vieux moine qui se pliait en deux pour servir de lutrin où poser le saint Évangile. Impressionnant à vivre, une vraie grâce.



(cette photo-ci provient de Wikipedia, les autres sont "stmaterne")

Saint Aignan d'Orléans (+ son culte chez les Carolingiens, par S. Tada)

Dans son beau livre "le secours des saints," Claude Lopez-Ginisty mentionne saint Aignan d'Orléans comme intercesseur pour les maladies de peau. Mais qui était donc ce grand ami du Christ?

Saint Aignan ou Agnan (Anianus) est né dans une famille de la noblesse gallo-romaine à Vienne (Dauphiné) en 358, et mort à Orléans en 453, ville dont il a été l'évêque le plus clair de sa vie religieuse.
Il vint à Orléans suite à la réputation d'Evurtius. C'est par lui qu'Aignan sera ordonné prêtre en 382, puis nommé abbé de Saint-Laurent peu après. En 388, tant par choix d'Evurtius que par acclamation populaire, il fut consacré évêque. Sa réputation durable de courage remarquable vient de sa résistance à Attila et ses Huns, qui assiégèrent Orléans en 451. Aignan refusa la reddition de la ville et exhorta la population à la repentance et la prière afin d'être délivrés. Pour finir, le général romain Aetius tant attendu arriva, et il chassa les Huns jusqu'à la Seine. Après un épiscopat long et fructueux, Aignan s'endormit un 17 novembre. Ses reliques furent transférées à l'église Saint-Pierre, ensuite rebaptisée Saint-Aignan. Mais elles furent en grande partie détruites par les Protestants au 16ème siècle, comme tant de reliques Orthodoxes qui avaient été volées par les autorités catholiques-romaines et utilisées par les papistes à si mauvais escient qu'elles subiront, hélas, la vindicte des populaces bernées par les usurpateurs trop de siècles durant...
De Foi Orthodoxe, saint Aignan est dès lors présent dans le calendrier de l'Église au 17 novembre, jour où nous fêtons aussi saint Grégoire de Tours, qui nous a rapporté l'épisode avec Attila (saint Sidoine rapportant la vie entière).
Pour revenir aux reliques, au début du XIème siècle, le roi Robert II (fils de Hugues Capet) a reconstruit la basilique avec la crypte pour abriter les reliques de saint Aignan. Cette crypte a été remaniée au XIVème siècle, c'est l'une des plus grandes de France. on peut encore y admirer les chapiteaux sculptés du XIème siècle.


Reliquaire dit contenir le coeur de Saint Aignan.
"Hic est fratrum amator et populi.
Hic est qui multum orat pro populo et universa civitate",
"Voici l'ami de ses frères, celui qui prie beaucoup pour le
peuple et pour la ville sainte."
(2 Macc., ch 15, v. 14)


Châsse contenant un os du bras de Saint Aignan, portée par 4 figurines représentant un roi, un évêque, un moine bénédictin et un chanoine

Ces 2 objets présentés comme des reliquaires sont d'un style et origine tout sauf Orthodoxe, donc que contiennent-ils réellement? Dieu seul sait.
Je n'ai hélas pas réussi à trouver d'antique enluminure le représentant, pas plus que de fresque mérovingienne voire d'icône de l'époque dans ce style-là (donc pas un saint russe avec "saint Aignan" comme légende rajoutée par dessus l'originale). C'est un manque qui me pèse, beaucoup.

Place à l'Histoire!

"Les Huns étant donc sortis de la Pannonie vinrent, dépeuplant le pays, à la ville de Metz, où ils arrivèrent, ainsi que quelques-uns le rapportent, la veille du saint jour de Pâques. Ils livrèrent la ville aux flammes [7 avril 451], passèrent les habitants au fil de l’épée, et égorgèrent même les prêtres du Seigneur devant les autels sacrés. Rien n’échappa à l’incendie, que l’oratoire de saint Étienne, premier martyr et diacre. Je n’hésite pas à raconter ce que j’ai entendu dire à quelques-uns au sujet de cet oratoire. Ils rapportent qu’avant l’arrivée des ennemis ils eurent une vision, dans laquelle leur apparut ce pieux fidèle, le bienheureux diacre Étienne, s’entretenant avec les saints apôtres Pierre et Paul sur tous ces ravages, et disant : Je vous conjure, messeigneurs, d’empêcher, par votre intercession, que nos ennemis ne brûlent la ville de Metz ; car dans un endroit de cette ville sont les restes de mon pauvre corps ; mais plutôt que les habitants connaissent que je peux quelque chose auprès du Seigneur ; et que si les crimes du peuple se sont tellement accumulés que la ville ne puisse éviter l’incendie, que mon oratoire en soit au moins préservé. Ils lui répondirent : Vas en paix, très cher frère ; l’incendie ne respectera que ton oratoire. Quant à la ville, nous ne pouvons rien obtenir, parce que la volonté divine a déjà prononcé la sentence ; car les péchés du peuple se sont accumulés, et le cri de sa méchanceté est monté jusqu’en présence de Dieu : la ville sera donc consumée par cet incendie. D’où il est hors de doute que c’est par leur intercession que, dans la désolation de la ville l’oratoire est resté intact.

Cependant Attila, roi des Huns, ayant quitté la ville de Metz, et ravageant impunément les cités des Gaules, vint mettre le siège devant Orléans, et tâcha de s’en emparer en l’ébranlant par le choc puissant du bélier[xv]. Vers ce temps-là, cette ville avait pour évêque le bienheureux Anian, homme d’une éminente sagesse et d’une louable sainteté, dont les actions vertueuses ont été fidèlement conservées parmi nous. Et comme les assiégés demandaient à grands cris à leur pontife ce qu’ils avaient à faire, celui-ci, mettant sa confiance en Dieu, les engagea à se prosterner tous pour prier et implorer avec larmes le secours du Seigneur toujours présent dans les calamités. Ceux-ci s’étant mis à prier, selon son conseil, le pontife dit : Regardez du haut du rempart de la ville si la miséricorde de Dieu vient à notre secours. Car il espérait, par la miséricorde de Dieu, voir arriver Aetius[xvi], que, prévoyant l’avenir, il était allé trouver à Arles ; mais, regardant du haut du mur, ils n’aperçurent personne ; et l’évêque leur dit : Priez avec zèle, car le Seigneur vous délivrera aujourd’hui. Ils se mirent à prier; et il leur dit : Regardez une seconde fois. Et ayant regardé, ils ne virent personne qui leur apportât du secours. Il leur dit pour la troisième fois : Si vous le suppliez sincèrement, Dieu va vous secourir promptement. Et ils imploraient la miséricorde de Dieu avec de grands gémissements et de grandes lamentations. Leur oraison finie, ils vont, par l’ordre du vieillard, regarder pour la troisième fois du haut du rempart, et aperçoivent de loin comme un nuage qui s’élève de la terre. Ils l’annoncent au pontife qui leur dit : C’est le secours du Seigneur. Cependant les remparts, ébranlés déjà sous les coups du bélier, étaient au moment de s’écrouler lorsque voilà Aetius qui arrive, voilà Théodoric, roi des Goths, ainsi que Thorismund son fils, qui accourent vers la ville à la tête de leurs armées, renversant et repoussant l’ennemi. La ville ayant donc été délivrée par l’intercession du saint pontife, ils mettent en fuite Attila, qui, se jetant dans les plaines de Méry[xvii], se dispose au combat ; ce que les Orléanais apprenant, ils se préparent à lui résister avec courage. [..]
Aetius donc, réuni aux Goths et aux Francs, livra bataille à Attila. Celui-ci, voyant que ses troupes étaient taillées en pièces, eut recours à la fuite. Cependant Théodoric, roi des Goths, fut tué dans ce combat. Personne ne doit douter que la défaite des ennemis arriva par l’intercession du saint évêque dont nous avons parlé."

Histoire des Francs, Livre II, par saint Grégoire, évêque de Tours


Basilique Saint-Aignan, Orléans, vue depuis la rive sud de la Loire
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Dans les MGH, la Vita Aniani Episcopi Aurelianensis, par saint Sidoine Apollinaire, aux pages suivantes :
http://mdz11.bib-bvb.de/dmgh_new/app/web?action=loadContent&type=gif&contentId=bsb00000750_00112
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http://mdz11.bib-bvb.de/dmgh_new/app/web?action=loadContent&type=gif&contentId=bsb00000750_00125

Vénéré de son vivant, saint Aignan a été inhumé en 453 à l’Est de la ville, dans l’église de Saint-Pierre aux Boeufs. Dès cette époque, il y avait un sanctuaire au-dessus du tombeau du saint patron d'Orléans. La ville prendra taille et importance avec le temps, et le sanctuaire fera de même.
Au 7ème siècle, l’église est citée comme un monastère. La reine et future diaconnesse sainte Bathilde, femme de Clovis II, y établit une Règle composée de celles de saint Benoît de Nursie et de saint Colomban de Luxeuil (21 novembre). Le monastère dépasse les 13 moines puisqu'il accède au rang d'abbaye. La basilique sera construite par Théodulphe d'Orléans. Petite digression sur cet intéressant personnage, qui montre la complexité de l'histoire ecclésiastique en nos pays et l'erreur de se tenir à des notions comme "anno 1054" pour différencier entre Chrétien et non-Chrétien. Théodulphe est né vers 750 dans le nord de l'Espagne sous occupation islamique, probablement en Catalogne. Les Wisigoths d'alors ne sont majoritairement plus Chrétiens mais soit ariens, soit en passe de devenir de cette toute nouvelle religion, le catholicisme-romain, qui comporte tant de leurs idées & principes. Théodulphe est de cette seconde catégorie. Membre du conseil de Charlemagne depuis 780 (avec Alcuin, Paul Diacre, Pierre de Pise, Agilbert, Benoît d’Aniane, etc), il succèdera en 804 à Alcuin comme conseiller théologique de l'empereur Charlemagne. Il composera vers 790/793 son "Opus Caroli regis contra synodum" ou "Libri Carolini," oeuvre écrite au nom de l'empereur germanique, pour attaquer le 7ème Concile Oecuménique et l'iconodulie. Il attaquera aussi tous les Orthodoxes, au nom du "filioque," avec son "De Spiritu sancto," suivit de l'ouvrage demandé par Charlemagne, "De ordine baptismi." Bref il était tout sauf Orthodoxe!
Cependant, engagé en politique comme nombre de prélats carolingiens, à la mort de Charlemagne, il choisira le mauvais camp et Louis le Germanique le fera geôler à Angers, où il mourra en 821. C'est durant son séjour en prison qu'il composera la belle hymne - bien Orthodoxe elle! - "Gloria laus et honor Tibi", qui est encore en usage dans les diocèses de Rite Orthodoxe Occidental antiochiens & russes hors frontières. Et bien qu'ayant lutté contre les Orthodoxes - et donc contre les décisions des papes de Rome ayant souscrit aux 7 premiers Conciles Oecuméniques, tel ce Léon III qui avait couronné Charlemagne devant lui.. -, il s'était cependant fait installer une chapelle avec une riche.. iconographie.. Cet oratoire carolingien de Germiny-des-Prés est un des derniers vestiges de l'époque.


Fin de la parenthèse théodulphienne, retour à Saint-Aignant d'Orléans. La basilique construite par Théodulphe sur base des plus anciens édifices sera rasée par les Normans en 865, n'y laissant que la crypte. Elle sera reconstruite par Robert II "le pieux" et consacrée le 14 juin 1029. Voici ce qu'il en est de la relation entre ce roi de France au style de vie si monachal et saint Aignan :

"De plus, le roi Robert construisit de nouveau, dans la ville d’Orléans, un monastère à saint Aignan, son avocat spécial auprès de Dieu. On n’a pas besoin de dire qu’il conserva toujours pour lui le pieux amour d’une tendre dévotion, car il le voulut toujours, après Dieu, pour son protecteur spécial, pour secours et défenseur, en quelque lieu qu’il portât ses pas. Un jour en effet, interpellé par un de ses meilleurs amis pourquoi il exaltait par ses louanges ce grand évêque plutôt que les autres saints, il répondit avec humilité: 'Tu demandes ce qu’est Aignan? Aignan est la sûre [p.395] consolation de ceux qui sont tristes, la force de ceux qui travaillent, la protection des rois, la défense des princes, la joie des évêques, et le doux et ineffable secours des clercs, moines, orphelins et veuves.' Alors plaisantant, il dit aux enfants qui l’entouraient: 'Et vous, enfans, n’avez-vous pas vraiment éprouvé qu’Aignan, de qui nous parlons, vous a souvent délivrés de la peine des verges'?

Ce roi, la fleur embaumée de son pays, et l’honneur de la sainte Église, dévoré de zèle pour la gloire d’un si grand évêque, voulut par un saint désir placer son corps en lieu plus honorable; il commença à bâtir sur le lieu une église; et par l’aide de Dieu et le secours du saint, il la conduisit à sa fin. Elle eut quarante toises dans sa longueur, douze en largeur, dix en hauteur, et cent vingt-trois fenêtres; il fit dans ce même monastère dix-neuf autels en l’honneur des saints que nous allons nommer ici avec soin. Le principal était dédié à l’apôtre saint Pierre, auquel le roi associa Paul, son co-apôtre. Auparavant Saint Pierre seul était vénéré dans ce lieu. Un de ces autels était à la tête de saint Aignan, l’autre à ses pieds, un autre était consacré à saint Benoît; les autres sont dédiés à saint Évurce, saint Laurent, saint George, tous les saints, saint Martin, saint Maurice, saint Étienne, saint Antonin, saint Vincent, sa Marie, saint Jean, saint Sauveur, saint Mamert, saint Nicolas et saint Michel. Le roi fit la façade de cette maison d’une admirable manière, et semblable au couvent de Sainte Marie, mère de Dieu, et de Saint Vital et Saint-Agricole, bâti à Clermont; il fit faire la [p.396] chasse de saint Aignan en or, en argent, et en pierres précieuses par devant; il fit couvrir entièrement d’or la table de l’autel de saint Pierre, à qui ce lieu est consacré; sur cet or, la noble reine Constance, sa glorieuse épouse, après la mort de son mari, donna au Dieu très-saint, et à saint Aignan, la somme de sept livres, pour réparer les toits qu’elle avait fait bâtir dans le monastère, et qui étant ouverts depuis le bas jusqu’en haut, laissaient voir le ciel plus que la terre. Il en resta quinze livres d’or éprouvé; la reine les distribua à ceux à qui elle devait les donner, car elle était occupée des églises de Dieu, selon la sage volonté de son seigneur.

Tout cela fait, le glorieux roi Robert, avide de la bénédiction céleste, en l’année trente-six de son ordination, bénédiction et élévation au trône, convoqua par un ordre exprès les archevêque Gosselin de Bourges, abbé de Fleury, Leuteric de Sens et Arnoul de Tours. Ils étaient suivis des évoques, Odolric d’Orléans, Thierri de Chartres, Bernier de Meaux, Guarin de Beauvais, et Rodolphe de Senlis. On ne fut point privé de la présence du vénérable maître Odilon, abbé de Cluny, et d’autres hommes vertueux de non moindre mérite, avec lesquels le roi désirait avoir une entrevue; le précieux corps du serviteur de Dieu, saint Aignan fut levé du sépulcre par eux et d’autres ministres de Dieu, ainsi que ceux des saints confesseurs Euspice, Moniteur et Floscule; des martyrs Baudel et Scubile, et d’Agie, mère du confesseur saint Loup. Le glorieux roi et ceux que nous avons déjà nommés, et qui étaient venus pour cette œuvre, demeurèrent près de ces saints corps, [p.397] louant Dieu et chantant des hymnes et des cantiques dans l’église de Saint-Martin, tandis qu’on préparait les choses nécessaires à la sainte cérémonie. Tout étant prêt, le lieu fut consacré et béni solennellement par les prêtres sacrés, l’année de l’incarnation du Seigneur 1029; le saint corps fut mis sur les épaules de ce grand roi et du peuple, aussi joyeux les uns que les autres, et on le transporta en chantant dans le nouveau temple qu’avait fait bâtir le grand Robert. Tous louèrent Dieu et saint Aignan avec des timbales, des chœurs de musique, des instrumens à vent et d’autres à cordes, et ils placèrent les reliques dans le lieu saint, à l’honneur, la gloire et la louange de notre Seigneur Jésus-Christ et de son serviteur Aignan, honoré d’une gloire spéciale."

In : Vie de Robert II le Pieux (970-1031), écrite vers 1040 par Helgaud de Fleury


Sceau de Robert le Pieux (vers 997), Vita Rotberti.
"Rotbertvs Dei Gratia Francorvm Rex"
(Robert roi des Francs par la grâce de Dieu)
Archives nationales, Paris.


gisant de Robert II, basilique Saint-Denis
nous y avons été début juillet 2008, très impressionnant. Aussi de voir l'état d'abandon local..


Médaille de Jean Dassier, vers 1720


Plan reconstitué de l'église Saint-Aignan rebâtie par Robert


Robert II "le pieux" et sa garce de femme, Constance, qui lui aura bien empoisonné la vie.. cette bique, cette intriguante, a pourtant son gisant, elle aussi, à Saint-Denis..




Crypte de Saint-Aignan-sur-Cher: le Christ en majesté transmet à saint Jacques un phylactère sur lequel est écrit "Confessez-vous donc les uns aux autres… afin d’être guéris" : [CONFITEMINI AL]TERUTRUM PEC[C]ATA]. Au pied de la scène, des petits personnages implorants, infirmes, malades, pauvres ou pèlerins.
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église Saint-Aignan, Brinay (Cher), village situé à une dizaine de km au sud-est de Vierzon; édifice typique des églises de campagne en Berry : un narthex étroit et bas couvert d'un toit pentu, une nef rectangulaire et un choeur auquel on accède en passant sous une arche. Simplicité & tranquillité




fresques du Songe de Joseph, la fuite en Égypte - les idoles s'effondrent dans le temple d'Héliopolis au passage du Christ, de la Théotokos et de saint Joseph

Théophanie - baptême du Christ

Les fresques ont été peintes durant la seconde moitié du 12ème siècle. D'auteur inconnu, elles illustrent sur trois murs du choeur "la Vie silencieuse du Christ", ainsi que "le massacre des Innocents" sur la partie supérieure du mur faisant face aux fidèles.


fresques de la Tentation du Christ et des Noces de Cana

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Le culte de saint Anianus (Aignan) durant la période Carolingienne
http://www.accessmylibrary.com/coms2/summary_0286-12090977_ITM

Publication Date: 01-JUL-05

D'après Sidoine Apollinaire, Aignan fut évêque d'Orléans et défenseur de la ville contre les attaques des Huns commandés par Attila en 451 (1). Cet article va examiner le processus du développement du culte d'Aignant pendant la période Carolingienne. Qui a fait évoluer le culte? Comment l'ont-ils fait? Nombre d'érudits...

[longue suite à continuer de traduire.. plus tard..]


Icône copte de saint Anianus, Cleveland (Ohio, USA).

Il s'agit bien entendu de saint Ananie, baptisé par saint Marc l'Évangéliste, premier épiscope de l'Église d'Alexandrie, et non pas du saint Anianus d'Orléans.