"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

31 janvier 2009

Canonicité de l'EORHF vue par le Mont Athos en 1991


L'Ancien Ephrem, à propos de l'Église Orthodoxe Russe Hors Frontières (EORHF)
http://www.orthodoxinfo.com/ecumenism/ephraim_roca.aspx
Dans une série d'événements étranges qui ont eu lieu l'an dernier [1991], l'higoumène du monastère Philotheou sur le mont Athos, l'archimandrite Ephrem, a quitté la juridiction du patriarcat de Constantinople, rejoint l'EORHF, et pour finir est retourné à la juridiction de Constantinople. Bien qu'il existe divers comptes-rendus contradictoires sur ses raisons d'agir de la sorte, et bien que ses actions ont perturbé et déçu nombre de gens, le séjour du p. Ephrem dans l'EORHF nous a laissé une très intéressante déclaration à propos de cette Église-là. Forcé de répondre à des voix polémiques et hostiles venant des nouveaux calendristes grecs lorsqu'il rejoignit l'EORHF, le p. Ephrem rédigea une brève notice sur la validité de cette Église. Puisque les évêques de l'EORHF ont consacré des évêques pour nous, vieux calendristes, lorsque notre dernier hiérarque en Grèce s'est endormit éternellement, ses commentaires sur la validité de l'EORHF sont d'importance spéciale pour nous – et même plus encore, puisqu'ils proviennent d'un membre du patriarcat de Constantinople qui fut forcé par des circonstances inhabituelles de parler objectivement et en vérité à propos de l'EORHF. Une telle objectivité et une telle vérité sont en effet suffisamment rares parmi les modernistes, qui se sont tant compromis par intérêt politique et pour répondre aux exigences du mouvement oecuménique. Nous avons traduit les commentaires du p. Ephrem du texte original grec, qui a été distribué l'an dernier aux USA par le p. Ephrem lui-même.

Mon point de vue sur l'Église Orthodoxe Russe Hors Frontières

Succession apostolique
La succession apostolique des évêques de l'EORHF ne serait être mise en doute, puisque tous ses actuels évêques tiennent leur consécration canonique des évêques d'avant l'ère révolutionnaire et de leurs successeurs.

Canonicité
La canonicité – à savoir la conformité intégrale d'une Église locale aux saints Canons dans sa constitution et son fonctionnement administratif – est matière rare dans presque tous les patriarcats et Églises autocéphales d'aujourd'hui. Le système synodal a été sérieusement affaibli par diverses intrusions de l'intérieur comme de l'extérieur, et on voit partout apparaître une tendance au despotisme chez les principaux hiérarques ou synodes locaux. Si nous devions commencer avec un examen approfondi des empêchements canoniques à la prêtrise et ainsi de suite, je ne crois pas que nous aurions des occasions de trouver la canonicité absolue où que ce soit. Je ne peux que dire que l'EORHF constitue une exception à cela, du fait de son attachement strict aux saints Canons et à sa liberté par rapport aux liens avec toutes les puissances humaines. En réponse aux allégations que nombreux ont émises contre l'apparent statut non-canonique de cette Église en tant que corps ecclésial autonome, on peut faire les observations suivantes :

Le patriarche Tikhon, prévoyant un avenir sombre pour l'Église de Russie, a écrit un décret pour les évêques se trouvant hors de Russie soviétique, leur accordant le droit d'organiser des synodes autonomes. Malgré cela, les hiérarques russes exilés, ayant vécu dans une atmosphère de suprême loyauté envers la loi et l'obéissance sous le Tsar, insistèrent au cours de leurs premières années d'exil pour maintenir le contact avec leur base (patriarche Tikhon et ses successeurs), et cherchèrent à obtenir leur approbation au moins pour leurs décisions les plus capitales- bien que ceci était très difficile sous les circonstances de l'époque (persécutions, bannissement, etc). Cette communion fut abruptement rompue par la capitulation du locum tenens et par la suite patriarche Tikhon (Stragorodsky)* dans son infamante déclaration – quelque chose de totalement inacceptable pour les évêques en exil – assurant la pleine soumission de l'Église au régime athée, et ordonnant aux fidèles de faire preuve d'obéissance et de prier pour les autorités soviétiques. A mon avis, cette rupture de communion était justifiée par les Canons, qui ordonnent la cessation de toute commémoration du premier hiérarque d'une Église locale dans le cas où il prêche des enseignements hérétiques; et le marxisme n'étant pas seulement un système politique, mais aussi comportant une vue sécularisée du monde, est en effet une hérésie.

Les actuels évêques de l'EORHF, du fait de leur isolement par rapport aux autres Églises Orthodoxes, se soumettent avec une authentique révérence spirituelle à ces événements, directives, contacts, etc, ce qui démontre le légitime et canonique fondement de leur corps ecclésial.

L'argument le plus fort soutenant la canonicité de l'EORHF, un sur lequel on n'insiste jamais assez dans ce problème, c'est qu'au départ, le patriarcat de Constantinople et les autres Églises locales ont maintenu des bonnes relations avec le Synode en exil, qui comportait en son sein, et il est important de le faire remarquer, "l'élite" des hiérarques et théologiens russes. Des hommes de la stature du métropolite Antoine (Khrapovitsky) de Kiev, qui a laissé une durable impression avec ses mémorables homélies prêchées à la cathédrale d'Athènes et à qui n'équivaudront pas le moindre de nos propres hiérarques [Grecs néo-calendristes], suscitait le respect et la reconnaissance de facto de la part de tous.

La position du patriarcat de Constantinople au sujet de l'EORHF a changé radicalement après la première conférence pan-orthodoxe en 1923, lorsque le premier hiérarque de l'EORHF à l'époque, le métropolite Anastassy (**), s'est fait remarquer comme personnalité de premier plan par sa résistance aux innovations du franc-maçon avéré (le patriarche) Meletios Metaxakis. [1] Les choses s'améliorèrent quelque peu sous les successeurs de Metaxakis, jusqu'à la fin de la seconde guerre mondiale et la rupture complète des relations, lorsque les forces politiques soviétiques commencèrent, par différents moyens, à exhorter toutes les Églises Orthodoxes à cesser la communion avec l'EORHF et à ne reconnaître que le patriarche de Moscou, qui était sous contrôle intégral des forces politiques soviétiques, et que ces forces utilisaient pour parvenir à leurs propres fins. Le patriarche de Moscou prit l'isolement de l'EORHF comme une opportunité pour établir des relations avec les autres patriarcats et Églises autocéphales : "Soit eux soit nous." C'est donc pour des raisons politiques et d'intérêt personnel, mais aussi pour des raisons idéologiques, comme nous l'avons vu, que le Phanar a coupé toute relation officielle avec le Synode en exil et, l'imitant, la plupart des autres Églises locales l'ont aussi fait, à l'exception des Églises de Jérusalem et de Serbie [2], qui ont maintenu des relations semi-officielles avec l'EORHF jusqu'à nos jours.

L'isolement de l'EORHF des autres Églises locales – bien qu'il ne soit pas un isolement complet (saint Justin Popovic et ses disciples et l'actuel patriarche de Serbie ont toujours été favorables à l'EORHF) – ne peut en aucune manière être prit pour une preuve de doute quant à la canonicité de cette Église locale, d'autant qu'on peut retrouver quantité d'exemples similaires dans l'Histoire de l'Église.

* Il veut bien entendu parler du patriarche Serge.

** Autre petite erreur, le métropolite n'était pas encore à l'époque le premier hiérarque des évêques exilés.

From Orthodox Tradition, VOL. IX, NO. 1, pp. 17-18




[1] Si vous ignoriez le détail, pour lequel nombre de preuves formelles existent, vous n'aurez alors pas manqué de sursauter en lisant "franc-maçon et patriarche." Hé oui. Cependant, le second qualificatif n'est que pour l'apparence, l'excommunication étant de facto. Réponse de la revue de l'archidiocèse grec-orthodoxe antiochien aux USA, diocèse dirigé par le très fidèlement Orthodoxe et pieux métropolite Philip, colonne de la Tradition et bête noire de tous les modernistes :

La Franc-maçonnerie dans l'Église
http://1word.tripod.com/

"THE WORD", 24 juin 1986

DIALOGUE

QUESTION: Cette question concerne la pratique de la franc-maçonnerie (francs-maçons, Shrine, Blue Lodge, Eastern Star, DeMolay, job's Daughters, etc.) chez les Chrétiens Orthodoxes. Il m'a été fait remarquer que la franc-maçonnerie était contraire aux Canons de l'Église Orthodoxe et est incompatible avec les enseignements de l'Église.

RÉPONSE: Tous les membres de la sainte Église Orthodoxe doivent adhérer à ses doctrines, croyances et pratiques, et doivent vivre en conformité (avec l'enseignement ecclésial). Parmi ces points de foi fondamentaux nous avons : (1) nous croyons dans un Dieu trinitaire, révélé à l'humanité comme étant le Père Créateur, le Fils de Dieu Jésus-Christ, et le Saint Esprit de Dieu, tous les Trois étant unis en une essence et indivis. L'Orthodoxie enseigne que Dieu le Père est le Créateur de toutes choses visibles et invisibles. L'Orthodoxie enseigne aussi au sujet de l'Incarnation du Fils de Dieu, en la mort et la Résurrection duquel l'humanité est appelée à un nouveau niveau d'existence, à accomplir une fraternité entière, et à être incorporé dans une famille spirituelle, qui est réalisée dans l'Église, au Nom de Jésus, et par les dons et la puissance du Saint Esprit.
(..) Cette distinction pourrait clarifier notre vision du problème et nous aiderait à mieux évaluer la franc-maçonnerie, non pas comme nous voudrions qu'elle soit, mais comme elle est réellement. Bien des fois, nous avons entendu des déclarations telles que "les franc-maçons sont les réformateurs de la société;" ou que "pour la franc-maçonnerie, le Christianisme est une simple structure sociale;" ou que "les franc-maçons nient la divinité de Jésus," ou que pour eux, "le Christ est simplement un sage, semblable aux sages de l'antiquité tels que Platon, Socrate ou Pythagore."
Tout au long de son histoire, l'Église Orthodoxe a rejeté avec véhémence et anathémisé toutes les tentatives de rendre le Christ inférieur à Dieu le Père, ou de Le réduire à n'être qu'une créature, adoptée par Dieu pour une mission précise. Si un Orthodoxe franc-maçon voit en Christ rien de plus qu'un "sage", alors sa foi est remise en question, et il faut aussi remettre en question son appartenance à l'Église. D'un autre côté, le fidèle Orthodoxe doit être d'un esprit ouvert, et prêt à apprendre toujours plus sur tout, y compris la franc-maçonnerie, sans pour autant compromettre sa Foi Chrétienne, son allégeance au Christ.(..)

[2] Jérusalem, Serbie, mais aussi le patriarcat du Mont-Sinaï, qui bien que numériquement faible, représente une des plus anciennes Églises locales avec tradition ininterrompue, une force spirituelle immense, une autorité morale authentique.


Icône de la Mère de Dieu "pour le Christ et avec la croix des martyrs" (Zelenograd ikon)

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