"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

06 janvier 2009

THÉOPHANIE (p. Anthony Gavalas + Pékin)




http://gnisios.narod.ru/abg030106.html


Au Nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit.

La sainte Église Orthodoxe, suivant le calendrier qui nous a été donné par nos Pères, l'ordre de l'année ecclésiale tel qu'il nous a été donné par nos Pères, nous donne aujourd'hui, et nous la célébrons, la Fête de l'Épiphanie ou Théophanie de notre Sauveur Jésus-Christ, en ce jour où Il descendit dans le Jourdain et y fut baptisé, ce jour où Se trouvant là, Il montra à nouveau toute Son humilité, montrant à nouveau qu'Il était le Créateur et le Re-Créateur et le Sanctificateur de toute la création. Car lorsque les eaux furent sanctifiées, toute la création a été sanctifiée, car il n'y a pas d'endroit dans la création où il n'y aurait pas du tout d'eau. Dans toute la Création dans laquelle l'homme a été trouvé digne de pouvoir vivre, nous voyons qu'il y a même de l'eau sous forme de vapeur. Dès lors, lorsque les eaux sont sanctifiées, toute la Création est sanctifiée, des plus hautes montagnes jusqu'aux plus basses plaines de la terre. Tous les lieux de la terre sont sanctifiés de nos jours car notre Sauveur est venu, et en descendant Lui-même dans les eaux, toute la Création s'en est retrouvée sanctifiée.
Il y a bien des choses à voir dans la fête de ce jour. Une des plus marquantes, c'est l'humilité de notre Sauveur. Oui, l'humilité de notre Sauveur. Celui Qui n'avait nul besoin d'être baptisé S'avançait pour l'être. Mais non seulement Il venait pour être baptisé, mais Il venait humblement. Il ne venait pas avec puissance; Il ne venait pas en donnant des ordres; Il ne venait pas tel un potentat, mais dans l'humilité. Et c'est alors que Jean, Son cousin saint Jean le Baptiste, L'arrête, veut L'empêcher d'être baptisé. Il Lui demande : C'est Toi qui viens à moi pour être baptisé? Comment pourrais-je faire cela? Je n'ai aucun droit à Te baptiser.
Et notre Seigneur de lui répondre humblement qu'il fallait que cela s'accomplisse, pour que s'accomplisse toute justice. Qu'il en soit ainsi, laisse les choses se passer. Et la sainte Écriture nous rapporte qu'alors Jean Le laissa descendre. Quelle chose incroyable, quelle chose redoutable entendons-nous là, notre Seigneur Dieu Lui-même Se plaçant sous l'autorité, non pas seulement de Son Père céleste, mais aussi sous l'autorité d'un de ceux qu'Il avait Lui-même formé de la glaise. Et nous Le voyons permettre à saint Jean de s'adresser ainsi à Lui, puis de Lui refuser, puis ensuite de Lui permettre. Quel Dieu extraordinaire, miséricordieux que nous avons, quel Dieu humble que nous avons.
Alors c'est lorsque nous voyons ce trait caractéristique de notre Sauveur, et que nous savons que c'est en imitant notre Sauveur Jésus-Christ que nous pourrons être sauvés, que nous pouvons mesurer notre état par rapport à Lui, et voir à quel point nous en sommes loins, extrêmement loins de cet idéal que nous devons atteindre si nous voulons participer au Royaume des Cieux.
Notre Sauveur est immergé dans les eaux du Jourdain, un avant-goût, une annonce, une préfiguration de Son ensevelissement dans la terre. Et par Sa mise en terre, par Sa mort, ensevelissement puis Résurrection, Il sanctifiera et illuminera toute la Création. Comme préfiguration, Il est plongé dans les eaux, et sanctifie ces eaux et toute la Création.
Un point aussi remarquable, lorsque nous lisons le saint Évangile, et que nous voyons notre Sauveur baptisé dans le Jourdain, c'est comment Il a été baptisé. De la sainte Tradition, nous savons que Jean baptisait les gens en les emmenant dans l'eau, et que là ils restaient jusqu'à ce qu'ils aient confessé tous leurs péchés. Alors, ils sortaient de l'eau, lavés de leurs péchés. Mais pour notre Sauveur, la sainte Écriture nous dit qu'Il ressortit aussitôt de l'eau. Et en ce lieu-là du Jourdain, il y avait beaucoup d'eaux profondes. Notre Sauveur n'a pas été aspergé mais plongé, immergé, exactement comme la sainte Église Orthodoxe requiert que nous soyons baptisés, en étant plongés dans l'eau. Afin que nous soyons ensevelis dans l'image et la figure de Son baptême et Son ensevelissement.
Autre point fort important que nous voyons aujourd'hui, c'est toute l'importance de notre Salut. Car l'oeuvre de notre Salut est de toute évidence l'oeuvre de la Sainte Trinité. En ce jour de la Théophanie ou Épiphanie, toute la Divinité Se manifeste. Nous entendons la voix du Père; nous voyons le Fils baptisé; et nous voyons l'Esprit Saint venir comme une sorte de sceau, apparaissant sous l'apparence d'une colombe, et planant au dessus de notre Sauveur, indiquant avec certitude Qui Il est, comme étant Son Parent, comme une des hymnes le dit "Que Son Parent le Saint Esprit a aussi témoigné."
Qu'est-donc l'oeuvre de notre Salut? Ce n'est pas quelque chose de fortuit, arrivé par hasard. C'est la volonté de la Sainte Trinité. C'est la Sainte Trinité toute entière qui participe à notre Salut, comme nous le voyons clairement dans l'Évangile de ce jour. Ce n'est rien de fortuit, rien de banal, pas quelque chose qu'on penserait après coup, quelque chose que l'on pourrait accepter ou rejeter car de peu d'importance. C'est une oeuvre de la Sainte Trinité, de même que l'avait été notre création, et la création de tout l'univers. Notre re-création, notre régénération, notre renaissance, c'est l'oeuvre de la Sainte Trinité. Et si nous cessons de penser que notre Salut est équivalent, est aussi important, a requis autant d'attention si on peut utiliser un concept humain pour parler de la Sainte Trinité, que la création des étoiles et de la lune et de la terre et de toutes les choses qui s'y trouvent, alors petit à petit nous commençons à voir quelle incroyable, quelle redoutable chose que d'être sauvé en Jésus-Christ. Car nous demande saint Paul, comment pourrions-nous échapper à la condamnation si nous négligeons un si grand Salut? Je vais me répéter, mais votre Salut et le mien, ce n'est pas moins et c'est même assurément beaucoup plus, car le restant de la Création que la Sainte Trinité a créée, il disparaîtra. Cela n'existera plus tel que nous le connaissons. Mais vous et moi, nous continuerons. Vous et moi demeurerons. Nous continuerons à exister, même après que la terre et les cieux et les étoiles et la lune auront disparu, vous et moi nous continuerons d'être. Dès lors, notre création est encore plus redoutable, plus importante; et notre re-création en Jésus le Christ est même d'une plus grande importance que la Création de tout l'univers. Si nous négligeons un tel Salut, quelle sera notre excuse?
Mes bien-aimés, tous ici, nous avons lutté durant le jeûne de Carême qui a précédé la Nativité de notre Sauveur. Nous avons persisté dans notre jeûne, nous avons accentué notre prière. Et nos prières étaient peut-être un peu plus chaleureuses; notre jeûne un peu plus consciencieux; notre aumône plus généreuse; notre veille sur nos paroles et pensées, sur ce que nous regardions, de quoi nous parlions, de la manière dont nous menions nos vies, peut-être un peu plus en accord avec toutes ces choses qui sont agréables à Dieu. Mais en tant qu'humains, nous avons cette tendance, une fois que la période de jeûne est terminée, et une fois que nous sommes entrés dans la période festive telle que celle-ci, de relâcher quelque peu les rênes; nous nous autorisons de plus grandes libertés que ce que l'Église nous recommande. Et nous dérapons un peu. Nous dérapons dans nos prières; nous dérapons dans notre jeûne les jours prescrits; nous ne sommes plus assez prudents quant à ce que nous disons et pensons et faisons et où nous allons. Nous sommes un peu mesquins, un peu négligents.
Mais pourquoi faisons-nous cela? Pourquoi devrions-nous perdre ce que par la grâce de Dieu nous avons réussi à acquérir durant le jeûne? Pourquoi devrions-nous nous autoriser à perdre tout ce profit? Si vous êtes un homme d'affaires, et que grâce à votre rude labeur, et tout ce que vous vous êtes donné dans votre travail, vous parvenez à engranger un plus gros profit, et un peu plus de clients, et que votre entreprise s'en porte mieux, est-ce qu'on ne vous traiterait pas de cinglé si, étant parvenu à ce résultat, vous vous permettiez par négligence de perdre tout l'acquit supplémentaire, de perdre ce profit, et de faire fuir ces clients? D'un tel négligent, tout le monde dirait qu'il n'est pas un bon commerçant. Et cependant, nous faisons la même chose. Nous luttons pendant le Carême; nous gagnons petit à petit du terrain sur nos passions et sur nos mauvaises habitudes, et à peine arrive la fête, nous perdons aussitôt tout ce que nous avions réussi à progressivement acquérir. Dès lors, ayant compris l'immensité et le prodige et le redoutable de notre Salut en Christ, n'agissons plus de la sorte; conservons ces gains; allons de vertu en vertu. Utilisons le saint Carême et les jours d'abstinence, et la manière Orthodoxe de vivre en général, comme une échelle, ne descendant jamais, mais montant toujours, gravissant échelon après échelon, cette échelle qui mène droit au Royaume des Cieux, cette échelle de perfection, cette échelle de grâce céleste. En ce jour, les eaux sont sanctifiées pour vous et pour moi. Elles vont sanctifier nos maisons; elles sanctifient nos corps, nos enfants, notre travail; elles sanctifient tout ce qui nous concerne. Cette grâce reçue par la sainte Église est étendue à tous les recoins de notre vie. Gardons-la saintement; ne souillons rien; ne profanons rien de ce qui a été sanctifié : tout d'abord nous-mêmes, ensuite tout ce qui nous concerne. De sorte que lorsqu'arrivera enfin le jour béni, le Jour du Retour du Christ notre Seigneur, nous puissions être trouvés dignes d'être vraiment appelés Ses enfants, sanctifiés par le baptême qu'Il nous a donnés; sanctifiés par notre confession de Foi; sanctifiés par notre manière Orthodoxe de vivre.
Nous savons que tous ces efforts seront bénis, et qu'ils seront soutenus par la Sainte Trinité. Car notre Dieu n'est pas une lointaine divinité. Il n'est pas comme ces ridicules et folles divinités de nos ancêtres, qui leur attribuaient divers combats contre divers peuples dans les mythologies, puis se moquaient d'eux, ou leur pourrissaient la vie, riant de leurs erreurs, et les condamnant pour ces erreurs. Notre Dieu est l'Emmanuel, Il est Dieu avec nous, et toute lutte, tout effort que nous accomplissons, nous savons que la Sainte Trinité, Qui a voulu notre Salut, le soutien, et le sanctifie, et donne la grâce nécessaire de sorte que nous ne soyons jamais seuls dans nos efforts.
Puissions-nous être vraiment dignes de ce choix; puissions-nous être vraiment dignes de cette sanctification et de ce soutien de notre Dieu, Qui est adoré dans la Trinité, le Père, le Fils, et le Saint Esprit, à Qui soit gloire et honneur pour les siècles des siècles.
Amen.
Protopresbytre Anthony Gavalas



Célébration de la fête du baptême du Seigneur à Pékin
http://www.orthodox.cn/contemporary/beijing/20080120bjtheophany_en.htm

Les divins Offices marquant la veille du baptême du Seigneur et la Théophanie ont été célébrés par le prêtre Alexy Kiselevich dans le "Red Fangzi" [*] sur le terrain de l'ambassade de la Fédération de Russie en Chine.
Pour la 2ème année consécutive, un grand trou a été découpé dans la glace du bassin au centre de l'ambassade russe. Cette fois-ci, une tente a été dressée pour permettre de changer de vêtements; des petits tapis menaient jusqu'au trou de glace; une échelle fut installée dans l'eau; une équipe de secouristes était sur place, au cas où un des participants en aurait eu besoin. A minuit, un grand groupe est venu accompagner ceux qui allaient descendre dans l'eau. Au chant des prières et des hymnes et tropaires de la fête, une dizaine de personnes dont des femmes et un petit enfant, sont descendus dans l'eau froide.
Pendant cette nuit baptismale, la température de l'air à Pékin chuta à moins 7° celcius. Chose inhabituelle pour la région, la neige tomba sur Pékin en cette vigile de la Théophanie. La blanche poudreuse fit ressembler la terre à nos chères terres russes, un beau cadeau pour nos compatriotes.
Le 19 janvier, les Orthodoxes de Pékin ont participé à la Grande Bénédiction des Eaux. Des Russes vivant dans d'autres villes chinoises ont fait le déplacement. Après l'Office, l'eau bénite fut distribuée à tous les fidèles.
En ce jour, après la Liturgie, un enfant d'une famille russe a été baptisé. Et un Orthodoxe de plus sur le sol chinois.

[*] voir plus bas



Paroisse de la Dormition, Pékin (Beijing, Chine)
Photos - Yuri Rogoza


(la paroisse en 1907)


(une procession en 1930)



Manakov T.B. "Red Fangzi à l'ambassade russe à Pékin : une île d'Orthodoxie en Chine" - Beijing, 2007. 58 pp.
Le livre est consacré à l'histoire de l'antique bâtiment situé sur le territoire de l'ambassade russe en Chine, appelé "Red Fangzi." De nos jours, Offices et Liturgies de la "Communauté de la sainte Dormition à Pékin" (Église Orthodoxe de Russie) y sont célébrés. Cette communauté Orthodoxe est numériquement la plus importante de Chine.
"Red Fangzi" est étroitement associé à la mission Orthodoxe russe en Chine. Au commencement du 20ème siècle, l'église du siège épiscopal dédiée à saint Innocent d'Irkutsk et la résidence de l'évêque de la mission de trouvaient ici.
Le livre offre une magnifique opportunité au lecteur de découvrir tout l'intérieur du bâtiment, l'historique et la chronologie du renouveau de la vie ecclésiale de la communauté Orthodoxe à Pékin. Nombre de photos du livre donnent une idée précise des événements.
L'ouvrage captivera aussi tous ceux qui s'intéressent à l'histoire de l'Église Orthodoxe en Chine, de même que les fidèles Orthodoxes en Chine.
Livre en russe, couverture souple, vendu 30 $ hong kong
http://orthodox.cn/ofasc/store

Pâques, Mariage, clergé autochtone & Divine Liturgie à Red Fangzi:






A (re)lire sur le réveil de la Chine à la Foi :
Pâques en Chine, ou la lente remontée des catacombes
http://stmaterne.blogspot.com/2007/04/pques-en-chine-ou-la-lente-remonte-des.html
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1 commentaire:

Ian a dit…

Bonne Fête!

Et Bonne Année aussi!