"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

23 juin 2009

La chair / sarx (Orthodoxdynamis)

Mardi 23 juin, 3ème semaine après la Pentecôte
épître : Romains 7,14-8,2
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La chair - Romains 7,14-8,2
La loi, nous le savons, est spirituelle; mais moi, je suis charnel, vendu au péché. Je ne comprends pas ce que je fais; je ne fais pas ce que je veux, je fais ce que je hais. Or, si je fais ce que je ne veux pas, je reconnais par là que la loi est bonne. Mais, en ce cas, ce n'est plus moi qui agis, c'est le péché qui habite en moi. Ce qui est bon, je le sais bien, n'habite pas en moi, je veux dire dans ma chair. J'ai bien la volonté, mais pas le pouvoir d'accomplir le bien. Ce que je voudrais, je ne le fais pas; et je commets le mal que je ne veux pas. Si donc je fais ce que je ne veux pas, ce n'est plus moi qui agis; c'est le péché qui habite en moi. Je trouve donc en moi cette loi : quand je veux faire le bien, le mal est à mes côtés. L'homme intérieur en moi se complaît dans la loi divine; mais, dans mes membres, je vois une autre loi lutter contre la loi de ma raison, et me rendre captif de la loi du péché qui réside dans mes membres. Misérable que je suis! Qui me délivrera de ce corps qui m'entraîne à la mort? Grâces soient rendues à Dieu par Jésus Christ, notre Seigneur Ainsi donc, d'un côté, par la raison, je suis assujetti à la loi divine; par la chair, d'autre part, je suis esclave de la loi du péché. Désormais donc, il n'y a plus aucune condamnation pour ceux qui sont dans le Christ Jésus. La loi de l'Esprit de Vie t'a affranchi, dans le Christ Jésus, de la loi du péché et de la mort."

Voyons en particulier le verset 25 : "Grâces soient rendues à Dieu par Jésus Christ, notre Seigneur! Ainsi donc, d'un côté, par la raison, je suis assujetti à la loi divine; par la chair, d'autre part, je suis esclave de la loi du péché."

Comme saint Paul, notre saint père, Théophane le Reclus connût l'amertume de l'allégeance divisée : "Si parfois tu ressens une telle force oppressante de péché qu'y résister semblera impossible, et que même le zèle pour s'y opposer semblera vain, prend garde, frère, de ne pas baisser les bras, mais relèves-toi et tiens bon. C'est un subterfuge de l'ennemi." Bien-aimé, du plus profond de ton coeur, chante alors le Cantique de l'Époux : "Ô mon âme garde-toi de t’abandonner au sommeil de peur d’être livrée à la mort et bannie du Royaume mais réveille-toi en clamant : Saint, Saint, Saint es-Tu notre Dieu, par la Mère de Dieu et tous les saints, aie pitié de nous."



Saint Paul parle de cette déchirante division qui a lieu en soi, appelant "chair" ce qui amène à servir la "loi de la chair", et à le faire contre la Loi de Dieu (v. 25). L'Apôtre compare sa propre agonie intérieure avec cette lutte spirituelle : "J'ai bien la volonté, mais pas le pouvoir d'accomplir le bien. Ce que je voudrais, je ne le fais pas; et je commets le mal que je ne veux pas. Si donc je fais ce que je ne veux pas, ce n'est plus moi qui agis; c'est le péché qui habite en moi. Je trouve donc en moi cette loi : quand je veux faire le bien, le mal est à mes côtés. L'homme intérieur en moi se complaît dans la loi divine; mais, dans mes membres, je vois une autre loi lutter contre la loi de ma raison, et me rendre captif de la loi du péché qui réside dans mes membres. Misérable que je suis!"

Prenez garde à bien interpréter ce que l'Apôtre veut dire par le mot "chair," quand il parle de la lutte contre le péché. Saint Jean Chrysostome, commentant ces paroles de l'Apôtre, réfute prestement toutes les idées gnostiques prétendant que le mal en nous existerait du fait de notre chair physique. "Ceux qui en ce texte considèrent que la chair est mauvaise et la repoussent comme si ça ne faisait pas partie de la Création de Dieu, ceux-là nous attaquent. Que devrions-nous leur répondre alors? La même chose que nous répondions alors, lorsque nous discutions de la Loi : de même que là [saint Paul] rend le péché responsable de tout, ici aussi, c'est la même chose. Il ne dit pas que c'est la chair humaine qui en est responsable, mais au contraire, que ce n'est pas ce que l'on fait, mais bien le péché qui demeure en nous (v. 17) – une puissance spirituelle ténébreuse."

Le péché entame son oeuvre destructrice dans l'esprit et le coeur, mais bien plus terriblement encore dans l'âme – "noûs" en grec (Rom. 1,28) – dans le centre spirituel de l'être ou "oeil du coeur" selon les saints Pères. Là, quand le péché corrompt et déforme jusqu'au tréfonds la capacité à se diriger, toutes les facultés intérieures peuvent en devenir perturbées. Et si le péché y est en mesure de s'y déployer librement, alors l'on devient totalement "corrompu" (Rom. 1,28). Peu importe à quel point et quelle profondeur le combat intérieur se développe, il précédera toujours les actes physiques de la chair.

Le péché commence toujours son oeuvre de l'intérieur, avec notre vie intérieure. Ce n'est qu'ensuite qu'il se manifeste à travers des actions physiques. Le Cantique de l'Époux nous révèle ce point de départ intérieur : "Veille donc, ô mon âme, à ne pas tomber dans le sommeil." C'est pourquoi saint Jean Chrysostome dit : "...la chair n'est pas aussi grande que l'âme, et lui est inférieure, et cependant, elle ne lui est pas contraire, ni même opposée, ou mauvaise, mais elle inférieure à l'âme, comme la harpe est inférieure au harpiste."

Plutôt que "chair," pensez à "orientation." Écoutez ce que saint Paul en dit : "La loi, nous le savons, est spirituelle; mais moi, je suis charnel, vendu au péché" (v. 14). Lorsque l'orientation du coeur et de l'âme est vers autre chose que Dieu, alors les désirs du corps, ses envies, prennent la place centrale. Saint Paul suggère que nous ignorons Dieu parce que notre orientation intérieure est vers la satisfaction de nos envies, tournée vers la "chair," plutôt que vouloir être agréable à Dieu. C'est de cette orientation vers la chair que Paul parle ici : "Ce qui est bon, je le sais bien, n'habite pas en moi, je veux dire dans ma chair. [dans mon orientation vers la satisfaction personnelle]..." (v. 18).

Nos souhaits, nos désirs, nos passions, enflammés par le péché, nous livrent une guerre à nous parce que nous sommes Chrétiens. Saint Paul demande : "Qui me délivrera de ce corps qui m'entraîne à la mort?" (v. 24). Il donne sa réponse : "..La loi de l'Esprit de Vie t'a affranchi, dans le Christ Jésus, de la loi du péché et de la mort" (v. 8,2). Ce à quoi saint Pierre ajoute : "...C'est pourquoi mon coeur est en joie et ma langue est dans l'allégresse, ma chair même reposera dans l'espérance" (Actes 2,26).

O Sauveur, aide-nous à nous débarrasser des souillures des passions, et à lutter pour avoir un coeur fermement ancré en Toi.

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