"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

14 septembre 2009

Deux raisonnements erronés (Fête de l'élévation de la Précieuse Croix - Dynamis)

Tropaire de l'Exaltation universelle de la sainte Croix, ton 1
Sauve Ton peuple, Seigneur,
et bénis Ton héritage,
accorde à Tes fidèles victoire sur les ennemis
et sauvegarde par Ta Croix
les nations qui T'appartiennent




Épître pour la Fête de l'élévation de la Précieuse Croix - 1 Corinthiens 1,18-24
http://groups.yahoo.com/group/orthodoxdynamis/message/3797

Le langage que parle la Croix est une folie pour ceux qui vont à leur perte, tandis que pour ceux qui sont sauvés, pour nous, c'est une puissance de Dieu. Il est écrit: Je détruirai la sagesse des sages et j'anéantirai l'intelligence des intelligents (Is. 29,14). Où est-il, le sage? Où est l'érudit? Où est le chercheur des réalités de ce monde? Dieu n'a-t-il pas convaincu de folie la sagesse du monde? Puisque en effet le monde, avec sa sagesse, n'a point reconnu Dieu dans la sagesse de Dieu, il a plu à Dieu de sauver les croyants par la folie de son message. Les Juifs demandent des signes, les Grecs cherchent la sagesse; tandis que nous, nous proclamons un Christ crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les païens; mais pour les élus, aussi bien Juifs que Grecs, c'est le Christ, puissance de Dieu et sagesse de Dieu.



Deux raisonnements erronés : 1 Co 1,18-24, en particulier le verset 22 : "Les Juifs demandent des signes, les Grecs cherchent la sagesse."
L'astronome Allan Sandage a passé toute sa vie à scruter l'espace via divers télescopes, se plongeant dans les merveilles des supernovas. Il n'a jamais cessé de se poser la question : "pourquoi y-a-t'il quelque chose plutôt que le néant?" Pour finir, il confessa ceci : "c'est ma science qui m'a amené à la conclusion que le monde est bien plus compliqué que ce qui pourrait en être expliqué par la science. Ce n'est qu'à travers le surnaturel que je peux comprendre le mystère de l'existence." ("It was my science that drove me to the conclusion that the world is much more complicated than can be explained by science. It is only through the supernatural that I can understand the mystery of existence." Allan Sandage, astronomer)

Deux mille ans plus tôt, l'Apôtre Chrétien Paul, un homme parfaitement formé dès sa plus tendre enfance dans les meilleurs écoles rabbiniques, déclarait qu'il connaissait "…un homme dans le Christ, il y a de cela 14 ans [… qui] fut ravi jusqu'au Paradis, et y perçut des paroles ineffables.." (2 Co. 12,2-4), une expérience qui mit un terme définitif à son obsession à vouloir à tout prix étouffer la "folle" proclamation du Messie crucifié et de Sa Résurrection.

Combien de fois dans notre savoir, notre orgueil, et notre confiance en nous, ne refusons-nous pas de plier devant la sagesse de Dieu, et ce jusqu'à ce que nos propres ressources et confiance aient été épuisées? Alors, comme le prophète Job, une bénédiction descend sur l'âme, et nous cessons de maudire Dieu, et nous confessons : "Mon oreille avait entendu parler de Toi, mais maintenant mon oeil T'a vu. C'est pourquoi je me rétracte, et me repens sur la poussière et sur la cendre" (Job 42,5-6).

Dans la péricope que nous étudions, l'Apôtre Paul écrit à une assemblée de récents convertis au Christ. Ces enfants en Christ étaient tombés dans la querelle, faisant un usage orgueilleux de leur Foi nouvellement reçue : ".. Je suis à Paul", ou "Moi c'est avec Apollos," ou "Et moi avec Cephas," ou "Je suis du Christ" (1 Co 1,12). Ces erreurs découlaient de la croyance que les explications ou enseignements d'un saint, ou même par le Sauveur Lui-même, mais tout se trouvant donné dans un langage humain, pourrait dès lors englober l'entièreté des mystères de Dieu.

L'Apôtre vit que ces convertis, bien qu'unis dans le Seigneur au moins de manière théorique, n'avaient pas pleinement admis une plus profonde dépendance sur "..la sagesse de paroles.." (1 Co 1,17), au lieu d'avoir fait leur l'ineffable Sagesse présente dans le ".. message de la Croix.." (1 Co 1,18). Saint Paul leur exposa donc les limites des 2 systèmes de pensée sur lesquels ils s'appuyaient : la philosophie grecque et l'enseignement rabbinique. Bien entendu, sa démonstration peut s'appliquer aux Chrétiens Orthodoxes de notre époque de haute technologie, car étant enfants d'une culture qui méprise la folie de Dieu en faveur de la technologie rationnelle de l'humanité.

Les pensées des philosophes Grecs et les présomption des rabbins du judaïsme du premier siècle, bien que très différentes entre elles, dépendaient cependant d'idées formées dans et accessibles à l'esprit humain. Les philosophes croyaient qu'en raisonnant et dialoguant, ils pourraient mettre à jour le mystère de l'existence. En fait, ils se disputaient surtout entre eux : Stoïciens, platoniciens, aristotéliciens, épicuriens, etc. De même, les rabbins, empêtrés dans leurs détails et interprétations personnelles de la Sainte Écriture, ne connaissaient pas le Dieu vivant proclamé par ladite Écriture. C'est pour cela qu'alors, comme depuis lors et pour toujours, la Croix et le Crucifié rendent vaine toute la sagesse de ce monde (v. 20).

En effet, notre situation est semblable à celle du premier siècle : science et rationalisme imprègnent les cultures du monde. Bien que les cultures bouddhistes, chinoise, islamique et latino-américaine s'élèvent contre l'enseignement "occidental," les ordinateurs et les satellites transportent la confiance en la technologie dans le monde entier. Quelle bénédiction pour les Orthodoxes de célébrer le mystère de la Croix.

Le père Séraphim Rose, faisant référence aux maîtres de la réussite et de la sagesse humaine, observait: ".. nous sommes aussi compliqués qu'ils ne le sont; nous sommes autant au courant de la science et de l'enseignement moderne.." La "sagesse" humaine chancellera toujours devant le Dieu Incarné, car incapable de comprendre l'Amour Qui, avec douceur et humilité, accepte blessures et mort pour ceux que Lui-même a créés.

Dès que fut planté le bois de Ta Croix,
Ô Christ, Tu ébranlas les assises de la mort;
L'Hadès se hâta d'engloutir
Celui qu'il devait rendre avec effroi.
Dieu saint, Tu nous as montré le Salut
et nous Te rendons gloire : Fils de Dieu, aie pitié de nous.

(Orthros / Cathisme II de la Fête, ton 6)

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