"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

14 février 2010

SAINT VALENTIN (prêtre Orthodoxe, martyr à Rome vers 270)


Valentin, prêtre de Rome, fut arrêté sous l'empereur Claude le Gothique, qui le fit charger de chaînes et mettre dans les entraves. Deux jours après son arrestation, il fut amené au tribunal de l'empereur et confessa ouvertement sa Foi. Remis entre les mains du préfet Calpurnius, il fut placé sous la garde d'un officier dont la fille adoptive était aveugle. Valentin guérit la jeune fille, convertit le père et toute la famille de l'officier. Apprenant tous ces détails, Claude ordonna que le prêtre Valentin fût frappé à coups de bâton, puis décapité. L'exécution eut lieu le 14 février, sur la voie Flaminienne.
Le corps de Valentin fut inhumé au lieu même du supplice, par une pieuse matrone nommée Sabinilla. Elle le déposa dans sa propriété. Au 4ième siècle, le pape de Rome, saint Jules 1er, bâtit une église en l'honneur de saint Valentin. Laquelle église fut restaurée au 7ième siècle, sous Honorius 1er (aujourd'hui à la "porta del Popolo"). Ce fut pendant longtemps le lieu d'un pèlerinage très fréquenté. Après la chute de l'Occident et la disparition de l'Orthodoxie locale, on l'abandonna au 13ième siècle le corps de Valentin ayant été transféré dans l'église Sainte-Praxède. Le nom de Valentin est célébré comme celui d'un illustre martyr dans le sacramentaire grégorien, dans les martyrologes de Bède et d'Usuard, lesquels calendriers appartiennent encore à la période Orthodoxe de l'Occident.

Un autre Valentin aurait été évêque et martyr à Terni vers 273. La tradition nous le présente comme ayant été évêque de Terni (Interamnae), dans l'Ombrie, dès l'année 203. Célèbre par ses vertus et ses miracles, il fut demandé à Rome par le philosophe Craton, dont le fils était atteint d'une maladie incurable. Ce Craton était païen. Valentin se rendit à son invitation, mais il expliqua à Craton que la guérison ne serait possible que si Craton se convertissait avec toute sa famille. Ce qu'il accepta. Valentin se mit en prière et le jeune homme fut subitement guéri.
A la suite de ce miracle, trois jeunes élèves du philosophe, originaires d'Athènes, se convertirent. Et il en fut de même du préfet de la ville, Abundius. Apprenant ces conversions, un autre préfet du nom de Placide fit décapiter Valentin. Les trois jeunes Athéniens transportèrent secrètement le corps du martyr à Terni et l'y ensevelirent avec honneur (vers 273). Valentin est honoré comme le principal patron de Terni.

Au 11ème siècle, le chef d'un de ces deux martyrs du nom de saint Valentin, fut apporté à l'abbaye bénédictine de Jumièges, au diocèse de Rouen. Baudry, évêque de Dol vers 1020, a fait le récit de cette translation et des miracles qui l'accompagnèrent.

Selon les jésuites Bollandistes du 16ème siècle, qui ont analysé les 2 récits, il y aurait bien deux martyrs du nom de Valentin au 3ème siècle. Valentin de Rome comme prêtre et Valentin de Terni comme évêque. Le corps du second a toujours reposé à Terni, celui du premier n'a jamais quitté Rome. Pour la coïncidence des dates, on peut l'expliquer en disant que la date du martyre de Valentin de Terni ayant été oubliée, on a uni son souvenir à celui de son homonyme de Rome, fêté traditionnellement le 14 février. Cette distinction, que favorise d'ailleurs le témoignage des anciens martyrologes, est établie aussi par l'étude du cimetière et de la basilique de Saint-Valentin à Terni. Les usages chrétiens aux premiers temps, autorisent à conclure que Valentin a donné son nom à la basilique parce que son corps y a été déposé. Le lieu de la sépulture devint bientôt un cimetière que M. De Hossi a décrit (Bullettino di archeologia, 1871); cet auteur estime que le cimetière remontait à l'époque de la persécution. Or on peut constater qu'il existait en même temps à Rome un cimetière et une basilique de Saint-Valentin, prêtre et martyr, où se trouvait son corps.

A cette date du 14 février, on a noté encore la mention d'un troisième Valentin, martyr d'Afrique, sur lequel on manque de détails.

Concernant la tradition populaire du patron des amoureux, au Moyen Age, une opinion naquit spécialement en Angleterre et en France qu'à cette date du 14 février, les oiseaux commençaient à s'accoupler. On en vint à dire que chaque Valentin choisissait alors sa Valentine. Dès lors, saint Valentin fut revendiqué comme patron des amoureux, fiancés, jeunes gens et jeunes filles à marier. Les uns adressaient aux autres des lettres tendres et moqueuses - et cela particulièrement en Angleterre.
Il est remarquable que ce soit un martyr qui soit devenu patron pour les amoureux. Car l'amour, le vrai, sera toujours un témoignage "contre le monde", parce que l'amour, le vrai, est trilogie, avec Jésus-Christ au centre. En ancien calendrier religieux local, post-schisme, mentionne aussi ceci : "En ce même jour, un autre saint Valentin, martyr romain dont le chef fut donné à Hamay en Belgique et le reste du corps à Armentières en Flandre. On invoquait saint Valentin, avec succès, contre les hernies".

N'oublions pas qu'il y a aussi le 25 janvier sainte Dwynwen, sainte patronne Orthodoxe des amoureux, qui elle ne vient pas du monde latin mais Celtique.

Quelques enluminures tardives de saint Valentin de Rome :

saint Valentin, enluminure
Missel Romain, vers 1370
Avignon, Bibliothèque municipale, ms 0136, folio 231



Extrait du "calendrier le Sablier 2004" - la personne qui s'occupe de la partie "sanctoral" a écrit le "livre des Saints Guérisseurs", en 5 volumes.
"Le registre paroissial de Roquemaure raconte comment une foule de 15.000 fidèles assista à la translation des reliques de Saint Valentin : "à chaque pas, des arcs de triomphe, des emblèmes des plus gracieux et des devises inscrites sur les oriflammes.. La châsse contenant les reliques et un corps en cire du saint, fut portée solenellement à l'église, dans le plus bel ordre et le plus grand receuillement. Le soir, la ville fut illuminée et l'évêque, lui-même, lança le grandiose feu d'artifice. On a vu le saint Valentin, représenté par le feu, entouré de lauriers, s'élever dans les cieux."


Calendrier des Bergers, anno 1493
De haut en bas :
Présentation au Temple, saint Denys, saint Valentin,
Angers, bibliothèque municipale, ms SA3390, folio 009v


Ce 14 février, en nouveau calendrier, nous fêtons aussi les 12 Grecs qui construisirent au 11ème siècle la Cathédrale de la Dormition à Kiev, alors capitale de la Rus'


.

Aucun commentaire: