"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

18 avril 2010

Dimanche des Myrophores (Théophylacte d'Ochrid & Bulgarie)

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Troisième dimanche de Pâques – les femmes Myrophores
Marc 15,43-16,6
Extrait de "Explication de l'Évangile de saint Marc par le Bienheureux Théophylacte, archevêque d'Ochrid et de Bulgarie"


15,42-47. "Déjà le soir était venu et comme c’était la Préparation, c’est-à-dire la veille du sabbat, Joseph d’Arimathie, membre notable du Conseil, qui attendait lui aussi le Royaume de Dieu, s’en vint hardiment trouver Pilate et réclama le corps de Jésus. Pilate s’étonna qu’Il fût déjà mort et, ayant fait appeler le centurion, il lui demanda s’Il était mort depuis longtemps. Informé par le centurion, il octroya le corps à Joseph. Celui-ci, ayant acheté un linceul, descendit Jésus, L’enveloppa dans le linceul et Le déposa dans une tombe qui avait été taillée dans le roc; puis il roula une pierre à l’entrée du tombeau. Or, Marie de Magdala et Marie, mère de Joseph, regardaient où on L’avait mis."
Bien qu'étant encore un serviteur de la loi mosaïque, le bienheureux Joseph avait reconnu le Christ comme Dieu, et c'est pourquoi il avait osé un tel acte de courage si digne de louange. Il n'avait pas commencé à se dire "je suis riche, et je perdrai ma richesse si je demande le corps d'un condamné aux autorités, et je serai calomnié par les autres Juifs." Non seulement de telles pensées ne l'ont pas effleuré, mais repoussant toute autre considération, il avait supplié pour ensevelir le Corps du Condamné. Pilate s'était enquis de savoir s'Il était déjà mort, car Pilate pensait que Jésus aurait supporté la crucifixion pendant un long moment, comme bien des bandits. C'est pourquoi il avait demandé au centurion si Jésus était déjà mort depuis un certain temps. Joseph avait alors pris le Corps, ayant apporté les linges, et après L'avoir descendu de la Croix, il L'avait enveloppé dans les linges, et mis au tombeau avec toute la révérence requise. Car Joseph était lui aussi disciple du Christ, et il savait qu'il était nécessaire d'honorer le Maître. Il était noble, dévot, pieux, et sans reproche. Il était conseiller, un titre qui lui conférait des devoirs publics et des responsabilités; les conseillers supervisaient les affaires du marché public, et c'était une position périlleuse du fait des malversation s'y déroulant souvent. Que les riches et les responsables publics remarquent que le haut rang de Joseph ne l'avait en aucun cas empêché de mener une vie vertueuse. Joseph veut dire "accroissement," et Arimathie signifie "prendre compte de." Soyons comme Joseph, toujours à croître en vertu, et prenant en compte ce qui est vraiment bien. Prenons nous aussi le Corps de Jésus, par la sainte Communion, et plaçons-Le dans une tombe en roc, c'est-à-dire plaçons-Le dans une âme qui toujours se souvient de Dieu, et qui ne L'oublie pas (1).

Et que cette âme soit taillée d'un roc, à savoir du Christ, Qui est le Rocher sur lequel nous sommes établis. Drapons le Corps de Jésus dans le linge, c'est-à-dire recevons-Le dans un corps pur. Car le corps est le linge et le vêtement de l'âme. Nous devons recevoir le divin Corps du Seigneur non seulement dans une âme pure, mais aussi dans un corps pur. Et nous devons L'envelopper et L'enfouir en nous, et non pas Le laisser exposé. Car ce Mystère est quelque chose de voilé et caché, pas quelque chose à exposer.

16,1-8. "Quand le sabbat fut passé, Marie de Magdala, Marie, mère de Jacques, et Salomé achetèrent des aromates pour aller oindre le corps. Et de grand matin, le premier jour de la semaine, elles vont à la tombe, le soleil s’étant levé. Elles se disaient entre elles: "Qui nous roulera la pierre hors de la porte du tombeau?" Et ayant levé les yeux, elles virent que la pierre avait été roulée de côté: or elle était fort grande. Étant entrées dans le tombeau, elles virent un jeune homme assis à droite, vêtu d’une robe blanche, et elles furent saisies de stupeur. Mais il leur dit: "Ne vous effrayez pas. C’est Jésus le Nazaréen que vous cherchez, le Crucifié: Il est ressuscité, Il n’est pas ici. Voici le lieu où on l’avait mis. Mais allez dire à Ses disciples et à Pierre, qu’Il vous précède en Galilée: c’est là que vous Le verrez, comme Il vous l’a dit." Elles sortirent et s’enfuirent du tombeau, parce qu’elles étaient toutes tremblantes et hors d’elles-mêmes. Et elles ne dirent rien à personne, car elles avaient peur..."
Les femmes n'avaient pas conscience de la divinité du Christ quand elles étaient venues au tombeau, et elles avaient apporté la myrrhe pour oindre Son Corps selon la coutume juive, afin qu'Il reste à porter une bonne odeur et ne commence pas à exhaler l'odeur fétide de la putréfaction. La myrrhe assèche aussi, et dès lors elle absorbe l'humidité du corps et le préserve de la corruption. C'est avec de telles pensées que les femmes se levèrent et vinrent tôt le matin à la tombe; ou comme Mathieu dit, après le sabbat, ou comme Luc dit, tôt à l'aube (Mt 28,1; Lc 24,1). Les 4 Évangélistes disent "le premier jour du sabbat" (mias Sabbaton, en grec), signifiant le premier jour de la semaine (car "sabbat" était aussi le nom qu'ils donnaient aux 7 jours de la semaine lorsque considérés ensemble, dès lors le "premier jour du sabbat" signifiait dimanche). Approchant de la tombe, les femmes se demandaient entre elles qui leur roulerait la pierre. Alors qu'elles en discutaient, un ange roula la pierre sans qu'elle ne l'ai remarqué.
Mathieu dit que l'ange avait roulé la pierre après l'arrivée des femmes à la tombe (Mt 28,2). Marc n'en parle pas, puisque Mathieu avait déjà dit qui avait roulé la pierre. Ne vous troublez pas en lisant que Mathieu dit que l'ange était assis sur la pierre, alors que Marc dit qu'après leur entrée dans la tombe, les femmes avaient vu l'ange assis à droite. Il est probable qu'elles avaient d'abord vu l'ange assis sur la pierre à la sortie de la tombe, comme Mathieu le dit, et que lui, il les avait précédées dans la tombe, où elles l'ont revu. Certains disent que les femmes mentionnées par Mathieu n'étaient pas les mêmes que celles ici mentionnés par Marc. Cependant, Marie-Madeleine était de chaque groupe mentionné, car elle était fervente, enflammée d'un profond zèle.
L'ange apparu aux femmes leur dit "ne craignez pas." Il leur enlève d'abord leur peur, puis il leur annonce la bonne nouvelle de la Résurrection. Il appelle Jésus "le Crucifié," car l'ange n'avait pas honte de la Croix, qui est le Salut de l'humanité et le début de la Bonne Nouvelle. Il est ressuscité. Comment savons-nous cela? "Voyez, Il n'est plus ici." Voulez-vous en être encore mieux assuré. "Voyez l'endroit où Il gisait." C'est pour cela que l'ange avait roulé la pierre – afin de leur montrer cet endroit. "Mais allez, dites à tous Ses disciples et à Pierre." Il cite Pierre séparément des autres disciples, car Pierre était le plus éminent des Apôtres. Mais aussi parce que Pierre avait renié le Seigneur, l'ange le cite nommément, de sorte que lorsque les femmes iraient les trouver et leur dire ce que le Seigneur leur ordonnait de dire aux disciples, Pierre ne puisse se dire "j'ai renié le Seigneur, et dès lors je ne suis plus Son disciple. Il me rejette et me déteste." L'ange a précisé "et à Pierre", afin que Pierre ne puisse être tenté de croire que Jésus le trouve indigne d'être mentionné, et indigne d'être encore compté au rang des disciples du Seigneur, du fait de son reniement.
De Judée, Il les envoie en Galillée, les délivrant ainsi du tumulte et de leur grande peur des Juifs. La peur et l'effarement avaient saisi les femmes à la vue de l'ange et du terrible mystère de la Résurrection, et dès lors, elles ne dirent rien à personne "car elles avaient peur." Soit qu'elles avaient peur des Juifs, soit qu'elles étaient si paniquées que leurs esprits en étaient paralysés, aucune d'entre elles n'en rapporta rien et elles oublièrent même le commandement que l'ange leur avait donné.

+ Théophylacte

(1) jeu de mot sur le terme grec pour tombe, mnemeion, qui provient du terme mneme, qui signifie "mémoire"




église de saint Jean le Théologien face au lac d'Ochrid

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