"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

20 février 2010

Epître pour le Grand Carême (métr. Jonah, Orthodox Church of America, 2010)

http://www.oca.org/news/2080


Épître archipastorale de sa béatitude le métropolite Jonah, pour le début du Grand Carême 2010

Publiée 02/10
Au très vénérable et vénérable clergé, moines et fidèles de l'Église Orthodoxe d'Amérique

Chers frères et soeurs en Christ,



La voie vers la divine repentance a été ouverte: entrons-y avec entrain, purifiés en nos corps, nous soumettant à l'abstinence de nourriture et des passions, en serviteurs obéissants du Christ qui ont été appelés hors de ce monde pour entrer dans le Royaume céleste. Offrons au Roi de tout la dîme de notre année, afin de pouvoir regarder avec amour vers Sa Résurrection. (Lundi de la tyrophagie, hymne des Matines)

Nous entrons dans le Grand Carême qui est notre préparation pour célébrer la vivifiante Passion et Résurrection de notre Seigneur Jésus-Christ. Le Grand Carême est un temps de grande beauté et profondeur, un temps que l'Église appelle la "dîme de l'année", que nous donnons au Christ dans un esprit de jeûne et de renoncement à nous-mêmes. Nous jeûnons, nous prions, nous allons aux Offices, et nous donnons l'aumône. Mais qu'est-ce qui change en nous le lendemain même de Pâques? Est-ce que nous sommes parvenus à la paix intérieure? Est-ce que nous avons enfin la maîtrise de nos passions? Est-ce que notre âme a été guérie, ne fut-ce qu'un tout petit peu?

Le Grand Carême est un temps de repentance. Mais cette repentance ne signifie pas simplement regretter nos péchés, bien moins encore d'essayer de poser quelques actes pénitentiels comme pour les racheter. Au contraire, le but de la repentance, c'est la transformation de nos esprits et coeurs, notre prise de conscience. Cela signifie une transformation de toute notre vie. S'y engager signifie que nous aurons à adopter un changement. Ce changement ne va pas seulement affecter notre régime alimentaire pendant quelques semaines, ou s'abstenir de quelques mauvaises habitudes. Cela signifie une autre manière d'être, de percevoir Dieu, nous-mêmes, notre prochain. Cela signifie le rejet et la renonciation aux manières dont nous avons vécu et avec lesquelles nous avons traité les autres, et l'adoption d'un nouveau mode de vie. Nous sommes arrivés à reconnaître que la manière dont nous vivions et nous comportions ne nous mène pas à une communion plus intime avec Dieu et notre prochain, mais au contre, nous rend étrangers à eux, et aussi à nous-mêmes.

Bien trop souvent, nous tombons piégés par notre auto-satisfaction et orgueil, pensant que nous n'avons rien à changer. C'est une illusion. Si nous sommes si sûrs de nous-mêmes, comment pourrions-nous avoir laissé place à Dieu pour nous montrer au moins nos manquements? Nous tombons dans le piège du Pharisien. C'est particulièrement le cas lorsque nous nous autorisons à critiquer et juger notre prochain. Si nous nous permettons ces jugements et critiques, alors nous pouvons être certains que nous avons mis Dieu de côté. Qui aurait besoin de Dieu, si je sait juger tous et tout? De ce que nous voyons de notre prochain, partant de son extériorité, nous en arrivons à de profonds jugements sur son intégrité. Ce faisant, nous détruisons notre propre âme. Nous projetons toutes nos incertitudes sur ceux qui nous entourent, sans prendre garde aux sentiments que nous heurtons ainsi, ou aux vies que nous détruisons. Et en réalité, cela n'a rien à voir avec l'autre personne. Notre jugement n'est jamais qu'une image de nous-mêmes et de notre propre incertitude, et des péchés que nous ne voulons pas nous reconnaître.

Si nous jugeons et critiquons notre prochain, notre jeûne est inutile. Notre repentance est hypocrisie. Et nous nous moquons de Jésus-Christ. Nous recevons l'Eucharistie pour notre damnation. Et dans notre propre auto-satisfaction, nous en sommes inconscients.

La repentance, étant "transformé dans le renouvellement de notre esprit," signifie que que comme le Fils Prodigue, nous avons retrouvé nos sens, et reconnu que nos esprit et coeur s'étaient égarés. Nous pouvons peut-être alors voir quelques uns des dégâts que nous causons à nous-mêmes et aux autres. Nous reconnaissons que nos esprits sont pleins de colère, de soupçon, de jugements, et de pensées d'auto-satisfaction, et que nous n'avons pas la paix intérieure.

Comment nous repentir? La première chose à faire, c'est de nous retirer de ce qui stimule à la chute: cessons de nous exposer – temporairement – aux problèmes et aux personnes qui amènent ces pensées de colère et ces jugements. Nous devons nous arrêter de ressasser les méfaits qu'on nous a fait subir - et dès lors cesser de juger et de condamner la personne qui nous a fait le tort. Nous devons réaliser que tout ça n'est là qu'à cause de notre propre auto-satisfaction, enracinée dans l'orgueil et la vaine gloire. Ensuite, nous avons besoin de prier que Dieu nous pardonne pour notre colère et notre orgueil, et qu'Il pardonne l'autre pour ce qu'il / elle nous a fait. Alors nous pouvons avancer. Tant que nous serons provoqués par les pensées de souvenir des torts subis, du ressentiment, et réagirons avec colère, nous n'y serons pas parvenu. Mais quand le souvenir de quelque chose ne trouble plus notre paix, alors nous savons que Dieu a agit en nos coeurs.

Le Grand Carême peut être considéré comme une clinique, un hôpital pour nos âmes, car elles sont malades des passions. Avons-nous été guéris? Nous pouvons avoir nos esprits et nos coeurs tendant vers le ciel, si nous le voulons. Nous pouvons utiliser le Grand Carême pour poser les pierres de fondation de la discipline, et fabriquer des habitudes qui nous accompagnerons le restant de l'année. Nous pouvons sortir du Grand Carême avec nos coeurs illuminés et nos esprits purifiés, avec une nouvelle manière d'être. Allons-nous nous autoriser à changer nous-mêmes, et à être transformés par la repentance?

Il n'y a que cette transformation qui ouvrira notre regard spirituel, de sorte que de tout notre coeur et de tout notre être, nous serons à même de proclamer avec joie : "Le Christ est Ressuscité d'entre les morts, par Sa mort Il a vaincu la mort, à ceux qui sont dans les tombeaux Il a donné la Vie!"

Dans l'amour de notre Miséricordieux Sauveur,


+JONAH
Archevêque de Washington
Métropolite d'Amérique du Nord et du Canada

15 février 2010

Reconnaître ses torts et faire son examen de conscience (Dynamis, Lundi de la 1ère semaine du Grand Carême)

http://groups.yahoo.com/group/orthodoxdynamis/message/3983


Lecture pour Sexte, premier lundi du Grand Carême : Isaïe 1,1-20
Vision d'Isaïe fils d'Amos, touchant Juda et Jérusalem, au temps d'Ozias, de Jotam, d'Achaz et d'Ézéchias, rois de Juda. Cieux, écoutez; terre, prête l'oreille, c'est le Seigneur qui parle: "J'ai nourri des enfants, je les ai élevés, mais ils se sont révoltés contre moi. Le boeuf reconnaît son possesseur, et l'âne l'étable de son maître; mais Israël ne connaît rien, mon peuple ne comprend rien." Ah! nation pécheresse, peuple chargé de crimes, engeance de malfaiteurs, fils dénaturés! Ils ont abandonné le Seigneur, ils ont méprisé le Saint d'Israël, ils lui ont tourné le dos. Pourquoi frapper encore, quand vous persistez dans la révolte! La tête entière est malade, et tout le coeur est souffrant. De la tête aux pieds, rien n'est en bon état. Ce ne sont que blessures, contusions, plaies vives, qui n'ont été ni pansées ni bandées, ni adoucies à l'huile. Votre pays est dévasté, vos villes sont incendiées, des ennemis ravagent vos campagnes sous vos yeux. C'est une désolation, comme la ruine de Sodome. La fille de Sion est isolée, comme une cabane dans une vigne, comme un abri dans une melonnière, comme une ville assiégée. Si le Seigneur des armées ne nous eût laissé un résidu, nous serions comme Sodome, nous ressemblerions à Gomorrhe. Écoutez la parole du Seigneur, chefs de Sodome; prêtez l'oreille à la leçon de notre Dieu, peuple de Gomorrhe: Que m'importent vos innombrables sacrifices? dit le Seigneur. Je suis rassasié des holocaustes de béliers et de la graisse des veaux gras; je n'ai que faire du sang des taureaux et des boucs. Quand vous venez vous présenter à moi, qui donc vous a demandé de fouler mes parvis? Rien ne sert d'apporter des offrandes; j'ai horreur de la fumée des sacrifices. Nouvelles lunes, sabbats, assemblées de culte, je ne puis supporter la présence du crime à la fête religieuse. Vos nouvelles lunes et vos fêtes, je les abhorre; elles me sont à charge, j'en suis las. Quand vous étendez vos mains, je détourne de vous mes regards; quand vous ressassez vos prières, je n'écoute pas. Vos mains sont pleines de sang, lavez-vous, purifiez-vous. Ôtez vos mauvaises actions de devant mes yeux. Cessez de faire le mal, apprenez à faire le bien, recherchez le droit, protégez l'opprimé; rendez justice à l'orphelin, défendez la veuve. Eh bien, expliquons-nous, dit le Seigneur. Vos péchés seraient-ils écarlates, ils seront blancs comme neige! Seraient-ils rouges comme la pourpre, ils seront blancs comme laine! Si vous êtes soumis et obéissants, vous goûterez les meilleurs produits du pays; si vous refusez, si vous vous révoltez, l'épée vous anéantira. C'est la bouche du Seigneur qui le déclare.



S'accuser et faire son examen de conscience: Isaïe 1,1-20, en particulier les versets 14 et 16 : "Vos nouvelles lunes et vos fêtes, je les abhorre; elles me sont à charge, j'en suis las; Je ne pardonnerai pas vos péchés [..] lavez-vous, purifiez-vous. Ôtez vos mauvaises actions de devant mes yeux. Cessez de faire le mal."

Voici un défi bien à même de nous amener à l'humilité, pour ce début de Grand Carême! Est-ce que nos pratiques carémiques – notre jeûne, notre encens, et nos prières – pourraient offenser Dieu? Les paroles du Seigneur notre Dieu sont sévères. Elles bousculent l'âme. Examinons-nous nous-mêmes!

Tout d'abord, ce n'est pas un message sans espoir. De plus, n'allez pas le balayer de la main en disant "ce message a été donné il y a des siècles à l'ancien Israël; et ces paroles ne sont pas pour nous. Car nous sommes Chrétiens Orthodoxes." Faux! Mes bien-aimés, la vision d'Isaïe est une accusation contre toute impiété de la part de tout peuple (v. 3) – ceux qui bafouent les lois divines (v. 2), ceux qui sont amoraux (v. 6), et les apostats qui ont abandonné leurs fondements spirituels et culturels – adoptant des pratiques et idées étrangères (v. 7). Le portrait dressé par Isaïe est étonnant d'actualité, frappant de ressemblance avec la vie post-moderne.

Lors d'une entrevue télévisée, un Américain et un Français, se présentant comme Chrétiens, discutaient de l'état spirituel de leurs pays respectifs. L'Américain dit : "Dans les années 60', lorsque saint Jean (Maximovitch) était aux USA, les jeunes Américains étaient tous intéressés par la vie spirituelle.. mais à présent, ils se concentrent surtout sur leurs projets de carrière et d'affaires.." "En France," dit l'autre, ".. ils sont comme du petit bétail.. c'est la jungle, seuls comptent l'argent, une bonne situation, et un copain ou une copine."

Cependant, le Seigneur continue Son appel : "Eh bien, expliquons-nous!" (v. 18). Dieu attend assurément que nous apprenions à faire le bien (v. 17). Il nous est ouvert si nous sommes ouverts et obéissants (v. 19). L'admonestation du Seigneur appelle à un auto-examen honnête et un authentique effort pour s'amender. Couchés sur le papier quelque 8 siècles avant la Naissance du Christ, les jugements de Dieu demeurent entièrement vrais aujourd'hui, 2 mille ans après que le Seigneur Jésus, incarné, ai marché sur notre terre. Dieu nous appelle maintenant à la lutte contre un individualisme et une auto-indulgence rampants.

Heureusement, il est évident que l'Église Orthodoxe, au contraire des autres églises présentes en Occident, se préoccupe vraiment de résister à la permissivité du temps, bref, fait ce que la Sainte Tradition attend de nous. Mais ne nous voilons pas la face. Les forces qui poussent à l'auto-indulgence décrite dans l'entrevue ci-dessus sont fortes. Nombre de fidèles Orthodoxes ont été bercés et emportés par les paroles doucereuses de ceux qui font promotion de certaines pratiques amorales. Certains soutiennent même une moralité relâchée, ne s'estiment responsable d'aucune déchéance de la situation, ni ne se sentent concernés pour juguler la décadence. Certains poussent même pour une plus grande acceptation des actuelles valeurs impies – jusqu'au sein même de leurs paroisses, lieu de travail et familles.

Si nous choisissons les voies du Seigneur, alors nous pouvons entamer dès aujourd'hui le voyage solennel du Grand Carême. En effet, nous pouvons alors examiner notre engagement à suivre le chemin vers Pâques. Tout un chacun saura alors voir où agissent dans ses pensées, paroles et actes tout ce qui est rébellion ou résistance (v. 2). Est-ce que le Christ est mon Maître (v. 3), ou est-ce que je Le fuis (v. 4)? Qui d'entre nous n'a pas commis de fatals compromis et des changements égoïstes? Qui n'est pas affligé et triste (v. 5)?

Puissent nos larmes laver toutes nos iniquités, nous aider à les confesser et à y mettre un terme (v. 16). Voyez ce qu'en disait saint Jean Chrysostome : ".. il n'y a rien qui n'oppresse plus l'âme, et ne l'écrase, que la conscience du péché; il n'y a rien qui lui donne autant des ailes, et l'élève pour monter vers le but à atteindre, la droiture et la vertu." Saint Nicolas Velimirovic, évêque de Zica, encourage à prendre action : "Le Seigneur approuve et loue tout notre effort. Il désire que nous lavions nos âmes dans les larmes, les essorant avec la repentance, les pressant avec la componction de la conscience, et les revêtant de bonnes oeuvres."

O Seigneur, Toi Qui est lent à la colère, regarde-nous avec miséricorde à l'heure de Ta Vengeance, au Jour Redoutable
(Saint Nicolas Velimirovic)


Le Grand Carême est par excellence un temps de pardon. Pardonner, ce n'est pas être "bête," mais c'est aussi se libérer soi-même du poids de la rancoeur. Bien entendu, quand la personne à pardonner refuse le pardon, là ça devient compliqué... et insoluble pour l'humain.

14 février 2010

SAINT VALENTIN (prêtre Orthodoxe, martyr à Rome vers 270)


Valentin, prêtre de Rome, fut arrêté sous l'empereur Claude le Gothique, qui le fit charger de chaînes et mettre dans les entraves. Deux jours après son arrestation, il fut amené au tribunal de l'empereur et confessa ouvertement sa Foi. Remis entre les mains du préfet Calpurnius, il fut placé sous la garde d'un officier dont la fille adoptive était aveugle. Valentin guérit la jeune fille, convertit le père et toute la famille de l'officier. Apprenant tous ces détails, Claude ordonna que le prêtre Valentin fût frappé à coups de bâton, puis décapité. L'exécution eut lieu le 14 février, sur la voie Flaminienne.
Le corps de Valentin fut inhumé au lieu même du supplice, par une pieuse matrone nommée Sabinilla. Elle le déposa dans sa propriété. Au 4ième siècle, le pape de Rome, saint Jules 1er, bâtit une église en l'honneur de saint Valentin. Laquelle église fut restaurée au 7ième siècle, sous Honorius 1er (aujourd'hui à la "porta del Popolo"). Ce fut pendant longtemps le lieu d'un pèlerinage très fréquenté. Après la chute de l'Occident et la disparition de l'Orthodoxie locale, on l'abandonna au 13ième siècle le corps de Valentin ayant été transféré dans l'église Sainte-Praxède. Le nom de Valentin est célébré comme celui d'un illustre martyr dans le sacramentaire grégorien, dans les martyrologes de Bède et d'Usuard, lesquels calendriers appartiennent encore à la période Orthodoxe de l'Occident.

Un autre Valentin aurait été évêque et martyr à Terni vers 273. La tradition nous le présente comme ayant été évêque de Terni (Interamnae), dans l'Ombrie, dès l'année 203. Célèbre par ses vertus et ses miracles, il fut demandé à Rome par le philosophe Craton, dont le fils était atteint d'une maladie incurable. Ce Craton était païen. Valentin se rendit à son invitation, mais il expliqua à Craton que la guérison ne serait possible que si Craton se convertissait avec toute sa famille. Ce qu'il accepta. Valentin se mit en prière et le jeune homme fut subitement guéri.
A la suite de ce miracle, trois jeunes élèves du philosophe, originaires d'Athènes, se convertirent. Et il en fut de même du préfet de la ville, Abundius. Apprenant ces conversions, un autre préfet du nom de Placide fit décapiter Valentin. Les trois jeunes Athéniens transportèrent secrètement le corps du martyr à Terni et l'y ensevelirent avec honneur (vers 273). Valentin est honoré comme le principal patron de Terni.

Au 11ème siècle, le chef d'un de ces deux martyrs du nom de saint Valentin, fut apporté à l'abbaye bénédictine de Jumièges, au diocèse de Rouen. Baudry, évêque de Dol vers 1020, a fait le récit de cette translation et des miracles qui l'accompagnèrent.

Selon les jésuites Bollandistes du 16ème siècle, qui ont analysé les 2 récits, il y aurait bien deux martyrs du nom de Valentin au 3ème siècle. Valentin de Rome comme prêtre et Valentin de Terni comme évêque. Le corps du second a toujours reposé à Terni, celui du premier n'a jamais quitté Rome. Pour la coïncidence des dates, on peut l'expliquer en disant que la date du martyre de Valentin de Terni ayant été oubliée, on a uni son souvenir à celui de son homonyme de Rome, fêté traditionnellement le 14 février. Cette distinction, que favorise d'ailleurs le témoignage des anciens martyrologes, est établie aussi par l'étude du cimetière et de la basilique de Saint-Valentin à Terni. Les usages chrétiens aux premiers temps, autorisent à conclure que Valentin a donné son nom à la basilique parce que son corps y a été déposé. Le lieu de la sépulture devint bientôt un cimetière que M. De Hossi a décrit (Bullettino di archeologia, 1871); cet auteur estime que le cimetière remontait à l'époque de la persécution. Or on peut constater qu'il existait en même temps à Rome un cimetière et une basilique de Saint-Valentin, prêtre et martyr, où se trouvait son corps.

A cette date du 14 février, on a noté encore la mention d'un troisième Valentin, martyr d'Afrique, sur lequel on manque de détails.

Concernant la tradition populaire du patron des amoureux, au Moyen Age, une opinion naquit spécialement en Angleterre et en France qu'à cette date du 14 février, les oiseaux commençaient à s'accoupler. On en vint à dire que chaque Valentin choisissait alors sa Valentine. Dès lors, saint Valentin fut revendiqué comme patron des amoureux, fiancés, jeunes gens et jeunes filles à marier. Les uns adressaient aux autres des lettres tendres et moqueuses - et cela particulièrement en Angleterre.
Il est remarquable que ce soit un martyr qui soit devenu patron pour les amoureux. Car l'amour, le vrai, sera toujours un témoignage "contre le monde", parce que l'amour, le vrai, est trilogie, avec Jésus-Christ au centre. En ancien calendrier religieux local, post-schisme, mentionne aussi ceci : "En ce même jour, un autre saint Valentin, martyr romain dont le chef fut donné à Hamay en Belgique et le reste du corps à Armentières en Flandre. On invoquait saint Valentin, avec succès, contre les hernies".

N'oublions pas qu'il y a aussi le 25 janvier sainte Dwynwen, sainte patronne Orthodoxe des amoureux, qui elle ne vient pas du monde latin mais Celtique.

Quelques enluminures tardives de saint Valentin de Rome :

saint Valentin, enluminure
Missel Romain, vers 1370
Avignon, Bibliothèque municipale, ms 0136, folio 231



Extrait du "calendrier le Sablier 2004" - la personne qui s'occupe de la partie "sanctoral" a écrit le "livre des Saints Guérisseurs", en 5 volumes.
"Le registre paroissial de Roquemaure raconte comment une foule de 15.000 fidèles assista à la translation des reliques de Saint Valentin : "à chaque pas, des arcs de triomphe, des emblèmes des plus gracieux et des devises inscrites sur les oriflammes.. La châsse contenant les reliques et un corps en cire du saint, fut portée solenellement à l'église, dans le plus bel ordre et le plus grand receuillement. Le soir, la ville fut illuminée et l'évêque, lui-même, lança le grandiose feu d'artifice. On a vu le saint Valentin, représenté par le feu, entouré de lauriers, s'élever dans les cieux."


Calendrier des Bergers, anno 1493
De haut en bas :
Présentation au Temple, saint Denys, saint Valentin,
Angers, bibliothèque municipale, ms SA3390, folio 009v


Ce 14 février, en nouveau calendrier, nous fêtons aussi les 12 Grecs qui construisirent au 11ème siècle la Cathédrale de la Dormition à Kiev, alors capitale de la Rus'


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