"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

25 mars 2011

Carême : Vous ne possédez pas ce que vous avez - vous possédez ce que vous donnez (p. Arsenie Papacioc)

http://valahia.wordpress.com/2010/09/18/you-dont-have-what-you-have-but-you-have-what-you-give/





[n.d.t: c'est une entrevue télévisée, d'où le style direct]

- Un passage de l'Écriture nous dit "qu'il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu'on aime."

- C'est exact. Parce que nous n'avons pas été créés que pour nous-mêmes. Nous devons comprendre à tout prix ce passage de l'Écriture : nous ne venons pas en ce monde pour nous-mêmes, mais pour la Création toute entière! C'est pourquoi je continue de vous dire que nous sommes responsables pour tout ce qui se trouve dans la Création. Nous naissons aussi à ce monde pour notre prochain. Au plus vous vivez cette vie pour votre prochain – qu'il soit mendiant ou dans le besoin – au mieux c'est. Donnez-lui quelque chose. Certes, parfois vous pourrez ne rien avoir en poche à lui donner, mais au moins, ne l'ignorez pas. Car c'est Dieu qui a fait que vous l'avez rencontré. Cela a eu lieu pour vous aider à sauver votre propre âme.

C'est ainsi que nous nous sauvons nous-mêmes en sauvant les autres. "En sauvant autrui, sauvez-vous vous-mêmes," vous connaissez le dicton. Et agissant de la sorte, nous sommes comme le Christ – nous en sommes aussi dignes, lorsque nous donnons nos vies pour notre prochain. Que pourrions-nous d'ailleurs faire de mieux, si vous y réfléchissez?

Parce que c'est le "Baptême du sang" – le plus grand type de Baptême, le Baptême de sacrifice.

Il faut garder à l'esprit que si l'on a rencontré quelqu'un, c'est parce que le Seigneur a voulu que nous voyons cette personne. Et peu importe à quel point cette personne peut être bonne ou mauvaise, vous devriez savoir que vous en êtes redevable au Seigneur, car ce n'est pas par simple hasard que vous avez vu cette personne. Vous l'avez vue parce que vous avez à l'aider d'une manière ou d'une autre, à prier pour elle – ou vice-versa.

Alors vous voulez vivre et aider tout ce monde qui se plaint à propos de ces moments historiques? Aimez tout le monde. Mettez de l'ordre dans vos idées, dites-vous ceci : si X ou Y était là devant moi, je lui prêterais attention.

Oui. Nous devons traverser cette vie dans l'amour. Pourquoi aimer être absent? Et même si vous avez donné quelque chose à un nécessiteux, en ressentant quelque chose qui est moins que de l'amour, c'est pourtant quelque chose – et vous en serez récompensé, car vous aurez nourri et aidé cette personne. Par exemple, Pierre le collecteur d'impôts – il donna son pain, mais avec plus que des regrets dans son coeur – et ce qu'il fit, ce fut de copier le geste de quelqu'un d'autre. Et ce pain le sauva! Et le pauvre "réinvesti" ce geste – en se basant sur le geste de Pierre, tout un chacun peut être sauvé, peu importe à quel point il serait réellement pauvre dans son coeur.. Mais il nous faut ajouter qu'il ne sera sauvé qu'à condition de donner au pauvre.

Si quelqu'un a hésité dans sa vie quant à accomplir un bon geste – vous connaissez ça, on se dit sans cesse "je vais le faire, je vais le faire" et pourtant on ne le fait pas – alors..

- Mais comment pouvons-nous nous repentir de cette sorte de péché?

- Dites "Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, aie pitié de moi, pécheur"... Je vais à l'église, je travaille sur moi-même, j'ai de l'argent. J'en donne aux pauvres – parfois un manteau, ou un pull ou quelque chose. Nous nous posons pourtant souvent des questions : "mais de quoi vais-je me vêtir? Ai-je assez de vêtements, de chaussures?" Cela n'a rien d'anormal de penser à toutes ces choses. Mais au moins, pensez à l'autre, donnez-lui quelque chose – même de quoi réparer ses chaussures, peu importe quoi. Mais quelque chose. Vous voyez ce que je veux dire? Se soucier de son prochain. C'est le gros point noir de nos jours, et ceux qui le mettent pourtant en pratique sont grands aux yeux de Dieu. Sainte Philothée n'agissait pas autrement – et qui était-elle, au juste? Juste une jeune fille qui donnait de tout aux pauvres. C'est tout. Parce que la charité, c'est un résumé de l'Écriture sainte. Un de nos auteurs l'a aussi expliqué - il s'appelait Vlahuţă – je le mentionne parce que voyez-vous, j'ai connu sa famille.

Alors voilà. Mais mettons que quelqu'un se trouverait devant notre porte, à l'entrée de la porte du riche sans pitié.. pouvez-vous vous imaginer l'état terrible de ce pauvre? Les chiens léchaient ses blessures, et le riche ne lui aurait pas même donné un croûton de pain sec. Qu'est-ce que ça aurait pu lui coûter, en quoi sa fortune aurait-elle diminué, s'il lui avait donné un quignon de pain? Mais je voudrais que vous compreniez que le coeur de cette parabole, c'est l'insensibilité aux souffrances d'autrui. Ayez au moins un peu de souci les uns des autres.

Je me souviens qu'un jour j'étais à Bucarest, et qu'à l'époque je n'avais pas même les quelques pièces pour payer un ticket de tram – en passant, j'ai encore connu les trams à traction chevaline, c'est tout dire! La dernière ligne était sur la rue Popa Tatu, à Bucarest :-). Et alors que j'étais là, il y avait un pauvre assis sur le trottoir. Je l'avais vu de loin, il avait l'air pitoyable, un cul-de-jatte, et lui aussi m'avait vu. Et il s'apprêtait à me demander quelque chose – le pauvre, il devait s'imaginer que je devais avoir de quoi lui remplir le sac! Mais je n'avais même pas de quoi pour moi-même, pas même pour payer le tram. Et je pensais déjà – que vais-je faire, que vais-je lui dire? Alors quand je me suis trouvé près de lui, je lui ai dit "mon ami, j'aimerais te donner mes jambes, mais comme c'est impossible, tout ce que je peux faire, c'est te saluer chaleureusement, car je n'ai rien d'autre, pas même l'argent pour le tram." Et il m'a répondu "Père, ça c'est quelque chose que personne ne m'a donné jusqu'à présent!"

Voyez-vous? Prêtez-leur attention. Soyez attentifs à eux. Ne les ignorez pas, ne passez pas à côté en les ignorant, pensant en vous que vous êtes quelque chose parce que vous avez – des biens, la santé, etc. Arrêtez-vous un instant et ayez de la considération pour eux. Bien sûr, ce n'est pas possible de le faire indéfiniment, car nous avons nos propres vies, nous sommes toujours occupés et devons accomplir nos propres tâches, mais au moins ayez un peu de souci les uns pour les autres. "Seigneur, prends pitié de moi..."

Si ce prochain, cet "autre", c'est votre mère, votre enfant, ou votre père, et que vous n'avez pas les moyens de l'aider, vous SAVEZ demander à Dieu de les aider. Voilà une forme de charité qui est TRÈS hautement appréciée par Dieu. Prenez soin les uns des autres.

Actuellement, ce manque de souci du prochain est ce qui caractérise tout le monde en cette période de l'histoire. Et je dois ajouter que l'on trouve une attitude plus verticale, meilleure, dans la jeune génération, pas parmi les plus anciennes. Certains ont des conflits avec leurs parents – il y a des jeunes filles qui viennent me voir en confession et me racontent des choses bien affligeantes : "Père, je ne veux pas qu'ils voient que j'en suis venue à la Foi à présent et que je me repens de mes péchés" – et bien des choses tristes, mais que font-ils? Rien de plus que le Signe de la Croix, aller à l'église, etc.. Se repentir, "se sacrifier" pour le Christ, exactement comme sainte Philothée l'a fait. Sa belle-mère la battait et la persécutait de toutes les manières possible, mais elle n'abandonnait pas. Elle continuait à donner aux pauvres.

Il y avait dans un certain monastère un frère, Georges, qui ne cessait de donner aux pauvres – tout ce qui passait par ses mains. Il allait au réfectoire, où mangent les moines, et il prenait de la nourriture et la donnait aux pauvres. Et les moines le rapportèrent à leur abbé. Un jour, l'abbé suprit cet homme alors qu'il récoltait les restes de la table et allait les donner aux pauvres. Et l'abbé commenta : "oui, mes frères, vous aviez raison, mais que puis-je faire, si votre frère est un saint?"

Alors l'idée, c'est.. que vous donniez.. mais que vous donniez ainsi, pour rien. Ne vous en tenez pas à des règles ("Oh mon Dieu, la règle dit que je devrais donner aux pauvres" etc). Ne perdez pas votre temps à trop y penser. Simplement donnez à manger à l'affamé – parce qu'ainsi vous aurez nourri le Christ. "C'est à MOI que vous l'aurez fait," nous a-t'Il dit.. quelles paroles éblouissantes.

Les gens ont tendance à beaucoup trop "sélectionner" quand ils donnent la charité :"celui-ci est un gitan, celui-là on sait pas trop ce qu'il est.." etc. Nous sommes trop sélectifs. Mais si l'un d'entre eux n'est pas un gitan, pas du tout, mais le Christ en Personne.. nous sommes dans le pétrin! Tandis que si vous donnez à tous... vous donnez, et vous recevrez en retour! Parce que vous ne possédez pas ce que vous avez – vous possédez ce que vous donner. Et plus encore : vous ne donnez pas ce que vous donnez, vous donnez ce que vous êtes. C'est tout.


pere Arsenie Papacioc


Voir aussi chez saint Ambroise de Milan :
"Vos vêtements que vous ne portez pas ne vous appartiennent pas, ils sont aux pauvres!"

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